Société

Bien que j’approuve totalement l’expression du sentiment de bienveillance en public. Je ne ressens pas le besoin de rentabiliser mon geste ou de le publiciser. Pour moi la bienveillance est un mode de vie qui se pratique plutôt discrètement au niveau personnel. Sa véritable rentabilité est sociale et sa raison d’être est évidente par le bien-être naturel qu’elle procure au quotidien à soi-même et aux autres. Elle fait d’ailleurs partie du panier des valeurs humaines, où le soi a prééminence sur le moi.

Bienveillance inc. : comment faire de la gentillesse son fonds de commerce

Jean-Philippe Marier aimerait lancer un mouvement international de la bienveillance pour (re)placer le cœur au centre de nos actions. Voici son plan pour y arriver.

Avec tout son attirail et sa bonne humeur, le fondateur d’Act4Love, Jean-Philippe Marier, ne passe pas inaperçu.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Publié à 4 h 00 HNE

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Après avoir été, en quelque sorte, le « Terry Fox du hug » (52 pays, 9000 km de marche, 38 000 rencontres depuis 2022), le Longueuillois Jean-Philippe Marier aimerait lancer un mouvement international de bienveillance. Mais comment faire pour rentabiliser un tel concept? Bienvenue dans la tête d’un hyperactif qui veut (re)placer le cœur au centre de nos actions.

Le projet Hug4Love (aujourd’hui nommé Act4Love (nouvelle fenêtre)) est né durant la pandémie, une période où ce passionné de psychologie et d’entrepreneuriat a pu observer les effets de l’isolement social sur la santé mentale de ses congénères.

Avec ses économies, il se lance alors dans un projet de tour du monde à petit budget (1500 $ par mois pour se loger, se nourrir et se déplacer) qui le mène à traverser l’Asie au complet, une bonne partie de l’Europe de l’Est et le nord de l’Afrique durant deux ans.

Tel un homme-sandwich du câlin, Jean-Philippe est muni d’une pancarte accrochée bien en évidence au-dessus de sa tête, qui proclame notamment (le compliment change chaque jour) : Vous êtes en feu!

Montage photo des rencontres (souvent brèves, parfois plus longues) faites par Jean-Philippe Marier durant son périple autour du monde.

Photo : Jean-Philippe Marier

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Pour être comptabilisée, chacune des 38 000 rencontres de rue, accolade ou simple high five, a fait l’objet d’une photo ou d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Le jeune homme compte quelque 24 000 abonnés sur TikTok.

Une demande d’homologation auprès du Livre Guinness des records est d’ailleurs en cours d’évaluation pour le plus grand nombre de jours d’affilée à accomplir des actes de bienveillance envers des inconnus dans le monde. À la rédaction de cet article, il était rendu à 1402 jours consécutifs à propager la joie et la gentillesse.

Quelques rencontres marquantes

  • Ismaël (sans-abri, Jordanie) – Je l’ai embauché comme caméraman d’un jour. On a passé un moment incroyable.
  • Jeune femme (malade du cancer, Turquie) – Elle venait d’apprendre la nouvelle et n’osait pas en parler à ses proches. J’étais le premier.
  • Jonathan (recroisé à Montréal après 12 mois) – Depuis notre rencontre, il m’a confié ne plus boire et a lancé une chaîne YouTube pour aider les gens à arrêter.
  • Elizabeth (Inuit, Montréal) – Elle m’a confié n’avoir pas reçu de câlin depuis probablement plus de trois ans.
  • Une dizaine d’interactions avec la police locale (Maroc, Égypte, Turquie, Arménie, Kirghizistan), souvent intriguée par ma pancarte.

Pour toute personne (dont l’auteur de ces lignes) qui n’est pas née avec un cellulaire dans les mains, la démarche de Jean-Philippe Marier peut amener bien des questions. Dont celles-ci : qui est ce gars qui semble presque trop heureux? Surjoue-t-il la bonne humeur pour donner un bon spectacle à ses abonnés sur les réseaux sociaux?

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On s’est vite rendu compte en passant un peu de temps avec lui que notre première impression était erronée. Si je ne faisais pas tout cela avec le cœur, je n’aurais pas été capable de sortir dans la rue, beau temps mauvais temps, comme je le fais chaque jour depuis près de quatre ans, explique Jean-Philippe Marier.

Il confie d’ailleurs que l’expérience d’entrer en contact avec de purs inconnus a été très nourrissante pour lui, et pas uniquement pour les pics de dopamine que cela lui procure.

Une « piste prometteuse » en santé mentale

Selon une étude, qui s’est penchée sur 122 personnes (nouvelle fenêtre) souffrant de symptômes d’anxiété ou de dépression sérieux, le fait pour ces patients de s’adonner à des actes de bienveillance durant cinq semaines donnait de meilleurs résultats que les deux autres méthodes testées : activités sociales et tenue d’un journal de leurs pensées. Les actes de bienveillance favorisent le lien social, un facteur clé du bien-être et du rétablissement après des troubles anxieux et dépressifs, mentionne l’étude, qui y voit une piste prometteuse.

Un constat aussi fait par Jean-Philippe Marier.

Le bonheur, ce n’est pas une destination, c’est une habitude qui se cultive. Ça nécessite un travail intérieur pour définir les traumas du passé qui font qu’on ressasse au quotidien des émotions négatives, comme la peur, la colère ou la culpabilité. Il faut ensuite apprendre à lâcher prise et à les remplacer par des émotions comme l’amour, la joie, la paix, l’excitation ou la gratitude.

Ce travail intérieur, ça prend du courage. Et c’est le cœur de mon projet : donner le courage aux autres de faire pareil.

Une citation de Jean-Philippe Marier

Après plusieurs mois à sillonner les rues de la planète à raison d’une à trois heures par jour, l’homme de 34 ans décide qu’il ne veut plus être identifié uniquement en tant que Monsieur Positif, car il a ajouté d’autres actions à son arsenal, comme les high five et les compliments, et les cartes de bienveillance avec des mots positifs, plus facilement acceptés par les inconnus croisés dans la rue.

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Depuis son retour au Québec, celui qui se présente désormais comme entrepreneur à impact social passe aussi du temps à peaufiner son plan d’affaires, tout en maintenant des sorties quotidiennes raccourcies, comme au marché de Noël de la place des Festivals où nous l’avons suivi.

Ayant développé une capacité à lire le regard des gens, le jeune homme est capable de savoir qui aborder ou pas… Les high five et les mots gentils s’enchaînent et le compteur des gestes de bienveillance placé autour de son cou augmente régulièrement grâce à un bouton déclencheur placé dans son gant.

Une application pour envoyer des mots gentils et un compteur des gestes de bienveillance complètent la pancarte de l’entrepreneur à impact social.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Jean-Philippe, il a un grand cœur, j’adore ce qu’il fait, confie ChinoaMTL, un créateur de contenu montréalais croisé par hasard à la place des Festivals. Il faut se soutenir, car il y a beaucoup trop de haters sur les réseaux sociaux, ajoute-t-il.

Mais comment arriver à rentabiliser un tel concept devenu le centre de sa vie? Parmi les sources de revenus possibles à déterminer, il y a évidemment les dons d’internautes ou les revenus publicitaires de Google ou de TikTok. Jean-Philippe Marier voit plus grand et espère créer un véritable mouvement mondial de bienveillance pour que ses disciples et lui atteignent le chiffre d’un milliard de gestes de bienveillance d’ici 2040.

Pour y arriver, Jean-Philippe Marier a récemment conçu une application mobile ludique (Act4Love) dont les utilisateurs peuvent envoyer des messages de bienveillance (appelés uplifts pour satisfaire un futur public anglophone).

Créer le Pokemon Go de la bienveillance

À terme, ils seront invités à se rendre dans des commerces partenaires pour aller cueillir des mots de bienveillance. En gros, c’est comme le jeu Pokemon Go : les gens se déplacent, lisent un code QR et reçoivent une carte virtuelle avec un mot de bienveillance unique et numéroté qui donne accès à des prix à l’occasion de tirages au sort ordinaires. Les commerçants y gagnent en clientèle… si le concept décolle, bien sûr.

Cette gamification de la bienveillance pourrait aussi bientôt se déployer au sein d’entreprises décidant de suivre le mouvement avec des compétitions internes entre les services ayant commis le plus d’actes de bienveillance. Le jeune entrepreneur croit que son idée a d’autant plus de chances de trouver preneur que la loi 27, modernisant le régime de santé et de sécurité du travail, vient d’entrer en vigueur et pousse les entreprises à améliorer le climat de travail.

Des exemples de produits numérotés Act4Love en vente.

Photo : Jean-Philippe Marier

Une boutique en ligne de vêtements au logo d’Act4Love a aussi été ouverte. Si le mouvement prend l’ampleur espérée, les premiers acheteurs pourraient voir leur bracelet ou leur t-shirt numéroté (donc unique) prendre de la valeur, imagine le jeune entrepreneur.

À terme, Jean-Philippe Marier compte aussi développer une série de conférences sur le mieux-être, histoire de raconter son expérience et, qui sait… de convaincre quelques aventuriers d’embarquer avec lui dans l’aventure.

Chaque jour est un succès et je n’ai jamais été aussi heureux, confie le jeune homme. La meilleure manière de cultiver le bonheur, la joie et la positivité, c’est d’en donner.

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