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Cannabis Des gènes clés de la dépendance découverts

Une chercheuse ontarienne vient d’identifier des gènes associés à la dépendance au cannabis. Ses travaux s’ajoutent à de nombreuses pistes génétiques envisagées pour le dépistage et le traitement des abus de marijuana.
Publié à 6 h 00

Mathieu Perreault La Presse

Résumé

Deux « variants génétiques » liés à plusieurs dimensions de la consommation de cannabis ont été identifiés par Hayley Thorpe, de l’Université Western, à London, en Ontario, qui a travaillé sur le sujet avec des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego (UCSD).

« Notre étude est la première à appliquer cette méthode génétique aux différentes fréquences d’utilisation du cannabis », dit la biologiste ontarienne, dont les travaux ont été publiés dans la revue Molecular Psychiatry en octobre.

Le lien de l’un des deux variants, appelé CADM2, avec la consommation de cannabis a déjà été établi par d’autres études. Mais pas l’autre, appelé GRM3. « CADM2 a été lié à la prise de risques », précise Sandra Sanchez Roige, de l’UCSD, auteure principale de l’étude. « Mais on ne sait pas à quoi sert GRM3. C’est une région du génome qui est liée au développement du cerveau. »

La recherche sur la génétique de la consommation de cannabis a fait des pas de géant dans la dernière décennie, estime Joel Gelernter, psychiatre de l’Université Yale, à New Haven dans le Connecticut, qui a publié plusieurs études sur la génétique de la consommation de cannabis depuis quelques années.

Il y a des différences importantes sur le plan génétique entre l’utilisation régulière de cannabis, le fait d’en avoir pris ou non dans sa vie et les troubles de consommation du cannabis.

Joel Gelernter, psychiatre de l’Université Yale

C’est la première fois que des gènes sont liés au trouble de consommation du cannabis, un diagnostic qui signifie qu’une personne désire en utiliser moins mais n’y arrive pas.
Médicaments

Les gènes identifiés pourraient servir de cibles pour élaborer des médicaments facilitant le sevrage du cannabis, selon le Dr Gelernter. Les essais cliniques de médicaments désignés comme prometteurs, parce qu’ils interagissent avec des cibles génétiques liées à des maladies, ont un taux de succès deux fois plus élevé que la moyenne, note-t-il.

La prochaine étape dans ces recherches sur des gènes liés à l’usage de cannabis est d’identifier ceux qui jouent un rôle dans l’effet de cette drogue et dans le sevrage. Certaines personnes ressentent de l’euphorie en consommant du cannabis, d’autres plus de sociabilité, et il y a des effets parfois positifs et parfois négatifs sur l’anxiété, souligne le Dr Gelernter. Le sevrage amène aussi des effets plus ou moins sévères d’une personne à l’autre.

On sait que l’intolérance à certains intoxicants est liée à une protection contre la dépendance.

Joel Gelernter, psychiatre de l’Université Yale

Il donne l’exemple de certaines populations, surtout en Asie, plus susceptibles d’avoir des réactions négatives à la consommation d’alcool, qui cause des bouffées de chaleur. La dépendance à l’alcool est moins fréquente parmi ces populations, dit-il. Selon lui, il pourrait exister un phénomène similaire pour les personnes ayant une réaction négative au cannabis.
Dépistage à l’adolescence

Pourrait-on identifier les gens plus susceptibles de devenir accros au cannabis ? « Pour le moment, ce n’est pas une perspective réaliste, il y aurait trop de faux positifs », répond Abraham Palmer, de UCSD, qui a aussi participé à l’étude publiée dans Molecular Psychiatry. Le taux de faux positifs pourrait approcher 40 %, selon lui.

D’ici une décennie, on pourrait s’approcher d’une meilleure évaluation du risque de dépendance, estime le Dr Gelernter, semblable aux prédictions qu’on peut faire avec certains gènes liés au cancer du sein : des personnes ont un risque plus élevé que la moyenne de la population, mais il n’y a aucune certitude qu’elles auront un cancer.

Il faudra voir si un adolescent dont le pédiatre lui dit qu’il est beaucoup plus à risque de dépendance au cannabis évitera vraiment d’en faire l’essai.

Joel Gelernter, psychiatre de l’Université Yale

Est-ce qu’on pourra prédire le risque de schizophrénie ou de psychose lié au cannabis ? « Un jour, on arrivera certainement à une prédiction utile sur le plan clinique, poursuit-il. Mais ce type de test est souvent controversé. [Aux États-Unis], la Food and Drug Administration (FDA) a par exemple approuvé un test de prédiction du risque de dépendance aux opioïdes qui est critiqué par la plupart des spécialistes. »

Ce test, AvertD, a été approuvé par la FDA fin 2023 malgré l’avis négatif d’un comité interne. Il a un taux de faux positifs et de faux négatifs de 20 %, ce qui signifie que 20 % des gens qui n’ont pas les gènes analysés par AvertD risquent quand même d’avoir une dépendance aux opioïdes. AvertD est conçu pour être utilisé avant une première prescription de médicaments à base d’opioïdes.
La cigarette et le tabac

Une autre étude sur le cannabis, publiée en octobre dans Drug and Alcohol Dependence Reports par des chercheurs de l’Université McGill, identifie quant à elle une molécule qui rend très difficile pour les fumeurs de cigarettes d’arrêter de fumer du cannabis.

Il s’agit de FAAH, une enzyme présente dans le cerveau qui décompose la « molécule du bonheur », l’anandamide. Cette dernière, une substance sécrétée naturellement, aide à diminuer le stress et à améliorer l’humeur. Les consommateurs de cannabis qui fumaient aussi des cigarettes avaient davantage de FAAH et souffraient plus de stress, de dépression et d’anxiété quand ils tentaient d’arrêter le cannabis.

« Le cannabis et la nicotine altèrent le système de régulation de l’anandamide », indique l’auteure principale de l’étude de McGill, Rachel Rabin. « Cette altération peut compliquer le sevrage. »

Est-ce que cette mauvaise régulation de l’anandamide est présente avant le début de l’utilisation de la nicotine et du cannabis ? Plusieurs chercheurs pensent que l’utilisation de ces substances est une forme d’automédication. « Oui, c’est très possible que les gens qui ont plus de FAAH naturellement soient plus susceptibles d’utiliser du cannabis et de la nicotine », avance Mme Rabin.

La neurobiologiste a fait cette découverte avec l’imagerie médicale (tomographie par émission de positrons). La prochaine étape, selon elle, est de mieux comprendre l’effet de la nicotine sur les taux de FAAH, d’analyser les symptômes de sevrage chez les co-consommateurs de cannabis et de nicotine, et ensuite d’identifier des médicaments pouvant aider les accros au cannabis à s’en passer.
En savoir plus

5,4 %
    Proportion de la population américaine qui a un trouble de consommation du cannabis

Source : Substance Abuse and Mental Health Services Administration (SAMHSA)

18 %
    Proportion de Québécois de 15 ans et plus qui ont consommé du cannabis en 2024

SOURCE : Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)

35 %
    Proportion de Québécois de 21 à 24 ans qui ont consommé du cannabis en 2024. Il s’agit du groupe d’âge avec la plus grande proportion de consommateurs.

SOURCE : INSPQ

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-11-16/cannabis/des-genes-cles-de-la-dependance-decouverts.php

Science

Les mers montent — et le fleuve?

Par Jean-François Cliche, Le Soleil

16 novembre 2025 à 04h00|

Mis à jour le16 novembre 2025 à 07h35

(Ville de Québec/Ville de Québec)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Avec les changements climatiques, les calottes glaciaires polaires fondent davantage ce qui, selon ce qu’on nous dit, va élever le niveau des océans. Or, si c’est le cas, le niveau des fleuves, dont le Saint-Laurent, devrait l’être également. Comment expliquer, alors, qu’au cours de l’été dernier le niveau du Saint-Laurent a atteint des seuils historiquement bas?» demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

En fait, le réchauffement planétaire a déjà fait monter un peu le niveau des mers, par environ 21 à 24 cm depuis les années 1880, d’après l’Administration océanique et atmosphérique (NOAA) des États-Unis. Ça s’accélère en même temps que le réchauffement lui-même — 3,6 mm par année entre 2006 et 2015, alors que c’était 1,4 mm/an au début du XXe siècle. Mais c’est déjà commencé et ça va se continuer à hauteur, estime-t-on, d’environ 60 cm d’ici la fin du siècle.

Il faut noter ici qu’il n’y a pas que la fonte des calottes glaciaires qui est en cause, ici. Si les gaz à effet de serre emprisonnent plus de chaleur dans l’atmosphère, les océans finissent éventuellement par absorber autour de 90 % de cette énergie en plus, et se réchauffent donc eux-mêmes.



Or, l’eau prend du volume quand sa température augmente et cette expansion thermique a longtemps été responsable de la moitié de la hausse du niveau de la mer. La fonte des glaciers s’est toutefois accélérée au cours des dernières décennies, si bien que l’expansion thermique compte désormais pour environ le tiers de la montée des eaux (+1,3 mm/an).

Jusqu’à maintenant, le niveau de l’eau est resté essentiellement stable, en moyenne, autour de la ville de Québec, selon le consortium de recherche sur le climat Ouranos. Mais celui-ci prévoit une hausse modérée dans la région d’ici 2100.

Maintenant, il est évident que la hausse du niveau des mers a un impact dans une bonne partie du Saint-Laurent. Dans le Golfe, cela va de soi puisque c’est la mer. D’ailleurs, c’est déjà commencé: aux Îles-de-la-Madeleine, les eaux ont monté d’environ 4 mm/an entre 1964 et 2011, toujours selon Ouranos.

L’influence de l’océan ne remonte toutefois pas jusqu’aux Grands Lacs — elle s’arrête grosso modo aux endroits qui subissent des marées quotidiennes.

Une étude intéressante à ce sujet a été publiée l’année dernière dans la revue savante Earth’s Future. En consultant les données historiques (1968-2020) sur le débit du fleuve et son niveau dans une vingtaine de stations allant de Châteauguay à la Gaspésie, ils ont trouvé (notamment) que le niveau maximal du fleuve est significativement corrélé à son débit maximal à peu près jusqu’au lac Saint-Pierre.

En aval de ce point-là, le niveau maximum des eaux ne dépend plus du débit, du moins plus principalement — l’influence de la mer et des marées prend alors le pas.



Régimes différents

Ça ne répond pas directement à la question de M. Guilbault puisque le débit/niveau maximal du fleuve n’est pas la même chose que sa moyenne ou ses minima. Mais cela donne déjà une bonne idée de la réponse: si le niveau de ses eaux est lié surtout à son débit en amont de Trois-Rivières et qu’il cesse de l’être en aval, on peut donc avoir un niveau marin qui s’élève et un débit du fleuve qui atteint des étiages extrêmes sans qu’il y ait contradiction.

C’est juste que, selon les endroits, les facteurs qui décident du niveau des eaux ne sont pas tout à fait les mêmes.

En amont de Trois-Rivières, ce sont principalement les précipitations et l’évaporation qui influencent le niveau des eaux. Passé ce point-là, la pluie continue bien sûr de jouer un rôle, mais l’influence de l’océan se fait de plus en plus sentir à mesure que l’on progresse vers l’aval.

À cet égard, Ouranos a modélisé ce que les changements climatiques pourraient signifier pour le «régime hydrique» du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Essentiellement, les auteurs de ces simulations concluent qu’il y aura plus de précipitations, mais aussi plus d’évaporation au-dessus des Grands Lacs.



Au net, le Saint-Laurent devrait recevoir plus d’eau de ceux-ci, soit l’équivalent de 14 à 70 mm de pluie de plus par année.

Mais «des différences importantes existent d’une saison à l’autre», avertit le document. La tendance calculée entre 1953 (l’étude a inclus des données historiques) et 2100 est que le Saint-Laurent recevra moins d’eau des Grands Lacs en été, et davantage en hiver. Cette baisse des apports en eau vers le fleuve, pendant l’été, peut elle aussi amplifier le «décrochage» entre le niveau des mers et celui du Saint-Laurent.

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Colombie-Britannique Des loups surpris à utiliser un outil pour remonter des casiers à crabes

Des chercheurs ont filmé des loups sauvages en Colombie-Britannique tirant des casiers à crabes hors de la mer à l’aide de leurs lignes pour manger l’appât qu’ils contenaient. Ceci constitue la première preuve d’une possible utilisation d’outils par ces animaux.
Publié hier à 14 h 02

Chuck Chiang La Presse Canadienne

Dans un rapport publié lundi dans la revue scientifique Ecology and Evolution, les chercheurs Kyle Artelle et Paul Paquet expliquent avoir installé des caméras sur la plage, braquées sur les casiers à crabes de la Première Nation Heiltsuk, afin de déterminer ce qui les endommageait de manière répétée.

Ces casiers, installés près de Bella Bella, sur la côte centrale de la Colombie-Britannique, étaient utilisés pour lutter contre le crabe vert européen, une espèce envahissante. Certains d’entre eux étaient immergés en permanence dans des eaux plus profondes, ce qui a conduit les chercheurs à penser que les dégâts observés depuis 2023 étaient causés par des mammifères marins.

« Nous nous sommes dit : « Mais qu’est-ce qui peut bien faire ça ? » », a raconté M. Artelle, chercheur au Collège des sciences environnementales et forestières de l’Université d’État de New York, qui a participé aux efforts de la nation Heiltsuk pour lutter contre les crabes verts.

« Ça ne peut pas être un ours ou un loup. Ils ne vont pas plonger pour atteindre le piège. Alors, qu’est-ce qui s’en prend aux pièges ? »

Leurs hypothèses étaient erronées.

Moins d’un jour après l’installation des caméras en mai dernier, les chercheurs ont filmé un loup sortant de l’eau avec une bouée dans la gueule.

Les images ont ensuite montré le loup laissant tomber la bouée sur la plage, ramassant la ligne exposée et tirant dessus jusqu’à ce que le casier à crabes émerge de l’eau.

Le loup a ensuite ramassé le piège avec sa gueule, l’a déplacé vers des eaux moins profondes et a mangé l’appât qu’il contenait.

« Nous en sommes restés bouche bée, a déclaré M. Artelle. Nous savons qu’ils sont vraiment très intelligents, mais nous n’avions jamais imaginé qu’un loup puisse nager jusqu’aux casiers situés en eau profonde, ramener la bouée sur le rivage et tirer la ligne comme le ferait un être humain. »

Les caméras ont ensuite filmé un deuxième loup tirant également un casier à crabes de la même manière plus tôt cette année, ce qui a conduit les chercheurs à penser que d’autres loups de la meute locale avaient peut-être appris les uns des autres.

Quant à l’origine de ce comportement, Kyle Artelle a indiqué que les chercheurs ne pouvaient que spéculer.

« Nous ne savons pas vraiment, mais les deux explications les plus plausibles selon nous sont les suivantes : soit les loups ont commencé à faire cela avec des casiers exposés à marée basse, car c’est très facile, soit il y a eu un apprentissage progressif qui a commencé avec des casiers entièrement sur le rivage, puis des casiers partiellement submergés, pour ensuite associer la ligne au casier et la bouée à la ligne… Cela serait tout à fait logique », explique M. Artelle.

Les chercheurs indiquent que quelques caméras sur le site de la Colombie-Britannique sont désormais vouées 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 aux casiers à crabes afin de suivre le comportement des loups dans la région, tandis que des travaux sont « en cours » pour éviter que les casiers ne subissent trop de dommages, ce qui pourrait nuire à l’étude sur les crabes envahissants.

« Il se passe ici des choses vraiment spéciales, et nous voulons mieux les comprendre. Que se passe-t-il d’autre sur le terrain ? Qu’est-ce que ces loups ont encore à nous apprendre ? C’est donc là-dessus que nous allons nous concentrer au cours des prochaines décennies, à mesure que nous en apprendrons davantage sur les loups ici », a dit M. Artelle.

« Ce n’est vraiment que la partie émergée de l’iceberg. »

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-11-17/colombie-britannique/des-loups-surpris-a-utiliser-un-outil-pour-remonter-des-casiers-a-crabes.php

Étude d’un chercheur de l’Université McGill Des mammouths ont vécu au Québec

Un chercheur de l’Université McGill a identifié dans un musée une dent de mammouth découverte dans le Grand Nord il y a un siècle. Cela signifie que les mammouths ont foulé le sol du Québec.

Publié à 5 h 00

Mathieu Perreault La Presse

« Cette dent avait été oubliée, alors on n’avait pas de traces de mammouths au Québec ou au Labrador », dit Louis-Philippe Bateman, un étudiant à la maîtrise qui est l’auteur principal de l’étude publiée en novembre dans le Canadian Journal of Earth Sciences.

Dans les cartes de la distribution des mammouths, le Québec était l’un des seuls endroits avec l’Amérique du Sud à ne pas en avoir eu [puisque la dent était omise de ces cartes].

Louis-Philippe Bateman, étudiant à la maîtrise de l’Université McGill

M. Bateman a de plus corrigé une erreur d’identification de l’espèce de mammouth de cette dent, trouvée en 1878 dans l’île de Long Island, qui fait partie du Nunavut, mais est située le long de la côte du Nunavik, à l’embouchure de la baie d’Hudson. Il s’agit d’une dent de mammouth laineux, alors qu’on l’avait identifiée il y a 100 ans comme une dent de mammouth de Colomb, une espèce qui a vécu plus au sud. L’île était probablement reliée au Nunavik à cette époque.

Les seules autres traces de mammouths dans l’est du Canada ont été trouvées à un site dans le sud de l’Ontario et à deux sites en Nouvelle-Écosse, dont un sur le banc de Georges, qui émergeait alors de l’océan. « Les traces des mammouths au Québec ont probablement été effacées par le passage des glaciers, qui atteignaient trois kilomètres de hauteur », dit M. Bateman.

L’a b c des mammouths…

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-11-23/etude-d-un-chercheur-de-l-universite-mcgill/des-mammouths-ont-vecu-au-quebec.php

Démystifier la science De l’asphalte coloré plutôt que de la peinture

Mathieu Perreault La Presse

Pourquoi ne pas développer des lignes permanentes en colorant l’asphalte, au lieu de peinturer les lignes blanches et jaunes tous les ans ou les deux ans ?
Michel Villeneuve

Parce que ce serait très coûteux à l’installation et qu’il faudrait de toute façon étendre régulièrement un enduit réfléchissant.

« Les enrobés colorés n’ont pas la capacité de réfléchir la lumière comme la peinture », explique Alan Carter, ingénieur spécialiste de l’asphalte à l’École de technologie supérieure (ETS). Le terme « enrobé » est utilisé par les ingénieurs pour décrire l’asphalte recouvrant les routes. « Donc même si on voulait dépenser ce qu’il faut pour installer de l’enrobé coloré à la place des lignes peinturées sur la route, il faudrait peindre cet enduit réfléchissant. »

L’asphalte ne pourrait pas être posé avec des bandes colorées de 12 cm pour remplacer les lignes colorées. Il faudrait poser l’asphalte, puis l’enlever sur cette bande de 12 cm et remettre de l’asphalte coloré. Cela créerait des jonctions où l’eau pourrait s’infiltrer et geler l’hiver, réduisant la durée de vie de la chaussée, selon Alan Carter.

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-11-23/demystifier-la-science/de-l-asphalte-colore-plutot-que-de-la-peinture.php

L’Est du Québec

Ce cèdre aurait côtoyé Jacques Cartier et Samuel de Champlain!

Par Johanne Fournier, Collaboration spéciale

25 novembre 2025 à 17h00

Viateur de Champlain entouré des deux chercheurs universitaires, Antoine Lachance et Alex Pace, qui ont évalué l’âge de sept cèdres datant de 353 à 670 ans. (Viateur de Champlain)

Dans le secteur de L’Anse-Pleureuse, un homme de Matane a découvert sept cèdres datant de 353 à 670 ans. Parmi ces thuyas situés en bordure du fleuve, l’un d’eux aurait donc vu passer Jacques Cartier et Samuel de Champlain. Pour Viateur de Champlain, ces arbres remarquables figurent parmi les plus anciens de la Gaspésie et du Québec.

M. de Champlain, président fondateur du Sentier international des Appalaches (SIA) de 1996 à 2005, a remarqué ces arbres multicentenaires lors de travaux d’aménagement du sentier.

«En 1999, avec des membres du comité régional Haute-Gaspésie, j’ai participé au tracé d’une section du SIA, le long de la falaise de L’Anse-Pleureuse, raconte-t-il. À notre grande surprise, nous avons aperçu de très vieux cèdres.» Dès ce moment, il a eu l’intuition de leur âge vénérable.



Le plus vieux des sept cèdres découverts à L’Anse-Pleureuse aurait 670 ans. (Viateur de Champlain)

25 ans plus tard

L’idée de faire évaluer scientifiquement l’âge de ces arbres a hanté Viateur de Champlain pendant un quart de siècle. Après plusieurs tentatives auprès de divers établissements d’enseignement, il a finalement été mis en contact avec Alex Pace, étudiant au doctorat à l’Université Concordia de Montréal, par l’entremise du directeur de l’Institut de recherche sur les forêts de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Fabio Gennaretti.

Le 22 juillet 2024, Viateur de Champlain a conduit Alex Pace et son collègue Antoine Lachance sur le site, situé environ 4 km à l’est de L’Anse-Pleureuse, un ancien village aujourd’hui fusionné à la municipalité de Saint-Maxime-du-Mont-Louis, en Haute-Gaspésie. Puis, les deux scientifiques ont procédé à l’échantillonnage de sept cèdres.

Le deuxième plus vieil arbre du secteur de L’Anse-Pleureuse daterait de 400 ans. (Viateur de Champlain)

Les résultats, transmis le 27 octobre dernier, ont révélé que le plus âgé des cèdres échantillonnés a 670 ans. Avec un diamètre de 93,5 cm, il daterait de l’année 1355.

Hommage aux naufragés du Swordfish

Pour donner une dimension historique à ces arbres exceptionnels, Jocelyne Des Rosiers, la conjointe de M. de Champlain, a proposé de nommer chacun d’eux en mémoire des victimes du naufrage de la goélette Swordfish, survenu en 1867 près de L’Anse-Pleureuse.

«Chaque arbre sera identifié par une plaquette en 2026 et portera les noms des naufragés», confirme Viateur de Champlain. Le plus vieux sera identifié du nom du Capitaine F. Duquet junior. L’an prochain, une plaque historique relatant le naufrage du Swordfish sera également installée dans le secteur des cèdres.

Potentiel touristique

Ces arbres remarquables seront inscrits dans le Répertoire des arbres exceptionnels de la Gaspésie, rédigé par Rose-Hélène Tremblay d’Environnement Vert Plus de Maria, dont la publication est prévue l’an prochain.



Dans cette découverte, M. de Champlain voit un fort potentiel touristique. «Je vais envoyer les informations à Tourisme Gaspésie et à Tourisme Haute-Gaspésie pour qu’ils en fassent un attrait. Puis, un attrait, ça crée une rétention touristique. Les gens vont vouloir aller voir ça!»

Il espère aussi que cette découverte incitera les visiteurs à prolonger leur séjour dans la région. «Les gens vont peut-être passer une journée de plus dans le secteur de Mont-Louis», s’imagine-t-il.

Arbres en bonne santé

En dépit de leur âge avancé, ces vieux cèdres se portent bien, de l’avis de Viateur de Champlain. «On en voit deux qui sont penchés. Mais, ils sont en très bonne santé!»

L’emplacement exact des arbres, le long du SIA, a été positionné avec précision afin de permettre leur identification lors de la mise en place des plaques commémoratives l’été prochain.

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À noter que c’est aussi un cèdre (thuya occidentalis) qui possède le titre d’arbre le plus vieux du Québec, sur une ile en Abitibi, avec environ 1000 ans d’existence. Il n’est pas impossible cependant qu’on en découvre un jour des plus vieux encore, les thuyas sont particulièrement bien adaptés au Québec.

https://actualites.uqam.ca/2016/le-plus-vieil-arbre-quebec/

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Regain controversé de l’énergie nucléaire

La centrale nucléaire de Darlington, en Ontario

Trois projets en Ontario. D’autres en Saskatchewan et en Alberta. Une nouvelle technologie appuyée par Bill Gates. Près de 200 centrales planifiées en Chine. L’énergie nucléaire semble avoir le vent dans les voiles. Mais ses opposants mettent quelques bémols.

Publié à 5 h 00

Mathieu Perreault La Presse

« Il y a vraiment un renouveau d’intérêt pour l’industrie nucléaire, après plusieurs décennies de stagnation », affirme l’ingénieur nucléaire John Preston, professeur à l’Université McMaster, en Ontario, qui a organisé un congrès sur le sujet cet automne.

M. Preston dirige le projet Nuclear @ McMaster, qui possède le plus gros réacteur nucléaire de recherche au Canada. Il cite deux grandes tendances qui changent la donne : l’apparition de « petits réacteurs modulaires » et l’usinage de sections entières de plus grands réacteurs. « Avec les petits réacteurs modulaires, on a une installation plus rapide et la capacité d’augmenter la puissance d’une centrale en ajoutant d’autres modules, explique-t-il. Avec la standardisation des processus de construction, on réduit les coûts et on diminue les imprévus. »

L’Ontario, qui tire plus de la moitié de son électricité de trois centrales nucléaires, a annoncé que la centrale de Darlington serait rénovée, pour prolonger sa durée de vie de 20 à 40 ans, et qu’on y ajouterait un cinquième réacteur grâce à la technologie des « petits réacteurs modulaires », dit M. Preston. La construction d’une quatrième centrale a aussi été annoncée.

Les petits réacteurs modulaires ont généralement une capacité de trois à quatre fois moindre que celle des centrales nucléaires traditionnelles.

Ailleurs au pays, le Nouveau-Brunswick envisage l’ajout d’une deuxième centrale nucléaire, l’Alberta veut en construire pour réduire les émissions liées à l’extraction du pétrole et la Saskatchewan, qui produit de 15 à 25 % de l’uranium de la planète, veut aussi bâtir des réacteurs.

Cette renaissance nucléaire est une conséquence de la confiance grandissante des populations qui vivent près des centrales actuelles, estime Guy Marleau, professeur de génie nucléaire à Polytechnique Montréal.

Les gens qui habitent autour des centrales voient bien qu’ils n’ont jamais eu de gros problèmes.

Guy Marleau, professeur de génie nucléaire à Polytechnique Montréal

Mais pour les pays qui n’ont pas déjà d’expertise dans le nucléaire, ce n’est pas évident de se lancer dans cette filière, ajoute M. Marleau, notamment parce que le personnel spécialisé est rare.

Avancées technologiques

L’industrie nucléaire espère bénéficier d’avancées technologiques semblables à celles du domaine de l’exploration spatiale. Depuis dix ans, des sociétés comme SpaceX, Blue Origin ou Rocket Lab ont proposé des lanceurs spatiaux permettant de faire des mises en orbite 10 fois moins chères.

« Beaucoup dans l’industrie nucléaire pensent qu’avec les petits réacteurs modulaires, et avec la standardisation de la fabrication en usine, on va avoir une réduction des coûts comparable à celle des lancements en orbite », souligne John Preston.

L’une de ces nouvelles entreprises a été lancée en 2008 par Bill Gates, fondateur de Microsoft. Il a investi plus de 1 milliard US dans la technologie de TerraPower, qui vise notamment à réduire les coûts du refroidissement des centrales nucléaires.

Une autre nouvelle société américaine, Deep Fission, veut enterrer des réacteurs à 1,6 km de profondeur pour éliminer la nécessité de les maintenir sous pression.

« On utilise la pression des profondeurs », explique Elizabeth Muller, PDG de Deep Fission. Elle a eu l’idée d’un réacteur enfoui après avoir fondé Deep Isolation, qui vise à construire des cellules d’isolement de déchets nucléaires à des profondeurs similaires, pour limiter les risques de contamination. Le premier projet pilote de Deep Fission pourrait voir le jour avant 2027.

Des critiques

Mais plusieurs critiques de longue date de l’industrie nucléaire sont sceptiques. « La renaissance nucléaire, c’est La La Land ! », lance Mycle Schneider, militant antinucléaire allemand, en faisant référence au film de 2016 sur Hollywood et ses histoires qui font rêver.

Selon le World Nuclear Industry Status Report, publié chaque année par le militant, le nucléaire, qui générait 16,5 % de l’électricité dans le monde à son apogée, en 1996, ne représente plus que 9 % actuellement.

Depuis deux ans, le nombre de pays qui construisent des centrales nucléaires est passé de 16 à 11. Et on a des délais interminables pour terminer les projets entamés.

Mycle Schneider, militant antinucléaire allemand

De plus, les centrales nucléaires situées dans des États américains où le prix de l’électricité est soumis au marché doivent être subventionnées par l’État, souligne Stephen Thomas, économiste spécialisé en énergie de l’Université de Greenwich, en Angleterre. « Et on parle de centrales construites depuis des décennies, qui normalement devraient être les moins coûteuses », observe-t-il.

Les centrales nucléaires seront indispensables pour garantir la stabilité des réseaux électriques face au caractère imprévisible des énergies renouvelables, selon John Preston. « Sans ça, il faut utiliser des centrales au gaz, qui émettent des gaz à effet de serre, dit-il. Si on tient compte des coûts de stabilisation du réseau et de stockage de l’énergie renouvelable produite quand la demande n’est pas suffisante, les coûts de l’énergie nucléaire existante sont comparables à ceux du solaire et de l’éolien. »

Les progrès technologiques du côté des batteries viendront réduire l’utilité du nucléaire, affirme Mycle Schneider. Il note que les prix des énormes batteries stockant les excédents des centrales solaires et éoliennes ont chuté de 40 % depuis un an.

Croissance du nucléaire en Chine

L’un des éléments clés de la thèse de la renaissance de l’industrie nucléaire est la croissance du nucléaire en Chine. Le nombre de réacteurs nucléaires y a doublé depuis 19 ans : on en trouve maintenant 58, et 27 autres sont en construction. En outre, 200 centrales sont projetées, parfois sur la planche à dessin, parfois seulement mentionnées comme projets futurs.

Mais selon Guy Marleau, ces nouvelles centrales sont notamment construites pour stimuler la recherche nucléaire, puisque l’énergie solaire et éolienne est moins coûteuse. Les trois centrales nucléaires inaugurées en Chine l’an dernier totalisaient 3,5 gigawatts en puissance, soit 100 fois moins que les nouvelles centrales solaires et éoliennes du pays, ajoute Mycle Schneider.
En savoir plus

3 milliards
    Budget de construction de quatre petits réacteurs modulaires totalisant 1200 MW à la centrale de Darlington, en Ontario

source : Gouvernement de l’Ontario

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-11-30/regain-controverse-de-l-energie-nucleaire.php

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Pourquoi les immeubles ne ferment pas (toutes) les lumières la nuit?

Par Jean-François Cliche, Le Soleil

30 novembre 2025 à 04h00|

Mis à jour le30 novembre 2025 à 10h04

Des édifices fédéraux encore très éclairés la nuit, à Ottawa. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Hydro-Québec nous incite à consommer moins d’électricité en adoptant diverses mesures d’économie, surtout en période de pointe en hiver. Pourtant, dans nos villes, on voit beaucoup de lumières — néons, enseignes lumineuses, etc. — qui restent allumées toute la nuit même si les commerces sont fermés et les bureaux, vides. Est-ce que fermer toutes ces lumières «inutiles» nous ferait économiser beaucoup d’électricité?» demande Gilles Lamontagne, de Leclercville.

Ça éviterait certainement des dépenses en électricité, oui. Mais les résultats ne seraient pas fabuleux non plus.

D’après le dernier rapport des HEC L’État de l’énergie au Québec, l’éclairage compte pour 18 % des dépenses en énergie — toutes formes confondues: électricité, gaz, etc. — des bâtiments commerciaux et institutionnels. Dans un climat comme le nôtre, c’est vraiment le chauffage des locaux (45 % de l’énergie consommée) qui est le plus gros morceau.



Si l’on s’en tient à la seule consommation d’électricité, ces pourcentages peuvent varier pas mal d’un bâtiment à l’autre selon que l’édifice est chauffé à l’électricité ou au gaz/mazout. Mais il reste que l’éclairage compte pour une part relativement modeste de cette consommation. (C’est encore plus vrai dans le résidentiel, où il ne compte que pour 7 % de l’énergie consommée par le ménage moyen, mais c’est une autre question.)

En outre, il existe toutes sortes de raisons pour lesquelles les gestionnaires de grands édifices choisissent de garder au moins une partie de leurs lumières allumées la nuit. Certains employés de bureau peuvent rester tard, les équipes d’entretien ont besoin de lumière pour faire leur boulot, on veut aussi éloigner d’éventuels cambrioleurs, qui préfèrent «travailler» dans l’obscurité, et ainsi de suite.

À cause de cela, Hydro-Québec mise surtout (mais pas que, j’y reviens) sur le passage aux ampoules DEL pour réduire la consommation d’électricité liée à l’éclairage dans les bâtiments institutionnels et commerciaux. Les DEL, comme on le sait, «brûlent» entre 75 % et 90 % moins d’énergie que les ampoules incandescentes «classiques» et les néons pour produire une même quantité de lumière. Et comme l’éclairage, tel que mentionné plus haut, représente déjà une part relativement faible de la consommation d’électricité, il n’en reste plus tellement à économiser une fois qu’on s’est converti aux DEL.

(À cet égard, notons à titre illustratif qu’Hydro-Québec «ne constate plus d’impact des décorations de Noël sur la consommation depuis qu’elles sont aux DEL», m’a indiqué un de ses porte-paroles, Cendrix Bouchard. Il n’avait pas de chiffres précis à me donner à ce sujet, mais «il y a eu une époque où on sentait l’effet des décorations de Noël sur le réseau, alors que ce n’est plus perceptible maintenant», dit-il. Ce qui montre bien à quel point les DEL, sans faire descendre la consommation jusqu’à zéro, éclairent de manière efficace.)

À cet égard, notons à titre illustratif qu’Hydro-Québec «ne constate plus d’impact des décorations de Noël sur la consommation depuis qu’elles sont aux DEL», m’a indiqué un de ses porte-paroles, Cendrix Bouchard. (123rf)

Maintenant, il y a quand même des initiatives qui sont prises pour éteindre les lumières, la nuit, dans les grands immeubles. Il n’y a peut-être pas d’énormes économies d’électricité à faire là, mais «il y a quelque chose de symbolique là-dedans. Quand ils voient de grands immeubles éclairés toute la nuit, les gens peuvent se demander pourquoi ils feraient leur part pour réduire leur consommation», reconnaît M. Bouchard.

Hydro «recommande» par exemple d’installer des contrôles automatiques de l’éclairage pour l’éteindre, ou du moins le réduire, quand il n’est plus requis. Une «Alliance des bâtiments exemplaires» a également été lancée cet automne où 25 propriétaires d’édifices publics se sont engagés à adopter différents comportements optimaux de consommation, dont celui d’«éteindre les lumières des bâtiments lorsqu’ils ne seront pas occupés».



Cela dit, il semble que ce genre d’efforts ne donne pas toujours les résultats espérés, comme l’ont constaté deux de mes collègues l’an dernier. Alors que la Société québécoise des infrastructures, qui gère les édifices du provincial, jure que les lumières sont éteintes la nuit, nos journalistes ont trouvé plusieurs exemples de vastes espaces à bureaux qui étaient complètement vides, et pourtant encore très éclairés passé minuit.

Encore une fois, il peut y avoir de bonnes raisons de laisser les lumières d’un édifice public ouvertes la nuit. Mais pour le «symbolisme» évoqué par le porte-parole d’Hydro-Québec, il faudra repasser…

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Démystifier la science Comment l’humidité aggrave le froid en hiver

L’humidité aggrave bel et bien le froid.

Chaque semaine, notre journaliste répond aux questions scientifiques de lecteurs.

Publié à 5 h 00

Mathieu Perreault La Presse

L’humidex, en été, permet de savoir à quel point la chaleur est exacerbée par l’humidité. Y a-t-il un équivalent en hiver, pour savoir à quel point l’humidité aggrave le froid ?

Normand Saint-Hilaire

L’humidité aggrave bel et bien le froid, dit l’hydroclimatologue Philippe Gachon, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Mais aucun humidex d’hiver n’a été mis au point, parce que le vent et le soleil viennent brouiller les cartes.

« On le sait tous, on ne sort jamais dehors par temps froid lorsque nos gants sont humides ou lorsqu’en dessous de notre manteau, on a transpiré, dit M. Gachon. Quand on a de l’humidité sur le corps, automatiquement, on va perdre de la chaleur beaucoup plus rapidement. »

Quand l’humidité est à 80 % ou 90 % en hiver, le froid ressenti est plus mordant que ce que nous indique le thermomètre, souligne le chercheur montréalais. Mais par temps sec aussi, la température semblera plus froide s’il vente beaucoup, et un mercure très bas sera moins pénible s’il fait soleil, même si c’est humide.

En comparaison, en été, l’humidité est plus directement liée à la température ressentie. Le facteur humidex, qui montre l’augmentation de la température ressentie, a été inventé au Canada dans les années 1960.

Évaporation

Quand on a de l’eau sur le corps, elle s’évapore, ce qui nécessite de l’énergie, puisée dans la chaleur du corps. C’est pour cette raison qu’on a froid quand on est mouillé en sortant de la douche.

Quand il fait particulièrement humide dehors, des gouttelettes d’eau se posent sur les aspérités de nos vêtements. S’ils ne sont pas imperméables, l’humidité se rend jusqu’à notre peau. Nous nous retrouvons alors comme si nous sortions de la douche mouillé : l’eau s’évapore de notre peau en pigeant dans notre chaleur corporelle, ce qui cause une sensation de froid.

Si l’impact de l’humidité sur la température ressentie l’hiver est trop variable pour générer un indice comme l’humidex d’été, le facteur éolien, lui, est plus directement lié au froid ressenti, note Philippe Gachon.

Le facteur éolien a été inventé par les membres d’une expédition scientifique américaine en Antarctique juste avant la Seconde Guerre mondiale. Mais il a fallu attendre le XXIe siècle pour qu’il soit calibré de façon scientifique et utilisé couramment dans les bulletins météo, selon l’hydroclimatologue.

Un voyageur qui veut savoir s’il doit apporter une couche imperméable dans un endroit modérément froid, mais souvent humide, peut-il faire un calcul sommaire lui-même ? Pas vraiment, mais si l’humidité dépasse rarement 60 %, le thermomètre donnera une bonne idée du froid, répond M. Gachon. Tout dépendant, évidemment, du vent et du soleil.

En savoir plus

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    Nombre de jours où il a fait -30 degrés Celsius ou moins à Montréal chaque année, entre 1976 et 2005

Source : Atlas climatique du Canada

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Nombre de jours où il a fait -30 degrés Celsius ou moins à Montréal, en 1975-1976, le record depuis 1941

Source : MétéoMédia

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-12-07/demystifier-la-science/comment-l-humidite-aggrave-le-froid-en-hiver.php

Yvon Deschamps avait compris mais à l’envers.

Science

Les fameux frigos-pas-de-porte dans les épiceries…

Par Jean-François Cliche, Le Soleil

14 décembre 2025 à 04h00

Les grands présentoirs réfrigérés et sans portes sont une source de gaspillage. (photo Alain Dion/photo Alain Dion)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Dans votre chronique du 30 novembre, un lecteur s’interrogeait sur la consommation d’électricité des commerces et bureaux qui laissent les lumières allumées pendant la nuit. J’ai le même genre de questionnement, mais au sujet des réfrigérateurs ouverts (comptoirs réfrigérés) dans les épiceries et dépanneurs. Connaît-on l’ampleur de ce gaspillage d’électricité ?», demande Thomas Bélanger, de Cap-Saint-Ignace.

C’est effectivement un problème dont on ne parle pas beaucoup, mais qui est connu et documenté depuis longtemps. Qu’il s’agisse des réfrigérateurs multi-tablettes sans porte ou des congélateurs de type tombeau, eux aussi ouverts, les «fuites de froid» dans les épiceries gaspillent des quantités d’énergie substantielles.

Dès 2004, un rapport fédéral américain indiquait que 75 à 80 % de la dépense énergétique des réfrigérateurs ouverts sert à compenser les «infiltrations» d’air chaud. C’est moins pour les congélateurs-tombeaux (24 %) parce que l’air froid est plus dense et a donc naturellement tendance à rester dans le congélateur, même si celui-ci est ouvert, mais cela reste une perte qui est facile à réduire — du moins en théorie, je reviens tout de suite là-dessus.

Selon ce même rapport, une épicerie moyenne dépense typiquement entre 2 et 3 millions de kilowattheures par année, soit l’équivalent d’une bonne centaine de maisons au Québec.

Plus de la moitié de cette énergie sert à refroidir des aliments, et les trois-quarts des besoins de refroidissement viennent des réfrigérateurs ouverts.

Plusieurs autres études et rapports en sont arrivés à des conclusions semblables. Donc oui, il y a là un gaspillage assez conséquent.

Les portes réduisent la dépense en électricité, mais peut-être aussi les ventes en même temps… (Simon Séguin-Bertrand/Le Droit)

Selon un article paru dans le Journal of Applied Sciences, on pourrait réduire d’environ 40 % la dépense énergétique des présentoirs réfrigérés si on les munissait des portes — ce qui correspond aussi à d’autres travaux cités dans les sources ci-dessus.

Mais il n’est pas nécessairement évident d’amener les détaillants à changer leurs présentoirs. D’une part, si la réfrigération accapare une énorme part de leurs dépenses en énergie, elle ne représente pas une grosse part de leurs budgets totaux.

D’après un rapport de l’EPA, l’électricité et le remplacement de liquide réfrigérant ne comptent que de 2 à 3 % du chiffre d’affaires des épiciers, contre de l’ordre de 75 % pour les achats de produits et 10 % pour la main-d’œuvre. Cependant, notait aussi le document, comme les marges sont minces dans ce secteur, même de petites économies d’énergie pourraient augmenter les profits de manière intéressante.

Sauf qu’il y a une crainte qui court depuis longtemps à ce sujet: il est possible que la présence de portes nuise aux ventes, et particulièrement aux achats impulsifs. Après tout, la simple présence d’une «barrière» et le fait de devoir l’ouvrir peuvent suffire pour que des consommateurs résistent à leur impulsion initiale.

Certains travaux suggèrent que cela pourrait être le cas. En 2017, une équipe anglaise a filmé des clients déambulant dans l’allée des produits laitiers, où des présentoirs réfrigérés avec et sans porte avaient été installés. Près du tiers des consommateurs (31 %) se sont attardés à regarder attentivement l’étiquette d’un ou plusieurs produits dans les présentoirs ouverts, mais cette proportion est tombée à 9 % dans le cas des produits gardés derrière une porte vitrée.

À cet égard, il faut noter que d’autres études ont été faites sur cette question et n’ont observé aucun impact négatif des frigos à porte sur les ventes. Il se pourrait donc que les épiciers puissent réduire pas mal ce gaspillage énergétique sans pour autant amoindrir leur chiffre d’affaires.

Mais quoi qu’il en soit, le simple fait qu’il y ait un flottement sur cette question peut expliquer, au moins en bonne partie, pourquoi les épiceries ne ferment pas leurs frigos.

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Donner rend notre cerveau heureux

Le bonheur lié au don est présent dès la petite-enfance, souligne la psychologue Lara Aknin.

Noël rime avec cadeaux. La tradition du don remonte aux origines de l’humanité. Pas étonnant, puisque la générosité rend heureux, selon des recherches sur le cerveau menées par des psychologues et des neurologues.

Publié à 5 h 00
Mathieu Perreault La Presse

« La simple idée de donner a un effet puissant sur le cerveau », explique Philippe Tobler, neuropsychologue à l’Université de Zurich, en Suisse, qui a publié la seule étude d’imagerie médicale portant sur le don, en 2017, dans la revue Nature Communications. « L’impact sur le mécanisme neuronal de la récompense est encore plus grand que si on reçoit de l’argent. »

M. Tobler a annoncé à 50 cobayes qu’ils recevraient 25 francs suisses (43 $ CAN) chaque semaine pendant un mois. La moitié devait planifier de donner cette somme et l’autre moitié devait prévoir une dépense personnelle. Chaque semaine, on leur demandait quels étaient leurs plans précis. Pour le groupe du don, il fallait dire à qui ils allaient faire cadeau des 25 francs. Des lectures d’imagerie médicale de leur cerveau – par résonance magnétique fonctionnelle (fMRI) – étaient faites chaque semaine, donc cinq fois pendant la durée de l’étude.

Chez les gens qui donnaient à autrui, il y avait plus de communication entre les régions du cerveau associées à la générosité et au bonheur.

Philippe Tobler, neuropsychologue à l’Université de Zurich

Cette région du cerveau comporte beaucoup de neurones de la dopamine, impliqués dans le sentiment de récompense, et d’autres qui jouent un rôle dans la capacité à se mettre à la place d’autrui, à comprendre comment les autres se sentent.

« Laboratoire de l’entraide et du bonheur »

Le bonheur lié au don est présent dès la petite-enfance, selon les recherches de Lara Aknin, une psychologue de l’Université Simon Fraser (SFU), en Colombie-Britannique, qui étudie le don depuis 20 ans. « Nous avons fait une étude démontrant que les gens dépensent davantage pour autrui que pour eux-mêmes, dit-elle. Ensuite, nous avons montré que la tendance à la générosité existe dès l’âge de 2 ans. Il semble que le don soit un mécanisme prosocial, qui encourage la sociabilité, parce qu’elle mène au bonheur. »

Mme Aknin fait le lien avec sa propre enfance. « Je me souviens que je passais des journées à rêvasser à ce que je pourrais faire de gentil pour les autres », confie-t-elle.

Lara Aknin, psychologue et professeure de l’Université Simon Fraser

Au fil des années, on s’est même rendu compte que le plaisir de donner à autrui ne dépend pas du fait qu’on connaît ou non la personne. Donner à un étranger semble aussi bénéfique pour notre bonheur.

Lara Aknin, psychologue et professeure de l’Université Simon Fraser

Son groupe à SFU s’appelle « Laboratoire de l’entraide et du bonheur ».

Tanya MacGillivray, une autre psychologue de SFU, confirme l’universalité du bonheur dérivant d’un don. Elle étudie une société moins occidentalisée dans une île reculée de Vanuatu, dans le Pacifique. « C’est une société où le concept de propriété est très différent de ce qu’il est au Canada ou en Occident, décrit-elle. Les enfants apprennent plus tard à distinguer ce qui est à eux et à autrui. Et même à l’âge adulte, il est possible de rentrer dans une maison et de prendre ce dont on a besoin. Alors le don n’a pas le même sens que chez nous. »

L’existence de rituels de dons dans de telles sociétés montre bien qu’il s’agit d’une expérience humaine primordiale, fondamentale pour la vie en société, poursuit Mme MacGillivray. Ce rite du don dans les sociétés préindustrielles a été souvent décrit par les anthropologues. Pour la psychologue, la persistance de cette tradition pourrait venir de rites servant à renforcer les liens sociaux, remontant à l’aube de l’humanité.

Quelles sont les prochaines étapes dans la recherche sur la neuropsychologie du don ? Pour Philippe Tobler, il s’agit de déterminer si l’effet bénéfique de donner diminue quand on en est conscient.

Philippe Tobler, neuropsychologue et professeur de l’Université de Zurich

Si on donne en sachant que ça nous fait du bien, dans le but de se sentir mieux, est-ce que l’effet bénéfique du don est détruit ?

Philippe Tobler, neuropsychologue et professeur de l’Université de Zurich

Connecter, être aimé, être utile…

Chris Barrington-Leigh, un économiste de l’Université McGill qui a collaboré avec Lara Aknin pour certaines études sur le don, estime qu’on ne sait pas encore quel mécanisme neuropsychologique explique le mieux ce qui nous rend heureux quand on donne. « Est-ce parce que ça nous connecte aux autres, donc que ça renforce notre sentiment de sociabilité ? Ou alors que ça nous donne l’impression d’être aimable, donc d’être aimé par les autres ? Ou bien ça nous fait sentir adéquat, utile ? », énumère-t-il.

Mme Aknin veut, de son côté, étudier si les dons d’argent, les cadeaux ou le bénévolat ont le même effet bénéfique, ou si certaines modalités de la générosité apportent davantage de bonheur. « Et certains critiques des études sur le don estiment qu’on ne tient pas assez compte du sentiment de réciprocité : est-ce qu’on donne parce qu’on s’attend à recevoir par la suite, particulièrement de la part de gens qu’on connaît ? Il faudra mieux délimiter l’impact de ce calcul », note-t-elle.

Empathie ou calcul ?

Les travaux de Robert Vallerand, directeur du Laboratoire de recherche sur le comportement social à l’UQAM, permettent déjà de répondre en partie à cette question. « Les gens qui font quelque chose pour en retirer quelque chose, par calcul, ont des conséquences psychologiques moins positives », affirme-t-il.

La tension entre les altruismes « empathique » et « stratégique » pourrait être inhérente au don, selon Sara Palermo, une psychologue de l’Université de Turin, qui étudie le « cerveau charitable » et est directrice scientifique de Filantropolis, l’Institut national de philanthropie en Italie.

Le don empathique nous fait sentir meilleur, nous donne l’impression que l’on comprend l’autre, alors que le don stratégique est lié à la réputation. Je crois que ces deux tendances sont toujours en équilibre dynamique.

Sara Palermo, psychologue, professeure de l’Université de Turin et directrice de l’Institut national de philanthropie italien

Si on transpose cette tension à la philanthropie, cela veut dire que la philanthropie d’entreprise, ou des riches, ou alors le capitalisme social, qui tient compte des intérêts de la société et des employés, découlent à la fois du désir d’être utile à la société et de celui d’être bien vu, d’avoir une bonne réputation, note Mme Palermo. « Même s’il y a un côté stratégique à la philanthropie, cela n’annule pas les bienfaits du don. On fait rarement les choses pour une seule raison », conclut-elle.

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-12-21/etude/donner-rend-notre-cerveau-heureux.php


Démystifier la science Voyager dans l’espace et faire des bébés

La fertilité des astronautes, hommes et femmes, ne semble pas avoir été affectée par un séjour dans l’espace, souligne l’experte Ulrike Luderer.

Chaque semaine, notre journaliste répond aux questions scientifiques de lecteurs.

Publié hier à 19 h 30
Mathieu Perreault La Presse

Aller dans l’espace affecte-t-il la fertilité ?

Emma Boileau

Peut-être, mais les études à ce sujet ont été limitées jusqu’à maintenant.

« Les voyages dans l’espace posent plusieurs risques pour la santé reproductive », explique Ulrike Luderer, toxicologue de l’Université de Californie à Irvine, qui a publié une revue de littérature sur le sujet en 2019 dans la revue Nature Reviews Endocrinology. « Il y a des risques pour ce qui est des radiations, de la microgravité, de l’hypergravité, des altérations du rythme circadien et plus généralement du stress physique et psychologique. »

En 2023, des chercheurs japonais ont fait voyager des embryons de souris vers la Station spatiale internationale et observé qu’il ne semblait pas y avoir de différence dans les premiers stades de divisions cellulaires.

La fertilité des astronautes, hommes et femmes, ne semble pas avoir été affectée par un séjour dans l’espace, selon Mme Luderer. Des grossesses avec des rats de laboratoire ont été menées en partie dans l’espace, pour des expériences scientifiques soviétiques et américaines dans les années 1970, sans effet évident. La NASA a même testé l’hypergravité (que les astronautes subissent lors du lancement) sur des souris enceintes. Il semblait y avoir plus de fausses couches, mais comme il y avait peu de cobayes, il est difficile de tirer des conclusions de cette expérience.

Radiations

Ce sont les radiations qui représentent le plus grand risque, selon la toxicologue. « Les ovaires sont très sensibles aux radiations », observe-t-elle.

La Terre est protégée des radiations solaires par le champ magnétique qui l’entoure. Et la protection offerte par le champ magnétique s’étend jusqu’à l’orbite où circule la Station spatiale internationale (SSI). Les astronautes féminines qui s’y trouvent ne sont donc pas plus exposées à ce risque.

Les spermatozoïdes, de leur côté, semblent moins affectés que les ovaires par les radiations spatiales, selon des études sur les animaux.

Neuf des dix-huit astronautes choisis par la NASA pour le programme Artemis sont des femmes. Ici, 13 des 18 astronautes, choisis entre 2020 et 2023 pour ce programme qui prévoit un retour sur la Lune.

Deux des vingt-quatre astronautes qui se sont rendus jusqu’à l’orbite lunaire durant le programme Apollo ont eu des enfants par la suite. Les autres avaient eu leurs enfants avant d’aller dans l’espace. Mais on ne connaît pas l’impact à long terme des radiations spatiales sur les spermatozoïdes, note Ulrike Luderer.

En d’autres mots, si l’humain devait éventuellement habiter sur la Lune ou sur Mars, les femmes pourraient devenir infertiles à cause des radiations.

Elles pourraient donc faire prélever leurs ovaires avant de quitter la Terre, ou avoir recours au don d’ovule pour tomber enceinte. Les hommes aussi seront peut-être infertiles, et devraient se tourner vers des dons de sperme. Pendant une grossesse dans une station spatiale, les femmes devraient être protégées des radiations et ne devraient donc pas sortir de la base.

Tourisme

Quant aux impacts de la microgravité et de l’hypergravité, il faudra plus d’études pour être certain qu’ovaires et spermatozoïdes ne sont pas affectés. « Avec le tourisme spatial, il se peut qu’il y ait beaucoup plus de gens dans l’espace », note Mme Luderer.

Le stress et l’altération du rythme circadien, c’est-à-dire la succession des nuits et des jours, peuvent aussi avoir un impact sur le cycle menstruel, et donc affecter la fertilité, ajoute-t-elle.

La chercheuse californienne s’intéresse à la santé reproductive spatiale dans le cadre de recherches sur l’effet des radiations sur les organes sexuels, notamment pour les gens qui y sont exposés davantage à cause de leur travail, comme les pilotes, les agents de bord et les soignants opérant des appareils d’imagerie médicale. « Nous avons eu des contrats de recherche de la NASA pour étudier la question dans leurs laboratoires simulant différents niveaux de radiations spatiales », précise-t-elle.

En savoir plus

  • 642
    Nombre d’astronautes qui ont séjourné dans l’espace

Source : Cité de l’espace

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-12-20/demystifier-la-science/voyager-dans-l-espace-et-faire-des-bebes.php

Science

Pesticides: la face cachée du «pas mortel»

Par Jean-François Cliche, Le Soleil

25 décembre 2025 à 04h04

Le chercheur de l’UL Pierre Giovenazzo, en train de manipuler des abeilles sur le campus. (Yan Doublet /Archives Le Soleil)

PERCÉES SCIENTIFIQUE 2025 / «Ces résultats font ressortir les faux négatifs critiques qui surviennent dans les [évaluations environnementales] actuelles et appellent à intégrer de meilleurs critères pour comprendre et ralentir les déclins d’insectes en cours.»

La conclusion de l’étude parue cet automne dans Scientific Reports est on ne peut plus claire : les données dont se servent les gouvernements pour juger de l’impact des pesticides sur les insectes, notamment les abeilles, ne donnent pas un portrait complet de leurs effets.

«La logique derrière [notre étude], c’est que quand les agences réglementaires évaluent les pesticides pour les autoriser, c’est vraiment des LD50 [pour «dose létale 50», soit la dose qu’il faut pour tuer la moitié du groupe observé] qu’elles partent, et elles regardent à quelles doses la mortalité survient. Mais dans cette étude-là, on est allé dans des concentrations beaucoup plus faibles, comme on peut en retrouver dans les champs», explique Pierre Giovenazzo, chercheurs en entomologie à l’Unviersité Laval et spécialiste des abeilles.



Avec des collègues du Centre de recherche en sciences animales de Deschambault et d’autres chercheurs européens, M. Giovenazzo a isolé dans des cages une cinquantaine de bourdons mâles qui venaient de naître. Une moitié a été nourrie normalement avec de l’eau sucrée, mais l’autre moitié a reçu de la nourriture contaminée avec un herbicide à base de glyphosate, qui est l’ingrédient actif le plus utilisé dans les herbicides du monde — on s’en sert avec des semences génétiquement modifiées qui ont été conçues pour y résister.

Résultat : au bout de 10 jours, les bourdons exposés au glyphosate avaient 34 % moins de spermatozoïdes que ceux qui avaient été nourris avec de l’eau sucrée sans herbicide. Cela peut sembler un brin trivial comme conséquence, mais, chez les bourdons sociaux, la reine est typiquement fécondée par un seul mâle, si bien que les capacités reproductrices dudit mâle sont essentielles pour la survie de la colonie, précise l’article des Scientific Reports.

( Martin Tremblay /Archives La Presse)

Les doses de glyphosate utilisées dans l’étude étaient d’environ 7 milligrammes par litre d’eau sucrée. Il s’agit là d’une dose «réaliste» qui correspond grosso modo à ce qu’on peut trouver dans un champ tout de suite après l’application de l’herbicide, explique M. Giovenazzo. L’herbicide va ensuite se dégrader et être lessivé par la pluie, mais, comme les effets observés en laboratoire n’ont pris que quelques jours à apparaître, on peut penser qu’ils sont pertinents pour la «vraie vie».

Notons que la moitié des bourdons ont été isolés dans des cages communes de six spécimens, et l’autre moitié dans des cages individuelles, pour voir si les manipulations faisaient une différence — ça n’en a pas fait.

Longévité plus grande

Fait étonnant par ailleurs, l’étude a aussi observé que les bourdons exposés au glyphosate vivaient plus longtemps que les autres : 28 jours entre la naissance et le décès en moyenne, soit cinq jours de plus que les bourdons qui n’ont reçu que de l’eau sucrée. Il pourrait s’agir d’une sorte d’effet secondaire des problèmes de fertilité, supputent les auteurs de l’article : les individus exposés auraient, par un mécanisme ou par un autre, consacré moins de ressources à produire des spermatozoïdes, ce qui leur en aurait laissé davantage pour le reste.

Quoi qu’il en soit, le fait que M. Giovenazzo et son équipe aient observé des effets néfastes et potentiellement dangereux pour la survie des ruches tout en améliorant la survie des individus montre combien les LD50 sont des instruments incomplets pour évaluer l’impact environnemental des pesticides — et l’article urge les autorités de les amender.




PERCÉES 2025

22 déc. - Climat : le «sexe fort», qu’ils disent…

23 déc. - Toutes les vies d’un cellulaire

24 déc. - Aimanter sans aimant



25 déc. - Pesticides : la face cachée du «pas mortel»

26 déc. - Le «code QR» des signaux lumineux

La science en 2025

Voici notre rétrospective des découvertes et des réalisations scientifiques qui ont marqué les 12 derniers mois.

Signé par Alain Labelle

Publié le 27 décembre 2025

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Trois nouvelles études Le vaccin contre le zona… et contre la démence ?

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le vaccin contre le zona pourrait avoir des effets bénéfiques pour contrer la démence.

Le vaccin contre le zona protège contre la démence, et peut-être aussi celui contre la varicelle, selon trois nouvelles études. Elle pourrait rendre encore plus importante la vaccination contre ces deux maladies causées par le même virus. Seuls 40 % des Québécois sont vaccinés contre le zona.

Publié à 6 h 00
Mathieu Perreault La Presse

« On sait que les infections chroniques peuvent augmenter le risque de démence », explique Étienne de Villers-Sidani, neurologue à l’Institut neurologique de Montréal (Neuro).

Comme le virus de la varicelle reste, après la maladie, dans les ganglions des racines nerveuses sous forme inactivée, il se peut que ça crée de l’inflammation chronique dans le cerveau.

Le Dr Étienne de Villers-Sidani, du Neuro

Le Dr de Villers-Sidani mentionne une grande étude publiée début octobre dans la revue Nature Medicine, basée sur le suivi de 100 millions de patients aux États-Unis entre 2007 et 2023. La diminution du risque de démence liée au vaccin contre le zona était de 20 %.

Plusieurs études de moindre envergure ont montré dans le passé que le vaccin Zostavax contre le zona diminue de 5 % à 20 % le risque d’avoir une démence, sur une période de suivi de sept ans. Le zona est causé par la réapparition du virus de la varicelle, qui se cache dans la racine de certains nerfs dans le cerveau, sous forme inactive, après une infection infantile. Cela permet de penser que le vaccin de la varicelle donné aux enfants depuis 20 ans aura aussi un effet protecteur, selon Pascal Geldsetzer de l’Université Stanford, l’auteur de la principale de l’étude de Nature Medicine.

Chantal Sauvageau, membre du Comité sur l’immunisation du Québec et médecin spécialiste à l’Institut national de santé publique du Québec, ajoute que le vaccin contre le zona utilisé depuis 2023, Shingrix, est beaucoup plus efficace pour prévenir l’infection : 90 % contre 50 % pour le Zostavax que les participants de l’étude de Nature Medicine avaient reçu.

Le même groupe de l’Université Stanford a publié deux autres études en mai et en décembre, sur plus de 280 000 Anglais nés entre 1925 et 1942. Le risque de démence diminuait aussi de 20 % avec le vaccin contre le zona, de même que la progression des troubles cognitifs.

Médicaments

Pourquoi le zona augmente-t-il le risque de démence ? Probablement à cause de l’inflammation causée par le virus quand il se réactive, ce qui endommage le cerveau et pourrait augmenter la production de protéines tau, associées à la démence, selon les chercheurs du Neuro et de Stanford.

Le Dr de Villers-Sidani ajoute qu’il est possible que le vaccin contre le zona aide le système immunitaire à éliminer ces protéines tau ou qu’il améliore la santé des vaisseaux sanguins du cerveau.

Cette étude pourrait rendre encore plus intéressante la vaccination contre la varicelle et le zona, selon la Dre Sauvageau. Actuellement, 90 % des enfants ont reçu le vaccin contre la varicelle, et 40 % des plus de 65 ans celui contre le zona. Le vaccin contre le zona est recommandé dès 50 ans. Mais il n’est gratuit qu’à partir de 75 ans et pour les immunosupprimés adultes depuis 2024. « Nous recommandons maintenant que l’âge [pour la gratuité] soit abaissé à 50 ans », dit la Dre Sauvageau.

Vous avez une question scientifique ? Écrivez-nous et consultez la chronique dominicale Démystifier la science

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  • 487 000
    Nombre de Canadiens de plus de 65 ans atteints de démence

Source : Santé Canada

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2025-12-30/trois-nouvelles-etudes/le-vaccin-contre-le-zona-et-contre-la-demence.php

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Sciences

Cap sur la Lune

IMAGE TIRÉE DU SITE DE LA NASA

Illustration du concept imaginé pour le camp de base Artemis sur la Lune

L’exploration de la Lune connaît une renaissance depuis le début du XXIe siècle, alors qu’elle avait pratiquement cessé après la rivalité américano-soviétique des années 1960 et 1970. La Chine, l’Inde et des entreprises privées américaines ont réussi des missions sur notre satellite. Et ce n’est pas fini.

Publié à 5 h 00

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Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

](https://www.lapresse.ca/auteurs/mathieu-perreault)

« La situation est très différente des années 1960, quand les États-Unis ont envoyé des astronautes sur la Lune », dit Kathleen Curlee, du Centre pour la sécurité et les technologies émergentes (CSET) de l’Université de Georgetown, à Washington. « Plusieurs pays et plusieurs firmes ont des plans lunaires. »

La plus grande rivalité est sino-américaine. En septembre, le Sénat américain a tenu des audiences appelées « Lever de mauvaise lune », en référence à une chanson du groupe Creedence Clearwater Revival (Bad Moon Rising), qui lui ont permis de conclure que la Chine était en train de gagner cette course.

La NASA doit lancer Artemis II, une mission qui va faire le tour de la Lune, en 2026. Elle inclut l’astronaute canadien Jeremy Hansen et pourrait décoller dès février.

Ensuite, Artemis III alunira, et la station orbitale lunaire Gateway sera en fonction plus tard dans la décennie.

L’objectif est d’avoir une base lunaire habitée au cours de la décennie 2030. Mais Elon Musk, qui a une relation d’affaires avec le nouveau patron de la NASA, le milliardaire techno Jared Isaacman, fait pression pour que la priorité soit donnée à une base martienne.

De son côté, la Chine vise un alunissage de taïkonautes d’ici 2030 et a commencé l’été dernier à tester la fusée Longue Marche 10, qui remplira cette mission. « La Chine a été la première à rapporter des échantillons du pôle Sud lunaire », explique Mme Curlee, qui vient de publier une évaluation du programme spatial chinois. « Les échéanciers du programme lunaire chinois ont été respectés jusqu’à maintenant. »

IMAGE TIRÉE DU SITE DE CNSA

L’atterrisseur chinois Chang’e 3, photographié par le rover Yutu, a aluni en 2013.

La Chine a lancé une dizaine de missions lunaires depuis 2007 et une exploration plus en profondeur du pôle Sud de la Lune est prévue en 2026. C’est là que l’empire du Milieu veut construire sa base, avec la Russie, dans les années 2030, parce qu’on y trouve de la glace, essentielle à la production de carburant et d’oxygène.

Sherbrooke et Toronto

Le Canada est très actif dans cette nouvelle course lunaire. Des firmes canadiennes fabriquent des instruments pour les missions lunaires privées des américaines Firefly, Astrobotic et Intuitive Machines, prévues pour 2026, ainsi que Blue Origin, prévue en 2027. Toutes ces missions sont financées par la NASA. Firefly est la seule firme privée ayant réussi un alunissage, en 2025.

Le logiciel d’analyse d’images de NGC Aérospatial, de Sherbrooke, s’est rendu sur la Lune en mars 2025 sur la sonde Blue Ghost de Firefly. Il pourrait être à nouveau testé sur un deuxième vol de Firefly cette année et équipera le véhicule astromobile (rover) lunaire canadien, qui pourrait être lancé en 2029.

IMAGE TIRÉE DU SITE DE L’AGENCE SPATIALE CANADIENNE

Image d’un véhicule astromobile canadien qui pourrait fouler le sol lunaire en 2029

Le logiciel compare les images des cratères lunaires à celles de bases de données pour guider les alunissages et les rovers, en l’absence d’un système GPS, explique Jean-François Hamel, VP des systèmes spatiaux chez NGC.

D’autres caméras, télescopes et microscopes canadiens, fabriqués par Canadensys, de Toronto, sont utilisés par Firefly, Intuitive Machines et Astrobotic. « Ce sont notamment des caméras de soutien et pour des projets de recherche scientifique lunaire, notamment l’exploration minière », précise Christian Sallaberger, PDG et fondateur de Canadensys.

IMAGE TIRÉE DU SITE D’INTUITIVE MACHINES

Des caméras de Canadensys ont croqué l’approche de l’atterrisseur Odysseus d’Intuitive Machines en 2024.

L’entreprise a été choisie par l’Agence spatiale canadienne (ASC) pour construire le rover de 2029 et est l’une des trois qui planchent sur un plus gros utilitaire de l’ASC, qui pourra transporter des charges d’une tonne lorsqu’il y aura une base lunaire.

Toujours dans la Ville Reine, MDA Space, qui a construit les bras robotiques canadiens de la navette spatiale et de la Station spatiale internationale, travaille au bras robotique de la station Gateway. « Il devra être beaucoup plus autonome à cause du délai de transmission », dit Holly Johnson, VP robotique et espace chez MDA. « Comme Gateway sera souvent inhabitée, Canadarm3 sera en quelque sorte le maître des lieux. Il devra pouvoir entrer à l’intérieur. »

Myriam Lemelin, une géomaticienne de l’Université de Sherbrooke, fait de son côté partie des équipes scientifiques des missions Vertex et Viper de la NASA, qui iront sur la Lune en 2026 et en 2027 grâce aux sondes d’Intuitive Machine et de Blue Origin. Elle participe aussi au développement du véhicule astromobile canadien de 2029.

On veut recueillir les caractéristiques de la géologie, détecter la présence de glace et mieux définir la rugosité du sol.

Myriam Lemelin, géomaticienne de l’Université de Sherbrooke

Toutes ces technologies canadiennes seront utilisables sur Mars. La Lune est un environnement beaucoup plus hostile, expliquent Christian Sallaberger et Holly Johnson, parce que la poussière lunaire, appelée régolithe, est extrêmement abrasive.

Les ambitions de l’Inde

L’Inde a aussi un programme lunaire ambitieux, visant une mission habitée à la fin des années 2030. « Nous avons été les premiers à prouver la présence d’eau sur le pôle Sud [de la Lune] en 2008 », dit Gurbir Singh, un informaticien britannique qui a publié, en 2017, un livre sur le programme spatial indien. Cet exploit de la mission Chandrayaan-1 a été réussi grâce à un impacteur, qui a généré de la poussière ensuite analysée par un orbiteur.

La troisième mission lunaire indienne, Chandrayaan-3, a réussi en 2023 à se poser et à faire fonctionner un rover près du pôle Sud. Une mission en 2027 vise à ramener sur Terre des échantillons lunaires.

« Nous aussi sommes en concurrence avec la Chine, mais nous n’avons pas les mêmes moyens, souligne M. Singh. La NASA souffre de manque de fonds, avec les coupes de l’administration Trump. Les démocraties semblent désavantagées pour des programmes aussi ambitieux qu’envoyer des astronautes et créer des bases sur la Lune. »

Le nouvel Antarctique

Bleddyn Bowen, un politologue de l’Université de Durham, en Angleterre, qui a publié deux livres d’« astropolitique », confirme l’avance de la Chine. « C’est important, parce que le premier pays qui s’installera de manière durable sur la Lune aura un rôle important pour déterminer les règles, notamment le périmètre de sécurité autour des bases, note M. Bowen. Cela dit, l’implication des firmes privées donne une profondeur aux efforts lunaires américains. »

La Lune ne tombera jamais entre les mains des entreprises privées, selon lui. « Au mieux, ce sera comme en Antarctique, des bases scientifiques, avance-t-il. Et évidemment, du tourisme pour les riches. »

Visionnez un essai d’un prototype du véhicule astromobile lunaire utilitaire de MDA (en anglais)

En savoir plus

20
    Nombre d’alunissages robotiques réussis sur la Lune

Source : NASA

26
    Nombre d’alunissages réussis sur la Lune

Source : NASA

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2026-01-04/cap-sur-la-lune.php

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Sciences

Pleins feux sur le passé

PHOTO STEPHANIE ABRAMOWICZ, FOURNIE PAR LE MUSÉE D’HISTOIRE NATURELLE DE LOS ANGELES

Zach Morris du Musée d’histoire naturelle de Los Angeles compare un crâne de Nanotyrannus à des tyrannosaures juvéniles (à gauche et à droite).

Archéologues et paléontologues dissèquent les traces des civilisations et espèces disparues pour mieux comprendre le présent. Leurs découvertes donnent parfois le vertige tant elles sont surprenantes. En voici quelques-unes publiées ces derniers mois.

Résumé

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Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

](https://www.lapresse.ca/auteurs/mathieu-perreault)

Une espèce de mini-tyrannosaures

Depuis près de 40 ans, un débat divisait les paléontologues au sujet de certains fossiles découverts dans le nord-ouest des États-Unis : s’agissait-il de tyrannosaures juvéniles ou plutôt d’une espèce distincte, très similaire, mais dix fois plus petite ? Des chercheurs californiens ont démontré dans la revue Nature, en décembre, que deux des fossiles au cœur du débat, retrouvés au Montana en 2001 et en 2006, arborent de nombreuses « marques de croissance » sur leurs os et sont donc des adultes de plus de 10 ans. Le Nanotyrannus est bel et bien une espèce différente. Il pesait au maximum 700 kg.

La marche des statues de l’île de Pâques

IMAGE CARL LIPO, FOURNIE PAR SCIENCE ADVANCES

Les paléontologues ont proposé l’hypothèse des statues de l’île de Pâques « marchantes » en 2013, puis l’ont testée.

Comment les mystérieux habitants de l’île de Pâques ont-ils pu ériger des statues de 65 tonnes sur plus de 15 kilomètres ? La question intrigue les paléontologues depuis des siècles. Il n’y a pas de trace de technologie liée à des chariots assez solides, et des tapis roulants de billots sont difficiles à reproduire. Dans le Journal of Archaeological Science, en octobre, des chercheurs britanniques ont démontré une autre possibilité : les créateurs des statues auraient pu les faire marcher en les balançant avec des cordes. Ils ont testé cette approche avec des maquettes et de la modélisation 3D. Les 1000 statues ont été érigées au XVe siècle.

Regardez une vidéo de la marche des statues (en anglais)

Des dessins de chameaux de 12 000 ans…

IMAGE TIRÉE DE LA PUBLICATION NATURE COMMUNICATIONS, GUAGNIN, M., SHIPTON, C., AL-JIBREEN, F. ET AL.

Paroi rocheuse où ont été retrouvées 19 gravures de chameaux et 3 de chevaux, avec des superpositions en bleu et une silhouette humaine pour montrer les proportions

Des pétroglyphes vieux de 12 000 ans, représentant notamment des chameaux, ont été mis au jour dans le désert de Néfoud, dans le nord de l’Arabie saoudite. Dans Nature Communications, en octobre, des paléontologues européens, saoudiens et australiens décrivent les dessins de 176 animaux gravés dans la pierre, la plupart de taille réelle, à une soixantaine d’endroits sur des parois rocheuses, dans ce désert. Ces illustrations désignaient des sources d’eau voisines, apparues avec la fin du dernier âge glaciaire, qui s’est terminé il y a environ 11 700 ans. Par la suite, le Moyen-Orient a connu des siècles de sécheresse.

… et des flèches empoisonnées d’il y a 60 000 ans

IMAGE TIRÉE DE LA PUBLICATION SCIENCE ADVANCES, SVEN ISAKSSON ET AL.

Deux pointes de flèche sud-africaines d’il y a 60 000 ans, avec des images des endroits où ont été retrouvées des traces de poison

Les chasseurs-cueilleurs d’Afrique du Sud trempaient les pointes de leurs flèches dans le poison il y a 60 000 ans, selon une étude publiée cette semaine dans Science Advances. Des chercheurs suédois et sud-africains ont identifié des traces de Boophone disticha, une plante hallucinogène, sur des pointes de flèches en pierre retrouvées dans le Kwazulu-Natal. Des documents néerlandais du XVIIIe siècle montrent que ces flèches empoisonnées étaient toujours utilisées par les peuples sud-africains au moment de la colonisation.

La peste noire causée par une éruption volcanique

IMAGE TIRÉE DU SITE DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE BELGIQUE

Les habitants de Tournai enterrent les victimes de la peste noire, miniature de Pierart dou Tielt, datant de 1353

C’est un volcan qui aurait causé la peste noire, selon des chercheurs britanniques. Cette pandémie, qui a tué la moitié de la population européenne à la fin du Moyen-Âge, est survenue juste après plusieurs années de sécheresse. Et c’est une éruption volcanique importante qui a causé cette sécheresse, un détail jusqu’à maintenant inconnu, ont expliqué en décembre les historiens dans la revue Communications Earth & Environment. Des traces de cette sécheresse et de l’éruption sont enregistrées dans les anneaux des vieux arbres et dans les glaciers des deux pôles, des signes qu’il s’agissait d’un volcan équatorial. À cause de cette disette, des céréales ont été importées de la mer Noire, où sévissait cette peste.

À la recherche des routes romaines

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’OFFICE DE TOURISME DE ROME

La Via Appia à Rome est l’une des routes romaines les mieux préservées.

Le réseau routier de l’Empire romain était 50 % plus important qu’on le croyait : il s’étendait sur 300 000 kilomètres, selon une étude européenne publiée dans Scientific Data en novembre. Les chercheurs ont analysé des données satellites et des documents historiques pour en arriver à ces conclusions sur l’existence des premières autoroutes de l’histoire. Le projet « Itiner-e » cherche maintenant des preuves physiques du tracé présumé des routes utilisées au IIe siècle après Jésus-Christ. Dans 90 % des cas, ce sont des documents d’époque qui ont permis aux chercheurs de déduire la présence de ces routes.

Consultez le site d’Itiner-e (en anglais)

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2026-01-11/pleins-feux-sur-le-passe.php

Démystifier la science Vaut-il mieux se doucher le matin ou le soir ?

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Vaut-il mieux se doucher le matin ou le soir ?

Chaque semaine, notre journaliste répond aux questions scientifiques de lecteurs.

Résumé

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Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

](https://www.lapresse.ca/auteurs/mathieu-perreault)

Est-ce qu’il vaut mieux prendre sa douche le matin ou le soir ?

Marie Pépin

Le matin est probablement mieux, parce que la nuit est propice au développement de microbes sur la peau, et parce qu’une douche le soir peut nuire au sommeil. Mais le lavage régulier des draps de son lit est une variable importante à considérer.

« Un bain chaud ou un entraînement physique qui réchauffe la température corporelle trop près de l’heure du coucher pourraient retarder l’endormissement », explique Charles Morin, psychologue spécialiste de l’insomnie à l’Université Laval.

La température corporelle baisse d’environ 1,5 o C entre son point le plus élevé de la journée, vers 19 h, et son point le plus bas, vers 4 h du matin, indique le chercheur de Québec. Si on entrave cette baisse de température en prenant un bain ou une douche chaude, cela pourrait compliquer l’entrée dans le sommeil, qui survient dans un contexte de température corporelle plus basse.

M. Morin ajoute qu’un bain ou une douche chaude en début de soirée pourrait toutefois aider à réduire la température corporelle dans les heures précédant le dodo, en raison d’un « effet rebond » : après l’exposition à la chaleur, le corps se refroidit plus rapidement.

Microbes nocturnes

« Est-ce qu’il vaut mieux nettoyer notre peau après son exposition aux microbes et à la pollution de la journée, avant de dormir ? Ou alors se débarrasser au matin des microbes accumulés pendant la nuit ? » Ce sont les questions que s’est posées Primrose Freestone, une microbiologiste de l’Université de Leicester, en Angleterre, spécialiste des liens entre microbes et infections, alors qu’elle travaillait sur les microbes se trouvant à la surface de la peau.

Chaque nuit, une personne moyenne excrète un demi-litre de sueur. Les composés présents dans la sueur constituent un terreau fertile pour les microbes. « La sueur comme telle n’a pas d’odeur, ce sont les micro-organismes qui lui donnent son parfum désagréable », explique Mme Freestone.

Si on ne lave pas souvent ses draps, des microbes s’accumulent dans notre lit. La microbiologiste estime donc qu’il vaut mieux prendre sa douche le matin pour se débarrasser des microbes qui vivent dans la literie, d’autant qu’une douche chaude trop près de l’heure du coucher nuit à l’endormissement.

Si on tient à prendre sa douche après sa journée de travail, il faut le faire quelques heures avant de se coucher et laver ses draps souvent.

Primrose Freestone, microbiologiste de l’Université de Leicester

Idéalement, une ou deux fois par semaine, surtout si on sue beaucoup, selon elle.

Mme Freestone n’a pas publié son étude dans une revue avec comité de révision (peer review) mais plutôt sur le site de vulgarisation The Conversation, au printemps dernier. « Visiblement, j’ai touché une corde sensible, dit-elle. Les gens de The Conversation m’ont dit que j’ai établi un record avec 1,5 million de vues. »

Que pense-t-elle de la mode de ne pas se laver trop souvent, fondée sur la théorie que les lavages stimulent la production de sébum par la peau – que l’on veut éviter ? « Quand la peau est sèche, elle produit en effet plus de sébum », observe la chercheuse. « Il faut donc ne pas se laver à une fréquence qui assèche la peau. Normalement, une fois tous les deux jours suffit pour une personne à la sudation normale. »

Primrose Freestone prend-elle sa douche le matin ou le soir ? « Le matin, et je n’ai pas changé mes habitudes à cause de mes recherches », répond-elle.

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  • 1 million
    Nombre de bactéries présentes dans les chaussettes et les sous-vêtements après une journée

Source : Microbiology Research

500
Nombre de champignons présents dans les chaussettes et les sous-vêtements après une journée

Source : Microbiology Research

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2026-01-11/demystifier-la-science/vaut-il-mieux-se-doucher-le-matin-ou-le-soir.php

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