Environnement et transition écologique

Équiterre en croisade contre les VUS

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

79 % des publicités automobiles diffusées à travers le pays vantent des camions légers, selon une analyse menée par Équiterre.

Équiterre lance une campagne publicitaire dans l’objectif avoué de vous décourager d’acheter un véhicule utilitaire sport (VUS) au moment où les camions légers prolifèrent comme jamais.

Publié à 11h00

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Vincent Larin

Vincent Larin La Presse

« Un VUS parfait pour aller sur la Côte-Nord, mais tu vas juste sur la Rive-Sud », proclame l’une des publicités lancées par l’organisme à compter de lundi.

L’objectif de cette offensive publicitaire lancée au moment où les ventes de VUS et de camions légers atteignent des sommets dans la province est justement de sensibiliser les Québécois aux « conséquences que le choix d’un gros véhicule peut entraîner », indique Équiterre.

Car si les ventes de ces véhicules ont autant augmenté ces dernières années, c’est notamment parce qu’ils font l’objet de plus de publicité, puisqu’ils génèrent de plus grandes marges de profit pour les constructeurs, croit le groupe écologiste.

Ainsi, 79 % des publicités automobiles diffusées à travers le pays vantent des camions légers, selon une analyse menée par l’organisme.

Or, les publicités pour ces véhicules font étalage de leurs bénéfices, mais elles omettent souvent les désavantages de posséder un gros véhicule, explique l’analyste en mobilité chez Équiterre, Andréanne Brazeau.

« Un constat qu’on fait, c’est que, dans la publicité, on met de l’avant des concepts comme la sécurité pour les personnes à bord [des véhicules] dans des paysages de nature, etc., mais dans les faits, il y a beaucoup d’informations qui ne sont pas dites », explique-t-elle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Andréanne Brazeau

Plus cher et plus dangereux

Prix plus élevés, consommation d’essence gonflée, émissions de GES supplémentaires : toutes ces informations sont en effet laissées de côté dans les publicités liées aux VUS et autres types de camions légers. Qui plus est, des études ont aussi démontré un lien entre la taille des véhicules et les risques de décès des autres usagers de la route qu’ils pourraient de percuter, comme les piétons et cyclistes.

« Un VUS est deux fois plus souvent impliqué qu’une voiture dans un accident avec des piétons », rappelle d’ailleurs une autre des publicités qu’il sera possible d’entendre à la radio et qui emprunte l’accent des publicités de voitures déjà jouées en boucle.

Équiterre espère ainsi fournir « un guide d’autodéfense » aux personnes qui font le choix de ne pas acheter de VUS, car les arguments en faveur de ces gros véhicules sont nombreux et tenaces, indique Andréanne Brazeau.

Reconnaître le problème

L’analyste en mobilité précise également que cette campagne sera menée « en parallèle » avec plusieurs autres actions entreprises par Équiterre pour lutter contre la prolifération des gros véhicules sur les routes de la province.

L’organisme a d’ailleurs lancé, en novembre dernier, une pétition pour exiger du gouvernement fédéral qu’il s’engage à interdire la publicité de tous les véhicules à combustion interne d’ici 2025.

Mais les différents ordres de gouvernement doivent d’abord reconnaître que la prolifération des camions légers est « un problème », martèle Andréanne Brazeau. « Une fois qu’on reconnaît que c’est un problème, on peut se pencher sur la situation », dit-elle.

Entre 1990 et 2019, les ventes de VUS et de camions légers ont augmenté de 284 %, tandis que les ventes de voitures ont diminué de 29 % dans la province, indique l’édition 2021 de l’État de l’énergie au Québec.

En savoir plus

  • 15

Nombre de VUS vendus pour chaque véhicule électrique en 2020 au Québec.

Source : Équiterre

55 %

Part de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec entre 2015 et 2019 qui est attribuable à la hausse du nombre de camions légers.

source : Équiterre

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Planète bleue, idées vertes Des limites sur la climatisation et le chauffage des bâtiments

PHOTO ALESSIA PIERDOMENICO, ARCHIVES BLOOMBERG

Vue de Rome, en Italie

L’Italie est en pleine « opération thermostat » visant à réduire la consommation énergétique de ses bâtiments. Devrait-on s’inspirer de cette initiative au Québec ?

Publié à 9h00

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Philippe Robitaille-Grou

Philippe Robitaille-Grou La Presse

Le gouvernement italien a interdit la climatisation sous la barre des 27 ℃ – et le chauffage au-dessus de 19 ℃ – dans ses bâtiments publics. Il envisage la mise en place de mesures similaires pour les bâtiments privés et les foyers.

Cette annonce a été faite dans un contexte de rationnement énergétique dû à l’invasion de l’Ukraine. L’Italie souhaite se défaire de sa dépendance en matière d’énergie envers la Russie, de qui elle importe près de 40 % de son gaz naturel. « Voulons-nous la paix ou voulons-nous allumer notre climatisation ? », a lancé le premier ministre de l’Italie, Mario Draghi.

PHOTO MARCO ALPOZZI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La Piazza del Campo dans la ville de Sienne, en Italie

Les restrictions italiennes permettront d’économiser de 2 à 4 milliards de mètres cubes de gaz en 2022, soit approximativement la consommation annuelle de 2,7 millions de maisons, selon le ministre de l’Administration publique, Renato Brunetta.

Les mesures ne s’appliqueront pas aux hôpitaux et aux maisons de retraite. Un écart de 2 ℃ par rapport aux limites sera également toléré.

Le cas du Québec

« Je ne suis pas surprise de voir apparaître ce genre de réglementation dans un contexte de rareté de sources d’approvisionnement causée par le conflit entre l’Ukraine et la Russie », affirme Andrée De Serres, professeure au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Je crois qu’on peut s’attendre à ce qu’il y ait un effet d’entraînement auprès d’autres gouvernements. »

Qu’en est-il du Québec ? « Je suis d’accord qu’on a tendance à surclimatiser nos bâtiments », avance Danielle Monfet, professeure et chercheuse au laboratoire de thermique et de science du bâtiment à l’École de technologie supérieure (ETS). « C’est sûr qu’une telle mesure ferait une différence. »

Près du tiers de la consommation totale d’énergie dans la province est attribuable au secteur du bâtiment, selon le plus récent rapport État de l’énergie au Québec. Au sein des secteurs commercial et institutionnel, 47 % de cette consommation provient du chauffage des locaux des bâtiments et 5 %, de la climatisation.

Les réalités québécoise et italienne sont toutefois bien distinctes, nuance Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal

Dans le cas de l’Italie, l’approvisionnement en gaz fait en sorte qu’il y a un argument géopolitique qui est très compréhensible par les Italiens. Au Québec, ce serait beaucoup plus difficile de faire comprendre cet argumentaire-là, parce qu’on a de l’hydroélectricité et on n’importe pas de la Russie.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal

Une approche similaire à celle de l’Italie n’est donc pas envisagée dans la province pour l’instant, explique Maxence Huard-Lefebvre, porte-parole d’Hydro-Québec. « On souhaite plutôt atteindre nos objectifs d’efficacité énergétique par l’entremise de programmes, par exemple celui pour des thermopompes efficaces. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le quartier Hochelaga-Maisonneuve et le centre-ville de Montréal

Pour des bâtiments plus performants

De l’avis d’Andrée De Serres et de Pierre-Olivier Pineau, la première action à faire au Québec serait de rendre obligatoire la divulgation des sources et des quantités d’énergie utilisées par les immeubles. Les propriétaires des bâtiments les moins performants seraient alors tenus d’améliorer leurs pratiques et infrastructures.

Plusieurs grandes métropoles ont instauré de telles réglementations pour leurs grands bâtiments, la grandeur étant calculée en matière de superficie ou du nombre de logements. Depuis septembre dernier, c’est le cas de Montréal, pionnier au Québec en la matière.

« Ce genre de mesure est incontournable, souligne Andrée De Serres. Et lorsque l’on n’atteint pas les objectifs avec des réglementations qui favorisent la divulgation, là, on peut passer à une autre étape avec des règlements et des lois plus contraignantes comme en Italie. »

Les moyens d’améliorer l’efficacité des bâtiments ne manquent pas, soutient Danielle Monfet. « On peut regarder l’enveloppe, le type de fenêtres, le type de murs, le type de toit ou encore les systèmes qu’on y installe. »

Pierre-Olivier Pineau donne l’exemple de bâtiments passifs, dans lesquels l’énergie apportée par les rayonnements solaires, les habitants et les équipements électroniques répond en partie ou en totalité aux besoins en chauffage. « Arriver à des températures confortables sans climatiser ou chauffer, c’est ça, l’idéal », croit le chercheur.

En savoir plus

    • 300 %

L’usage de la climatisation au Québec a bondi de 300 % entre 1990 et 2019.

SOURCE : édition 2022 de l’État de l’énergie au Québec

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Agence canadienne de l’eau Montréal doit accueillir le siège social, estime l’opposition

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, ARCHIVES LA PRESSE

Il y a trois ans, en 2019, le gouvernement Trudeau s’était engagé à créer une Agence canadienne de l’eau (ACE), qui travaillerait avec les provinces et territoires pour « trouver les meilleures façons d’assurer la salubrité, la propreté et la bonne gestion de notre eau ».

Montréal devrait-elle soumettre sa candidature pour accueillir le nouveau siège social de l’Agence canadienne de l’eau, qui doit voir le jour d’ici la fin de l’année ? L’opposition officielle croit que oui, et compte déposer une motion au prochain conseil municipal pour forcer les élus à se prononcer.

Publié à 12h16

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Henri Ouellette-Vézina

Henri Ouellette-Vézina La Presse

« L’eau fait partie de notre identité à Montréal, c’est dans notre ADN. Accueillir l’Agence canadienne de l’eau serait complémentaire à ce que nous faisons déjà et réaffirmerait l’important rôle que nous devons jouer comme métropole à ce niveau », affirme le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa.

Il y a trois ans, en 2019, le gouvernement Trudeau s’était engagé à créer une Agence canadienne de l’eau (ACE), qui travaillerait avec les provinces et territoires pour « trouver les meilleures façons d’assurer la salubrité, la propreté et la bonne gestion de notre eau ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Alan DeSousa

Dans un document de travail, les autorités fédérales indiquent que le Canada « dispose d’une réserve d’eau douce abondante », mais que « les changements locaux de la température et des précipitations peuvent avoir des répercussions sur les niveaux des eaux de surface et souterraines tout au long de l’année, et parfois donner lieu à des inondations ou à des sécheresses ».

Ottawa précise aussi que l’alimentation en eau dans les réserves « demeure une source de difficulté » pour plusieurs Premières Nations à travers le pays. Des dizaines de communautés à travers le Canada n’ont toujours pas accès à une source d’eau potable.

Montréal demeure prudente

Ensemble Montréal appelle donc l’administration Plante à « faire les représentations nécessaires » auprès d’Ottawa pour obtenir le siège social de la future ACE. Le parti déposera une motion pour débattre du dossier au prochain conseil municipal, prévu le 16 mai.

« Dans un contexte de changements climatiques, la gestion et l’amélioration de la qualité de l’eau deviendront des enjeux de plus en plus fondamentaux. […] L’implantation d’une telle agence aurait ainsi l’avantage de soutenir la métropole dans les enjeux qu’elle doit affronter, notamment en matière de gestion des crues printanières », insiste le parti.

Selon les élus de l’opposition, le laboratoire CREDEAU de Polytechnique Montréal et le CentrEAU, déjà rattaché au Cégep de Saint-Laurent, pourraient tous deux profiter de l’arrivée de l’ACE, en développant d’éventuels partenariats et en créant des emplois.

Joint par La Presse mardi, le cabinet de la mairesse Valérie Plante est demeuré prudent, refusant pour l’instant de se prononcer. « Nous débattrons de cette motion au prochain conseil municipal, la semaine prochaine », a simplement indiqué l’attachée de presse Alicia Dufour. « Les actions pour contrer les changements climatiques sont au cœur de nos décisions. Nous continuerons de travailler pour trouver des solutions et protéger notre eau, ressource d’une valeur inestimable », a-t-elle néanmoins ajouté.

À Gatineau, un quartier se chauffera grâce au papier


Photo: Alexis Riopel, Le Devoir
Aux étages inférieurs d’une des tours d’appartement de Zibi se trouve la salle mécanique, où de multiples tuyaux colorés transportent l’eau chaude provenant de l’usine Kruger, qui permet d’alimenter en chaleur le bâtiment.

Alexis Riopel
22 h 38

Un imposant projet de développement résidentiel et commercial prend forme à Gatineau et à Ottawa, sur les berges de la rivière des Outaouais. Ce quartier carboneutre, nommé Zibi, se chauffera grâce aux rejets thermiques d’une usine de pâtes et papiers. Visite sur le terrain.

Une cheminée crachote dans le ciel bleu. Non loin, des millions de litres d’eau chaude reposent dans un bassin de décantation afin de laisser se déposer les fibres qui souillent le liquide. Il n’y a pas si longtemps, l’eau usée de l’usine de pâtes et papiers de Kruger, à Gatineau, était renvoyée à la rivière après son traitement — et sa chaleur, gaspillée.

Mais depuis février dernier, cette précieuse énergie thermique n’est plus dilapidée. Des tuyaux se gorgent de la chaleur du bassin et la convoient un kilomètre plus loin, dans le quartier Zibi, un développement immobilier qui devrait héberger 5000 résidents et accueillir 6000 travailleurs d’ici une décennie.

« Nos tuyaux embrassent l’eau de l’usine de Kruger en hiver pour obtenir de la chaleur, et ils embrassent l’eau de la rivière en été pour obtenir du froid », explique Jeff Westeinde, président du groupe de promoteurs, à l’occasion de l’inauguration officielle mardi du « système énergétique du quartier » Zibi.

Ce système de chauffage et de climatisation fonctionne ainsi sans générer aucune émission et en consommant très peu d’électricité. Les nouveaux quartiers de ce type, qui comptent de hautes tours d’habitation, ont encore souvent recours au gaz naturel pour leur chauffage, surtout en Ontario.

Sur le chantier de construction, des grues s’activent. Les 14 hectares du projet, qui s’étendent de part et d’autre des chutes des Chaudières, en plein centre des villes jumelles de la rivière des Outaouais, ont longtemps été occupés par la compagnie forestière et papetière Domtar. Ils ont été rachetés en 2013 par les promoteurs.

Zibi signifie « eau » pour les Anichinabés qui fréquentaient le secteur bien avant les papetières. Mardi, l’aîné Peter Decontie de la Première Nation anishinabeg de Kitigan Zibi a procédé à une cérémonie et à une prière à l’occasion de l’inauguration du réseau de récupération de chaleur. Il a aspergé de fumée des députés, un maire et des gens d’affaires impliqués dans le projet.

Éviter l’électricité ontarienne

Des premiers locataires ont emménagé dans une tour d’appartements du projet en décembre dernier. Aux étages inférieurs du bâtiment, une panoplie de tuyaux colorés s’entrecroisent. C’est dans cette salle mécanique aux allures de glissades d’eau que la chaleur provenant de Kruger est extraite.

Le système énergétique de quartier de Zibi est une « bibitte spéciale » en raison de son chevauchement du Québec et de l’Ontario, explique Philippe Gauthier, ingénieur mécanique chez Eequinox, la firme responsable du volet thermique du projet. Pour atteindre la carboneutralité, les promoteurs ont voulu utiliser de l’électricité québécoise, plus propre, afin de faire fonctionner les accessoires nécessaires à la boucle de chaleur.

« On ne veut pas utiliser l’électricité de l’Ontario parce que leur réseau comprend de l’énergie nucléaire et aussi beaucoup de gaz naturel », lance carrément M. Westeinde par-delà le bruit des compresseurs. Or, les régies énergétiques ne permettent pas de faire passer du courant électrique d’une province à l’autre. Par contre, elles ne se soucient pas des courants d’eau chaude…

Deux « thermopompes géantes » fonctionnant à l’électricité québécoise permettent ainsi de « concentrer » l’énergie thermique de l’eau en provenance de Kruger : elle passe de 23 °C à 44 °C. Cette eau est ensuite suffisamment chaude pour alimenter un système de chauffage à l’air du côté ontarien.

Un modèle reproductible

Hydro-Québec financera jusqu’à hauteur de 4,8 millions de dollars les bâtiments du projet sur la rive nord de la rivière des Outaouais. Nancy Guénette, directrice du service et des ventes auprès de la clientèle d’affaires à Hydro-Québec, explique que cela s’inscrira dans les objectifs d’efficacité énergétique de la société d’État.

« Ce qui est extraordinaire avec ce projet, dit-elle, c’est qu’on parle d’un potentiel latent d’énergie. Ce n’est pas de l’énergie qu’on doit produire, transporter, distribuer : elle est déjà là. Ça nous permet d’économiser de précieux kilowattheures pour décarboner d’autres secteurs. »

Selon ses promoteurs, Zibi est le premier projet de valorisation de rejets thermiques à voir le jour dans une communauté « judicieusement planifiée » (master-planned community) en Amérique du Nord. Les systèmes de récupération alimentant des serres ou des parcs industriels sont plus communs.

L’équipement nécessaire pour le système thermique de Zibi coûte cher — selon M. Westeinde, l’installation de chaudières au gaz naturel aurait nécessité quatre fois moins d’investissements. Toutefois, à long terme, la récupération de rejets thermiques devrait se révéler un choix payant. L’entreprise travaille d’ailleurs à reproduire son modèle ailleurs au pays.

« Le système énergétique de quartier [de Zibi] établit un précédent important pour les autres municipalités canadiennes, en particulier celles qui maintiennent des aménagements au gaz », a remarqué Greg Fergus, le député libéral d’Hull-Aylmer à la Chambre des communes, qui était présent lors de l’inauguration.

Pour Kruger, l’intérêt de ce projet réside dans la réduction de son empreinte carbone grâce à la création de crédits compensatoires. Son usine de Gatineau, qui produit des papiers mouchoirs, carbure surtout au gaz naturel ; elle a émis plus de 50 000 tonnes de CO2 en 2020.

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Les grands arbres sont indispensables dans les grandes villes

Montreal, 17 October 2020: Locals enjoy the nice autumn weather in the Mont-Royal park. Photo: Istock/Marc Bruxelle

Alison Munson et Anaïs Paré - La Conversation

12 mai 2022 à 11h02 - Mis à jour 12 mai 2022 à 11h06 7 minutes de lecture

Alison Munson, co-titulaire de la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu (CRAUM) et Anaïs Paré, professionnelle de recherche pour la CRAUM, analysent les effets de la présence d’arbres dans les grandes villes au niveau de la santé physique et mentale des individus, mais aussi par rapport à l’environnement et à la régulation du climat.

Les arbres sont des éléments importants de notre paysage urbain. Avec plus de 50 % de la population mondiale vivant en ville, il serait inimaginable de se passer des nombreux services écosystémiques (les bénéfices aux résidents) qu’ils nous rendent.

Nous en avons bien eu la preuve dans les mois précédents lorsque les mesures sanitaires étaient des plus restrictives: les parcs urbains ont vu leur taux de fréquentation s’accentuer de façon faramineuse. Et ce n’est pas le fruit du hasard! La présence d’arbres a pour effet de favoriser la santé physique et mentale des individus, et c’est entre autres ce qui peut expliquer le fait que les citadins ont senti le besoin de se retrouver dans des espaces verdoyants.

De plus, les arbres que nous côtoyons chaque jour sur les terrains privés, dans les rues ou dans les parcs fournissent une multitude de bienfaits pour l’environnement et la régulation du climat, incluant l’atténuation de bruit en ville, la captation du carbone, et la contribution à l’infiltration plus lente de l’eau dans les sols.

Bien que l’ensemble du patrimoine arboré d’une ville joue un rôle sur la qualité et la quantité des services écosystémiques rendus, les arbres à l’échelle individuelle n’ont pas tous les mêmes caractéristiques, et donc n’ont pas tous la même capacité à livrer des services écosystémiques. Il est alors pertinent de se demander quels arbres sont les plus efficaces dans la livraison de ces bénéfices, pourquoi, et quelles pratiques d’aménagement permettraient de les favoriser.

Nous sommes membres de la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu de l’Université Laval, qui a pour objectif de trouver des solutions pour aider la survie à long terme des arbres dans les milieux urbains.

Quels arbres offrent le plus de bénéfices ?

De façon générale, les arbres de grande taille ont une meilleure capacité à stocker du carbone (donc, à capter le carbone de l’air pour réduire le CO2 dans l’atmosphère), à diminuer la pollution atmosphérique, et permettent d’éviter plus efficacement le ruissellement des eaux pluviales. En effet, les arbres ayant un diamètre de tronc plus grand ont une plus grande biomasse ligneuse (quantité de bois), ce qui leur permet de stocker davantage de carbone que les plus petits arbres. De la même manière, l’interception des précipitations et des polluants atmosphériques augmenterait avec la plus grande taille de la canopée (les cimes des arbres dominants) et la surface foliaire totale (surface totale de toutes les feuilles) associée à une plus grande taille. Les grands arbres sont donc généralement plus efficaces que les plus petits pour fournir ces services de régulation, indispensables en milieu urbain et surtout dans un contexte de changements climatiques.

L’inclusion d’essences d’arbres de grande taille dans les plantations amène également des avantages non négligeables sur le plan économique. Une étude relate que le bénéfice net annuel de la plantation d’essences d’arbres de grande taille est de 44 % supérieur à celui d’une essence d’arbre de taille moyenne, et de 92 % supérieur à celui d’un arbre de petite essence. De plus, selon cette même étude, il faudrait moins de cinq ans à partir du moment où l’arbre est planté pour que les avantages nets de ces arbres l’emportent sur les coûts nets. Ceci peut être expliqué notamment par le fait que les arbres de grande taille ont pour effet d’augmenter les prix de l’immobilier et les valeurs foncières des terrains où ils se trouvent, en plus de réduire les coûts énergétiques liés au chauffage et à la climatisation à travers la régulation du microclimat.

Toutefois, les espaces aériens ou souterrains disponibles en milieu urbain ne permettent pas toujours l’emploi d’arbres à grand déploiement. Dans ces conditions, des arbres de plus petites tailles peuvent aussi apporter une contribution intéressante.

Comment aménager nos forêts urbaines de façon optimale ?

Tel que mentionné plus tôt, les arbres de grande taille jouent un rôle capital dans la livraison de services écosystémiques. Mais la capacité à livrer ces services est conditionnelle à une chose : les arbres doivent être en bon état ! Ceux qui sont en mauvais état auront une moins grande capacité à fournir des services écosystémiques, puisque les mauvaises conditions entravent la croissance, ralentissent la séquestration du carbone et peuvent également conduire à un dépérissement de la canopée.

En milieu urbain, il n’est pas rare de constater des milieux hostiles qui pourraient faire obstacle à la croissance et au bon développement des arbres. Le manque d’espace pour le système racinaire, la compaction du sol, l’humidité limitée du sol, l’emploi de sels de déglaçage et la pollution de l’air représentent des défis pour la survie de jeunes plantations. De ce fait, plusieurs pratiques d’aménagement favorables à la croissance et au développement des arbres existent. En voici quelques exemples :

  1. Choisir le bon arbre au bon endroit. Certaines essences d’arbres seront plus adaptées à certains climats, ou plus tolérantes que d’autres à des quantités limitées d’espace, par exemple. Plusieurs guides pour dicter les choix de plantation en fonction des caractéristiques du milieu existent.
  2. Éviter un élagage trop fréquent des grands arbres qui aurait pour effet de diminuer significativement la surface foliaire et la biomasse ligneuse des individus. Une des clés pour réduire le besoin d’élagage est notamment de choisir une espèce d’arbre adaptée à un endroit donné.
  3. Reconnaître officiellement la valeur des services écosystémiques rendus par les grands arbres pour introduire des politiques qui soutiendraient la conservation de ceux-ci.

L’importance de poser des actions concrètes

Même s’il a été souligné que les arbres de grande taille étaient généralement plus efficaces que les plus petits pour générer certains services écosystémiques, dans un contexte où le climat est changeant et où la résilience des forêts est primordiale, il importe de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier et de ne pas uniquement planter des essences d’arbres à grand déploiement.

D’ailleurs, à l’échelle d’une forêt, les caractéristiques qui sont corrélées positivement avec la production de services écosystémiques sont notamment l’hétérogénéité verticale (le nombre de strates de la végétation, en allant des herbacées aux arbres dominants) et la richesse en espèces arbustives, qui est le nombre de différentes espèces présentes.

Finalement, ce qu’il faut surtout retenir, c’est que les grands arbres sont extrêmement importants, et que nous sommes gagnants à déployer des efforts pour la préservation de ceux-ci. De plus, la plantation d’essences d’arbres de grande taille devrait être encouragée, puisqu’on remarque souvent dans les villes une tendance à planter des essences de petite envergure. Ainsi, des actions concrètes peuvent être posées dès aujourd’hui pour tirer profit au maximum des arbres urbains maintenant et à long terme.

Alison Munson
Écologie forestière, écologie urbaine, sols urbains, Université Laval

Anaïs Paré
Professionnelle de recherche pour la Chaire de recherche sur l’arbre urbain et son milieu (CRAUM) de l’Université Laval

La Conversation

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Même les petits gestes comptent, moins de plastique fabriqué (donc moins de pétrole) et moins de plastique dans l’environnement.


Des attaches à pain en carton sur les tablettes

Nicolas Hamel et les nouvelles attaches à pain faites de carton.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Radio-Canada

hier à 20 h 08

Des attaches à pain en carton commencent à faire leur entrée sur les tablettes. Systèmes KLR, de Saint-Pie, a en effet décidé de troquer le plastique pour du carton recyclé.

L’entreprise située en Montérégie produit des millions d’attaches à pain par année avec des billes de plastique. Ces attaches ne sont cependant pas recyclées après l’utilisation.

Tout le plastique qu’on produit ici va se retrouver dans les sites d’enfouissement, souligne Nicolas Hamel, le président de Systèmes KLR.

Il constate que malgré la taille modeste d’une attache, la quantité de plastique qui entre à l’usine est non négligeable.

« Ce qui m’a frappé, c’est de voir des camions chaque deux ou trois semaines, des 53 pieds pleins de plastique. »

— Une citation de Nicolas Hamel, président de Systèmes KLR

Il a donc décidé d’agir pour l’environnement et de développer un nouveau type d’attaches en carton recyclé.

En plus d’être recyclables, si jamais par mégarde elle finit, si on la met dans la poubelle, c’est déjà moins pire, car c’est compostable, remarque-t-il.

Deux lignes de productions produisent maintenant de 4 à 5 millions d’attaches en carton par jour.

« 32 éléphants adultes » de plastique

L’entreprise Bimbo, qui produit notamment les pains Pom, Bon Matin et Villaggio, a adopté ces nouvelles attaches. Elles font graduellement leur entrée sur les tablettes.

Les attaches à pain qu’on vient de lancer dans le marché vont nous permettre de réduire notre utilisation de plastique à usage unique de plus de 200 tonnes par année, ce qui peut représenter l’équivalent de 32 éléphants adultes, souligne la conseillère en communications de Bimbo Canada Laurence Vallerand.

Ce n’est cependant pas facile de convaincre toutes les entreprises d’amorcer le virage vert, indique Nicolas Hamel.

Il y a beaucoup de travail de convaincre les gens de changer leurs habitudes. Il faut comprendre que les gens, les opérateurs, les mécaniciens dans les usines travaillent avec cet équipement-là depuis 30, 40, 50 ans qu’ils travaillent de la même façon avec le même équipement. Ça fait longtemps que ça existe, les attaches à pain au Canada, remarque-t-il.

Pourtant, la durabilité du plastique, qui prend des centaines d’années à se décomposer, semble peu pertinente pour du pain, constate M. Hamel.

« Le pain a une durée de vie très courte. On ne s’attend pas à utiliser ce produit-là pendant quatre ans. »

— Une citation de Nicolas Hamel, président de Systèmes KLR

Le Conseil régional de l’Environnement de l’Estrie salue l’initiative.

Je pense que les entreprises vont commencer à poser des gestes comme ça, car l’image d’avoir des pratiques environnementales, je pense que c’est quelque chose qui devient de plus en plus populaire, heureusement. Espérons que ce sera plus qu’une tendance, et que ça va rester dans le temps, avance Jacinthe Caron, la directrice générale de l’organisme.

Il y a encore place à l’amélioration, croit-elle cependant. Les attaches à pain, c’est un objet à usage unique, on ne le réutilise pas. Un jour, on inventera peut-être une attache à pain qu’on peut réutiliser, mais c’est une autre histoire

Reste à voir si d’autres géants du pain choisiront à leur tour le carton.

Avec les informations de Thomas Deshaies

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Javais justement remarqué que deux de mes pains cette semaine avaient ces attaches en carton. On s’est dit qu’il était temps!

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