Société

On est d’accords la desus. Je pense aussi que la STM a été trop tolérante pendant beaucoup d’années. Comme tu le dis, ce n’est pas de la responsabilité de la STM de lutter contre l’itinérance et pourtant, on semblait tolérer des comportements qui affectent la confiance des usagers.

La STM est bien habituée à dépenser de l’argent pour des éléments qui ne sont pas strictement nécessaires. On peut penser aux stations qui sont loin d’être aussi minimales que le REM, l’intégration des ascenseurs afin de les rendre plaisant esthétiquement plutôt que de favoriser des options à plus faibles coûts, des oeuvres d’arts, etc.

Assurer la sécurité des lieux, ça fait partie de la mission de base de la STM, alors ce n’est pas de l’argent gaspillé à mon humble avis.

Et si on créait de nouveaux paliers d’imposition ?

On entend souvent des travailleurs dire qu’il est inutile de faire des heures supplémentaires, car ils changent ainsi de « braquette d’impôt ». Dans la réalité, c’est plutôt rare que ça se produise. On ne compte que quatre paliers d’imposition, et l’un d’eux couvre très large, soit de 53 255 $ à 129 591 $.

Les plus vieux se souviendront peut-être qu’en 1978, il y avait 21 paliers d’imposition au Québec. En 1971, on en comptait 17 et aucun dollar gagné n’était exempté d’impôt, contrairement à aujourd’hui. Les 1000 premiers dollars étaient assujettis à un taux d’imposition de 5,8 %. Le dernier taux du palier, pour les revenus de 400 000 $ ou plus, s’élevait quant à lui à 42,4 %. En y ajoutant les impôts perçus par Ottawa, le taux combiné atteignait un spectaculaire 82 %, rappelle Guillaume Hébert. Tout cela est inimaginable aujourd’hui.

https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2026-03-12/quebec/et-si-on-creait-de-nouveaux-paliers-d-imposition.php

Peut-être que ça a déjà été étudié, mais pourquoi pas simplement avoir une formule/courbe pour calculer le taux d’imposition, et ainsi éliminer les risques de gamer les palliers?

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Sur un sujet plus léger et rafraichissant

Les Québécois ont-ils trouvé la recette du bonheur ?

Ils sont beaucoup plus heureux que les autres Canadiens

En matière de bonheur, le Canada est vraiment formé de deux solitudes : les Québécois forment l’un des peuples les plus heureux au monde, tandis que le reste des Canadiens – particulièrement les jeunes – sont de moins en moins heureux, révèle le Rapport mondial sur le bonheur.

En matière de bonheur, le Canada est vraiment formé de deux solitudes : les Québécois forment l’un des peuples les plus heureux au monde, tandis que le reste des Canadiens – particulièrement les jeunes – sont de moins en moins heureux, révèle le Rapport mondial sur le bonheur.

Le Canada (Québec compris) prend le 25e rang, derrière les États-Unis au 23e rang. C’est la première fois que les Canadiens sont exclus du top 20 mondial et qu’ils sont moins heureux que les Américains. « Cette baisse s’explique par les résultats obtenus dans le reste du Canada », dit John Helliwell, professeur émérite d’économie de l’Université de la Colombie-Britannique et l’un des auteurs du Rapport mondial sur le bonheur.

Le Canada sans le Québec a un indice de bonheur de 6,589 sur 10, ce qui lui conférerait le 35e rang, tout juste devant les Français.

Ce qui fait la différence

La suite

Comment expliquer ces deux solitudes en matière de bonheur ? Les chercheurs ont plusieurs hypothèses.

L’une d’entre elles : les Québécois, seule nation francophone en Amérique du Nord, forment une société où le sens du collectif reste important et où le filet social est bien développé. En ce sens, on ressemble un peu aux pays nordiques européens comme la Suède et la Finlande, qui trônent chaque année au sommet du classement.

De façon générale, plus les sociétés sont riches, plus elles sont heureuses (s’il n’y a pas de guerre).

Parmi les pays riches (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Japon), ce qui semble faire la différence en matière de bonheur, c’est le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance à l’égard des autres.

Dans ces sociétés, les gens se font confiance, ils font confiance aux institutions et peuvent s’unir pour régler des problèmes.

Christopher Barrington-Leigh, professeur en économie à l’Université McGill

« Il y a une cohésion au sein de la société québécoise. Et peut-être aussi que l’un des facteurs qui cimentent cette société, c’est ce sentiment de vivre sur une île francophone en Amérique du Nord », ajoute le professeur, qui a étudié les écarts de bonheur entre le Québec et le Canada.

Une autre hypothèse : le niveau de richesse. De 1985 au début des années 2000, les Québécois se disaient moins heureux que les autres Canadiens. Or, à mesure que l’écart de richesse du Québec avec l’Ontario s’est rétréci, le moral des Québécois s’est amélioré.

N’empêche, depuis deux ans, le niveau de bonheur des Québécois (-1,0 %) et des autres Canadiens (-2,7 %) a légèrement diminué.

La faute aux réseaux sociaux ?

Or, la chute est beaucoup plus marquée au pays si on prend un recul d’une quinzaine d’années.

Dans le rapport mondial sur le bonheur, le Canada est passé du 5e rang en 2011 au 15e rang en 2023, puis au 25e rang en 2025. C’est l’une des chutes de bonheur les plus importantes pour un pays riche.

L’un des principaux facteurs de cette chute : les jeunes Canadiens sont de moins en moins heureux.

Ce n’est pas juste une petite grisaille : parmi les 136 pays étudiés pour cette question, le Canada est l’un des trois où le niveau de bonheur des moins de 25 ans a le plus diminué depuis 2011. La baisse au Canada est de 1,138 point sur une échelle de 10. C’est énorme. (Les jeunes Québécois sont plus heureux que les autres jeunes Canadiens, mais le niveau de bonheur des jeunes a baissé partout au pays.)

Certains chercheurs soupçonnent que c’est (en partie) à cause des réseaux sociaux. Car les adolescents de 15 ans qui passent énormément de temps sur ces réseaux se disent moins heureux que les autres, selon une étude effectuée dans 50 pays.

Les quatre pays riches où les jeunes de moins de 25 ans ont vu leur niveau de bonheur diminuer de façon plus marquée depuis 2011 sont le Canada, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce sont des pays où l’on parle majoritairement anglais. « Si vous êtes jeune et que vous vivez dans un pays qui parle anglais, votre niveau de bonheur diminue », dit le professeur Christopher Barrington-Leigh.

L’une des hypothèses, c’est la toxicité du contenu des réseaux sociaux en anglais aux États-Unis [qui se propage dans les autres pays anglophones]. On polarise les gens et on crée du contenu stressant pour garder les utilisateurs engagés.

Christopher Barrington-Leigh, professeur en économie à l’Université McGill

La solution est-elle de bannir l’usage des réseaux sociaux pour les adolescents, comme l’a fait l’Australie pour les moins de 16 ans ?

Peut-être. Mais pas nécessairement.

Les adolescents les plus heureux sont ceux qui utilisent les réseaux sociaux moins d’une heure par jour, selon l’étude. Ceux-ci sont même plus heureux que ceux qui ne passent pas de temps sur les réseaux sociaux. La modération a donc bien meilleur goût.

L’enjeu, c’est que les adolescents passent en moyenne deux heures et demie par jour sur les réseaux sociaux. Or, plus ils passent de temps sur les réseaux sociaux, plus le niveau de bonheur des adolescents diminue, conclut-on. Au point que la majorité des étudiants universitaires aux États-Unis souhaiteraient que les réseaux sociaux n’existent pas, selon l’étude.

Le niveau de bonheur des adolescents varie aussi selon les usages qu’ils font des réseaux sociaux. L’utilisation des réseaux où le contenu est contrôlé par un algorithme (par exemple TikTok, Instagram, X, Facebook) a tendance à diminuer le niveau de bonheur, tandis que les réseaux qui facilitent les contacts sociaux ont l’effet contraire.

Dans leur rapport dévoilé jeudi, les chercheurs du Rapport mondial sur le bonheur se sont concentrés sur les conséquences des réseaux sociaux sur les adolescents. Les mêmes conclusions s’appliquent-elles pour les adultes ? Christopher Barrington-Leigh soupçonne que oui, particulièrement pour les aînés.

« Quand un algorithme veut prendre le contrôle de votre attention pour faire de l’argent, c’est généralement mauvais pour vous, surtout si vous n’êtes pas capable de garder le contrôle, dit-il. Si l’algorithme remplace des interactions humaines, vous êtes en train de manquer quelque chose de bien. »

Le professeur John Helliwell doute que les réseaux sociaux puissent expliquer à eux seuls la baisse importante du niveau de bonheur chez les jeunes Canadiens hors du Québec. La crise du logement et le marché du travail jouent-ils un rôle ? Probablement.

L’une des solutions à ce pessimisme pourrait être de bâtir des communautés plus unies. « Les gens aiment vivre dans des communautés où l’on veille les uns sur les autres », dit John Helliwell.

  1. Ce classement est révélateur du niveau de bonheur des peuples, mais il ne reflète pas nécessairement leur qualité de vie. Par exemple, des pays comme la France (35e rang du bonheur), l’Italie (38e) et le Japon (61e) ont un niveau de bonheur faible parmi les pays riches, mais ils ont une excellente qualité de vie et une espérance de vie en santé très élevée.
  1. Ce classement est révélateur du niveau de bonheur des peuples, mais il ne reflète pas nécessairement leur qualité de vie. Par exemple, des pays comme la France (35e rang du bonheur), l’Italie (38e) et le Japon (61e) ont un niveau de bonheur faible parmi les pays riches, mais ils ont une excellente qualité de vie et une espérance de vie en santé très élevée.
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L’organisme Spectre de rue va devoir réduire ses heures d’ouverture

La fin prévue d’une subvention poussera l’organisme montréalais Spectre de rue à réduire les heures d’ouverture de son service de consommation supervisée. Une décision qui, selon cette ressource, pourrait avoir des répercussions jusque dans la rue, où fait rage la crise des surdoses.

Situé sur la rue Ontario, dans le quartier Centre-Sud, ce service permet à des personnes de consommer des drogues injectables dans un environnement encadré et sécuritaire. Des infirmières et intervenants sont sur place pour prévenir les surdoses et agir rapidement en cas d’urgence.

Le service de consommation supervisé a notamment pour but de limiter les injections dans les lieux publics. Chaque jour, une centaine de visites y sont enregistrées. Mais à compter du 1er avril, il fermera désormais ses portes à 15 h, plutôt qu’à 18 h 30.

La subvention d’environ 260 000 $ — qui permettait au service de demeurer ouvert plus tard — avait été accordée par le gouvernement québécois il y a près d’un an et demi.
[…]

Centre-Sud | Un centre d’injection supervisée devra fermer plus tôt

La fin d’une subvention provinciale forcera l’un des rares centres d’injection supervisée de Montréal à fermer plus tôt, rue Ontario, dans le quartier Centre-Sud. Une situation qui fait craindre à des voisins que les incivilités déjà fréquentes ne s’aggravent.

« Il y a quelqu’un qui a déjà lancé des bouteilles en vitre juste en face de ma poussette. Des situations stressantes comme ça, si les heures d’ouverture sont réduites, est-ce que ça va se passer à toute heure de la journée ? », se demande Vanessa Girard, qui demeure non loin des locaux de l’organisme Spectre de rue.

Ce dernier a confirmé mercredi qu’à compter du 1er avril, les heures d’ouverture de son service de consommation supervisée (SCS) de la rue Ontario seront ajustées de 8 h à 15 h.

La raison : une subvention provinciale du Service régional en itinérance (SRI), qui permettait d’opérer jusqu’à 18 h 30, ne sera pas renouvelée pour 2026-2027. Le financement était à l’origine dirigé vers des haltes-chaleur en itinérance, mais avait été accordé à certains SCS pour juguler la crise.
[…]

Le concept d’avoir des heures de bureaux pour un centre d’injection me dépasse au plus au point. Après on se demande pourquoi personne en veut un proche de chez soi, quand il est fermé la majorité du temps

Car clairement la dépendance ça arrête après 18h… et la encore mieux ça arrête en milieu d’après-midi…

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Club sandwich mayonnaise /Réussir sa mort

Tout ce que vous entendez sur la pièce de théâtre documentaire Club sandwich mayonnaise, dernières paroles de l’humoriste Pierre Légaré, est vrai : c’est une œuvre touchante, tendre et confrontante sur le personnel qui touche à l’universel, soit la mort d’un proche par le biais de l’aide médicale à mourir.

Manuelle Légaré1 a mal vécu la mort de son célèbre père atteint d’un cancer et qui a décidé de demander ce soin ultime qu’est l’AMM en 2021. Pendant cinq ans, elle a exploré son malaise, elle a fait ses recherches (elle est chef-recherchiste de Tout le monde en parle) avant d’accoucher de cette pièce de théâtre documentaire hors normes.

Manuelle soulève des angles morts de l’AMM made in Quebec. Par exemple : nous sommes les champions mondiaux de l’AMM, dans la poignée d’États où cette mort choisie est légale…

Pourquoi cet engouement ?

Est-ce la faute d’un système de santé défaillant, qui n’a pas su offrir des soins palliatifs de qualité ?

La pièce offre plus de questions que de réponses et fait la part belle à des gens qui redoutent la proverbiale pente savonneuse, comme l’avocat Pierre Deschamps de la Commission sur les soins de fin de vie et une anthropologue, « Anna », qui a décidé de s’exprimer sous le couvert de l’anonymat, Dieu sait pourquoi.

Manuelle Légaré raconte son choc quand son père, affaibli, aux portes de la mort, lui demande de prendre en charge le processus qui mènera à l’aide médicale à mourir. C’est elle, sa fille, qui fera les démarches, qui approchera les médecins, qui déterminera l’heure de la mort de son père, dès le lendemain, selon son souhait.

Puis, justement, le lendemain, à 14 h, Pierre Légaré recevra l’AMM, mettant fin à une vie bien remplie tant sur le plan personnel que professionnel.

Pour Manuelle, la fin de son père, son héros, fut un traumatisme intime aux échos durables. Elle l’explore, ce traumatisme, dans cette pièce. Elle interroge notre rapport avec ce soin nouveau, l’AMM, qui introduit une variable à peu près inconnue hors des couloirs des pelotons d’exécution : savoir à quel moment précis quelqu’un va mourir…

Quelqu’un qu’on connaît, qu’on aime, qu’on ne veut pas laisser partir.

C’est une pièce sociale qui va susciter beaucoup de réactions et de discussions. De notre départ du théâtre jusqu’au moment de fermer la lumière de la chambre pour faire dodo, ma blonde et moi avons parlé de l’AMM, inspirés par les thèmes abordés par Club sandwich mayonnaise

Cela est juste et bon : après le débat social et politique du début des années 2010 grâce à la commission transpartisane présidée par les députés Véronique Hivon et Geoffrey Kelley, où les Québécois ont pu réfléchir et s’exprimer sur l’AMM, c’est comme si la discussion nationale s’était tarie.

Ce sont les tribunaux qui, pour l’essentiel, ont permis d’élargir les critères de l’AMM, depuis une décennie… Sans trop de frictions dans l’opinion publique.

La pièce Club sandwich mayonnaise va susciter des discussions et c’est tant mieux. Ne sombrons pas dans l’alarmisme, cependant : la Commission sur les soins de fin de vie fait un travail rigoureux de vigie des cas d’AMM et peut, si elle soupçonne des excès, en déférer au Collège des médecins.

(…)

Printemps/ La saison des odeurs

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRECHETTE, LA PRESSE

Lorsque le soleil réchauffe la terre gorgée d’eau au printemps, l’odeur de géosmine est immanquable.

De bon matin, vous sortez de la maison. L’odeur vous assaille, un parfum indescriptible de terre mouillée, chauffée par le soleil qui caresse votre peau. Et de vous exclamer : « Ça sent le printemps ! »

Il n’y a pas que les ours qui sortent de leur tanière à l’arrivée des beaux jours. Les odeurs se réveillent aussi ! Si toutes les saisons sont bonnes à être approchées par le nez, le printemps y est particulièrement propice.

Et même s’il se fait attendre cette année, il finira bien par libérer ses effluves !

Les odeurs sont des composés volatils. Pendant les longs mois d’hiver, elles sont en grande partie gelées dans l’eau, nous explique Johannes Frasnelli, spécialiste de l’odorat et professeur au département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Quand le mercure monte, toutes les matières encapsulées par le froid se révèlent.

« C’est comme lorsqu’on fait chauffer une soupe, décrit le chercheur. Quand on la sort du frigo, elle ne sent pas grand-chose. Mais quand on la réchauffe, beaucoup plus d’odeurs sont relâchées ! »

Dans le sud du Québec, on est privé des odeurs pendant les longs mois d’hiver, rappelle l’anthropologue et spécialiste en études urbaines Nathalie Boucher. « Dès qu’on a accès à un autre paysage olfactif, comme celui du printemps et de l’été qui s’en vient, c’est un contraste qui se remarque ! », note-t-elle.

L’odeur du printemps n’est pas la même pour tout le monde, précise-t-elle. Pour certains, ça peut être le purin étalé sur les champs prêts à être labourés. Pour d’autres, un stationnement chauffé par le soleil où on se réunit, faute d’espaces verts.

Mais qu’on soit en ville ou à la campagne, il y a un parfum que notre nez humain est capable de détecter en infime quantité : celui de la terre mouillée. Et la substance responsable de cette odeur a un nom : la géosmine.

Le retour de la vie

La suite

Elle est difficile à décrire, et pourtant immanquable : cette odeur qu’on perçoit après la pluie, l’été. Ou encore, lorsque le soleil réchauffe enfin la terre gorgée d’eau, au printemps.

La géosmine est un petit terpène, terme de chimie désignant un hydrocarbure extrait d’huiles essentielles et de résines végétales, détaille Brandon Findlay, professeur associé au département de chimie et biochimie de l’Université Concordia. Elle est produite par des milliers de bactéries vivant dans le sol, partout sur la planète, lorsqu’elles s’activent. Et pour s’affairer, elles ont besoin de plusieurs éléments combinés, comme de la nourriture, de la chaleur et de l’eau.

Au printemps, les conditions idéales se réunissent. Les cycles gel-dégel aident à décomposer les matières organiques qui se trouvent par terre – comme les feuilles mortes –, les livrant à l’appétit vorace de ces microorganismes, décrit M. Findlay. Dès 4 °C, mais encore plus autour de 16 °C, les bactéries se mettent en action. La fonte des neiges et la pluie leur assurent un environnement humide. Et plus elles s’activent, plus l’odeur qu’elles produisent, la géosmine, est puissante.

PHOTO MARC BOURCIER, UNIVERSITÉ CONCORDIA, FOURNIE PAR BRANDON FINDLAY

Brandon Findlay, professeur associé au département de chimie et biochimie de l’Université Concordia

C’est plus facile à voir dans une tulipe, mais la géosmine, c’est l’éclosion de la vie dans le sol !

Brandon Findlay, professeur associé au département de chimie et biochimie de l’Université Concordia

Une substance mystérieuse

La science n’a pas encore percé tous les secrets de la géosmine. Selon des études, les bactéries produiraient cette substance pour signaler à leurs prédateurs qu’elles sont empoisonnées. Mais pourquoi les humains – et plusieurs autres animaux – sont-ils capables de détecter d’aussi infimes quantités dans l’air ? Mystère. Surtout que si ses effluves sont assez plaisants, son goût ne l’est pas. Quelques gouttes de géosmine dans un bassin d’eau suffisent pour donner un goût de terre, affirme M. Findlay. La géosmine dans le vin est une aberration. « On sait que dans le désert, l’odeur de la géosmine permet de trouver une oasis. En général, elle indique des sols riches. Donc, on se dit qu’elle avait peut-être une utilité pour nos ancêtres, explique le chercheur. Tandis que dans un liquide, elle alerte qu’il a peut-être été contaminé par des bactéries porteuses de poison. »

Un pont vers les émotions

Quelles odeurs associez-vous au printemps ? Les lilas ? Les premiers barbecues ? Les produits nettoyants ?

L’odorat est un sens hors du commun. Dans le cerveau, les parfums sont traités dans la même région que les émotions et la mémoire, contrairement aux autres sens, explique M. Frasnelli. C’est pour ça qu’on peut convoquer des souvenirs précis et des sentiments très puissants par un simple arôme !

Mais on n’utilise pas nos sens de façon isolée, ajoute le chercheur. Les senteurs du renouveau font partie d’un tout : la perception de la chaleur du soleil sur la peau, la vue des premiers bourgeons, la musique des pépiements d’oiseaux. Et pourquoi pas, les rencontres humaines ? Car le printemps, au Québec, est synonyme de rassemblements, observe l’anthropologue Nathalie Boucher.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Nathalie Boucher, anthropologue et spécialiste en études urbaines

On se retrouve dans les parcs, sur les terrasses, avant que tout le monde disparaisse en juillet et en août pour les vacances. On veut sentir cette chaleur, ces odeurs-là.

Nathalie Boucher, anthropologue et spécialiste en études urbaines

« C’est comme si on avait été en carence pendant les mois d’hiver, donc il y a vraiment quelque chose d’exubérant [dans cette saison] ! », note Mme Boucher.

Alors, allons-y, émergeons de nos maisons et humons le printemps. Du moins, dès qu’il daignera – enfin – se montrer le bout du nez.

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Une belle leçon de vie…

Bientôt 106 ans, et toujours chez soi

Gilberte Hamel aura 106 ans le 29 avril et habite toujours chez elle. Elle n’a jamais quitté Saint-Éphrem-de-Beauce où elle a tissé de profonds liens avec sa communauté.

Si Gilberte est toujours en vie, c’est peut-être à cause de la balançoire. Une immense structure de bois au cœur du village de Saint-Éphrem-de-Beauce, dans les collines de Chaudière-Appalaches.

Durant la belle saison, Gilberte s’y assoit, face à face avec son garçon, qui ajoute son poids à celui du mobilier urbain. Les deux pieds bien à plat sur le plancher de bois, Gilberte actionne alors les muscles de ses cuisses pour sortir le mastodonte de l’inertie pendant que son fils s’assure de ne pas lui donner de coup de main.

Mais partir d’ici pour aller à la balançoire, c’est du boulot, commente Gilberte, au sujet des 300 mètres qu’elle doit faire à pied pour s’y rendre.

La balançoire est devenue un lieu où Gilberte peut socialiser et faire de l’exercice.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Lorsque la balançoire prend tranquillement son élan, le voisinage passe la saluer : Bonjour Mme Caron!

Gilberte a beau avoir repris son nom de jeune fille, Hamel, depuis le décès de son mari Émilien il y a plus de 30 ans, par ici, c’est toujours Mme Caron.

Mais l’heure n’est pas encore à la balançoire. Les bourgeons des érables matures de la cour arrière ne sont pas encore sur le point d’éclore et le fond de l’air est frais. Peut-être qu’à son 106e anniversaire, le 29 avril prochain, Gilberte osera mettre le nez dehors.

Gilberte guette les signes du printemps.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

En attendant, elle guette les moindres signes de vie. J’aime beaucoup entendre les corneilles!, s’exclame-t-elle. Et ces camions chargés de bois qui font vibrer la fenêtre du salon en se rendant à la scierie un peu plus bas. Les gens se plaignent de ça, mais moi, j’aime le bruit, ça fait de la vie, ajoute-t-elle.

Une maison au cœur d’une communauté

Le chez-soi de Gilberte est fait d’une maison, qu’elle habite depuis 75 ans, mais aussi d’une communauté à laquelle elle est intimement liée.

De Jocelyne, la voisine, qui vient la saluer tous les jours et à qui son bracelet de sécurité renvoie si elle est en détresse, en passant par une religieuse qui lui apporte son courrier, un prétexte pour venir me visiter, à la bibliothèque et la pharmacie de l’autre côté de la rue.

Gilberte Hamel habite au cœur de Saint-Éphrem-de-Beauce.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Comme le souligne Amélie Quesnel-Vallée, directrice du Département d’équité, d’éthique et de politiques à la Faculté de médecine de l’Université McGill, le cas idyllique de Gilberte Hamel fait écho en partie aux résultats de la revue systématique que son équipe a menée sur le sujet du vieillir chez soi et dont les résultats sont parus l’an dernier dans la revue Age and Ageing.

“Les résidents ruraux ont systématiquement plus tendance à vieillir à domicile que les personnes qui résident dans un contexte urbain”, résume-t-elle. Cette dernière explique le tout, notamment, en raison du réseau social plus soutenu et développé au fil des ans, mais aussi, dans d’autres cas, au manque d’accès à certains services.

“C’est peut-être un exemple à émuler, même dans nos grandes villes, à se dire bien : ‘‘Est-ce qu’on se connaît? Est-ce qu’on pourrait se connaître un petit peu plus?’’”, ajoute-t-elle.

Rester chez soi à tout prix

La suite

Il y a deux ans, Paul Caron, le fils de Gilberte, a emménagé chez elle alors qu’elle avait 103 ans. Mais n’insistez pas sur le fait que je vis avec elle, les gens vont penser que c’est à cause de moi si elle est encore ici, mais elle y arriverait quand même!, martèle-t-il.

Si je suis encore comme je suis là, aujourd’hui, c’est parce que je suis restée dans ma maison!

Une citation de Gilberte Hamel, 105 ans

Puis toutes les personnes âgées qui vieillissent là pis qui déménagent, faites pas ça!, prévient Gilberte. Elle prend une pause avant d’ajouter : Ils vivront pas longtemps!

Gilberte peut compter sur la visite quotidienne de sa voisine et amie.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Ce qui est difficile dans le concept de vie chez soi, c’est de distinguer ce qui est dû à un choix personnel et qui est fait dans un contexte qui est sécuritaire et qui amène du bien-être et ce qui est dû à un manque d’accès à des services, nuance Amélie Quesnel-Vallée.

Pour Gilberte, nul doute que ce choix est le sien. Son fils est tout de même fasciné de voir à quel point rien n’est adapté pour les personnes âgées en perte d’autonomie. À preuve, il montre les petits pots de yogourt dans le réfrigérateur qui demandent une dextérité pour arriver à les ouvrir.

Après le décès de son mari, il y a 30 ans, Gilberte a aménagé sa chambre en bas, à côté de la cuisine. Et tout est à portée de main : les patates sous l’évier, les chaudrons, son tricot, son livre écrit en gros caractères.

Gilberte Hamel emprunte des livres avec de gros caractères à la bibliothèque située en face de chez elle.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Si on lui avait dit qu’elle serait encore ici, elle qui est née à Saint-Éphrem-de-Beauce en 1920, alors que tout le monde se promenait à cheval, elle n’y aurait pas cru. Tous ses frères sont décédés.

Je suis fière d’avoir toute ma tête, dit-elle. Mais elle dénonce la façon dont celles et ceux qui l’abordent tiennent pour acquis, en la voyant, qu’elle a sûrement des troubles cognitifs. Pourquoi, à cause que c’est une personnes âgée, la plupart du monde pense que je suis à moitié perdue?, questionne-t-elle.

L’an dernier, Gilberte s’est rendue à l’hôpital pour des pierres aux reins. À mon âge, elles doivent être en or!, blague-t-elle. Elle raconte que les médecins n’avaient jamais opéré quelqu’un de si vieux.

Gilberte Hamel a passé l’hiver à tricoter et à lire, deux de ses passe-temps favoris.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

De fait, le cas de Gilberte est assez rare. Selon le recensement de 2021, Gilberte faisait partie des 110 centenaires de Chaudière-Appalaches, un groupe d’âge pour lequel le pourcentage de gens qui habitent en ménage collectif, comme des RPA, augmente de façon significative.

Le prochain recensement de Statistique Canada, qui s’amorce bientôt, dénombrera-t-il davantage de centenaires qui, comme elle, demeurent toujours à domicile?

On pourrait imaginer que, en effet, il va y en avoir plus qui vivent en toute autonomie, mais je ne serais probablement pas surprise que d’autres de ces personnes-là vivent avec des soins qui ne sont peut-être pas tout à fait adaptés à leurs besoins malheureusement, note Amélie Quesnel-Vallée.

À ceux et celles qui envient son grand âge, Gilberte Hamel prévient qu’il faut aussi accepter les désagréments. Tu peux pas vivre jusqu’à 105 ans pis pas avoir rien, pas de problèmes, de bobos, note-t-elle.

Alors, elle y va tranquillement, à son rythme, un jour à la fois.

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Colloque sur l’effritement du filet social/ Les syndicats sont « les fers de lance de gains sociaux »

Estimant que les syndicats ont un problème d’image et disant constater les dégâts de la démonisation des dernières années, Caroline Senneville, présidente de la CSN, cherche à déconstruire cette vision de syndiqués profitant d’acquis dont les autres sont privés.

Les syndicats sont au contraire « les fers de lance de gains sociaux », a déclaré Mme Senneville à l’occasion du colloque « Retisser le filet social pour réduire les inégalités », organisé cette semaine à Montréal par l’Observatoire québécois des inégalités.

À son avis, les dernières années, au cours desquelles « les partis politiques ont choisi les syndicats comme adversaires », ont largement contribué à la piètre image des syndicats. « On a été démonisés, un peu comme les immigrants », a-t-elle déclaré en entrevue.

Au micro, Mme Senneville s’est donc attelée à rappeler le rôle historique qu’a joué le syndicalisme : les protections pour les accidentés du travail, les congés de maladie, les congés de maternité et l’assurance-chômage ne sont que quelques-unes des victoires qui ont d’abord été inscrites dans des conventions collectives, avant de « faire des petits » et de profiter à tous, a-t-elle souligné.

Mme Senneville a raconté qu’il y a 40 ans, sa mère a fait la grève pour l’obtention du congé de maternité. À l’époque, « les gens disaient : “voir si on va payer des femmes pour être à la maison !” Quarante ans plus tard, avec les congés de paternité, on paie même les hommes qui restent à la maison ! ».

Ce qui n’aide pas, dit-elle, c’est que les syndicats font essentiellement les bulletins d’information seulement « lorsqu’il y a des luttes, des chicanes, de la confrontation » – une grève d’enseignants qui se prolonge, par exemple.

Parmi les vents contraires, il y a « ce discours populiste contre lequel il faut se battre, qui cherche à créer une scission entre les élus syndicaux et leurs membres », avance-t-elle.

Un filet social fragilisé

Plus de détails

Il serait bon de se rappeler, fait valoir Mme Senneville, « qu’il n’y a pas de progrès sociaux sans lutte ».

« Des bien nantis – des “boss”, comme on le dit dans le langage syndical – qui se réunissent et qui se disent : “Il me semble que ça serait bon d’accorder plus de vacances, plus de congés de maladie”, ça n’existe pas », soutient-elle.

Par son discours, Caroline Senneville rejoint le plaidoyer de Magali Picard, présidente de la FTQ, qui, au micro de Patrick Lagacé il y a quelques semaines, a souligné que trop de gens oublient qu’ils doivent aux grandes batailles syndicales leurs meilleures conditions de travail, même quand ils ne sont pas syndiqués.

Mme Picard reconnaissait qu’une partie de la faute revient aux syndicats. Mme Senneville est parfaitement d’accord. Les syndicats, dit-elle, sont peu doués « pour faire leur propre publicité ».

Un filet social fragilisé

Au-delà de l’image des syndicats à reconstruire, Caroline Senneville a souligné lors du colloque qu’elle trouve inacceptable que le Québec, avec un taux de chômage de 5,4 % qui se situe sous la moyenne canadienne, « n’arrive pas à nourrir son monde ».

Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique, CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, abondait dans le même sens lors de l’évènement, estimant que les acquis permis par le filet social au cours des dernières décennies sont « fragilisés ».

Le revenu insuffisant face à l’inflation touchant les loyers et le sous-investissement dans le logement social, a-t-elle poursuivi, « sont en grande partie responsables de la crise du logement et de l’augmentation de l’itinérance », a-t-elle déclaré, relevant que le taux d’inoccupation des logements abordables se situait à 0,4 % pour 2024 à Montréal.

Mylène Drouin souligne que dans une large part, « les inégalités sociales de santé ne sont pas le reflet de choix individuels, mais bien le résultat de décisions collectives, de politiques adoptées – ou non adoptées – qui influencent directement les conditions de vie.

« Ne pas agir a un coût élevé, humain, social, sanitaire et économique. La question n’est donc pas “avons-nous les moyens d’agir ?”, mais plutôt “avons-nous les moyens de ne pas agir ?” »

La CSN et le référendum

Advenant un référendum sur la souveraineté du Québec, la CSN se positionnera-t-elle ? En marge du colloque de l’Observatoire québécois des inégalités, La Presse a posé la question à Caroline Senneville. Justement, au prochain congrès de la centrale syndicale, en mai, il est prévu que soit soulevée l’idée « d’une consultation des membres » sur la pertinence d’un positionnement, a-t-elle déclaré. La CSN appuyait le Oui au dernier référendum, « mais ça date de 1995 », et ça sera aux membres de décider de la pertinence de se positionner et du camp à appuyer le cas échéant.

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Incendie majeur à Bicolline/ Beaucoup plus qu’un camping médiéval

PHOTO SYLVAIN MAYER, LE NOUVELLISTE

Ce sont les premiers bâtiments construits à Bicolline qui ont été consumés par le brasier, samedi.

L’incendie qui a dévasté 22 bâtisses de Bicolline, samedi soir dernier, a touché le cœur de cette communauté unique au monde, formée d’amateurs d’activités d’immersion médiévales fantastiques, à Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie. Les bâtiments détruits représentaient bien plus que des clous et des planches ; ils étaient l’ancrage des groupes touchés par cette tragédie.

Étienne Bariteau a contribué à fonder l’ordre de Notre-Dame-de-la-Rédemption en 1998. Samedi dernier, il a vu les flammes sauter de la toiture de l’immeuble où l’incendie s’est déclaré pour aller embraser le premier des cinq bâtiments de sa guilde. Quelques heures plus tard, il ne restait plus que quelques casques et pièces d’armure carbonisés étalés çà et là dans la cendre encore fumante. « Les bâtiments qui ont été détruits dans ce quartier-là, ce sont les premiers qui ont été construits à Bicolline, explique l’homme de 51 ans. L’âme de la vieille partie du village est née autour de ça. C’est donc comme si tu brûlais le début de l’histoire. »

Ces bâtiments s’inscrivent en effet dans une authentique histoire qui s’est développée au fil des années, à l’occasion de la semaine de la Grande Bataille, mais aussi lors des différentes activités de jeux de rôle grandeur nature organisées tout au long de l’année sur le site de 140 hectares. « Ce sont des souvenirs de vie, qui, année après année, se sont répétés, suggère de son côté le propriétaire de Bicolline, Olivier Renard. Et la construction de ces cabanes, peu importe qu’elles soient grandes ou petites, ça a toujours été des démarches importantes. Les gens matérialisent quelque chose que j’aime toujours décrire comme l’ambassade de leur imaginaire. »

PHOTO FOURNIE PAR ÉTIENNE BARITEAU

Il ne reste plus que quelques casques et pièces d’armure carbonisés étalés çà et là dans la cendre de l’incendie.

Étienne Bariteau a construit le premier bâtiment de sa guilde en 2002 – « exactement l’année de naissance de mon garçon, fait-il remarquer. Mon gars a 24 ans, il était aussi vieux que la bâtisse… » Les années qui ont suivi ont forgé la légende du camp de la Red – c’est comme ça que les habitués de Bicolline appellent cette guilde de chasseurs de démons qui n’ont pas le sourire facile. « Il y a beaucoup de monde qui a vécu des choses intenses dans ces bâtiments-là, on y a vécu des émotions, des évènements, de véritables scènes théâtrales absolument fantastiques, enchaîne M. Bariteau. Il y a eu des réunions, des conseils de guerre, des rencontres de dignitaires ; on est d’accord, c’est du vent, mais quand ça se passe, c’est vrai. »

C’est comme si tu perdais un membre de ton groupe. Le campement est aussi vivant que les membres qui l’habitent.

Étienne Bariteau, cofondateur de l’ordre de Notre-Dame-de-la-Rédemption

(…)

Bicolline, une véritable communauté tissée serrée

Chaque année, le Duché de Bicolline est en vedette pendant une semaine en particulier. (Sylvain Mayer/Archives Le Nouvelliste)

«Je suis arrivé là, il y a des années, avec six amis et maintenant, 25 ans plus tard, j’ai peut-être 500 amis là-bas. Des gens que je n’aurais pas connus si ça n’avait pas été de Bicolline!»

Résumé

Chaque année, le Duché de Bicolline est en vedette pendant une semaine en particulier. (Sylvain Mayer/Archives Le Nouvelliste)

«Je suis arrivé là, il y a des années, avec six amis et maintenant, 25 ans plus tard, j’ai peut-être 500 amis là-bas. Des gens que je n’aurais pas connus si ça n’avait pas été de Bicolline!»

L’intention de reconstruire

François Noël est membre de la Guilde de Brabancourt depuis 2002. (Bicolline)

François Noël fait partie des sinistrés de l’incendie. Trois bâtiments de la guilde, dont il a longtemps été le chef, sont partis en fumée samedi soir. Comme gestionnaire des bâtiments de la Guilde de Brabancourt, la plus vieille guilde du Duché de Bicolline, il compte reconstruire. Il attend cependant les indications de l’équipe de gestion du site.

«On avait la cabane la plus ancienne, une immense cabane avec une salle de jeu qui était faite avec du bois de grange centenaire. C’était un très bel espace de jeu, un très beau bâtiment. C’est sûr qu’on est intéressés à reconstruire, à rebâtir quelque chose», explique-t-il. Impliqué dans cette guilde depuis 2002, François Noël souhaite que ça continue.

Des bâtiments de la Guilde de Brabancourt qui font partie des 22 qui ont été incendiés samedi soir à Bicolline. (François Noël)

Plus qu’un jeu…

Chaque année, le Duché de Bicolline est en vedette pendant une semaine en particulier. La journée d’immersion, lors de la Grande Bataille, 2000 personnes visitent le site en plus des 5000 participants au combat et des différentes activités festives. Mais l’action dans le domaine de 140 hectares de Saint-Mathieu-du-Parc est loin de se résumer aux activités de cette semaine spéciale.


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«À l’année, il y a une communauté, d’à peu près 2500-3000 joueurs qui viennent à près de 50-60% des activités», raconte François Noël. La communauté de Bicolline est composée de différentes guildes. «Si je ne me trompe pas, on est 188 guildes», précise-t-il. Chaque guilde regroupe de cinq à près de 200 personnes avec des intérêts communs. «Ils ont les mêmes visions du jeu de Bicolline, qui est comme une partie de Donjons Dragons, mais où on se costume réellement et on va essayer de vivre, de faire des guerres», vulgarise François Noël.



La cohabitation de tous ces gens-là n’est pas laissée au hasard. Le joueur d’expérience explique que le Duché de Bicolline est séparé en 13 régions royaumes. «Chaque royaume a un système politique. Il y a des rois et des conseillers. Selon les règles de jeu, ces gens-là vont diriger le royaume, déclarer des guerres, faire la paix, des ententes commerciales. Il y a toutes sortes de choses qui vont se passer. Vraiment comme si on était dans un univers fantastique», raconte-t-il avec passion.

Un véritable mode de vie

François Noël a initié sa conjointe à la vie au Duché de Bicolline. Sa fille a aussi grandi dans cet univers. «Elle est rendue à 23 ans. Elle n’a jamais manqué une année», souligne fièrement le père.

Pourquoi il aime tant vivre une deuxième vie à Bicolline? Parce qu’il y décroche complètement. «Il n’y a pas de téléphone, pas d’Internet, pas de voiture ou d’ordinateur, pas de politique extérieure. On n’est pas au Québec. On n’est pas aux États-Unis. On est dans un univers fantastique qui nous appartient. Il s’y sent tout simplement bien. «L’entraide dans cette communauté-là est fantastique. Les gens sont là pour s’entraider, pour continuer à pouvoir vivre la même passion.»

L’entraide se fait d’ailleurs déjà sentir pour reconstruire les 22 bâtiments incendiés.



La reconstruction, c’est ce que souhaite ardemment François Noël pour poursuivre encore longtemps son aventure à Bicolline.

Réputation internationale

Le Duché de Bicolline est souvent décrit par ceux qui en ont fait leur deuxième lieu de résidence «comme l’un des plus grands sites d’immersion médiévale». Sa réputation ne serait d’ailleurs plus à faire à l’international. «L’année dernière, il y avait des joueurs de France, Belgique, Allemagne, des États-Unis et même de la Nouvelle-Zélande», termine François Noël.

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Grâce à notre sociale-démocratie québécoise…une richesse qu’il faut protéger indépendamment du parti au pouvoir.

Québec/ Dix faits étonnants sur le salaire minimum

On les croise au dépanneur, à la station-service. Aux quatre coins du Québec, 198 000 travailleurs gagnent le salaire minimum. Soit 16,60 $ de l’heure à compter de demain. Le montant est si faible qu’on se demande bien comment ils font pour se nourrir et payer leur loyer.

Dans les faits, on ne peut pas comprendre la réalité derrière le salaire minimum si on regarde uniquement le chiffre annoncé par le gouvernement. C’est plus complexe.

Un taux horaire ne veut pas dire grand-chose si on ne tient pas aussi compte du contexte familial, du coût de la vie, des cotisations, des prestations et des impôts, comme le démontre la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke dans sa 10e étude sur le sujet⁠1.

Voici donc 10 faits étonnants ou méconnus sur le sujet.

Un salaire net plus élevé que le brut

Quand on gagne bien sa vie, il est difficile d’imaginer que son salaire net puisse être plus élevé que le brut, à cause des impôts et des autres ponctions sur chaque paie. Or, c’est possible.

Nombre de travailleurs au salaire minimum qui gagnent un peu plus de 33 000 $ brut par année se retrouvent avec des milliers de dollars de plus dans leurs poches.

Par exemple, un couple dont un seul des conjoints travaille et qui a deux enfants dispose non pas de 33 000 $, mais plutôt de 59 520 $, un écart positif de 22 000 $, comme on le voit dans le graphique ci-dessous. « Tu peux dire qu’on ne vit pas bien à 16,60 $… mais justement, tu ne vis pas avec 16,60 $. Il y a plein d’interactions avec les mesures sociales et c’est ça notre message », insiste le professeur et titulaire de la CFFP, Luc Godbout.

Les calculs incluent la nouvelle Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, l’impôt, le crédit pour solidarité, la cotisation à la RAMQ, etc.

Plus rare au Québec qu’ailleurs

En 2025, c’est au Québec que le pourcentage des employés gagnant le salaire minimum (4,8 %) est le plus faible, ex æquo avec l’Alberta. La moyenne canadienne est de 6 %. En Alberta, le salaire minimum est tellement faible que les employeurs offrent davantage, sinon ils manquent de bras. Au Québec, la faiblesse du taux de chômage des dernières années a certainement forcé des entreprises à bonifier leurs salaires. Le taux le plus élevé, 7,2 %, a été atteint en 2018.

Une étape de la vie

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Au Québec, seulement 2 % des retraités ont gagné le salaire minimum toute leur vie, révèle un sondage Léger commandé par la Chaire et réalisé en février. Cela confirme que le salaire minimum est rarement une condition permanente. C’est plutôt une étape dans la vie. Dans l’ensemble de la population, 67 % ont déjà expérimenté le salaire minimum à un moment de leur vie ou un autre. Mais le plus souvent, c’était pendant qu’ils étaient jeunes ou aux études.

Battre l’inflation 70 % du temps

La hausse de 50 ¢ du salaire minimum qui entre en vigueur le 1er mai représente un bond de 3,1 %, ce qui est supérieur à l’inflation prévue de 2,3 %. Quel est le bilan depuis l’an 2000 ? La Chaire nous apprend que la croissance du salaire minimum a été supérieure à l’inflation 19 années sur 27, soit 70 % du temps.

Au-dessus du seuil de la pauvreté ?

La réponse courte est oui. Le salaire minimum permet de vivre au-dessus du seuil de la pauvreté, tel que défini par la Mesure du panier de consommation (MPC). Cet outil calcule le coût de divers biens et services tels que le logement, le transport, la nourriture et l’habillement. La MPC ne couvre que la base, ce qui est fort subjectif, bien entendu. Ainsi, certains trouvent que c’est trop peu (25 217 $ à Montréal pour une personne, 35 662 $ pour deux personnes).

Quoi qu’il en soit, les quatre types de ménages analysés par la Chaire disposent d’un budget supérieur à la MPC.

Mieux au Québec que dans le ROC

Le graphique ci-dessus nous fait aussi réaliser une chose très claire : vaut mieux gagner le salaire minimum au Québec que dans n’importe quelle autre province. Cela inclut la Colombie-Britannique et l’Ontario qui offrent pourtant les taux horaires les plus élevés du pays.

La fiscalité y est pour beaucoup, tout comme le coût de la vie. En Alberta, aucun des quatre types de ménages analysés ne dispose d’assez d’argent pour subvenir à ses besoins de base. La province du pétrole affiche actuellement le salaire minimum le plus bas du Canada, alors qu’elle pouvait se vanter d’offrir le taux le plus élevé il y a dix ans.

« Depuis 2017, on est toujours premiers relativement aux autres provinces. Ça ne veut pas dire que la situation est rose pour les personnes qui travaillent au salaire minimum à temps plein. Mais on arrive à couvrir au moins 100 % des besoins de base », précise Suzie St-Cerny, professionnelle de recherche à la Chaire.

Les jeunes surtout

Si on devait faire un portrait-robot de la personne qui gagne le salaire minimum, elle aurait certainement un cellulaire dans les mains pour regarder TikTok. Car la grande majorité (67 %) a moins de 24 ans. Ils sont encore plus nombreux à travailler à temps partiel (69 %). Et ils n’ont pas souvent d’enfants (81 %). Ce portrait ne change pas vraiment lorsqu’on inclut aussi dans le groupe les personnes dont le salaire horaire atteint 125 % du salaire minimum. Cela démontre que les salaires faibles sont majoritairement versés à des jeunes à temps partiel.

Un salaire plus féminin

Les femmes sont surreprésentées parmi les travailleurs au salaire minimum. Même si elles comptent pour 48 % de l’ensemble des employés de la province, elles représentent 58 % des travailleurs qui gagnent le minimum.

Pas partout, mais presque

Parmi les 187 pays membres de l’Organisation internationale du travail, 90 % sont dotés d’un ou de plusieurs salaires minimums.

Presque toujours numéro 1

Même à l’échelle internationale, les Québécois qui gagnent le salaire minimum ont de quoi se consoler. Quand on regarde le revenu disponible (revoir le graphique plus haut), il dépasse celui des 22 autres pays de l’OCDE analysés pour 3 des 4 types de ménages. La personne qui vit seule au Québec s’avère l’exception, au 8e rang du classement.

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« Comment contrer les féminicides ? » Investissons dans l’éducation pour prévenir la violence

Emmanuelle Jasmin a répondu à notre appel à tous pour chercher des solutions afin de mettre fin aux féminicides⁠1. Elle propose de mettre de l’avant une éducation basée sur les qualités humaines et le vivre-ensemble.

La hausse récente des féminicides appelle à des actions urgentes, notamment par un meilleur repérage des signaux d’alerte et un renforcement de la protection des victimes. Cette situation alarmante met en évidence la nécessité d’agir davantage en amont, en particulier dans la prévention de la violence.

Puisque ces drames découlent d’un ensemble de facteurs, dont la transmission de stéréotypes de genre, il importe de prêter attention à l’éducation des jeunes, reconnue comme un pilier de la paix.

Évitons d’associer l’agressivité à la masculinité

Dès l’enfance, les comportements agressifs des garçons sont souvent perçus comme acceptables, voire naturels, comme l’illustre l’expression « boys will be boys ». Pourtant, l’agressivité n’est ni propre ni exclusive à un sexe. Or, cette perception biaisée contribue à légitimer l’agressivité comme mode d’expression ou attribut identitaire. En l’associant aux garçons, on tend ainsi à la normaliser et parfois même à l’encourager chez eux.

Associer l’agressivité à la masculinité repose sur une représentation stéréotypée du genre, qui réduit et caricature les hommes, tout en définissant les femmes à l’opposé. Cette conception sexiste trouve aujourd’hui un terrain fertile dans certains milieux sociaux et espaces numériques, où l’on observe une valorisation insidieuse de la domination sur autrui, présentée comme un signe de virilité et de succès.

À l’inverse, la sensibilité, le souci d’autrui ou le soin y sont dévalorisés ou attribués à une féminité disqualifiée. Certains hommes en viennent ainsi à se concevoir comme naturellement supérieurs aux femmes, considérées comme subalternes.

L’intériorisation de stéréotypes ou de préjugés sexistes peut influencer la construction de l’identité et certaines dynamiques relationnelles, particulièrement au sein du couple hétérosexuel.

Lorsque la masculinité est associée à la domination et la féminité reléguée à un statut inférieur, dévalorisé ou objectifié, il devient difficile d’établir des relations conjugales égalitaires et respectueuses. Ces rapports asymétriques peuvent alors ouvrir la voie à des abus de pouvoir, voire à la violence.

Cultivons des qualités humaines essentielles au vivre-ensemble

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Prévenir la violence exige d’agir en amont par une combinaison de mesures structurantes, dont l’éducation figure au premier rang. Il ne s’agit pas seulement d’un impératif moral : il en va de la sécurité et du bien‑être collectifs. Les sociétés les plus éduquées – et les plus égalitaires – tendent à être celles où la violence est le moins présente.

Si l’éducation est fréquemment associée à la prospérité économique, elle constitue également un puissant levier d’émancipation et d’égalité. Déconstruire les stéréotypes de genre et certains idéaux conjugaux permet de libérer des jeunes de conceptions réductrices et rigides, voire destructrices, qui nuisent à leur bien-être et à leur capacité à établir des relations fondées sur l’amour.

Bien que l’agressivité soit souvent plus observée chez les garçons que chez les filles, l’humanité dispose d’un outil puissant pour la réguler : l’éducation. Des études montrent, entre autres, que les garçons qui participent aux tâches domestiques, et plus particulièrement au soin de jeunes enfants, manifestent moins de comportements agressifs.

Développer l’empathie, l’autorégulation, la coopération et le sens des responsabilités devrait donc être au cœur de nos pratiques éducatives. Ces qualités, parfois qualifiées de féminines, sont en réalité fondamentalement humaines et essentielles au vivre-ensemble.

Si certains garçons peinent à réussir ou à persévérer à l’école, ou à établir des relations satisfaisantes, il importe de trouver des solutions, non pas pour les opposer à leurs camarades féminines, mais pour les libérer de conditions et de conceptions limitantes et dommageables.

Présentons‑leur des modèles variés de masculinité saine et valorisée socialement.

Reconnaissons et soutenons leur sensibilité. Proposons‑leur divers moyens de canaliser leur énergie et leurs ressentis désagréables, dont la colère.

Apprenons-leur à résoudre leurs problèmes et leurs conflits de façon constructive. Faisons‑leur découvrir le plaisir d’interagir et de créer des liens dans l’égalité et le respect.

Entraînons-les à résister aux préjugés et aux discours sexistes, voire haineux, afin de renforcer leur capacité à raisonner et à agir avec discernement.

Enfin, formons une relève outillée pour bâtir et maintenir la paix !

En définitive, prévenir la violence exige de s’attaquer à ses racines culturelles et sociales, afin d’éviter de la banaliser ou de l’encourager. Dès maintenant, investissons solidement et durablement dans une éducation humaniste, non sexiste et non violente, y compris au sein des familles. Parce que la vulnérabilité fait partie de la condition humaine, et parce que toute personne mérite de se sentir en sécurité, spécialement chez elle et avec ses proches.

1. Consultez notre appel à tous « Comment contrer les féminicides ? »

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Ce n’est pas du salaire minimum que parlait Régis Labeaume dans une de ses récentes chroniques, mais plutôt du salaire médian réel d’un Américain :

Les données suivantes viennent d’un livre lu récemment : Le chaos qui vient, de Peter Turchin, qui enseigne à l’Université du Connecticut.

Par exemple, allons-y avec le salaire médian réel, celui qui se situe au milieu des 50 % qui gagnent le plus et des 50 % qui gagnent le moins, sans calculer l’inflation et évidemment en dollars américains.

L’augmentation réelle de ce salaire a été de 10 % entre 1976 et 2016, une période de 40 ans, soit un insignifiant 0,25 % par année. Mais le coût de la vie a augmenté beaucoup plus.

Il donnait par la suite l’exemple du coût de l’éducation et du logement en nombre d’heures à travailler pour les payer, à 40 ans d’intervalle :

En 1976, il en coûtait 617 $ par année pour étudier dans une université publique aux États-Unis. Ainsi, un jeune ou un père de famille au salaire médian devaient travailler 150 heures pour payer cette année d’études.

En 2016, la même année d’études coûtait 8804 $. Vous me direz que les augmentations sont normales. Vous avez raison, jusqu’à ce que vous découvriez que cette année d’études exigeait du parent ou de l’étudiant 500 heures de travail pour se la payer, donc de turbiner trois fois plus qu’en 1976.

Pire encore : pour les pères américains moins scolarisés, seulement diplômés du secondaire, et ici on parle du salaire moyen, ils devaient, eux, travailler quatre fois plus en 2016 qu’en 1976 pour envoyer leurs enfants à l’université.

Et si on parle du coût d’un logement, le travailleur au salaire médian devait travailler 40 % plus longtemps qu’en 1976.

États-Unis - Voter avec ses poches

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Un café avec… Azar Nafisi /La puissance bouleversante de la littérature


PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
Azar Nafisi, en entrevue avec notre chroniqueuse

De passage à Montréal dans le cadre du festival littéraire Metropolis bleu, l’autrice de Lire Lolita à Téhéran nous explique pourquoi elle croit toujours que la littérature est la meilleure arme de subversion… et le meilleur chemin vers l’empathie.

À Téhéran, une enseignante réunit clandestinement ses étudiantes pour lire les chefs-d’œuvre de la littérature qui leur sont interdits. C’est l’histoire, en gros, racontée dans Lire Lolita à Téhéran, livre qui a connu un succès international dès sa sortie, en 2003. Traduit en plus de 30 langues, figurant sur la liste des livres les plus vendus du New York Times pendant près de deux ans, il a été adapté au grand écran par le réalisateur Eran Riklis (le film doit prendre l’affiche au Québec en juin). C’est dire à quel point le livre d’Azar Nafisi n’a rien perdu de sa pertinence, 23 ans plus tard.

J’étais curieuse de savoir si la vision du monde et de la littérature de l’écrivaine avait changé depuis la publication de l’ouvrage qui l’a fait connaître partout dans le monde.

Suite de l'entrevue

« Pas tant changée qu’approfondie », répond-elle avec son regard pétillant. La veille, elle avait reçu le prix Metropolis bleu Des mots pour changer. En 2026, croit-elle encore que les mots ont le pouvoir de changer le monde ?

« Plus que jamais, affirme-t-elle sans hésiter. Beaucoup de gens disent : ces mots, qu’est-ce qu’ils font ? Ils ne sont pas sérieux. La politique est sérieuse, mais l’imagination, c’est juste une façon de s’échapper. Je leur réponds : si les mots ne sont pas efficaces, pourquoi certains des hommes les plus puissants – avec leurs militaires et leurs gardes – ont si peur d’hommes et de femmes dont les seules armes sont les mots ? Pourquoi l’ayatollah Khomeini voulait-il tuer Salman Rushdie ? »

Le prix de la liberté

Azar Nafisi raconte que lorsqu’elle est retournée aux États-Unis à la fin des années 1990 (elle y avait vécu une première fois, pour ses études, dans les années 1970), elle avait été frappée par ce qu’elle nomme « la paresse intellectuelle » des Américains, c’est-à-dire leur peu d’intérêt pour ce qui se passe ailleurs dans le monde.

L’écrivain Saul Bellow disait : ce qui menace la démocratie, c’est notre conscience endormie et notre atrophie des sentiments. Dans les démocraties occidentales, nous avons oublié combien de sang a été versé pour la liberté et nous ne voyons pas qu’en Iran, en Afghanistan ou en Ukraine, le combat n’est pas politique, il est existentiel.

Azar Nafisi

L’écrivaine déplore que dans cette guerre qui implique les États-Unis et Israël d’un côté, et l’Iran de l’autre, on s’intéresse peu ou pas à la population iranienne. « Là-bas, dit celle qui reste en communication avec des proches, les gens sont épuisés. On reçoit une ligne qui dit : tout va bien, mais ils n’ont aucun lien avec le monde extérieur. »

Qui pense aux Iraniens ? se désole Azar Nafisi. « C’est incroyable, des gens sont tués chaque jour, et le monde occidental ne prête pas attention, s’indigne-t-elle. Je me sens désolée aussi pour les Ukrainiens, les Palestiniens, les Israéliens, les Soudanais… »

Dans la même veine, Azar Nafisi observe qu’aucune féministe éminente n’a écrit quelque chose en solidarité avec les femmes iraniennes qui sont descendues dans la rue.

L’autrice dit constater une sorte de condescendance dans la façon dont les Occidentaux regardent l’Iran. « Ils ne traitent pas l’Iran de la même façon qu’ils traitent l’Ukraine, avance-t-elle. Pour les Européens, l’Ukraine est l’un des leurs. Mais c’est comme s’ils ne croyaient pas que les Iraniens veulent vraiment le même genre de libertés que l’Occident… »

On ne touche pas aux poètes !

À travers les questions et les réflexions d’Azar Nafisi, on revient toujours à la littérature. Elle me cite les auteurs qui, selon elle, aident à vivre et à se questionner sur le monde. Elle me parle des livres qu’elle utilise en classe pour aborder des questions existentielles avec les étudiants, comme Le petit prince ou Alice au pays des merveilles.

(…)

Questionnaire sans filtre

Le café et moi : Je suis une grande buveuse de café, surtout noir. Et j’adore la glace au café avec des amandes sur le dessus.

Un livre que je glisserais dans le sac à dos d’une fille, en Iran : Les mille et une nuits. Vous connaissez l’histoire, Shéhérazade raconte au roi une histoire chaque nuit et ne la finit pas. Contrairement à ses précédentes femmes, il ne la tue pas. Le roi veut en entendre plus. C’est une question de curiosité et d’imagination. Cette curiosité mène à l’empathie, car le roi découvre que le monde est plein de gens différents. Cela le change de l’intérieur. Ce livre est la mère de toutes les histoires…

Ces jours-ci, je lis : J’ai apporté avec moi Jacques le fataliste de Diderot. J’aime aussi beaucoup les livres de Louise Penny. Je la trouve intéressante. Elle parle de conscience et de complexité, et de ce village où les gens veulent tous aller.

Un livre que j’ai souvent offert en cadeau : Je pense à Persuasion de Jane Austen, et Vladimir Nabokov, bien sûr, particulièrement Ada, Invitation au supplice et Pnine. J’adore Pnine.

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Une guillotine utilisée pendant la manifestation fait réagir

Au milieu des manifestants qui ont défilé samedi à Montréal, dans le cadre de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, se trouvait une guillotine. Certains ont ainsi simulé la décapitation du ministre du Travail, Jean Boulet. Un acte dénoncé par plusieurs partis et dont se distancient les organisateurs.

Sur des images de la manifestation prises par un collaborateur de La Presse, on peut voir un homme debout à côté d’une guillotine, sur laquelle est allongée une marionnette bâillonnée représentant le ministre du Travail, Jean Boulet.

Manchette La Presse

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Quand je travaillais à la BNC, Louis Vachon, le PDG de l’époque, utilisait le terme réunionite pour dire qu’on avait trop de réunions, pas assez d’actions :wink:

Too many meetings? Most Quebecers say ‘this could’ve been an email’

A Léger survey, commissioned by the Quebec order of certified HR professionals, revealed that nearly two-thirds of Quebecers polled said their meetings could have been an email. Is there a way to make them more efficient

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Le Devoir sur le même sujet

Les employés aiment se plaindre du nombre de réunions auxquelles ils doivent assister. Du moins, c’est ce qu’en dit la croyance populaire. Un récent sondage vient toutefois apporter une nuance importante à cette affirmation. Les travailleurs ne trouvent pas qu’il y a trop de réunions. Ce qui les irrite, c’est quand on les y invite pour rien.

« Les gens reconnaissent l’importance des réunions, la capacité d’échanger avec ses collègues », explique Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA). Le sondage Léger dévoilé la semaine dernière par l’ordre professionnel tend à lui donner raison : 71 % des 488 répondants qui assistent à des réunions dans le cadre de leur travail trouvent le nombre de réunions adéquat, tandis que 23 % le trouvent trop élevé.

En parallèle, 40 % des répondants jugent leur présence en réunion rarement utile, tandis que seuls 20 % la jugent toujours nécessaire, ou presque, et que 39 % se trouvent utiles « assez souvent » en réunion. Bref, ça fait beaucoup de personnes qui disent être inutiles lors d’une rencontre, au moins une partie du temps.
[…]

Les millénariaux deux fois plus susceptibles de vivre chez leurs parents que les boomers

Une nouvelle analyse de Statistique Canada révèle que les millénariaux qui étaient âgés de 25 à 39 ans en 2021 sont près de deux fois plus susceptibles de vivre chez leurs parents que ne l’étaient les baby-boomers au même âge.

Selon les données du recensement, 16,3 % des millénariaux vivaient avec au moins un de leurs parents en 2021, contre 8,2 % des baby-boomers en 1991.

Manchette La Presse

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