Des découvertes scientifiques marquantes et inusitées
(Phoenix) Riz, hydrogène vert et blanc, fibres transgéniques, stress et cancer, perfluorés dans l’air, rosée… Des dizaines de présentations à la plus grande rencontre en science généraliste au monde, en Arizona, décrivent des recherches ayant le potentiel d’améliorer la société, un petit pas à la fois. Voici quelques-unes des plus marquantes.
Des fibres qui sauvent des vies
Augmenter de seulement 2,5 % la quantité de fibres dans l’alimentation occidentale permettrait d’éviter des dizaines de milliers de morts. Pour améliorer le taux de fibres dans le blé, une agronome de l’Université du Nebraska, Katherine Frels, a fondé en 2022 la Coalition pour les fibres dans les céréales. Les investissements dans le développement de nouvelles variétés de blé sont minimes, parce qu’il est plus difficile à modifier par le génie génétique, explique-t-elle. Mais les bénéfices des fibres changent la donne : chaque point de pourcentage supplémentaire de consommation diminue de 1 % la prévalance des maladies cardiovasculaires et du cancer de l’estomac, et de 2 % les cas de diabète, selon Nicola McKeown, professeur de nutrition à l’Université de Boston.
Un lien entre stress et cancer
Les promesses de l’hydrogène vert
Ce riz qui n’a que faire de la chaleur
Assaut contre les revues médicales
De moins en moins de rosée
Les perfluorés dans les airs
Une mite séductrice
Résumé
Un lien entre stress et cancer

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA NATIONAL LIBRARY OF SCIENCE
Des cellules humaines productrices de cortisol
Le stress cause bel et bien le cancer, selon des chercheurs de l’Université Midwestern, en Arizona. Ils ont exposé des cellules humaines à du cortisol, une molécule produite quand le corps humain est soumis à un stress physique ou psychologique. Les cellules étaient alors plus susceptibles de proliférer de manière incontrôlée, ce qui est l’une des caractéristiques du cancer. Détail important : cette prolifération accrue des cellules exposées au cortisol survenait tant dans celles qui y étaient soumises en continu que dans celles qui y étaient exposées temporairement. Un stress ponctuel augmente donc quand même le risque de cancer.
Les promesses de l’hydrogène vert

PHOTO TIRÉE DU SITE D’AIR LIQUIDE
La plus grande usine d’hydrogène au monde d’Air Liquide est au Nevada et produit de l’hydrogène vert avec l’énergie solaire.
L’hydrogène est très recherché pour stocker de l’énergie, pour créer des engrais et alimenter des moteurs non polluants. Et cet hydrogène sera de plus en plus vert. Depuis 10 ans, des gisements naturels d’hydrogène « blanc » permettent une extraction moins énergivore, indique Sunita Satyapal, responsable de l’hydrogène pendant 15 ans au département américain de l’Énergie. Ensuite, l’énergie solaire s’améliore et alimente le processus d’électrolyse de l’eau, pour la création d’hydrogène en usine. L’hydrogène vert, non issu de carburants fossiles, devient donc rentable, soulignent Adam Weber, du laboratoire Lawrence Berkeley en Californie, et David Edwards, directeur d’Air Liquide. L’entreprise a inauguré au Nevada une énorme usine d’hydrogène vert solaire.
Ce riz qui n’a que faire de la chaleur

PHOTO NORIKO HAYASHI, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Champs de riz dans le centre du Japon
Des chercheurs chinois ont dévoilé l’an dernier une avancée pour l’adaptation aux changements climatiques : un riz génétiquement modifié pour s’adapter à la chaleur. Une session à l’AAAS était consacrée à cette « avancée majeure », selon Argelia Lorence, de l’Université d’État de l’Arkansas, qui étudie l’impact de la chaleur sur les céréales. La productivité des rizières baisse de 10 % à chaque degré Celsius d’augmentation de la température, et le riz devient farineux. À l’inverse, les plants transgéniques chinois sont 60 % plus productifs par temps chaud et six fois moins susceptibles d’avoir un goût farineux. Le gène modifié est aussi présent dans d’autres céréales comme le blé.
Assaut contre les revues médicales

PHOTO CHRISTOPHER MICHEL, UCSF, WIKIMEDIA COMMONS
Kirsten Bibbins-Domingo
En avril dernier, le département de la Justice des États-Unis a accusé de partisanerie politique quatre importantes revues médicales : le New England Journal of Medicine (NEJM), le Journal de l’Association médicale américaine (JAMA), Chest et Obstetrics & Gynecology. Les éditeurs ont invoqué la liberté d’expression, mais cette attaque, dans la même veine que la guerre de l’administration Trump contre les universités, a eu des conséquences négatives, ont affirmé les patrons du JAMA, du NEJM et de Science à la réunion de l’AAAS : les études qu’ils reçoivent analysent beaucoup moins de sous-groupes basés sur l’origine ethnique, le sexe ou le revenu, a donné comme exemple Kirsten Bibbins-Domingo, du JAMA.
De moins en moins de rosée

PHOTO CHRISTOF STACHE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Rosée matinale sur une toile d’araignée
La rosée sera moins fréquente avec les changements climatiques, selon des chercheurs de l’Université d’État de l’Arizona. L’accumulation d’eau sur le sol, quand les nuits sont plus fraîches, joue un rôle important dans la croissance de la végétation. Cet apport hydrique est crucial durant les sécheresses. Il est aussi important parce que les pluies torrentielles, qui deviendront plus fréquentes avec le réchauffement de la planète, irriguent moins bien la végétation, un problème qui touche particulièrement le nord-est de l’Amérique du Nord. Entre 2001 et 2021, la quantité de rosée a diminué de 5 % en moyenne, avec une baisse de 8 % en Californie.
Les perfluorés dans les airs
Les normes sur la présence de perfluorés concernent généralement les sources d’eau potable. Mais cinq États américains se préparent à encadrer la présence dans l’air de ces produits chimiques, utilisés notamment dans les revêtements antidérapants, antitaches et imperméables, selon Rebecca Aicher, une biologiste qui suit le dossier pour l’AAAS. Il n’y a pas encore de tests approuvés pour les perfluorés dans l’air, et il n’est pas clair s’ils sont plus ou moins absorbables par le corps humain de cette façon. Autre inconnue : la formation de nouveaux perfluorés à la suite de réactions chimiques, un domaine de recherche émergent, est probablement différente dans l’eau et dans l’air.
Une mite séductrice

PHOTO MICHAEL QUINN, NPS, WIKIMEDIA COMMONS
Le lézard Sceloporus doit en partie sa teinte orange à une mite qui rend les femelles plus séduisantes.
Est-ce qu’un parasite peut augmenter le succès reproductif ? Il semble que oui pour le lézard Sceloporus, qui vit dans le Sud-Ouest américain. Des chercheurs de l’Université d’État de l’Arizona montrent qu’une mite qui vit dans les écailles du cou des lézards femelles augmente la coloration orange que prend le haut de leur corps quand vient le temps de se reproduire. Les biologistes ont confirmé que les femelles moins orange attirent moins les mâles. La présence de ces mites cause des lésions à la peau des lézards femelles, mais cela est compensé par ce succès reproductif plus élevé, concluent les chercheurs.
En savoir plus
- 11 000 tonnes par an
Production de l’usine d’hydrogène à énergie solaire d’Air Liquide au Nevada
Source : Air Liquide
10 millions de tonnes par an
Production d’hydrogène aux États-Unis
Source : Département américain de l’Énergie
- 50 tonnes par an
Production du seul gisement commercial d’hydrogène blanc au Mali
Source : H2 Science Coalition
5000 milliards de tonnes
Réserves d’hydrogène blanc dans le monde
Source : H2 Science Coalition
- 23 millions de tonnes par an
Fuites naturelles d’hydrogène blanc dans le monde
Source : H2 Science Coalition
