Société

C’est quoi l’buzz des bières à 2%?

Les bières à 2 % d’alcool, aussi appelées nano, sont de plus en plus populaires. Photo: iStock

Zoé Magalhaès

14 juillet 2023 à 10h48 - Mis à jour 14 juillet 2023 à 15h16 4 minutes de lecture

Dans les frigos des dépanneurs et sur les tablettes des boutiques spécialisées, les p’tites frettes à 2% d’alcool sont de plus en plus nombreuses ces temps-ci. Mais d’où nous vient ce nouveau penchant pour les bières ultra légères? Métro élucide le mystère!

On connaissait déjà les sessions, ces bières légères avec un taux d’alcool de 4 à 6%, mais c’est au tour des bières alcoolisées à environ 2% – qu’on appelle aussi les nano – de connaître leur heure de gloire.

«En boutique, on observe une vraie tendance depuis janvier/février: le sans alcool prend de l’ampleur et les gens vont aussi vers les nano», explique Benjamin Bousquet, gérant et conseiller à la boutique Le Bièrologue. «Depuis mars, on a même vu des microbrasseries développer une gamme entière de bières très légères.»

Du presque sans alcool

Un constat que fait aussi Marc-Antoine Gagnon, propriétaire du magasin spécialisé La Maison des Bières. «La demande est là et la plupart des microbrasseries ont maintenant au moins une bière faible en alcool ou sans alcool» pour répondre aux attentes d’une clientèle qui semble plus soucieuse de sa santé, renchérit-il.

Les bières à 2% sont parfois vues comme un bon compromis pour les personnes qui veulent réduire leur consommation d’alcool sans s’en priver complètement, constatent les deux spécialistes.

«Il y a une vraie demande entre la bière forte et le sans alcool, et c’est là que la bière à 2% se situe. C’est un entre-deux à la fois léger et goûteux», ajoute Benjamin Bousquet.

Parce que non, les nano ne goûtent pas l’eau! Blanches, blondes, rousses, sûres, IPA, elles sont tout aussi savoureuses que les bières fortes, nous assure Marc-Antoine Gagnon.

Pour la petite histoire

Ce type de bières serait hérité des bières anglaises «twopenny» confectionnées à partir des restes de moût déjà utilisés pour un premier brassage. Étant issues d’un deuxième brassage, ces bières étaient généralement bien moins fortes.

Aujourd’hui, pour obtenir des nano, les brasseries n’utilisent pas toujours cette méthode. Certaines s’assurent plutôt de stopper la fermentation avant qu’elle soit trop avancée pour avoir un taux d’alcool moins élevé.

Parfaites pour l’été

Puisqu’elles sont peu alcoolisées, les bières à 2% permettent de se désaltérer sans trop se déshydrater, ce qui en fait des bières de soif par excellence. Pas étonnant donc qu’elles soient «encore plus en vogue depuis qu’il fait chaud», confirme le propriétaire de La Maison des Bières.

Si elles semblent idéales en temps de canicule, rien ne nous oblige à nous en tenir seulement aux bières légères. Elles sont aussi «intéressantes dans un line up avec d’autres bières plus costaudes en alcool, remarque Benjamin Bousquet. C’est une bonne manière d’éviter la surenchère et de profiter plus longtemps de la soirée sans être ivre.»

5 nano d’ici à essayer

  • Colibri d’Anna – À la Fût: un nano IPA aux saveurs fruitées tropicales à 2 % d’alcool.
  • Nano Blonde – Oshlag: une blonde de style Kölsch légèrement houblonnée et amère à 2,5 % d’alcool.
  • Ciel – Boldwin: une blanche ultra rafraîchissante, florale et légèrement fruitée à 2,5 % d’alcool.
  • La P’tite Tranquille – Microbrasserie de Charlevoix: une India Red Session Lager aux saveurs d’agrumes à 2,5 % d’alcool.
  • Gouin – Silo: une lager blonde légère mais pleine de goût, inspirée des bières tchèques, à 2,8 % d’alcool.

La série «C’est quoi l’buzz» décortique les plus récentes tendances de manière décomplexée. Faites vos «pense-bons» lors de vos prochains soupers en la lisant régulièrement dans la section **Inspiration **de Métro.

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La bière au Québec est tellement rendue chère qu’on est maintenant obligés de la dilluer!

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Montréal-Nord veut lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale

La mairie d’arrondissement de Montréal-Nord Photo: Archives Métro Média

Guillaume Ledoux

27 juillet 2023 à 16h01 - Mis à jour 27 juillet 2023 à 17h25 2 minutes de lecture

Conjointement avec la Table de quartier de Montréal-Nord, l’Arrondissement propose trois mesures pour le 4e plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale du gouvernement du Québec.

Les mesures ont pour but précis de «faciliter le déploiement d’actions de revitalisation et de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale». La première mesure consiste à «investir dans un fonds spécial Montréal-Nord», selon un communiqué de l’Arrondissement.

Montréal-Nord propose aussi de «mettre sur pied une cellule interministérielle de travail sous la direction du ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal» et d’obtenir «une contribution significative de la part du gouvernement à la réalisation du Plan de développement social de Montréal-Nord 2021-2026».

Un territoire aux besoins particuliers

L’Arrondissement soutient que ces propositions découlent «des inégalités sociales, de santé et économiques» qui sont particulièrement observées sur son territoire. L’arrondissement figure d’ailleurs «parmi les trois arrondissements ayant connu une croissance supérieure à celle de la Ville de Montréal entre 2016 et 2021», laquelle provient notamment de l’immigration et des demandeurs d’asile. Montréal-Nord constituerait donc «un territoire d’intervention prioritaire dans la région de Montréal et au Québec».

«Montréal-Nord et l’Est de Montréal constituent un territoire d’avenir important qui doit pouvoir contribuer à sa juste valeur au développement de la grande région de Montréal et du Québec, d’où l’importance de lui donner les ressources nécessaires pour transformer ce territoire fragilisé par les inégalités en un territoire moteur du développement social, économique et culturel à Montréal», a déclaré le maire suppléant de l’Arrondissement de Montréal-Nord, Abdelhaq Sari.

Les objectifs concrets derrière ces propositions sont «d’accroître les capacités organisationnelles des organismes communautaires locaux de Montréal-Nord, d’agir concrètement sur les déficits en matière d’espaces verts, d’équipements collectifs et de services à la population, notamment la réalisation d’un Centre aquatique et sportif, et de favoriser le soutien aux populations vulnérables», indique le communiqué.

La démarche est d’ailleurs décrite comme allant dans le sens de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, laquelle est entrée en vigueur en décembre 2002.

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Dans la même maison depuis 1949 !

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Lorraine Lavigne vit dans sa maison depuis 74 ans.

Déménager ? Pour quoi faire ? Lorraine Lavigne est très bien où elle est, même si le quartier a beaucoup changé.

Publié à 1h06 Mis à jour à 12h00

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Texte : Jean-Christophe Laurence
Texte : Jean-Christophe Laurence La Presse


Photos : Josie Desmarais
Photos : Josie Desmarais La Presse

Crise du logement ? Ça dépend pour qui. Alors que certains cherchent désespérément où habiter, d’autres vivent sous le même toit depuis longtemps. Très longtemps.

C’est le cas de Lorraine Lavigne, qui réside à la même adresse depuis 74 ans. Son petit shoebox du quartier Villeray a très peu changé et elle n’a jamais pensé une seconde à déménager.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Lorraine a beaucoup de souvenirs liés à sa maison.

« Pour quoi faire ? demande-t-elle. Je suis bien ici. »

Lorraine est arrivée dans cette maison en 1949, à l’âge de 22 ans, ce qui lui en donne 96 aujourd’hui. Elle avait rencontré son amoureux, Louis, quelques mois plus tôt et a fini par s’installer avec lui chez ses beaux-parents. Elle n’était pas mariée (longue histoire…), mais ça ne dérangeait pas.

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Ils ont vécu à quatre dans ce modeste cinq et demie. Puis à cinq, quand la mère de Lorraine, devenue veuve, est venue les rejoindre. Puis à six quand les premiers enfants sont nés. Puis à sept… Et on ne parle même pas de tous ceux qui y sont morts…

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Lorraine et sa fille Louise

Multiples anecdotes

La vieille dame revient en souriant sur ses souvenirs. Elle a beaucoup d’anecdotes à raconter. À ses côtés, sa fille Louise l’aide à fouiller dans sa mémoire. Nous sommes assis dans la salle à manger, à regarder de vieilles photos en noir et blanc. Après un brin de jasette, elle nous fait visiter les lieux.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

La cuisine, minuscule, est restée la même.

La cuisine, minuscule, est restée la même, ou presque. Lorraine nous montre les tiroirs grugés par le temps. Les armoires d’origine. Les tablettes, fabriquées à partir d’une vieille table. Puis on passe au salon.

« Ici, avant, c’était une patinoire », lance-t-elle, sûre de son effet.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Le salon a été construit sur l’ancienne cour arrière.

Lorraine entre dans la pièce et s’assoit dans son fauteuil. Derrière elle, les murs de brique ne laissent aucun doute sur ce qu’elle vient de dire. Nous sommes effectivement dans ce qui était jadis la cour arrière. Au début des années 1970, l’endroit a été transformé en annexe. Avec quatre enfants, il y avait besoin d’espace.

Hormis les deux puits de lumière, ajoutés au fil des ans, c’est une des rares modifications apportées à cette petite bicoque, construite à la main par le beau-père vers 1908. « Il avait acheté le terrain avec une vieille maison délabrée pour 1200 $, nous confie Louise. Pas 12 000 $… 1200 $ ! »

Et le quartier ? A-t-il changé, lui ? Évidemment qu’il a changé. Lorraine habite tout près de l’église Sainte-Cécile. Quand son mari et elle ont acheté leur première voiture (un Chevrolet Powerglide 1952, elle précise !), il n’y avait « pas plus que huit chars sur la rue », dit-elle.

Les habitants aussi ont changé. « Il y a moins d’Italiens, moins de Portugais », raconte Lorraine. Et, bien sûr, le quartier s’est embourgeoisé. « On est rendus comme le Plateau ! », dit-elle, l’air espiègle. Mais ça ne la dérange pas. Souveraine sur son bout de rue, elle passe des heures assise sur son balcon, à regarder passer les gens, qui s’arrêtent régulièrement pour lui causer ou lui proposer de faire ses courses.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Sur son balcon avant, Lorraine est souveraine de son bout de rue.

J’aime mieux être sur mon balcon plutôt qu’en arrière dans le jardin. Parce que les fleurs, ça ne parle pas, les humains, oui !

Lorraine Lavigne

Une vedette

À sa façon, Lorraine est une vedette. Tout le monde dans le quartier la connaît. Il y a quelques années, elle a même fait l’objet d’un article dans le magazine La Semaine, parce que la chanteuse Lulu Hugues la considère comme sa deuxième maman. Lorraine a eu quatre enfants. Mais à une certaine époque, sa maison était le point de chute pour plusieurs jeunes en quête d’un refuge. Lulu Hugues faisait partie du lot, mais il y en a eu beaucoup d’autres, qui ne l’ont jamais oubliée par la suite.

« On a partagé notre mère, raconte Louise. C’était un moulin. La porte n’était jamais barrée. Tout le monde avait le droit de venir ici. On pouvait tout faire. La seule règle, c’était : pas de boisson forte. »

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Il y a eu des années rock’n’roll dans cette maison !

Des années assez rock’n’roll, ajouterons-nous, et pas juste à cause de cette auberge espagnole.

Après la mort de Louis en 1967, Lorraine s’est retrouvée seule avec sa marmaille. Elle ne s’est jamais remariée (« Quatre enfants, dont un jeune d’un an et demi, qui va accrocher ça ? », dit-elle, avec une pointe de regret) et a dû travailler fort pour faire vivre sa famille, d’abord comme serveuse, puis comme cuisinière.

Après la guerre, elle a travaillé au Kit Kat, dans le Red Light. Un café bar ouvert 24 h sur 24, sans bouncer, précise-t-elle. Dans les années 1950, on la retrouve à l’établissement Aux Délices, un resto français situé face à Radio-Canada, où elle a notamment servi Édith Piaf (« Une emmerdeuse », dit-elle). Elle terminera sa carrière dans les années 1970 et 1980, à la brasserie Pitt de la rue Sauriol.

Les problèmes d’argent sont loin derrière, aujourd’hui. Il y a 25 ans, sa fille Louise lui a racheté la maison et habite désormais avec elle. N’en déplaise aux nombreux promoteurs qui lui ont fait des offres, la continuité est assurée : le shoebox va rester dans la famille. Et s’il était à vendre, on se doute bien qu’il ne coûterait pas 1200 $ !

Lorraine est rassurée. « Cette maison, c’est toute ma vie », dit-elle, avant de s’asseoir sur son balcon pour regarder les gens…

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Magnifique petite histoire simple de quartier. J’adore lorsque des personnes âgées habitent dans leur logement depuis très longtemps. Cela donne non seulement un coté historique mais aussi beaucoup de profondeur aux quartiers concernés. Nos ainés, il faut les dorloter !

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Combien coûte le rêve montréalais ?

PAR SARAH BOUMEDDA, MARIE-ÈVE BRASSARD ET CLÉMENCE PAVIC

26 août 2023

Combien coûtent les choix de vie que vous convoitez ? Pour répondre à cette question, nous avons sondé plus d’une centaine de Québécois, âgés de 30 ans et moins, en leur demandant de partager avec nous leurs aspirations. À partir des réponses du sondage, nous avons dressé un profil rassemblant les souhaits partagés par le plus de répondants afin de déterminer le prix de chacun des choix de vie énumérés.

Résultat : cette personne est propriétaire d’une maison unifamiliale à Montréal, ainsi que d’un chalet en Estrie. Elle élève deux enfants, qu’elle envoie à l’école publique. Elle a un chien comme animal de compagnie. Et enfin, cette personne roule au volant d’une voiture électrique qu’elle aurait achetée.

https://www.ledevoir.com/interactif/2023-08-26/reve-montrealais/index.html

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Les policiers ont saisi assez de fentanyl pour tuer tous les Canadiens

Un rapport fédéral classé « secret » montre que cette drogue est devenue le gagne-pain du crime organisé.

Un agent de la GRC lourdement armé dans une voiture de patrouille en Colombie-Britannique.

Un agent de la GRC en pleine opération en Colombie-Britannique, plaque tournante du commerce du fentanyl.

Photo : The Canadian Press / JONATHAN HAYWARD

Publié à 4 h 00 HAE

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Un document inédit de la Sécurité publique du Canada ainsi que des données sur les saisies de drogues révèlent l’ampleur du commerce illégal de fentanyl, à l’origine de la crise des surdoses au pays.

Entre 2017 et août 2023, l’Agence des services frontaliers a mis la main sur 33 kilos de fentanyl. Par ailleurs, selon une recension de Radio-Canada, les policiers ont aussi saisi plus de 79 autres kilos à l’intérieur du territoire.

Ce total de 112 kilos suffirait à tuer 56 millions de personnes. En effet, cette drogue est tellement puissante qu’une dose de deux milligrammes peut être fatale, selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC (Nouvelle fenêtre)) et la Drug Enforcement Administration (DEA (Nouvelle fenêtre)) aux États-Unis.

Un policier tente de réanimer une femme victime d'une surdose dans une rue d'Ottawa.

Un policier tente de réanimer une femme victime d’une surdose dans une rue d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Près de 40 000 Canadiens sont morts d’une surdose depuis 2016 et, dans 75 % des cas, le fentanyl était en cause, selon Santé Canada.

Une drogue de plus en plus produite à l’intérieur du Canada

Les données sur les saisies tendent à démontrer une baisse du nombre de prises à la frontière et une hausse à l’intérieur du pays. Sur les 79 kilos saisis ici-même que nous avons compilés, 63 kg l’ont été depuis le début de l’année.

Selon une note de service destinée au sous-ministre à la Sécurité publique et classée secret, plus de 350 groupes criminels sont actifs sur le marché du fentanyl au pays.

Il existe de plus en plus de preuves selon lesquelles des groupes criminels produisent du fentanyl au Canada.

Une citation de Note de service destinée au sous-ministre à la Sécurité publique du Canada

Ce document, divulgué grâce à la Loi sur l’accès à l’information, a été rédigé en mars 2023, à l’occasion de la visite du président américain au Canada. On peut y lire que c’est Joe Biden qui avait pris l’initiative d’aborder le sujet du fentanyl avec Justin Trudeau.

Titre du document rédigé à l'occasion de la visite du président américain Joe Biden au Canada en mars 2023.

Plusieurs parties du document de sept pages sont caviardées, mais des informations lisibles permettent de comprendre l’ampleur du phénomène.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Une production très payante

Cette note de service explique au sous-ministre à la Sécurité publique à quel point le fentanyl est profitable pour les criminels : Peu coûteux à fabriquer, facile à dissimuler et à trafiquer, très puissant et capable de créer une forte dépendance, le fentanyl et d’autres opioïdes synthétiques sont largement mélangés à d’autres drogues illégales, les groupes organisés cherchant à maximiser leurs profits.

Un kilo de fentanyl, qui vaut quelques milliers de dollars, suffit pour produire des centaines de milliers de comprimés, qui valent des millions de dollars dans les rues, selon les autorités américaines et canadiennes. D’après des spécialistes, le fentanyl est devenu plus rentable que la cocaïne pour les groupes criminels avec des marges allant jusqu’à 4000 %.

Un agent de la police provinciale de l'Ontario montre les résultats d'une saisie de fentanyl.

Un agent de la police provinciale de l’Ontario montre les résultats d’une saisie de fentanyl.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Dans la note de service remise au sous-ministre canadien, on fait état d’une augmentation du nombre de saisies de précurseurs chimiques utilisés dans la production [du fentanyl] alors que ces substances n’ont pas d’autre utilisation légitime connue.

L’an dernier, l’Agence des services frontaliers a saisi à Vancouver une cargaison venue de Chine, déclarée comme étant constituée de jouets. Ses agents ont découvert 1133 kilogrammes d’un précurseur du fentanyl appelé chlorure de propionyle (Nouvelle fenêtre), qui a le potentiel de produire plus d’un milliard de doses de fentanyl.

En 2022, certaines substances chimiques qui entrent dans la fabrication du fentanyl sont devenues interdites à l’importation (Nouvelle fenêtre) au Canada.

Le mois dernier, le Mexique a promis aux États-Unis de traquer les importations, venues principalement de Chine, de ces produits chimiques.

Le 17 juillet, le Montréalais Xuan Cahn Nguyen, surnommé Jackie Chan dans le monde interlope, a été condamné à 22 ans de prison aux États-Unis pour son rôle dans un réseau international de distribution de fentanyl géré depuis la prison de Drummondville.

Des policiers en combinaison avec des bouteilles d'oxygène à l'extérieur.

Les saisies de fentanyl à l’intérieur du Canada ont eu lieu en Colombie-Britannique, en Ontario, au Québec et en Alberta, comme dans ce «super laboratoire» démantelé en 2021, à 50 kilomètres au sud de Calgary.

Photo : ALERT

Plusieurs laboratoires clandestins de production de fentanyl ont été démantelés par les policiers. La GRC en a par exemple découvert deux à Montréal, l’an dernier, (Nouvelle fenêtre) qui produisaient de gros volumes et un autre en Colombie-Britannique qui était capable de produire plus de 160 millions de doses mortelles de fentanyl.

Au début de l’été, l’ONU a sonné l’alarme à propos des conséquences désastreuses de l’expansion des drogues de synthèse dans le monde, rappelant à quel point la production [est] peu coûteuse, rapide et facile, ce qui a profondément transformé de nombreux marchés sur la planète.

Des agents frontaliers américains inspectent des paquets postaux avec un chien renifleur, à la recherche de fentanyl, à l'aéroport J F K de New York.

Des agents frontaliers américains inspectent des paquets postaux avec un chien renifleur, à la recherche de fentanyl, à l’aéroport JFK de New York.

Photo : AFP / Johannes Eisele

La présence de 350 groupes criminels impliqués dans le marché du fentanyl au Canada est un signe de croissance du phénomène, car il y a deux ans, le rapport annuel du Service canadien de renseignements criminels (SCRC) en comptait 250. En 2019, il recensait 65 groupes.

Le SCRC estime que le Canada est désormais un fabricant et un pays source à l’étranger.

Le volume de drogues synthétiques que les laboratoires clandestins sont capables de produire dépasse la demande nationale.

Une citation de Rapport sur le crime organisé du Service canadien de renseignements criminels (SCRC) publié en 2021

Une drogue ultrapuissante

Le fentanyl est de 20 à 40 fois plus puissant que l’héroïne et 100 fois plus puissant que la morphine, ce qui accroît considérablement le risque de surdose accidentelle. Un Américain meurt d’une surdose toutes les cinq minutes (Nouvelle fenêtre).

Un chimiste de la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine inspecte des échantillons de fentanyl. Il faut porter des gants, car le moindre contact avec la peau peut causer une réaction.

Un chimiste de la DEA inspecte des échantillons de fentanyl. Il faut porter des gants, car le moindre contact avec la peau peut causer une réaction.

Photo : AFP / Don Emmert

À l’issue de leur rencontre du mois de mars, Joe Biden et Justin Trudeau s’étaient engagés à élargir la coopération dans les enquêtes sur le commerce de fentanyl entre les deux pays. La crise des surdoses d’opioïdes a des conséquences dévastatrices sur la santé et l’économie de nos sociétés, avaient-ils déclaré conjointement.

Un partenariat a été conclu à ce sujet, en juin, entre l’Agence des services frontaliers du Canada et la DEA américaine.

Deux hommes montent des escaliers.

Le président Joe Biden marche avec le premier ministre canadien Justin Trudeau à Ottawa, le 24 mars 2023.

Photo : AP / Andrew Harnik

La multiplication des surdoses touche toutes les régions du pays, jusqu’aux abords du parlement fédéral (Nouvelle fenêtre), où les parlementaires font leur rentrée ce lundi.

Dans les rues de la capitale, les policiers nous ont avoué être débordés par la crise. Une réunion de Santé publique Ottawa doit avoir lieu ce soir pour faire le point sur la situation dans la ville.

Avec la collaboration de Romain Schué

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La plaque a été installée sur le trottoir devant le Fairmount Bagel

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Grève du front commun Réflexions sur quatre décennies de face-à-face

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Manifestation du front commun des employés de la fonction publique, en décembre 2015

Monique Simard, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 1983 à 1991, et Lorraine Pagé, présidente de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ) de 1988 à 1999, ont été aux premières loges de nombreuses négociations dans le secteur public. Elles font part de leurs réflexions sur ces décennies, sur la création des fronts communs et sur la situation actuelle.

Publié à 1h50 Mis à jour à 5h00

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André Duchesne
André Duchesne La Presse

1981-1982 : drame national

Monique Simard parle de « drame national » en se rappelant les négociations de 1981-1982, qui se sont terminées avec l’adoption de lois spéciales forçant le retour au travail – et une ponction salariale pour les employés de l’État. « On en vit encore les séquelles », dit-elle.

PHOTO PIERRE LALUMIÈRE, ARCHIVES LA PRESSE

Monique Simard et Gérald Larose, alors vice-présidente et président de la CSN, en 1984

Alors au début de son deuxième mandat, le Parti québécois fait face à une crise économique majeure avec une hausse fulgurante des taux d’intérêt, un taux de chômage élevé et des fermetures d’entreprises à la chaîne.

« Dans ce contexte très particulier, on s’est retrouvés avec des demandes patronales, résume celle qui était négociatrice et responsable du dossier de la condition féminine à la CSN. C’est très difficile pour un mouvement syndical. Normalement, on arrive, on négocie, on en demande plus pour améliorer nos conditions de travail. Mais là, nous étions dans une autre dynamique. »

L’impact de cette période sur le mouvement syndical a été « extrêmement douloureux » et clivant, ajoute Mme Simard.

Une décennie de déprime

Les 11 années de son passage à la présidence de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ) ont été marquées par un climat morose, note Lorraine Pagé.

« J’ai traversé des années de profonde déprime », dit-elle.

PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE

Lorraine Pagé, présidente de la CEQ de 1988 à 1999, en 1997

La décennie 1990 a été très difficile. D’abord parce que le gouvernement s’est mis dans une logique de revoir le régime de négociations, de prendre tous les moyens pour restreindre l’exercice du droit de grève, de réviser les priorités de l’État et le financement des services publics.

Lorraine Pagé, présidente de la CEQ de 1988 à 1999

L’employeur a aussi pris goût aux lois spéciales. « De 1982 jusqu’à la fin des années 1990, on a pratiquement eu des lois spéciales, des décrets, des demandes de révision à la baisse de coûts de main-d’œuvre à chaque négociation », dit Mme Pagé, qui a aussi dirigé l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal de 1985 à 1988.

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Les présidents des trois grandes centrales syndicales formant le front commun de 1999 : Monique Richard, de la CEQ, Henri Massé, de la FTQ, et Marc Laviolette, de la CSN

Échaudés par ce qui s’est passé en 1982, les travailleurs ont peiné à se serrer les coudes. « La mobilisation était très difficile. Les gens étaient hantés par toutes ces lois spéciales, poursuit Mme Pagé. Pendant près de dix ans, on ne réussissait pas à avoir de mandats de grève. »

Toujours bon, un front commun ?

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Grande manifestation des syndicats du front commun à Montréal, en 2015

Oui, selon Monique Simard. « Il vaut toujours mieux être uni que ne pas l’être, résume-t-elle. Car la règle de diviser pour régner est toujours la même. Et l’employeur essaie de créer un précédent avec un groupe. » Autrement dit, l’employeur essaie de s’entendre avec le maillon le plus faible, puis d’imposer les mêmes conditions aux autres groupes.

Pourquoi n’y en a-t-il pas toujours ?

« Notamment en raison du contexte général, estime Lorraine Pagé. Lorsqu’on est dans une période d’adversité comme celle des années 1990, alors que les demandes de l’employeur en matière de récupération sont très importantes et que les gens sont démotivés, il y a un repli sur soi. Les gens ont l’impression que s’ils sont seuls, ils ont plus de chances de faire valoir leurs points spécifiques. De plus, certains syndicats, comme les fonctionnaires et les infirmières, ont quitté les grandes centrales pour créer des syndicats indépendants. Ils voulaient mener leur propre lutte. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Manifestation des membres de la FIQ, le 8 novembre

Mais attention, ajoute-t-elle, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de front commun qu’il n’y a pas de canaux de communication entre syndicats. « Les mécanismes de coordination existent toujours. »

Que dire du front commun de 2023 ?

Monique Simard et Lorraine Pagé estiment que les conditions de travail des syndiqués du secteur public se sont dégradées et qu’il faut redresser la barre.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Monique Simard, vice-présidente de la CSN de 1983 à 1991, à propos des mandats actuels, en 2020

Des votes de grève à 95 %, je n’ai jamais vu ça. Un vote aussi fort est inédit.

Monique Simard, vice-présidente de la CSN de 1983 à 1991, à propos des mandats actuels

« Les conditions de travail se sont considérablement détériorées depuis 40 ans. Je ne parle pas des salaires ; c’est autre chose. On a une dévalorisation et une désertion du secteur public. Par exemple, les gens qui quittent le milieu hospitalier pour aller en clinique privée. »

PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE

Manifestation du front commun, en 1999

« Les syndicats sont le fer de lance de ce qui se passe dans la société, dit Lorraine Pagé, qui espère que le gouvernement entendra les échos d’un ras-le-bol collectif. Il n’y a pas que les syndicats qui disent que ça ne va pas bien. On l’entend dans la population. »

Des gains au-delà d’une convention collective

Les deux anciennes syndicalistes estiment enfin que des gains syndicaux peuvent avoir des retombées sur l’ensemble d’une société.

« De grandes négociations comme celles dans le secteur public constituent des occasions exceptionnelles de faire avancer de grands dossiers sociaux, affirme Monique Simard. Prenons les congés de maternité. Aujourd’hui, ils sont prévus dans des lois. Mais à l’époque, on les négociait à la pièce. Lorsqu’on négocie avec succès pour un grand groupe comme celui du secteur public, on crée un modèle qui fait boule de neige. Et ça, c’est extrêmement valorisant. »

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Fermer la porte à l’esclavage

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Un certain nombre de travailleurs étrangers temporaires au Canada disposent d’un permis de travail fermé, qui les lie à un seul employeur.


Rima Elkouri
Rima Elkouri La Presse

On aimerait bien croire que l’esclavage est un vestige du passé au Canada. Une injustice tout juste bonne pour les livres d’histoire et les journées commémoratives où l’on répète « plus jamais ».

Publié à 2h04 Mis à jour à 5h00

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Le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage est venu récemment ébranler nos belles illusions. Les travailleurs étrangers temporaires au Canada ayant des permis de travail fermés, les liant à un seul employeur, risquent d’être soumis à une forme d’esclavage moderne, a constaté Tomoya Obokata, expert onusien du droit international et des droits de la personne, qui a produit un rapport dévastateur sur la question1.

Quand il parle d’« esclavage moderne », le rapporteur spécial de l’ONU fait référence à la forme la plus grave d’exploitation et de contrôle exercée sur des travailleurs. Celle qui survient lorsque des êtres humains sont traités comme s’ils étaient la propriété de leur employeur.

Profondément troublé par les récits d’exploitation et de mauvais traitements des migrants qu’il a rencontrés dans plusieurs provinces, dont le Québec, le rapporteur spécial a exhorté le Canada à en faire davantage pour protéger les droits des travailleurs étrangers temporaires.

Si certains sont surpris que l’on parle d’esclavage dans un pays démocratique comme le Canada, ceux qui l’ont vécu ne le sont pas du tout.

Parlez-en à Benedicte Carole Ze, Québécoise d’origine camerounaise qui fait partie des travailleurs ayant rencontré le rapporteur spécial des Nations unies. Bien avant que l’ONU s’en mêle, Benedicte n’hésitait pas elle-même à parler d’« esclavagisme moderne » pour qualifier la situation de vulnérabilité extrême dans laquelle l’a maintenue l’entrepreneur agricole québécois qui l’a fait venir ici en 2016 avec un permis fermé2.

Concrètement, ça veut dire quoi, Benedicte ?

Ça veut dire ne pas avoir les mêmes droits que les autres travailleurs. Être à la merci d’un employeur qui, s’il n’est pas de bonne foi, peut faire de vous ce qu’il veut.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Arrivée au Canada comme travailleuse étrangère temporaire titulaire d’un permis fermé, Benedicte Carole Ze a eu le sentiment d’être traitée comme une esclave moderne.

Que la vie d’un être humain appartienne à un autre être humain, qui peut décider si vous avez le droit de rester au pays, de travailler, d’être payé ou de vivre normalement, pour moi, c’est de l’esclavage.

Benedicte Carole Ze

Pour Benedicte, au quotidien, cela voulait dire : être forcée de travailler sept jours sur sept ; être forcée de multiplier les heures de travail non payées ; n’avoir pratiquement aucun jour de congé pendant deux ans ; être tenue dans l’ignorance de ses droits ; être isolée du monde extérieur ; se voir menacée d’être renvoyée dans son pays si elle n’obéissait pas à son patron ; vivre avec la peur au ventre…

« Et moi, encore, je m’exprime en français. Imaginez une personne qui ne parle pas français… »

Benedicte, qui, après avoir fui son employeur, a réussi à s’en sortir grâce au programme de régularisation des « anges gardiens » durant la pandémie, se bat aujourd’hui aux côtés d’autres travailleurs migrants pour que plus personne n’ait à vivre ce qu’elle a vécu.

« Nous ne sommes pas considérés comme des êtres humains au Canada ! », me dit Gabriel Allahdua, qui, comme Benedicte, est membre de l’Association pour les droits des travailleuses.rs de maison et de ferme ayant déposé en septembre dernier une demande d’action collective pour qu’Ottawa abolisse les permis de travail fermés3.

Originaire de Sainte-Lucie, Gabriel est arrivé au pays en janvier 2012 pour travailler dans une ferme ontarienne, après que l’ouragan Tomas a dévasté son île natale. Lui-même héritier du colonialisme et de l’esclavage – sa mère est une descendante d’esclaves africains envoyés dans les Caraïbes –, l’homme a eu tout un choc en constatant que l’histoire se répétait en quelque sorte pour lui, alors qu’il devenait la propriété d’une ferme dans un pays qu’il avait idéalisé.

PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL ALLAHDUA

Gabriel Allahdua est le premier travailleur migrant agricole au Canada à publier son autobiographie.

Je ne suis pas surpris par le rapport de l’expert de l’ONU. Ce qui est surprenant, en revanche, c’est que les Canadiens soient aussi déconnectés de cette réalité.

Gabriel Allahdua

Les travailleurs migrants dans le secteur de l’agriculture et de la transformation des aliments sont ceux qui sont les plus exposés aux risques d’esclavage moderne et de travail forcé. Mais les citoyens ne réalisent pas le coût humain de leur assiette, constate-t-il.

Le fait que les travailleurs migrants soient le plus souvent invisibles et condamnés au silence nourrit une certaine indifférence à leur égard. C’est la raison pour laquelle Gabriel, encouragé par le professeur d’histoire de l’Université McGill Edward Dunsworth, a brisé ce silence en devenant le premier travailleur agricole au Canada à publier son autobiographie4.

« Je suis un esclave comme les ancêtres de ma mère, exploité pour mon travail, loin de chez moi », lit-on dès les premières lignes de son livre.

Spécialiste de l’histoire des migrations et du travail au Canada, Edward Dunsworth rappelle que le racisme était, à l’origine, un des fondements du Programme des travailleurs agricoles saisonniers, lancé en 1966 comme un projet pilote pour faire venir de la main-d’œuvre jamaïcaine en Ontario.

Alors qu’à la même époque, on acceptait volontiers de recruter comme immigrants permanents des fermiers blancs de Grande-Bretagne, les autorités canadiennes craignaient que des travailleurs de ferme noirs des Caraïbes s’implantent au pays de façon permanente. D’où la création d’un programme saisonnier faisant d’eux des travailleurs temporaires… en permanence.

Aujourd’hui, observe l’historien, une discrimination fondée sur la classe sociale détermine le sort de ceux que l’on considère comme étant assez bons pour travailler, mais pas assez bons pour rester. « L’immigration permanente est généralement pour des gens de classes sociales élevées qui font des emplois ‟plus qualifiés” alors que les immigrants ‟peu qualifiés” en agriculture ou en alimentation sont de plus en plus bloqués dans des programmes temporaires. »

Si les employeurs abusifs sont à blâmer, les gouvernements successifs qui, sous la pression du lobby patronal, ont ouvert de plus en plus grand la porte au travail jetable de migrants tout en fermant les yeux sur les violations des droits de la personne qu’ils endurent le sont encore davantage.

Cela fait des décennies que des voix s’élèvent pour dénoncer la situation. Cela fait des décennies que des chercheurs documentent la question et que des comités font des recommandations qui finissent sur une tablette.

Pour éviter toute forme d’esclavage moderne, le rapporteur spécial de l’ONU recommande à son tour à Ottawa de simplifier l’accès aux permis de travail ouverts et de créer des voies vers la résidence permanente pour tous les travailleurs migrants, sans distinction.

« Dans un pays qui s’enorgueillit de sa diversité et de son multiculturalisme et se targue d’être un champion des droits de la personne, est-il juste de refuser ainsi des droits fondamentaux aux travailleurs migrants ? », demande Gabriel.

La réponse va de soi. Pourquoi le gouvernement canadien continue-t-il de tolérer l’intolérable ?

1. Lisez l’article « Un danger d’esclavage moderne, s’alarme un représentant de l’ONU »

2. Lisez un texte sur l’histoire de Benedicte Carole Ze

Voyez le documentaire Essentiels, dont Benedicte est l’une des protagonistes

3. Lisez l’article « Demande d’action collective pour abolir les permis fermés des travailleurs temporaires »

4. Lisez sur le livre de Gabriel Allahdua Harvesting Freedom (en anglais)

Abolir les permis fermés ?

Bien que le gouvernement fédéral dise « prendre au sérieux la sécurité et la dignité des travailleurs étrangers », rien n’indique qu’il entend abolir les permis fermés et leur faciliter l’accès à la résidence permanente.

Questionné à ce sujet, le cabinet du ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, a envoyé une réponse par courriel disant que « toute personne mérite un milieu de travail sécuritaire où ses droits sont respectés ».

Des changements ont été faits en ce sens, précise-t-on. « Depuis juin 2019, un travailleur étranger titulaire d’un permis de travail propre à un employeur peut demander un permis de travail ouvert s’il est maltraité par son employeur actuel. Le permis de travail ouvert leur permet de sortir rapidement de ces situations et de chercher de nouveaux emplois auprès d’un autre employeur. »

Pour Eugénie Depatie-Pelletier, directrice générale de l’Association pour les droits des travailleuses.rs de maison et de ferme, ces changements sont insuffisants pour garantir le respect des droits fondamentaux de l’ensemble des travailleurs temporaires.

« Nous ne sommes pas impressionnés par les mesures mises en place pour minimiser les abus. Cela continue à maintenir un contexte de peur et d’omerta, car le statut légal du travailleur demeure dépendant de l’employeur. »

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Dollarama et Amazon : des entrepôts où on presse « les travailleurs comme des citrons »

Dans une étude consultée en exclusivité par Radio-Canada, des chercheurs dressent un portrait peu reluisant des conditions de travail dans les entrepôts montréalais de Dollarama et d’Amazon.

Le logo d'Amazon sur un entrepôt à Montréal, en juin 2022.

Un entrepôt d’Amazon à Montréal (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Publié à 4 h 00 HNE

Des emplois très précaires, des travailleurs qui ne connaissent pas leurs droits, ou alors très peu, et qui œuvrent dans des milieux de travail souvent dangereux pour accomplir des tâches physiquement très exigeantes. Tout ça sans compter des heures qui peuvent être réduites subitement et des travailleurs qui peuvent se trouver sans boulot du jour au lendemain.

Voilà quelques-uns des constats auxquels parviennent les chercheurs qui ont participé à un projet de recherche partenarial au sujet des entrepôts de Dollarama et d’Amazon à Montréal. Cette étude a été menée par le Groupe interuniversitaire et interdisciplinaire de recherche sur l’emploi, la pauvreté et la protection sociale (GIREPS), par le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI) et par l’Association des travailleurs et travailleuses d’agence de placement (ATTAP).

L’organisation du travail chez Dollarama et chez Amazon a pour effet de presser les travailleurs et les travailleuses comme des citrons, écrivent-ils dans les conclusions de ce qui constitue probablement la première recherche scientifique menée sur ce secteur à Montréal.

Les chercheurs ont mené des entrevues auprès de travailleuses et de travailleurs des entrepôts de ces deux entreprises pour dresser ce portrait.

Tant dans les entrepôts d’Amazon que dans ceux de Dollarama, il y a une forte pression à travailler vite, mais la productivité à atteindre n’est pas définie. Les travailleurs sont maintenus dans le flou, note le chercheur Yanick Noiseux. On ne sait pas exactement combien il faut faire pour être “correct”. Est-ce que c’est neuf palettes, est-ce que c’est 12 palettes?

Sans clarté quant à la productivité ou aux attentes, les travailleurs sont constamment stressés : “Est-ce que j’en ai fait assez ou non?”, ajoute le sociologue de l’Université de Montréal. Il y a un [problème] de transparence, ce que nous qualifions presque de harcèlement, un harcèlement psychologique qui fait en sorte qu’on ne sait jamais si on fait bien son travail ou pas.

Dollarama

Si les conditions de travail exigeantes sont déjà bien documentées pour ce qui est d’Amazon, celles de Dollarama le sont moins. Parmi ses actionnaires, cette entreprise compte notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Contrairement à Amazon, Dollarama n’emploie pas directement les travailleurs dans ses entrepôts. Cette entreprise a plutôt recours à des agences de placement. Quelque 2000 personnes travailleraient dans les entrepôts de Dollarama, d’après les estimations des chercheurs et de militants. Dollarama ne veut pas être un employeur. Elle veut avoir de la main-d’œuvre qui travaille pour elle, mais elle ne veut pas gérer cette main-d’œuvre, elle ne veut pas en être responsable, et on voit les effets de cette déresponsabilisation dans nos résultats, fait valoir la sociologue Martine D’Amours.

Autre particularité de Dollarama : celles et ceux qui œuvrent dans les entrepôts de cette entreprise sont en très grande majorité des gens issus de l’immigration, au statut précaire, comme des personnes réfugiées ou des demandeurs d’asile. Ces personnes ne connaissent pas forcément tous leurs droits, font remarquer les chercheurs. Ainsi, pour ne pas nuire à leurs dossiers d’immigration, elles ne vont pas porter plainte.

Étant donné que la main-d’œuvre est très vulnérable, souvent des nouveaux arrivants avec des statuts d’immigration précaires, on pourrait dire que le vivier ne se tarit jamais. Il y a toujours des gens qui sont assez mal pris pour faire affaire avec une agence, qui peut les placer chez Dollarama.

Une citation de Martine D’Amours, sociologue

Les entrevues des chercheurs ont levé le voile sur un milieu de travail pénible. Des entrepôts poussiéreux, des allées surchargées : c’est un regard assez glauque qui est porté sur l’entrepôt lui-même, soutient Martine D’Amours.

Un grand logo de Dollarama devant l'édifice du siège social.

Le siège social de Dollarama est situé à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

Ce que décrivent les chercheurs concorde avec l’expérience de certains travailleurs. Radio-Canada a pu parler à deux hommes qui travaillent en ce moment dans les entrepôts de Dollarama. Sous le couvert de l’anonymat, ils confirment que leur travail est exigeant et qu’ils sont soumis à une pression constante d’aller vite.

Un de ces deux employés précise qu’il doit faire du travail en hauteur, sans équipement de sécurité, et qu’il doit faire attention dans les allées, où des boîtes jonchent parfois le sol. L’autre se plaint de maux de dos à force de soulever de lourdes charges.

Originaires de l’Inde, ces deux hommes précisent qu’ils n’ont jamais été informés de leurs droits comme travailleurs. Placés par une agence, ils pourraient à tout moment ne plus avoir d’emploi.

Les conclusions de cette recherche n’étonnent pas Mostafa Henaway, organisateur communautaire au Centre des travailleuses et travailleurs immigrants, un groupe qui a contribué à ce projet de recherche. Il travaille sur le dossier de Dollarama depuis des années et il a entendu des dizaines de témoignages de travailleurs. La nouvelle publication ne vient qu’appuyer les revendications de ceux-ci, à son avis.

On dit souvent que les entrepôts de Dollarama sont un peu le deuxième arrêt des immigrants, après Immigration Québec, affirme cet organisateur communautaire.

Avec le commerce en ligne, ce secteur est non seulement en croissance, note-t-il, mais aussi dans l’ombre, une sorte d’arrière-boutique de l’économie, avec des travailleurs invisibles.

Les gens veulent des choses rapidement et à faible coût. Ça veut dire que pour obtenir ça, il faut mettre de la pression sur les travailleurs pour qu’ils bougent des biens à un coût plus faible. Si ça devient la base sur laquelle les entreprises, surtout dans le détail, se font concurrence, ceux qui en paient le prix, ce sont les travailleurs, explique Mostafa Henaway.

Dollarama et Amazon répondent

Dans une déclaration écrite, Dollarama répond qu’elle s’engage à fournir un environnement de travail inclusif, sécuritaire et efficace pour tous les travailleurs en appliquant des routines cohérentes tout en veillant constamment à optimiser ses activités et ses procédés à des fins d’amélioration continue.

L’entreprise dit faire appel à un nombre limité d’agences de placement pour répondre à des besoins uniques et fluctuants en matière de dotation de personnel de ses activités de logistique.

Selon Dollarama, les agences en question doivent respecter un code de conduite, qui comprend entre autres des attentes en matière de respect des lois ainsi que des normes de santé et de sécurité.

Invitée à réagir sur les conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon, la directrice des relations publiques chez Amazon Canada, Ryma Boussoufa, estime qu’il faut prendre les conclusions du rapport avec un grain de sel, puisqu’elles représenteraient seulement une minorité de leurs employés à Montréal. Elle appelle aussi les employés à faire part de leurs commentaires directement à Amazon.

Au chapitre de la sécurité sur les lieux de travail, Amazon n’établit pas de quotas fixes dans ses installations, ajoute la porte-parole, nous préférons évaluer le rendement en fonction d’attentes réalistes ne présentant aucun danger.

Des solutions?

Pour les chercheurs, une des solutions passe par un décret ministériel, qui permet de fixer des conditions de travail minimales. Il faut une approche sectorielle pour protéger l’ensemble des travailleurs du secteur, soutient Yanick Noiseux. Il y a de l’emploi qui se crée dans le secteur de l’entreposage, mais on n’arrive pas à créer de bons emplois.

Le secteur de l’entreposage compte des géants comme Amazon ou Dollarama, mais il y a aussi d’autres plus petites entreprises d’une centaine de salariés, d’après Martine D’Amours. Et on ne peut pas croire que les conditions de travail d’emploi [y] sont sensiblement meilleures, soutient la chercheuse.

Les auteurs du rapport voudraient aussi que Québec documente les effets des normes de productivité dans le secteur.

Dollarama compte parmi ses actionnaires la Caisse de dépôt et placement du Québec. Interpellée à ce sujet, la Caisse affirme que le respect des normes en matière de conditions de travail par les entreprises en portefeuille est une préoccupation importante.

D’après la Caisse, Dollarama s’est montrée ouverte et réceptive aux commentaires de la Caisse et démontre un désir de faire évoluer ses pratiques. La Caisse dit compter maintenir un accompagnement en ce sens.

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Problèmes d’ici, solutions d’ailleurs Les villages d’aînés d’Amsterdam

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

À Amsterdam, des groupes de voisinage bienveillant permettent aux personnes âgées de vivre à domicile plus longtemps.

Une série qui vous présente des initiatives intéressantes déployées à l’étranger, dont pourrait s’inspirer le Québec.

Publié à 1h18 Mis à jour à 5h00

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Texte : Ariane Lacoursière
Texte : Ariane Lacoursière Équipe d’enquête, La Presse


photos : Olivier Jean
photos : Olivier Jean La Presse

(Amsterdam) Tous les matins, une chaîne téléphonique se met en branle dans les quartiers de Nieuwmarkt, Rivierenbuurt et De Pijp, à Amsterdam. Un groupe de voisins âgés se téléphonent tour à tour afin de s’assurer que tous se portent bien.

« Si ça ne répond pas, on se déplace pour aller s’assurer que la personne va bien. Qu’elle n’est pas tombée ou malade. C’est une façon de veiller les uns sur les autres », explique le Néerlandais Sjaak Blenk, 71 ans.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Sjaak Blenk, 71 ans

L’homme qui habite une somptueuse maison d’Amsterdam explique que 28 « villages urbains » (Stadsdorpen en néerlandais) ont vu le jour depuis 13 ans dans différents quartiers d’Amsterdam. Le but de ces groupes qu’on pourrait aussi appeler des « voisinages bienveillants » est d’amener des voisins à se côtoyer pour s’entraider. Avec le vieillissement de la population aux Pays-Bas, ces groupes permettent de lutter contre la solitude et permettent à plusieurs aînés d’envisager de repousser leur déménagement en maison de retraite, explique M. Blenk.

Ex-enseignante, Marion Mulder, 71 ans, a réalisé au bout de quelques années de retraite qu’elle ne connaissait pas assez ses voisins. Désireuse de changer les choses, elle a créé un village urbain dans son quartier du nord de la ville il y a un an.

Elle explique que les groupes de voisinage bienveillant ne sont pas tous pareils. Certains misent plus sur les personnes âgées. D’autres intègrent les jeunes familles. « Il n’y a qu’une seule règle : il faut connecter », dit-elle.

Les villages urbains organisent souvent des activités. « Ce peut être très simple, comme aller ensemble voir un film, faire une promenade ou lire des livres », dit Mme Mulder. Plusieurs groupes organisent aussi des comités plus restreints « qui s’aident vraiment », ajoute-t-elle.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Marion Mulder, 71 ans, a créé un village urbain dans son quartier du nord d’Amsterdam.

Tu peux aller faire l’épicerie de quelqu’un qui est malade. Lui préparer des plats. C’est une sécurité.

Marion Mulder, 71 ans

Sjaak Blenk venait pour sa part de déménager à Amsterdam il y a deux ans et demi quand il a réalisé qu’il ne connaissait personne. Il a bien tenté de tisser des liens avec un couple de jeunes voisins. En vain. Ceux-ci étaient trop occupés pour accepter ses offres de souper.

« Un jour, j’ai reçu un dépliant du “village urbain rose” et je m’y implique depuis », dit M. Blenk. Le village urbain rose s’adresse à la communauté LGBTQ+ de 50 ans et plus d’Amsterdam. « Dès ma première rencontre, j’ai tout de suite aimé ça. Ça m’a permis de connecter facilement avec des gens », dit M. Blenk.

Au cours de la dernière année, l’homme a organisé avec le village urbain rose des soirées où de jeunes membres de la communauté LGBTQ+ ont été invités à parler de vieillissement avec des aînés. « Certains jeunes n’ont pas de grands-parents LGBTQ+ qui peuvent leur dire ce que c’est, vieillir dans cette communauté. Et parler de la vie. Ç’a été fabuleux », dit M. Blenk.

Vivre en communauté

Rédactrice de la plateforme ZorgSaamWonen, qui s’intéresse aux questions de logement, de soins et de protection sociale, la gérontologue Yvonne Witter estime que « la solution au vieillissement de la population, c’est le voisinage ».

En plus des villages urbains, les Pays-Bas misent de plus en plus sur des initiatives de « communautés d’habitation » pour aider les personnes âgées à vivre à domicile plus longtemps.

Il n’y aura bientôt plus assez d’infirmières et de travailleurs pour prendre soin de tous les aînés. On veut que ceux-ci vivent le plus longtemps à domicile, mais pour ça, ça prend un voisinage.

Yvonne Witter, gérontologue et rédactrice de la plateforme ZorgSaamWonen

Mme Witter souligne que 920 000 personnes, jeunes et moins jeunes, vivent seules aux Pays-Bas. « Et ce sera 1,7 million d’ici 2040. Il faut trouver une solution pour briser cette solitude », dit-elle.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Les villages urbains et les communautés d’habitations font partie des initiatives qui misent sur le voisinage pour répondre aux défis posés par le vieillissement de la population.

Mme Mulder habite la communauté d’habitation Acropolis, un îlot de 86 logements du nord d’Amsterdam. « Tout le monde doit donner quelque chose au groupe : jardiner, organiser une soirée de film ou de chant, dit-elle. On travaille aussi tous ensemble sur le terrain. Tout le monde se connaît. Ce n’est peut-être pas fait pour tout le monde. Mais pour moi, c’est très stimulant et rassurant. »

Déjà, entre 600 et 700 projets de communautés d’habitation existent aux Pays-Bas. « Et plusieurs autres sont à venir », dit Mme Witter.

Au cabinet du ministre de la Santé des Pays-Bas, on souligne qu’on « encourage les aînés à rester à domicile le plus longtemps possible ». Les aidants naturels et les bénévoles font partie intégrante des « soins aux aînés du futur », indique l’attaché de presse du ministre, Job Holzhauer.

En savoir plus

  • 28
    Nombre de villages urbains dans le Grand Amsterdam

Source : Réseau de Stadsdorpen d’Amsterdam

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Lorsque le Maestria va être fini de construire. Je met un petit 2$ qu’il y a des résidents qui vont se plaindre du bruit de la place des festivals.

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Not so different from people who decided to live near a massive passenger and freight rail hub, exaggerating about the REM sound. Funny that Bergeron is calling out the same people he and his colleagues embolden these past few months. There’s also Kaiser and others at the DRSP who’s advocacy also supports a movement that is fine with Montreal’s nightlife dying out.

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Totally different. the REM noise was very loud: CPDQ admitted there was a problem, and they made investments to reduce the noise, an effort which was largely successful, and now people are happy. Also, the REM noise was not there when people moved in (and some bought when the plan was for the REM to go under the Canal) so the REM is the change agent, not people moving in. Accusing people of “exaggerating” is insulting and misinformed.

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