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Saint-Henri d’hier à aujourd’hui
PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE
L’édifice de la Canada Malting symbolise bien le passé industriel de Saint-Henri. La petite maison rose juchée au-dessus représente parfaitement une nouvelle population jeune, active, qui se projette dans l’avenir.
Saint-Henri est un quartier en pleine transformation. Jeune, animé, bordé par un canal, traversé par des rails, il porte les marques d’un remarquable passé industriel. On peut explorer l’histoire de Saint-Henri dans le cadre d’une exposition au musée Pointe-à-Callière, avant de parcourir ses rues et ses parcs à la recherche du Saint-Henri d’aujourd’hui.
Publié à 11h30


Texte : Marie Tison La Presse

Photos : Marika Vachon La Presse
Une petite visite au musée. Il n’y a rien de tel pour préparer son excursion dans Saint-Henri. Le musée Pointe-à-Callière présente l’exposition Saint-Henri, le cœur à l’ouvrage, jusqu’en mai prochain. Ça donne donc amplement le temps de plonger dans les origines du quartier avant de le visiter « en vrai ».
Ces origines, elles sont quand même lointaines. C’est en 1670 que des tanneurs s’installent près du ruisseau Glen, qui y coulait alors à partir du mont Royal, pour y faire le traitement du cuir. Le musée souligne que c’est un des rares villages québécois à se développer autour d’une communauté artisanale. Et ce village, il prospère : en 1825, on y trouve 466 habitants. Près des deux tiers d’entre eux sont impliqués dans les métiers du cuir : ils sont tanneurs, cordonniers, selliers.
La construction de l’échangeur Turcot, dans les années 1960, fait disparaître l’ancien village. La réfection de l’ouvrage permet toutefois d’effectuer des fouilles sur le site entre 2014 et 2020. On trouve les vestiges d’une trentaine de bâtiments, dont une douzaine de tanneries. On retrouve aussi des objets qui sont exposés au musée Pointe-à-Callière : des outils, des couteaux, des restes de chaussures et de bottes.
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De petites maisons de campagne construites entre 1864 et 1875 rue Saint-Augustin
Au XIXe siècle, Saint-Henri commence à attirer d’autres types d’industries, notamment grâce à ses axes de transport, le canal de Lachine et de nouveaux liens ferroviaires. En 1875, le village devient une ville qui prospère rapidement, mais qui doit aussi trouver le moyen de loger des milliers d’ouvriers. En 1905, la ville compte 24 165 habitants et choisit de s’annexer à la ville de Montréal. L’industrie manufacturière poursuit son essor, avec de grands noms comme la Dominion Textile et Wiliams Sewing Machines, qui se spécialise dans les machines à coudre.
L’exposition présente un bel assortiment des produits qui émanent des usines de Saint-Henri. Elle met aussi l’accent sur la vie ouvrière, une vie difficile marquée par diverses luttes pour améliorer les conditions de travail, et par des personnalités marquantes comme les syndicalistes Lea Roback et Madeleine Parent.
Et puis, à partir de 1960, c’est le début d’un long déclin du secteur industriel. Les usines ferment, déménagent. Il y a bien des manifestations pour protester contre ces fermetures, notamment dans le cas de Simmons, dans le domaine des matelas, et de Coleco, dans celui des jouets, mais elles ne parviennent pas à renverser le mouvement.
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Une des terrasses sur l’avenue Notre-Dame Ouest
Et puis, plus récemment, un nouveau cycle s’installe : on transforme les usines désaffectées en immeubles de condos ou de lofts industriels. On construit de nouveaux logements, plus luxueux. Cet embourgeoisement n’est toutefois pas au goût de tout le monde, comme le rappelle l’exposition : la population traditionnelle fait face à des rénovictions, à des augmentations de loyer, à de nouveaux commerces qui ne répondent plus à ses besoins.
Saint-Henri continue cependant à se réinventer. Et c’est le temps d’aller voir ça de plus près.
Idéalement, il faudrait un plan de visite. Ça tombe bien, la Société historique de Saint-Henri a concocté une série d’itinéraires autoguidés qu’on peut acheter en ligne ou au bureau de la société, au 521, place Saint-Henri, le mercredi soir.
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Des habitations ouvrières dans Saint-Henri
Une première brochure propose deux itinéraires sur l’histoire générale du quartier. Une deuxième brochure met l’accent sur les manufactures de Saint-Henri avec deux itinéraires. Enfin, une troisième brochure, intitulée « Sur les traces de Bonheur d’occasion », permet d’explorer les lieux qui ont inspiré Gabrielle Roy pour l’écriture de son fameux roman.
La société historique peut également, à la demande, organiser des visites avec un guide pour des groupes de 10 à 20 personnes.
Consultez la page de l’exposition Saint-Henri, du cœur à l’ouvrage Consultez le site de la Société historique de Saint-Henri
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La Presse – 20 Jul 24

Saint-Henri est un quartier en pleine transformation. Jeune, animé, bordé par un canal, traversé par des rails, il porte les marques d’un remarquable passé industriel.
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Saint-Henri Un quartier en transformation
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Petite promenade au parc Sir-George-Étienne-Cartier, dans le quartier Saint-Henri
Un grondement sourd. Le grincement de roues de métal sur les rails. Un long train de marchandises traverse le quartier de Saint-Henri. C’est ce qui m’accueille à la sortie de la station de métro Place-Saint-Henri. Difficile de trouver une entrée en matière plus appropriée : le train est indissociable de l’histoire du quartier et demeure un élément incontournable de sa vie quotidienne. Commençons notre visite.
Publié à 11h30


Textes : Marie Tison La Presse

Photos : Marika Vachon La Presse
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La place Saint-Henri subit actuellement des travaux d’envergure et n’est pas très esthétique. De toute façon, cette place a été pratiquement détruite à la fin des années 1960, lorsqu’on a mis par terre une église, un presbytère, le collège Saint-Henri et le pensionnat de l’Ange-Gardien pour y ériger une école polyvalente sans grand caractère. Il reste quelques beaux édifices, un bureau de poste de 1893, une banque d’épargne de style Beaux-Arts de 1922 et cette impressionnante caserne de pompiers de style Art déco de 1931.
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On se rapproche davantage de l’âme de Saint-Henri en passant par le petit parc de la Ferme-Brodie : des garçons jouent au ballon, des filles jouent à la marelle. Certaines choses, semble-t-il, ne changent pas.
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L’atmosphère est particulièrement paisible à quelques coins de rue de là, au parc Saint-Henri, le plus vieux du quartier. C’est un havre apaisant, avec de grands arbres matures et une fontaine installée en 1893, surmontée d’une statue de Jacques-Cartier. Après le bruit et la poussière de la place Saint-Henri, c’est un grand soulagement. Tout autour se dressent d’élégantes demeures, construites à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle pour des membres de l’élite locale : des entrepreneurs, des manufacturiers, des architectes.
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Je me lance dans une petite balade dans la rue Saint-Jacques, vers l’est, vers le site du village original de Saint-Henri-des-Tanneries. Celui-ci se trouve sous l’autoroute, mais je peux me consoler avec une sympathique statue de Louis Cyr, « l’homme le plus fort de tous les temps », avec ses haltères géants, au coin des rues Saint-Jacques et Saint-Antoine.
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Je me retrouve bientôt dans une section du Saint-Henri industriel. Il y a de belles surprises, à commencer par un très bel édifice restauré avec amour et respect, l’ancienne manufacture de chemises Tooke Brothers, rue de Courcelles, près de la voie ferrée. L’immense bâtiment de 1895, géré par ElproLofts, abrite maintenant une quarantaine de petites entreprises.
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Je prends la rue Notre-Dame et longe des terrasses animées pour trouver un autre havre de paix, le parc Sir-George-Étienne-Cartier. Assise sur un banc, une jeune femme tapoche sur un ordinateur portatif, un cellulaire coincé entre l’épaule et l’oreille. Sur un autre banc, un jeune homme ajuste ses patins à roues alignées. Plus loin, un homme s’exerce à faire voler son drone.
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Un drôle de couple se voisine au nord : l’église Saint-Zotique, de style néo-roman, érigée en 1925, et une caisse populaire Desjardins construite en 1965, dans un style moderne pop qui évoque tout à fait le milieu des années 1960.
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Comme le parc Saint-Henri, le parc Sir-George-Étienne-Cartier est bordé de demeures bourgeoises. Elles sont moins anciennes, mais tout aussi impressionnantes.
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Il ne me faut que quelques coins de rue pour reculer dans le temps et descendre dans les strates sociales. Rue Saint-Ambroise, entre les rues Beaudoin et Sainte-Marguerite, se trouve un très bel exemple d’habitation ouvrière. Elle date de 1889, mais elle a été restaurée avec soin en 1988. Ce modeste ensemble est une vedette de cinéma : il a joué un petit rôle dans le film Bonheur d’occasion de Claude Fournier, en 1984.
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Qui dit ouvriers dit manufacture. Le complexe de la Dominion Textile se trouve justement à quelques coins de rue à l’ouest, rue Saint-Ambroise. Je consulte les diverses brochures de la Société historique de Saint-Henri pour apprendre qu’on y employait environ 1300 personnes avant sa fermeture en 1968. L’immense bâtiment a été restauré au début des années 2000. Connu maintenant sous le nom de Château St-Ambroise, il est constitué de lofts commerciaux.
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Ma curiosité est à son comble lorsque je franchis à nouveau la voie ferrée. Une très modeste maison, d’une extrême étroitesse, se cache derrière un rideau de végétation. Elle a inspiré Gabrielle Roy dans la description du petit appartement de Jean Lévesque, le beau parleur qui séduit Florentine Lacasse dans Bonheur d’occasion.
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De vieilles demeures magnifiquement restaurées m’attendent un coin de rue plus loin, rue Saint-Augustin. Ce sont de petites maisons de campagne construites entre 1864 et 1875, avec volets, galerie, petite clôture.
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Je reviens tranquillement vers la rue Saint-Jacques. La vieille gare de Saint-Henri n’existe plus, remplacée par un CLSC. Elle desservait la première ligne de chemin de fer de Montréal, qui reliait la métropole à Lachine dès 1847. Tout juste derrière, dans le parc linéaire qui remplace la vieille voie ferrée, on retrouve de vieux éléments architecturaux qui proviennent probablement de la vieille gare, dont des bas-reliefs qui pourraient provenir de l’ancien hôtel Queen, qui était au coin de Saint-Jacques et Peel. S’agirait-il de portraits de la reine Victoria et de son bien-aimé Albert qui observaient autrefois les voyageurs ?
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Je pourrais encore déambuler pendant des heures dans le quartier, notamment dans sa section est, près de la station de métro Lionel-Groulx. Je termine quand même ma petite visite devant le plus ancien bâtiment industriel de Saint-Henri, le très bel édifice de la Williams Manufacturing, rue Saint-Jacques, entre les rues Bourget et Rose-de-Lima. Au fil des années, depuis 1883, on y a construit des machines à coudre, de l’équipement militaire, de la fibre synthétique, avant d’accueillir diverses entreprises et organismes, puis d’effectuer une renaissance sous la forme de lofts. Après les tanneurs et les ouvriers, les jeunes professionnels s’installent à Saint-Henri.