Société

Il n’est même pas 19 h et le bar est presque rempli. La majorité des clients semblent avoir 30 ans ou moins, mais j’aperçois aussi quelques têtes blanches. Les gens sont excités, la danse en ligne va bientôt commencer.

Publié hier à 16h30

« Ça fait 15 ans que j’ouvre des bars et je n’ai jamais vu un engouement comme ça », m’avait prévenu Anthoni Jodoin, fondateur du Spaghetti Western.

Résumé

Les vertus insoupçonnées de la danse en ligne

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Le bar Spaghetti Western offre des soirées de danse en ligne.


Rose-Aimée Automne T. Morin
Rose-Aimée Automne T. Morin Collaboration spéciale

Il n’est même pas 19 h et le bar est presque rempli. La majorité des clients semblent avoir 30 ans ou moins, mais j’aperçois aussi quelques têtes blanches. Les gens sont excités, la danse en ligne va bientôt commencer.

Publié hier à 16h30

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« Ça fait 15 ans que j’ouvre des bars et je n’ai jamais vu un engouement comme ça », m’avait prévenu Anthoni Jodoin, fondateur du Spaghetti Western.

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J’avoue être étonnée par l’ampleur et la mixité de la faune. Il y a quelques chapeaux de cowboy, mais également un chandail du Canadien et beaucoup de chemises donnant envie d’écouter Nirvana. Aussi bigarré soit-il, tout ce beau monde est rassemblé par le même amour du country sur la Plaza Saint-Hubert, à Montréal.

Évidemment, les Québécois adorent leur country. Pourtant, cette culture ne me semblait pas très représentée dans la métropole. J’ai senti que les choses changeaient quand j’ai remarqué de plus en plus d’adolescents avec des bottes de cowboy aux pieds…

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Kathy Maguire (au centre) offre les cours de danse.

Anthoni Jodoin me le confirme : « Il y a un zeitgeist chez les jeunes, depuis un an ou deux ! » On peut penser au virage country de Beyoncé, mais également au rappeur Lil Nas X et sa collaboration avec Billy Ray Cyrus, ou encore à la nouvelle collection western imaginée par le producteur Pharrell Williams. Le festival de musique country Lasso Montréal, tenu depuis 2022, y compte aussi pour beaucoup, croit l’entrepreneur.

Katerine et Jessica, 28 ans, en sont comme moi à leur premier cours de danse en ligne. Elles se lancent parce que le country est leur genre de prédilection depuis qu’elles ont assisté au festival Lasso, justement. Sont-elles nerveuses ?

« Pas du tout. Toi ? »

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Le cours se poursuit.

Oh, absolument. J’ai demandé à une amie de venir en renfort. Amélie, comme moi préoccupée par son manque de coordination, a pensé me faire faux bond. On est volontaires, mais on craint de ne pas être à notre place…

« C’est super inclusif, tout le monde est accepté ! », m’avait pourtant affirmé Catherine Lefrançois.

J’avais appelé la musicologue et musicienne quelques jours plus tôt. Elle est autrice d’une maîtrise et d’une thèse portant sur l’histoire du country au Québec, mais c’est en tant que simple citoyenne, avait-elle précisé, qu’elle me soumettait une théorie quant à la popularité de la danse en ligne. « Mon impression, c’est que depuis la pandémie, les gens ont soif de participer à des manifestations culturelles où ils ne sont pas passifs. »

À Québec, l’organisme ès TRAD organise des soirées de danse traditionnelle et c’est tout le temps plein, alors qu’il y a des salles vides au théâtre et que des diffuseurs travaillent fort pour faire du développement de public.

Catherine Lefrançois, musicologue et musicienne

Et quelle communauté rejoint-on quand c’est le country qu’on adopte ?

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Pas besoin de savoir danser pour passer un bon moment !

« Le discours conventionnel sur la musique country, c’est que c’est authentique, m’avait répondu Catherine Lefrançois. Je trouve que ça ne veut pas dire grand-chose. Ozzy Osbourne est aussi authentique que Willy Lamothe ! On parle souvent d’une musique simple, aussi. Mais pour moi, c’est plutôt de la musique très sentimentale. Les artistes expriment beaucoup de vulnérabilité et d’émotions. Il y a quelque chose de profond qui touche la personne qui écoute. Puis il y a tout un réseau de festivals western où les gens se rassemblent pour l’ambiance festive. »

Émotions vives et fête, c’est noté.

« Pas besoin de savoir danser, juste besoin d’avoir du fun ! », me lance d’ailleurs Eve-Marie, entre deux gorgées de bière. La femme de 22 ans vient danser chaque semaine depuis l’ouverture du Spaghetti Western, en octobre dernier. « C’est parce que j’adore Kathy ! »

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Kathy Maguire

Kathy Maguire, c’est la prof qui porte un magnifique ensemble 100 % denim. Celle qui a grandi dans une ferme en Beauce enseigne la danse depuis quatre ans, tout en poursuivant une carrière d’artiste de cirque. Elle planche d’ailleurs sur un spectacle solo : Babydoll, un western féministe. Pour elle, la pratique de la danse en ligne et le respect des femmes vont de pair : « Tu peux danser et partager un vocabulaire commun sans contact. Les filles savent qu’elles sont en sécurité dans mes cours. »

Pas étonnant qu’à 19 h, le plancher de danse se remplisse donc à 90 % de femmes.

Kathy lance le cours en rappelant l’étiquette de la piste : « On a du plaisir et si on accroche quelqu’un, on lui fait un high-five. »

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Le country propose toujours une ambiance festive.

Puis, elle nous enseigne une première chorégraphie en décortiquant ses 32 temps. Ou, du moins, elle tente de le faire. Amélie et moi sommes souvent à contresens de la foule. Je comprends assez peu le charleston, le rock step est mon maillon faible et ne me parlez même pas du shuffle… Mes voisines et moi, on se tape dans les mains parce qu’on se pile sur les pieds ou parce qu’on réussit un enchaînement. On est dans le même bateau.

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Notre collaboratrice Rose-Aimé Automne T. Morin

Trente minutes plus tard, Kathy Maguire s’attaque à une seconde chorégraphie. Bingo ! J’enfile cette fois les pas avec aisance (et je les répéterai le lendemain, seule dans mon salon).

Une émotion inattendue se révèle : je suis frustrée parce que je n’ai pas assez d’espace pour donner toute l’amplitude voulue à mes mouvements ! Le bar est victime de son succès, ce qui est un sacré beau défaut.

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Le Spaghetti Western est situé Plaza Saint-Hubert.

« Je comprends vraiment pourquoi les gens aiment ça », glisse mon amie avec le toupet frisé d’humidité. (Il fait très chaud.) C’est clair pour moi aussi.

Une réflexion de la musicologue Catherine Lefrançois me revient en tête : « C’est populaire, le country ! Pourtant, depuis les débuts de la commercialisation de cette musique au Québec, quand on en parle, c’est toujours avec le ton de l’étonnement… Comme si on niait l’importance culturelle de ce genre musical. »

Coupable.

Mais je vous jure que j’ai changé.

Les cours de danse en ligne du bar Spaghetti Western ont lieu tous les jeudis et dimanches à 19 h et à 20 h, au coût de 5 $.

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C’est pour cela qu’on aime bien la Plaza Saint-Hubert. Elle réussi toujours à nous surprendre de façon inusitée et inattendue. Elle se fout de passer pour kitsch en sortant résolument des sentiers battus et en offrant quelque chose de fort différent mais toujours dans un cadre accessible et populaire.

La Plaza Saint-Hubert est vraiment un cas à part car elle a toujours été supportée par les gens du quartier et a évolué à sa manière sans l’intervention des grosses entreprises commerciales qui contrôlent en partie les centres commerciaux un peu partout à Montréal. Ici c’est le milieu d’affaires (les indépendants) et les consommateurs qui mènent la barque, en s’ajustant tant bien que mal aux cycles économiques avec des hauts et des bas qui obligent les commerçants à un ajustement continu.

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Des patients de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill deviennent ces jours-ci les premiers au monde à participer à un essai clinique multicentrique pour évaluer l’efficacité d’un isotope radioactif utilisé dans le traitement du cancer de la prostate métastatique.
Publié le 11 avril à 11h48

Résumé

Première mondiale Un essai clinique contre le cancer de la prostate à Montréal

PHOTO DENIS GERMAIN, ARCHIVES LA PRESSE

Le Centre universitaire de santé McGill

Des patients de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill deviennent ces jours-ci les premiers au monde à participer à un essai clinique multicentrique pour évaluer l’efficacité d’un isotope radioactif utilisé dans le traitement du cancer de la prostate métastatique.

Publié hier à 11h48

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Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

Un premier patient a été traité mercredi et un deuxième doit l’être jeudi, a confié le docteur Ramy Saleh, qui est oncologue médical au Centre du cancer des Cèdres du CUSM et directeur médical de l’oncologie au Centre de médecine innovatrice de l’IR-CUSM.

« C’était incroyable d’avoir le premier patient hier (mercredi), il a très bien fait, aucun effet secondaire », a dit le docteur Saleh.

L’essai clinique porte sur l’actinium-225, dont la fonction est de cibler l’antigène membranaire spécifique de la prostate (PSMA).

Cet antigène, a-t-on expliqué par voie de communiqué, se retrouve chez plus de huit patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique sur dix. Le PSMA s’exprime fortement dans les cellules tumorales de la prostate, mais est très peu présent dans le reste de l’organisme.

L’actinium-225 se fixe donc aux récepteurs du PSMA ; repère les cellules cancéreuses ; et émet des radiations qui les détruisent en détruisant leurs brins d’ADN.

Ce mode d’action ciblé aurait en plus l’avantage d’épargner les organes sains.

Ce n’est qu’au cours des dernières années qu’on a réalisé que la médecine nucléaire a un rôle à jouer dans le traitement du cancer de la prostate, a dit le docteur Saleh.

L’actinium-225, a-t-il souligné, « ce n’est pas de la chimiothérapie ».

« On espère vraiment que ça va augmenter la qualité et la quantité de vie des patients, a déclaré le docteur Saleh. Techniquement, c’est un traitement qui est beaucoup plus ciblé que les traitements qui sont standards (la chimio). La chimio va détruire les bonnes et les mauvaises cellules partout, mais là, c’est beaucoup plus ciblé. »

Logiquement, a-t-il ajouté, le traitement devrait permettre d’éviter les effets secondaires indésirables et trop bien connus de la chimiothérapie, comme la perte de cheveux et les nausées.

Le traitement expérimental sera administré par injection intraveineuse à 50 patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique résistant à la castration ou biochimiquement récurrent, pour qui les traitements conventionnels n’ont pas fonctionné.

Le but de l’essai clinique est d’évaluer la capacité du médicament à agir sans entraîner d’effets indésirables et celle du sujet à supporter les effets indésirables.

Les premiers résultats ne seront dévoilés que dans quelques années.

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Je viens de tomber sur ce post X et ça permet de se rappeler qu’on est quand même très bien au Québec.
Bien sûr il y a toujours de quoi à améliorer.
https://twitter.com/amazingmap/status/1780357963233775923?t=mEqqGfGtVZraNHbQIuw5ag&s=19

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Quand on pense que les États-Unis ont plus d’armes en circulation dans le milieu civil que d’habitants. On ne peut s’étonner de la violence et des centaines de milliers de morts causées par ce fléau destructeur annuellement. Derrière tout ça une industrie qui s’enrichit à coup de milliard en vendant des armes à tout venant.

Malheureusement ce n’est pas demain que les choses vont s’améliorer, car le puisant lobby des armes (NRA) n’est pas près de lâcher le pactole au nom d’un amendement qui date de 2 siècles et demi, du temps où la société américaine n’avait pas encore de système de justice organisé après sa guerre d’indépendance.

Effectivement concernant les États-Unis, ce qui me marquait encore plus, c’est comment on se distinguait aussi des autres provinces canadiennes. Je serais curieux de savoir pourquoi. J’emmet l’hypothèse loufoque que puisse qu’on est une minorité francophone dans un continent d’anglophone, inconsciemment on fait moins d’acte de violence entre-nous pour conserver notre poids démographique.

dans le Devoir

Historiquement les québécois ont toujours été plus tolérants et pacifiques que le reste du pays et du continent. Déjà à l’époque de la colonie française nous avons essayé de nous associer pacifiquement avec les autochtones du temps de Champlain notamment. Je crois que c’est culturel avant tout: les espagnols lors de la Conquête les éliminaient, les anglos les parquaient et nous on les mariait.

Ça va aussi avec nos traits de caractère individuels et collectifs, notre joie de vivre naturelle, notre humour populaire, nos grands rassemblements tel les festivals, notre façon de faire de la politique, nos créateurs artistiques, notre société plus égalitaire et davantage sociale-démocrate. Enfin notre esprit d’accueil et ouverture au monde, dont les grands événements Expo 67 et les Jeux Olympiques sont nos plus beaux témoignages.

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Il y a une nuance importante à apporter à ce propos. Ça dépend quand, et avec qui. Si on parle fin XIXe et début XXe, absolument pas, juif, irlandais, chinois, etc, on était pas si différend des autres, si non pire. Si on parle de XVIIe et XVIIIe, c’est variable si on parle de ‘‘tolérance’’ ou simplement de la force des choses. Plusieurs historiens vont reconnaître que les français avait une approche plus ‘‘douce’’ envers les autochtones, mais associer cela à la tolérance serait une erreur, plutôt qu’on avait pas le choix. Je tiens à rappeler que seul les catholiques étaient admis dans la colonie.

Il faut faire attention quand on commence à parler que ‘‘tel nation est plus si ou ça que les autres’’, on peut tomber dans des généralisations faciles. C’est une erreur de dire que les Québécois sont en général plus racistes que les autres, dire l’inverse serait tout aussi une erreur. La réalité est souvent beaucoup plus complexe. On peut lire des sources du XIXe siècle qui disent que les noirs devraient être traité à part égal avec les blancs, l’inverse se lit de nos jours aussi, par exemple.

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Bien sûr que ce sont des généralités qui mettent en perspectives d’autres généralités, tandis que la réalité sur le terrain n’a jamais cessé d’évoluer selon les contextes du moment.

L’histoire locale est vraiment révélatrice sur le sujet où l’intolérance dominait à certaines époques, entendu au final qu’on est bien davantage dans la perception que dans l’étude scientifique.

Une chose demeure, le Québec est aujourd’hui plus accueillant et plus réceptif (même dans les régions) parce que nous avons réalisé que faute de remplacement par les naissances, dans les circonstances les nouveaux arrivants deviennent une réponse souhaitable à notre faible croissance démographique. En plus nos criants besoins de main-d’oeuvre dans l’économie québécoise (toutes régions confondues) nous imposent cette ouverture à plus d’immigration.

C’est un fait assez bien documenté dans le monde, je pense notamment aux favelas, que quand le milieu se prend en main il réussit à diminuer notablement la délinquance et la criminalité, en redonnant espoir aux jeunes.

Résumé

Saint-Léonard Un vent d’espoir pour balayer la délinquance

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Toutes les semaines, la salle prêtée par la Maison des jeunes de Saint-Léonard se mue en salon de barbier.

« Il faut leur faire comprendre qu’il y a autre chose que la rue. » D’émissions balados à un tournoi de soccer, à Saint-Léonard, des activités de toutes sortes sont organisées par les intervenants communautaires pour les jeunes du quartier. Des projets motivés par une volonté d’accompagnement, pour éviter que ces jeunes ne sombrent dans la criminalité.

Publié à 1h55 Mis à jour à 5h00

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Esther Dabert Collaboration spéciale

À la Maison des jeunes de Saint-Léonard, la coordonnatrice Gabriela accueille les jeunes venus profiter d’un après-midi de fin de semaine pour jouer à la Playstation, au UNO, ou juste pour discuter avec leurs amis.

C’est ici qu’avaient l’habitude de se rendre deux jeunes du quartier âgés de 14 et 16 ans, morts deux semaines plus tôt après avoir tiré aux petites heures en direction de deux automobilistes, dans Rosemont–La Petite-Patrie1. Leur voiture avait été retrouvée encastrée dans un arbre. Plusieurs éléments portent à croire que l’un d’eux était affilié à un gang.

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Gabriela, coordonnatrice à la Maison des jeunes de Saint-Léonard

Un évènement qui témoigne d’une augmentation de la criminalité à laquelle le quartier de Saint-Léonard fait face depuis plusieurs années. À la suite de l’assassinat d’une adolescente de 15 ans, Meriem Boundaoui, en 2021, l’arrondissement avait annoncé la mise en place d’un plan de lutte contre la violence, notamment grâce au financement d’activités communautaires. La Presse s’est rendue à l’une d’elles.

« Venez comme vous êtes »

Ce cadre convivial dans lequel se retrouvent des jeunes âgés de 10 à 24 ans est le fruit du projet Évasion de l’organisme DOD Basketball. Il propose de nombreuses activités variées pour les jeunes de Saint-Léonard comme du soccer ou des ateliers de sensibilisation. « Il y a des activités organisées dans le quartier, mais il y a beaucoup de choses que les jeunes n’ont pas le droit d’y faire comme de parler comme ils le font. Ici, c’est plus : venez comme vous êtes », explique la coordonnatrice.

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« On est venus pour se faire couper les cheveux, mais aussi pour l’ambiance. Ça nous occupe », raconte un jeune rencontré par La Presse.

Installés dans leur fauteuil, trois jeunes s’efforcent de rester immobiles pendant que des barbiers s’affairent à réaliser dégradés, tresses, et autres coupes et coiffures en tout genre. Comme tous les dimanches, la salle prêtée par la Maison des jeunes de Saint-Léonard se mue en salon de barbier, une activité à laquelle Yani et Dany n’ont pas manqué de s’inscrire. « On est venus pour se faire couper les cheveux, mais aussi pour l’ambiance. Ça nous occupe », raconte le premier, âgé de 16 ans.

Faciliter les échanges

Déambulant de groupe en groupe, attrapant parfois une raquette de tennis de table, l’agent pivot Benjamin Dixon est l’un des piliers du projet.

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L’agent pivot Benjamin Dixon

Notre objectif, c’est de créer un lien de confiance avec eux pour qu’ils préfèrent passer leur temps avec nous plutôt que de traîner dehors à faire des mauvais coups.

L’agent pivot Benjamin Dixon

Afin de faciliter cet échange, DOD Basketball a son secret : des intervenants qui ressemblent aux jeunes. C’est ce dont se réjouit Yanis, 13 ans : « Ce sont de jeunes adultes, c’est plus facile de communiquer avec eux, ils nous ressemblent. Ils nous parlent de leur parcours et ils nous disent les erreurs à ne pas faire. »

Mazz tient plusieurs salons de barbier à Saint-Léonard ; c’est lui qui propose ses services au projet Évasion. Un partenariat motivé par une envie d’aider les jeunes de sa communauté. « C’est dur de trouver quelqu’un qui va les écouter, les aider, c’est pour ça que nous, on est là, pour leur montrer qu’il y a encore du beau monde », décrit-il.

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Mazz, Léonardois d’origine, propose ses services au projet Évasion.

Pour ce Léonardois d’origine, l’image renvoyée est importante. « Je veux que le monde me connaisse pour ce que je suis capable de faire et qu’on me voie comme un exemple, pour se dire : “si lui, il est capable de le faire, alors moi aussi”. » Mazz ne cache d’ailleurs pas le fait que son travail a déjà inspiré de nombreux jeunes, avides de conseils.

Lever les tabous

Mais la mission du projet Évasion, c’est également d’aider les jeunes à s’exprimer sur des sujets souvent tabous au sein du foyer ou des groupes d’amis. C’est pour répondre à ce problème que le membre du Conseil jeunesse de Saint-Léonard Albano Souhail a eu une idée : l’enregistrement d’une balado.

On a voulu créer une plateforme pour la jeunesse, pour qu’elle puisse exprimer ses idées.

Albano Souhail, membre du Conseil jeunesse de Saint-Léonard

Plusieurs thèmes ont déjà été abordés durant ce projet en quatre épisodes, comme la réussite, les relations amicales, familiales et amoureuses, ou encore les pistes de solution pour sortir de la délinquance. « On voulait vraiment choisir des thèmes qui sont importants pour les jeunes, quelque chose dont ils parlent entre eux », détaille Albano Souhail. Pour chaque épisode, un membre du Conseil jeunesse se charge de l’animation, et un intervenant d’un organisme de Saint-Léonard vient échanger avec les jeunes.

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Partie de baby-foot à la Maison des jeunes de Saint-Léonard

En ce dimanche après-midi, c’est l’entrepreneuriat et le rapport à l’argent qui seront au cœur de l’échange, un épisode auquel Yanis est impatient de participer.

Des risques réels

Walner est intervenant pour DOD Basketball, mais également coordinateur des travaux communautaires effectués par les jeunes du quartier ; deux casquettes très complémentaires selon lui. « On crée des liens avec les jeunes qui font des heures de travaux communautaires avec nous. On les pousse à venir aux activités. Parfois, on arrive même à leur trouver un emploi. »

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Walner, intervenant pour DOD Basketball

Pourtant, le dénouement n’est pas toujours si heureux, les dernières semaines ne sauraient mieux le rappeler. « Ces deux jeunes [qui sont morts], on les connaissait bien, ils venaient à nos activités, témoigne-t-il. On sait qu’ils étaient intelligents. On a essayé de parler avec eux, de discuter de tout et de rien, mais c’est sûr qu’il y a certaines choses qu’on a pu manquer. »

« Je trouve ça triste parce que [l’un des jeunes], j’étais censé le voir jeudi, le jour où il est décédé, mais il n’est pas venu. Le lendemain, j’ai su ce qu’il s’était passé. »

Pour beaucoup, la délinquance est également un moyen de fuir le foyer, où le dialogue est parfois rompu avec les parents. Avec son projet, c’est un lieu d’évasion, sécurisé et attentif, que DOD Basketball se donne pour mission d’offrir aux jeunes.

1. Lisez « Coups de feu à Montréal : les deux adolescents suspects pourraient avoir agi dans le cadre d’une initiation »

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