Société

La dure réalité du Village gai

Yannick Brouillette a choisi minutieusement ses mots. Mais en même temps, j’ai bien senti qu’il en avait gros sur le cœur.

Publié le 9 novembre 2020 à 6h00 https://www.lapresse.ca/actualites/2020-11-09/la-dure-realite-du-village-gai.php

Mario GirardMario Girard
La Presse

Le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Village Montréal n’a rien contre le projet de conversion de l’Hôtel Place Dupuis (ancien Hôtel Gouverneur) en refuge pour sans-abri. Mais il veut s’assurer que tous les éléments soient réunis pour accueillir ce centre temporaire.

« Nous avons été prévenus de l’annonce de ce projet [le 29 octobre] une heure avant que ça ne soit fait, dit-il. Ça aurait été bien qu’on puisse s’exprimer et donner notre point de vue. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Depuis mardi dernier, l’Hôtel Place Dupuis met à la disposition des personnes en situation d’itinérance un nombre de chambres pouvant accueillir au total 380 personnes.

Mercredi, la SDC Village Montréal a fait parvenir une lettre au ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. « Les 255 commerçant.e.s du Village comprennent que les personnes en situation de marginalité doivent être aidées pour qu’ensemble on en ressorte tous plus dignes. Mais il y a urgence de retrouver un sentiment de sécurité dans le Village. »

Ce quartier, autrefois symbole de fête et de vie nocturne débridée, fait face à de gros défis sociaux et économiques. Le Village est devenu l’un des centres de Montréal où l’on retrouve une concentration de gens aux prises avec des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale. Très souvent les deux.

La portion de la rue Sainte-Catherine entre Saint-Hubert et Atateken offre un tableau désolant. Quand on y passe, on n’a pas tellement envie de s’y attarder.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Yannick Brouillette

Nous avons eu un été particulièrement difficile avec la création d’un centre d’aide de jour dans le parc Émilie-Gamelin. Depuis la fermeture de ce centre, on se disait que ça allait se calmer. Mais rien n’est moins sûr.

Yannick Brouillette, directeur général de la SDC Village Montréal

Depuis mardi dernier, l’Hôtel Place Dupuis met à la disposition des personnes en situation d’itinérance un nombre de chambres pouvant accueillir au total 380 personnes. La direction de l’établissement profite de travaux de rénovation sur divers étages pour mener ce projet de concert avec la Mission Bon Accueil.

Les commerçants du Village craignent que ce refuge (uniquement accessible à la tombée du jour) continue de susciter une forte densité de gens en situation de vulnérabilité.

Il suffit de discuter avec les commerçants (comme je l’ai fait jeudi) pour prendre conscience de la dure réalité qui s’offre à eux au quotidien. Trafic de drogue, affrontements violents, épisodes psychotiques ou liés à des surdoses, squat dans des entrées de commerces, déjections humaines, consommation de crack au vu de tous, interventions policières nombreuses : voilà ce à quoi les résidants et les propriétaires de commerces de ce quartier ont droit.

« Mardi, on a vu cinq voitures de police arriver, m’a raconté le gérant d’une boutique. Ils ont interrogé un gars pendant une heure avant de le relâcher. »

« Quand il y a des policiers, il y en a qui entrent dans notre magasin pour faire leur passe de drogue », m’a confié un autre commerçant.

« Quand on fermait le magasin à 21 h les jeudis et vendredis, le patron interdisait que deux filles seules assurent la fermeture, m’a raconté une jeune employée. Et il fallait qu’un collègue masculin nous accompagne au métro ou à la voiture. »

Ce sentiment d’insécurité, il s’est installé aussi chez les visiteurs, qui sont de moins en moins nombreux à venir dans le Village.

« Ce climat est l’une des causes qui expliquent que le quartier est moins fréquenté », dit Yannick Brouillette. Ce dernier tient à rappeler que le Village reçoit chaque année environ 1,4 million de visiteurs.

Yannick Brouillette réclame un meilleur encadrement de la clientèle pour éviter les débordements dans le quartier. « On fait face à de la grosse misère humaine, dit-il. Ces gens ont besoin d’aide, de psychologues, de travailleurs sociaux. À cet égard, le projet de l’Hôtel Place Dupuis est incomplet. »

Je comprends le désarroi de la SDC Village Montréal, mais en même temps, la Ville de Montréal a voulu réagir rapidement avant l’arrivée de l’hiver. Le contraire aurait été décevant.

Face aux inquiétudes des commerçants, la mairesse Valérie Plante a promis qu’on allait maintenant mettre sur pied un plan d’intervention et de cohabitation sociale.

Une réunion avec les différents partenaires (CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Service de police de la Ville de Montréal, arrondissement de Ville-Marie, SDC, etc.) a eu lieu jeudi après-midi. Ce plan d’intervention doit être présenté la semaine prochaine.

Le problème de l’itinérance a pris des proportions énormes à Montréal. Il a des ramifications complexes. On ne sait plus par quel bout le prendre. Le contexte de la pandémie complique les choses.

Pour le moment, on a l’impression qu’on ne fait qu’appliquer des diachylons à gauche et à droite.

Un exemple de cela ? Alors que je rencontrais des membres du projet Colibri dans l’ancienne gare d’autobus de Montréal, au début d’octobre, j’ai été témoin d’une importante intervention pour déloger des sans-abri qui occupaient trois tentes installées sous les auvents.

Cela a nécessité la présence d’une quinzaine de personnes (policiers, travailleurs sociaux, représentants d’organismes communautaires, spécialistes de la médiation sociale, travailleurs de la Ville, etc.).

Je suis retourné à cet endroit jeudi. Il y avait trois fois plus de tentes.

Des diachylons, que je vous dis.

Si les candidats aux prochaines élections municipales à Montréal ont du mal à déterminer certaines priorités, qu’ils aillent faire un tour dans le Village. Ils auront un bon exemple de la terrible misère qui règne dans certains quartiers de la ville.

Tellement une question délicate… D’une part on a pas le choix d’aider ces gens là, on a pas le choix de les tolérer parce qu’ils n’ont aucun autre endroit où aller et ils ont besoin de soins et de services.
D’autre part, je comprends les commerçants et les habitants du Village d’être tannés. C’est déplaisant, c’est stressant, c’est angoissant d’aller au IGA ou au Jean-Coutu et de se faire crier des affaires bord en bord de la rue. Pour habiter ici depuis maintenant 7 ans, je vous dirais qu’on finit par s’y habituer et on les ignore plus que d’autre chose. Par contre, pour les commerçants, c’est horrible. Le problème s’est amplifié cet été (j’habite près de l’Aréna Camillien-Houde, qui a été transformée en centre de jour). Je les comprends de vouloir un changement et de vouloir qu’on trouve des solutions.
Sur les différentes pages facebook du Village et du Centre-Sud, beaucoup de gens sont rapides à traiter les autres d’être intolérants, mais je crois que ce n’est pas vraiment ça…

Xa1992 said: Tellement une question délicate… D’une part on a pas le choix d’aider ces gens là, on a pas le choix de les tolérer parce qu’ils n’ont aucun autre endroit où aller et ils ont besoin de soins et de services.
D’autre part, je comprends les commerçants et les habitants du Village d’être tannés. C’est déplaisant, c’est stressant, c’est angoissant d’aller au IGA ou au Jean-Coutu et de se faire crier des affaires bord en bord de la rue. Pour habiter ici depuis maintenant 7 ans, je vous dirais qu’on finit par s’y habituer et on les ignore plus que d’autre chose. Par contre, pour les commerçants, c’est horrible. Le problème s’est amplifié cet été (j’habite près de l’Aréna Camillien-Houde, qui a été transformée en centre de jour). Je les comprends de vouloir un changement et de vouloir qu’on trouve des solutions.
Sur les différentes pages facebook du Village et du Centre-Sud, beaucoup de gens sont rapides à traiter les autres d’être intolérants, mais je crois que ce n’est pas vraiment ça…

C’est définitivement une problématique mais sur les pages Facebook il y a grand nombre de commentaires qui utilisent un langage extrêmement dégradant et méchant envers ces populations, et vont même à qualifier le Village de zone dangereuse auquel plus personne ne veut se rendre. L’achalandage pré-covid, en constante augmentation, prouve pourtant le contraire.

Cette année a été particulièrement difficile pour tout le monde, mais je crois qu’un des noeuds du problème réside dans l’approche privilégiée. On a absolument besoin de réviser la façon dont on prend soin de ces gens, avec plus de travailleurs sociaux/intervenants - c’est prouvé que la police n’a pas les compétences pour prendre en charge des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et augmente les risques de confrontation violente, pourtant plusieurs commerçants veulent une plus grande présence policière…

Je me demande si la création d’une mairie pour Ville-Marie au lieu d’une gestion par la ville-centre permettrait que ça bouge plus vite.

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louisleonardo said: C’est définitivement une problématique mais sur les pages Facebook il y a grand nombre de commentaires qui utilisent un langage extrêmement dégradant et méchant envers ces populations, et vont même à qualifier le Village de zone dangereuse auquel plus personne ne veut se rendre. L’achalandage pré-covid, en constante augmentation, prouve pourtant le contraire.

Cette année a été particulièrement difficile pour tout le monde, mais je crois qu’un des noeuds du problème réside dans l’approche privilégiée. On a absolument besoin de réviser la façon dont on prend soin de ces gens, avec plus de travailleurs sociaux/intervenants - c’est prouvé que la police n’a pas les compétences pour prendre en charge des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et augmente les risques de confrontation violente, pourtant plusieurs commerçants veulent une plus grande présence policière…

Je me demande si la création d’une mairie pour Ville-Marie au lieu d’une gestion par la ville-centre permettrait que ça bouge plus vite.

Les pages Facebook du Village sont absolument horribles honnêtement. Je ne prends même plus la peine de répondre ou même de lire les commentaires. Les gens font preuve de tellement d’intolérance. Toutefois, il y a fort à parier que ces gens la ne seront jamais contents de quoi que ce soit, sauf si le Village retournait magiquement à ce qu’il était en 1995 (ce qui n’arrivera jamais).

Je ne crois pas qu’avoir une mairie d’arrondissement élue changerait quelque chose, puisque la plupart des services et de la gestion de l’itinérance et de la santé mentale relève de la Ville Centre ou du gouvernement provincial. La seule chose c’est que si on avait un conseiller d’arrondissement on aurait une voix de plus pour s’attaquer au problème.

Pour s’en sortir, ça va prendre plus qu’une solution, et ça va prendre l’apport de tous les paliers de gouvernements… Idéalement, ça prendrait une décriminalisation des drogues dures, plus de travailleurs sociaux, plus de logement social, plus de services en réintégration… C’est un projet à très long terme et qui demandera beaucoup de ressources, mais effectivement, moins de police. C’est un enjeu de santé, et non de sécurité, publique.

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Xa1992 said:

louisleonardo said: C’est définitivement une problématique mais sur les pages Facebook il y a grand nombre de commentaires qui utilisent un langage extrêmement dégradant et méchant envers ces populations, et vont même à qualifier le Village de zone dangereuse auquel plus personne ne veut se rendre. L’achalandage pré-covid, en constante augmentation, prouve pourtant le contraire.

Cette année a été particulièrement difficile pour tout le monde, mais je crois qu’un des noeuds du problème réside dans l’approche privilégiée. On a absolument besoin de réviser la façon dont on prend soin de ces gens, avec plus de travailleurs sociaux/intervenants - c’est prouvé que la police n’a pas les compétences pour prendre en charge des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et augmente les risques de confrontation violente, pourtant plusieurs commerçants veulent une plus grande présence policière…

Je me demande si la création d’une mairie pour Ville-Marie au lieu d’une gestion par la ville-centre permettrait que ça bouge plus vite.

Les pages Facebook du Village sont absolument horribles honnêtement. Je ne prends même plus la peine de répondre ou même de lire les commentaires. Les gens font preuve de tellement d’intolérance. Toutefois, il y a fort à parier que ces gens la ne seront jamais contents de quoi que ce soit, sauf si le Village retournait magiquement à ce qu’il était en 1995 (ce qui n’arrivera jamais).

Je ne crois pas qu’avoir une mairie d’arrondissement élue changerait quelque chose, puisque la plupart des services et de la gestion de l’itinérance et de la santé mentale relève de la Ville Centre ou du gouvernement provincial. La seule chose c’est que si on avait un conseiller d’arrondissement on aurait une voix de plus pour s’attaquer au problème.

Pour s’en sortir, ça va prendre plus qu’une solution, et ça va prendre l’apport de tous les paliers de gouvernements… Idéalement, ça prendrait une décriminalisation des drogues dures, plus de travailleurs sociaux, plus de logement social, plus de services en réintégration… C’est un projet à très long terme et qui demandera beaucoup de ressources, mais effectivement, moins de police. C’est un enjeu de santé, et non de sécurité, publique.

Je suis d’accord avec toi sur toute la ligne. Le modèle portugais est un exemple pour la décriminalisation des drogues, et on voit que ça fait des petits, avec l’Oregon qui vient de le faire aussi.

Le difficile équilibre à avoir dans cette situation est de tolérer les gens et leur présence, mais de sévir sur leur comportement. Si c’est personnes ne dérangent pas les résidents et les passants, fine, mais ce qui devient problématique c’est tout le côté nuisances qu’ils apportent. Une présence policière devraient être en permanence en vigil dans le square pour au moins décourager les dealers et pouvoir intervenir en cas d’agression et de violence, car c’est pas rares que certains se battent entre eux. Des équipes dédiées doivent être en tout temps sur le terrain pour intervenir auprès des gens qui dorment dans une entrée de bâtiment.

Côté propreté c’est bien beau mettre des poubelles, mais il faut pas juste des poubelles et attendre qu’elles débordent, il faut un entretien plus efficace et plus régulier du parc et des rues environnantes, on pourrait en engagé certains pour ramassé des déchets, etc. Car la propreté va attirer une clientèle plus maintstream au lieu et ça décourage les gens de jeter n’importe quoi d’importe où quand tout est propre. Dans la même vague, oui la ville a ajoutée des toilettes chimiques, mais la toilettes autonettoyante doit être ouverte 24h sur 24h, pas fermé à 20h ou 22h.

De plus, c’est bien beau donner un toit et un lit, mais plusieurs on besoin de thérapie, de ressources (boite postale pour chèque, aide au loyer, aide alimentaire, formation de base, formation pour se trouver un emploi. C’est service devrait être aussi offert dans des conteneurs dans le square durant le jour, car le soir une énorme file apparait jusqu’à l’ouverture du centre mais rien avant ou après la nuit.

Un autre point difficile à trouver des solutions c’est la question des frontières, si un sans abris resterait sur un terrain public, les riverains en accepteraient probablement plus la présence, mais dans la réalité c’est souvent difficile. Car l’itinérant va utilisé son instinct de survie, et va faire fit des règles et des normes, sauf que souvent ça va occasionner différents problèmes.

Est-ce que la ville devrait installer des caméras de surveillance sur les rues ? Probablement, car au moins ça agirait pour réduire les incivilités et donner un sentiment de sécurité au lieux. Car avec la situation actuelle, marché le soir seul devient presque terrifiant, car les seuls gens qu’on trouve peut des fois être violent ou dangereux et agir en toute impunité car aucune foule.

Je comprend la frustration des commerçants et des résidents, mais beaucoup de travail est à faire des 2 côtés, car la solution doit venir des autorités et des ressource, (santé mentale, thérapie, traitement, aide, encadrement etc) ,mais aussi des individus en situation d’itinérantes (civilité, respect des règles, savoir vivre en société, jugement, etc) et des résidents (ouverture, tolérance, écoute).

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@Dom723 , je partage en grande partie tes propos. J’ajouterais à tout cela une forme de décentralisation qui devient de plus en plus nécessaire, parce que la concentration du problème sur un territoire très limité nuit à sa solution. En effet la masse critique de cas a augmenté ce qui fait que la croissance des problèmes devient à son tour exponentielle. On devrait alors créer des réseaux de services secondaires dans d’autres quartiers, en même temps que l’on construira des logements appropriés (maisons de chambres et autres) afin de stabiliser la clientèle et mieux la faire connaitre des intervenants.

Autrement cette population deviendra ingérable parce que trop dense et trop diversifiée pour pouvoir aider tout le monde efficacement, tout en répondant aux besoins spécifiques de chacun. L’Idée étant d’atteindre le plus haut degré de réinsertion sociale possible grâce à un accompagnement soutenu et davantage personnalisé. Il y a donc beaucoup de travail en amont et rien ne pourra être accompli avec satisfaction sans l’aide directe de Québec. C’est le gouvernement qui est le seul à pouvoir légiférer dans le domaine et qui a les budgets essentiels pour agir.
Alors j’ai hâte que l’administration montréalaise et le gouvernement s’assoient sérieusement ensembles, dans le but d’instaurer un programme permanent adapté au phénomène de l’itinérance, non seulement pour en arrêter la croissance, mais surtout afin de le rendre nettement plus soluble dans la société.

C’est le cas aussi pour plusieurs pompiers. Et je dirais même aussi pour une bonne partie des employés de la ville quoique probablement dans une moindre mesure que les policiers et pompiers.

Les demandes de nettoyage du domaine public ont plus que doublé (journalmetro.com)
Encore beaucoup de travail à faire côté propreté