Quartiers de Montréal

Article dans le cadre de la parution du livre Ruelles de Florence Sara G. Ferraris

Texte complet : Les ruelles de Montréal, lieu de socialisation ou vecteur de gentrification?

Les ruelles de Montréal, lieu de socialisation ou vecteur de gentrification?


Photo: Marie-France Coallier, Le Devoir
Florence Sara G. Ferraris (sur la photo) a parcouru Montréal avec la photographe Ariel Tarr afin de documenter le rôle des aménagements urbains des ruelles dans le quotidien de personnes qui se les sont appropriées.

Zacharie Goudreault
11 mars 2024
Transports / Urbanisme

Les ruelles de Montréal sont devenues, au fil des années, des lieux de rencontre verdis occupant un rôle important dans la vie sociale de nombreuses personnes, constate Florence Sara G. Ferraris, autrice d’un livre complet sur le sujet. Pour plusieurs, une question s’impose toutefois : l’embellissement de nos ruelles contribue-t-il à la gentrification de certains quartiers de la métropole, où les moins nantis se sentent pris comme dans un étau par une hausse des loyers et des valeurs foncières ?

« On voulait rendre hommage aux ruelles de Montréal », devenues au fil des années, pour de nombreux résidents, un lieu de socialisation, verdi en été, qui permet de défaire « le mythe » selon lequel les Montréalais ne parlent pas à leurs voisins, relève Mme Ferraris. Son ouvrage finement écrit, Ruelles, imagé par la photographe Ariel Tarr, sortira en librairie le 13 mars. « La manière dont les gens se sont approprié les ruelles chez nous, c’est assez particulier », constate l’autrice, qui a été journaliste pendant plusieurs années, notamment pour Le Devoir, avant d’intégrer les rangs de la Ville de Montréal en 2021.

En passant par le romancier Michel Tremblay, l’auteur-compositeur Pierre Huet, à l’origine de plusieurs chansons des groupes Beau Dommage et Offenbach, de même que des résidents aux parcours éclectiques, les deux femmes ont parcouru la métropole afin de documenter le rôle de ces aménagements urbains dans le quotidien de Montréalais qui se sont approprié ces espaces, notamment dans le contexte du programme des « ruelles vertes » de la Ville. Environ un dixième des quelque 4000 ruelles de la métropole ont reçu jusqu’à maintenant un financement municipal permettant d’assurer leur réaménagement afin d’y apaiser la circulation routière tout en y installant du mobilier urbain et en y plantant divers végétaux, le tout afin que ces espaces contribuent à la lutte contre les îlots de chaleur tout en améliorant la gestion des eaux fluviales dans la métropole.

« Les ruelles vertes, c’est du verdissement, mais c’est la communauté avant tout », relève en entrevue le coordonnateur à l’écoquartier du Sud-Ouest, Luis Gomez, qui accompagne régulièrement des citoyens qui s’unissent pour embellir et verdir leur ruelle. « Les ruelles changent de manière profonde, et c’est un miracle », dit M. Gomez, qui constate que le réaménagement de celles-ci mobilise de plus en plus de citoyens. Ainsi, seulement dans l’arrondissement du Sud-Ouest, une dizaine de projets de ruelles vertes sont soumis par des groupes de citoyens chaque année, relève-t-il. L’arrondissement concrétise ensuite quelques-uns de ces projets, qui impliquent dans certains cas de déminéraliser des espaces pour pouvoir ensuite les verdir.

En sillonnant la métropole, Florence Sara G. Ferraris a toutefois pu constater que de nombreuses ruelles qui n’ont reçu aucun financement de la Ville pour devenir des espaces verdis ont tout de même subi une profonde métamorphose grâce à la mobilisation des résidents voisins de celles-ci.

« Il y a des endroits où il n’y a jamais eu d’implication des pouvoirs publics ou d’un organisme [pour en financer l’aménagement], mais la ruelle est déjà verte et très humanisée », souligne Mme Ferraris. « Ce qu’on voit, c’est que le désir des Montréalais d’habiter cet espace-là, on le retrouve dans tous les quartiers », poursuit-elle.

4000

On compte plus de 4000 ruelles, qui s’étirent sur près de 500 km, dans les quartiers centraux de Montréal. De ce nombre, un dixième sont officiellement nommées « ruelles vertes » par la Ville. Leur aménagement a été financé par la Ville au terme d’une proposition soumise par les résidents demeurant le long de ces ruelles. Les résidents doivent ensuite assurer l’entretien à long terme de ces aménagements à leurs frais.

L’embourgeoisement des ruelles

En rendant les propriétés voisines plus attrayantes, les ruelles vertes peuvent toutefois contribuer à une augmentation de la valeur des propriétés environnantes, ce qui contribue à la gentrification de secteurs dont les résidents moins nantis se sentent de plus en plus exclus. Il s’agit d’ailleurs là d’un problème abordé dans une étude publiée en 2022 et réalisée par les professeurs en études urbaines de l’Université du Québec à Montréal Hiên Pham et Ugo Lachapelle.

« Dans les offres de ventes de maisons, on annonce qu’il y a une ruelle verte derrière la maison pour justifier la qualité de vie entourant cette propriété, souligne Hiên Pham, en entrevue au Devoir. C’est un signe que les ruelles vertes peuvent faire augmenter la valeur des propriétés. »

Il y a des endroits où il n’y a jamais eu d’implication des pouvoirs publics ou d’un organisme [pour en financer l’aménagement], mais la ruelle est déjà verte et très humanisée

— Florence Sara G. Ferraris

Il est toutefois difficile d’établir si les ruelles vertes sont une cause ou une conséquence de l’embourgeoisement, un phénomène complexe qui a de nombreuses racines, précise Ugo Lachapelle. « La ruelle verte pourrait créer un effet à la hausse sur les prix des logements, mais, après ça, est-ce que ce sont des gens un peu plus aisés qui réussissent à s’organiser pour créer des ruelles vertes ou est-ce que ce sont les ruelles vertes qui attirent des gens plus aisés ? C’est difficile à dire », explique le professeur.

« C’est sûr que l’écogentrification, c’est un phénomène qui nous inquiète, et ce n’est pas évident à régler », relève pour sa part Luis Gomez, de l’écoquartier du Sud-Ouest. Or, « on ne peut pas simplement dire qu’on va arrêter d’intervenir dans les quartiers parce que ça va créer de la gentrification », souligne Florence Sara G. Ferraris, plusieurs quartiers de Montréal demeurant à ce jour aux prises avec un manque d’espaces verts.

Planification

Dans ce contexte, Hiên Pham estime qu’une meilleure planification de l’aménagement des ruelles vertes s’impose dans la métropole, tant pour que celles-ci soient mieux entretenues et réparties sur le territoire que pour prévenir « les effets pervers de la gentrification » que celles-ci pourraient engendrer.

C’est sûr que l’écogentrification, c’est un phénomène qui nous inquiète, et ce n’est pas évident à régler

— Luis Gomez

« Si un jour, on est capables de prouver que, oui, la gentrification est causée par l’arrivée des ruelles vertes, ce sera trop tard pour contrer les effets de ce processus-là », prévient la professeure, selon qui la Ville doit avoir le « courage » de revoir son implication dans le développement de ces projets afin que ceux-ci soient inclusifs à long terme. « Si on veut vraiment prendre en compte la question de la gentrification, il faut inclure les acteurs du logement dans la conversation », note-t-elle par ailleurs.

« Ultimement, la vraie réponse pour lutter contre la gentrification, ce sont des investissements en logement dont on a besoin, relève pour sa part Florence Sara G. Ferraris. Le vrai noeud, il est là. »

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On ne peut tout de même pas se priver de verdir le territoire urbain au cas où cela conduirait à un certain embourgeoisement. Dans cette logique il faudrait arrêter tout progrès ou toute forme d’amélioration de l’aménagement urbain. Une nouvelle piste cyclable contribuera à augmenter l’attrait du voisinage immédiat. Le réaménagement d’un parc, la disparition de stationnements de surface ou le développement de terrains vacants. Aussi une meilleure desserte en TEC aura le même effet, etc.

D’ailleurs n’est-il pas normal de vouloir embellir la ville, refaire les rues et trottoirs, planter plus d’arbres, créer de belles places publiques ou des placettes, ajouter des fontaines ou des jeux d’eau? Dans les faits c’est toute la population qui en profite, pas seulement les riverains.

Donc pour moi c’est un faux problème car de toute façon on a bien vu plein de logements existants devenir hors de prix pour les résidents d’un quartier donné, sans pour autant qu’il n’y ait eu la moindre amélioration intérieure pour le justifier ou extérieure dans les environs. Même l’effet de mode concoure parfois à la hausse de la valeur d’un secteur ou d’un quartier, puisqu’en bout de ligne c’est l’offre et la demande qui s’applique librement dans une économie ouverte comme la nôtre.

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Un article sur le livre Ruelles dans La Presse

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La Saint-Patrick boul. de Maisonneuve

La rue Sherbrooke en attendant Le Sherbrooke

Le cortège de l’ex Premier Ministre Brian Mulroney sur la rue Notre-Dame dans le Vieux Montréal

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Maison unifamiliale boul Gouin Est, Montréal-Nord

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Rue d’Hochelaga

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On pourrait appeler ceci : le massacre d’ une maison ancestrale.

C’est la Maison Brignon-dit-Lapierre

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Entrée de blogue et photos de Saint-Henri par Mes Quartiers

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Bon de cet angle ci c’est mieux. J’aime quand même pas les types de fenêtres qu’ils ont fait au niveau du toit. Je préfère quand on met des extensions à ces maisons tout en touchant au minimum l’édifice original.

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L’état de la maison en 2009 pour référence:

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Il me semble que c’est l’horizontalité des fenêtres sur le toit qui jure vraiment. Les fenêtres auraient dû reprendre le format plus historique, même si ce sont des matériaux plus contemporains.

J’avais pris cette photo d’une maison rénovée le mois passé, à mon avis bien plus réussie:

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Omg

Je crois que le pari architectural de la fenestration au toit est de profiter de la magnifique vue sur la Rivière des Prairies. Dans l’ensemble, je trouve la rénovation très réussie, avec un respect du patrimoine et un ajout contemporain à l’arrière (donc moins visible) qui se fait dans le respect de l’horizontalité de la maison.

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Le Devoir propose une liste de livres sur le Mile-End

Premier d’une série de quatre articles consacrés aux livres qui cristallisent l’essence d’un quartier de Montréal. Pour lancer le bal, nous vous entraînons dans les rues et les ruelles de l’inimitable Mile End.

Le territoire officiel serait plus étendu vers l’est, mais la plupart des gens s’entendent pour dire que le Mile End, qui fait partie de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, est délimité par les rues Hutchison à l’ouest, Henri-Julien et de Bullion à l’est, le chemin de fer du Canadien Pacifique au nord et le mont Royal au sud. Souvent encensé pour sa qualité de vie, le quartier accueille plus ou moins 24 000 résidents et résidentes sur 1,6 km².

Le Mile End est indissociable du parcours de l’historien Yves Desjardins. « J’avais seulement trois ans quand ma famille a quitté l’immeuble que mon arrière-grand-père avait construit en 1912 sur Laurier Ouest, à deux pas de l’avenue du Parc, mais je suis retourné vivre dans le Mile End en 1974, alors que j’étudiais à l’UQAM. Le premier logement où j’ai habité, jusqu’en 1985, se trouvait sur Saint-Viateur, tout juste à l’est de Saint-Laurent. Il faisait face à l’ancienne manufacture de vêtements Peck, aujourd’hui le siège social canadien d’Ubisoft. Depuis, j’ai déménagé sur de l’Esplanade, puis sur Waverly, où je vis toujours. »
[…]

Lire le Mile End

  • La bande du Mile End (L’oiseau de Colette, La quête d’Albert et La scène de Maya), Isabelle Arsenault, La Pastèque, Montréal, 2017-2021, 48 pages
  • Hadassa, Myriam Beaudoin, Leméac, Montréal, 2006, 200 pages
  • Histoire du Mile End, Yves Desjardins, Septentrion, Québec, 2017, 360 pages
  • Mile End Stories, Pierre-Marc Drouin, Québec Amérique, Montréal, 2011, 328 pages
  • Mile End, Michel Hellman, Pow Pow, Montréal, 2011, 136 pages
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2e article du Devoir : littérature et Centre-Sud

Deuxième d’une série de quatre articles consacrés aux livres qui cristallisent l’essence d’un quartier de Montréal. Cette semaine, nous vous entraînons dans les rues et sur les balcons du Centre-Sud, et sur les traces des fantômes de son Faubourg à m’lasse.

Situé en bordure du fleuve, à l’est du centre-ville, le Centre-Sud, aujourd’hui délimité par la rue Saint-Hubert à l’ouest, la voie de chemin de fer du Canadien Pacifique à l’est et la rue Sherbrooke au nord, a pris forme au XVIIIe siècle. D’abord dénommé Faubourg Québec, en raison des passagers de la capitale qui devaient obligatoirement y débarquer pour se rendre à Montréal, le quartier a connu de profondes mutations au cours des années.

Devenu rapidement un bassin industriel, notamment grâce à sa proximité avec le chemin de fer qui stimule l’implantation de quantité d’usines, le Centre-Sud — aussi appelé le Faubourg à m’lasse à cause, si l’on en croit la rumeur, de l’odeur de mélasse provenant des quais du port — s’est imposé comme lieu de vie pour des milliers de familles d’ouvriers logées dans les environs par les manufacturiers.

[…]

LIRE LE CENTRE-SUD

  • Mélasse de fantaisie, Francis Ouellette, La Mèche, Montréal, 2022, 216 pages
  • Chroniques du Centre-Sud, Richard Suicide, Pow Pow, Montréal, 2014, 124 pages
  • Morel, Maxime Raymond Bock, Le Cheval d’août, Montréal, 2021, 288 pages
  • On n’est pas des trous-de-cul, Marie Letellier, Moult Éditions, Montréal, 2019, 200 pages
  • Au milieu, la montagne, Roger Viau, Les Herbes rouges, Montréal, 1992, 312 pages
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Sur un autre sujet, article de La Presse portant sur l’éco-embourgeoisement
Quand on verdit un quartier, le prix des propriétés ont tendance à augmenter

« On n’arrête pas de vanter l’importance, dans l’adaptation aux changements climatiques, de verdir nos villes. Ça permet de lutter contre les îlots de chaleur, d’avoir une meilleure qualité de l’air, de contrôler les eaux de ruissellement, etc. », a convenu Marie Lapointe, conseillère scientifique à l’INSPQ, au début de sa présentation.

Sauf qu’en verdissant un quartier, on augmente son attractivité et, par ricochet, la valeur foncière de ses immeubles et ses loyers.

à la fin de l’article, il y a l’exemple des quartiers du Sud-Ouest le long du canal de Lachine

L’EFFET CANAL DE LACHINE

« Le canal de Lachine, juste à côté, c’est un cas d’éco-embourgeoisement célèbre à travers le monde », illustre Mme Lapointe, en citant également des chercheurs du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). « La réhabilitation du Canal-de-Lachine a causé des phénomènes de gentrification dans les quartiers environnants […] sur la portion est du Canal-de-Lachine (proche du centre-ville, entre l’échangeur Turcot et le Bassin Peel). Elle a également contribué à l’augmentation des valeurs foncières dans cette zone », montre un rapport du CIRANO publié en novembre dernier.

Consultez le rapport du CIRANO

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Résumé

Saint-Henri d’hier à aujourd’hui

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

L’édifice de la Canada Malting symbolise bien le passé industriel de Saint-Henri. La petite maison rose juchée au-dessus représente parfaitement une nouvelle population jeune, active, qui se projette dans l’avenir.

Saint-Henri est un quartier en pleine transformation. Jeune, animé, bordé par un canal, traversé par des rails, il porte les marques d’un remarquable passé industriel. On peut explorer l’histoire de Saint-Henri dans le cadre d’une exposition au musée Pointe-à-Callière, avant de parcourir ses rues et ses parcs à la recherche du Saint-Henri d’aujourd’hui.

Publié à 11h30

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Texte : Marie Tison
Texte : Marie Tison La Presse


Photos : Marika Vachon
Photos : Marika Vachon La Presse

Une petite visite au musée. Il n’y a rien de tel pour préparer son excursion dans Saint-Henri. Le musée Pointe-à-Callière présente l’exposition Saint-Henri, le cœur à l’ouvrage, jusqu’en mai prochain. Ça donne donc amplement le temps de plonger dans les origines du quartier avant de le visiter « en vrai ».

Ces origines, elles sont quand même lointaines. C’est en 1670 que des tanneurs s’installent près du ruisseau Glen, qui y coulait alors à partir du mont Royal, pour y faire le traitement du cuir. Le musée souligne que c’est un des rares villages québécois à se développer autour d’une communauté artisanale. Et ce village, il prospère : en 1825, on y trouve 466 habitants. Près des deux tiers d’entre eux sont impliqués dans les métiers du cuir : ils sont tanneurs, cordonniers, selliers.

La construction de l’échangeur Turcot, dans les années 1960, fait disparaître l’ancien village. La réfection de l’ouvrage permet toutefois d’effectuer des fouilles sur le site entre 2014 et 2020. On trouve les vestiges d’une trentaine de bâtiments, dont une douzaine de tanneries. On retrouve aussi des objets qui sont exposés au musée Pointe-à-Callière : des outils, des couteaux, des restes de chaussures et de bottes.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

De petites maisons de campagne construites entre 1864 et 1875 rue Saint-Augustin

Au XIXe siècle, Saint-Henri commence à attirer d’autres types d’industries, notamment grâce à ses axes de transport, le canal de Lachine et de nouveaux liens ferroviaires. En 1875, le village devient une ville qui prospère rapidement, mais qui doit aussi trouver le moyen de loger des milliers d’ouvriers. En 1905, la ville compte 24 165 habitants et choisit de s’annexer à la ville de Montréal. L’industrie manufacturière poursuit son essor, avec de grands noms comme la Dominion Textile et Wiliams Sewing Machines, qui se spécialise dans les machines à coudre.

L’exposition présente un bel assortiment des produits qui émanent des usines de Saint-Henri. Elle met aussi l’accent sur la vie ouvrière, une vie difficile marquée par diverses luttes pour améliorer les conditions de travail, et par des personnalités marquantes comme les syndicalistes Lea Roback et Madeleine Parent.

Et puis, à partir de 1960, c’est le début d’un long déclin du secteur industriel. Les usines ferment, déménagent. Il y a bien des manifestations pour protester contre ces fermetures, notamment dans le cas de Simmons, dans le domaine des matelas, et de Coleco, dans celui des jouets, mais elles ne parviennent pas à renverser le mouvement.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Une des terrasses sur l’avenue Notre-Dame Ouest

Et puis, plus récemment, un nouveau cycle s’installe : on transforme les usines désaffectées en immeubles de condos ou de lofts industriels. On construit de nouveaux logements, plus luxueux. Cet embourgeoisement n’est toutefois pas au goût de tout le monde, comme le rappelle l’exposition : la population traditionnelle fait face à des rénovictions, à des augmentations de loyer, à de nouveaux commerces qui ne répondent plus à ses besoins.

Saint-Henri continue cependant à se réinventer. Et c’est le temps d’aller voir ça de plus près.

Idéalement, il faudrait un plan de visite. Ça tombe bien, la Société historique de Saint-Henri a concocté une série d’itinéraires autoguidés qu’on peut acheter en ligne ou au bureau de la société, au 521, place Saint-Henri, le mercredi soir.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Des habitations ouvrières dans Saint-Henri

Une première brochure propose deux itinéraires sur l’histoire générale du quartier. Une deuxième brochure met l’accent sur les manufactures de Saint-Henri avec deux itinéraires. Enfin, une troisième brochure, intitulée « Sur les traces de Bonheur d’occasion », permet d’explorer les lieux qui ont inspiré Gabrielle Roy pour l’écriture de son fameux roman.

La société historique peut également, à la demande, organiser des visites avec un guide pour des groupes de 10 à 20 personnes.

Consultez la page de l’exposition Saint-Henri, du cœur à l’ouvrage Consultez le site de la Société historique de Saint-Henri

Résumé

Résumé

La Presse – 20 Jul 24

Dossier | Saint-Henri, en pleine transformation (2 articles)

Saint-Henri est un quartier en pleine transformation. Jeune, animé, bordé par un canal, traversé par des rails, il porte les marques d’un remarquable passé industriel.

Résumé

Saint-Henri Un quartier en transformation

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Petite promenade au parc Sir-George-Étienne-Cartier, dans le quartier Saint-Henri

Un grondement sourd. Le grincement de roues de métal sur les rails. Un long train de marchandises traverse le quartier de Saint-Henri. C’est ce qui m’accueille à la sortie de la station de métro Place-Saint-Henri. Difficile de trouver une entrée en matière plus appropriée : le train est indissociable de l’histoire du quartier et demeure un élément incontournable de sa vie quotidienne. Commençons notre visite.

Publié à 11h30

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Textes : Marie Tison
Textes : Marie Tison La Presse


Photos : Marika Vachon
Photos : Marika Vachon La Presse

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

La place Saint-Henri subit actuellement des travaux d’envergure et n’est pas très esthétique. De toute façon, cette place a été pratiquement détruite à la fin des années 1960, lorsqu’on a mis par terre une église, un presbytère, le collège Saint-Henri et le pensionnat de l’Ange-Gardien pour y ériger une école polyvalente sans grand caractère. Il reste quelques beaux édifices, un bureau de poste de 1893, une banque d’épargne de style Beaux-Arts de 1922 et cette impressionnante caserne de pompiers de style Art déco de 1931.

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On se rapproche davantage de l’âme de Saint-Henri en passant par le petit parc de la Ferme-Brodie : des garçons jouent au ballon, des filles jouent à la marelle. Certaines choses, semble-t-il, ne changent pas.

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L’atmosphère est particulièrement paisible à quelques coins de rue de là, au parc Saint-Henri, le plus vieux du quartier. C’est un havre apaisant, avec de grands arbres matures et une fontaine installée en 1893, surmontée d’une statue de Jacques-Cartier. Après le bruit et la poussière de la place Saint-Henri, c’est un grand soulagement. Tout autour se dressent d’élégantes demeures, construites à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle pour des membres de l’élite locale : des entrepreneurs, des manufacturiers, des architectes.

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Je me lance dans une petite balade dans la rue Saint-Jacques, vers l’est, vers le site du village original de Saint-Henri-des-Tanneries. Celui-ci se trouve sous l’autoroute, mais je peux me consoler avec une sympathique statue de Louis Cyr, « l’homme le plus fort de tous les temps », avec ses haltères géants, au coin des rues Saint-Jacques et Saint-Antoine.

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Je me retrouve bientôt dans une section du Saint-Henri industriel. Il y a de belles surprises, à commencer par un très bel édifice restauré avec amour et respect, l’ancienne manufacture de chemises Tooke Brothers, rue de Courcelles, près de la voie ferrée. L’immense bâtiment de 1895, géré par ElproLofts, abrite maintenant une quarantaine de petites entreprises.

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Je prends la rue Notre-Dame et longe des terrasses animées pour trouver un autre havre de paix, le parc Sir-George-Étienne-Cartier. Assise sur un banc, une jeune femme tapoche sur un ordinateur portatif, un cellulaire coincé entre l’épaule et l’oreille. Sur un autre banc, un jeune homme ajuste ses patins à roues alignées. Plus loin, un homme s’exerce à faire voler son drone.

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Un drôle de couple se voisine au nord : l’église Saint-Zotique, de style néo-roman, érigée en 1925, et une caisse populaire Desjardins construite en 1965, dans un style moderne pop qui évoque tout à fait le milieu des années 1960.

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Comme le parc Saint-Henri, le parc Sir-George-Étienne-Cartier est bordé de demeures bourgeoises. Elles sont moins anciennes, mais tout aussi impressionnantes.

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Il ne me faut que quelques coins de rue pour reculer dans le temps et descendre dans les strates sociales. Rue Saint-Ambroise, entre les rues Beaudoin et Sainte-Marguerite, se trouve un très bel exemple d’habitation ouvrière. Elle date de 1889, mais elle a été restaurée avec soin en 1988. Ce modeste ensemble est une vedette de cinéma : il a joué un petit rôle dans le film Bonheur d’occasion de Claude Fournier, en 1984.

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Qui dit ouvriers dit manufacture. Le complexe de la Dominion Textile se trouve justement à quelques coins de rue à l’ouest, rue Saint-Ambroise. Je consulte les diverses brochures de la Société historique de Saint-Henri pour apprendre qu’on y employait environ 1300 personnes avant sa fermeture en 1968. L’immense bâtiment a été restauré au début des années 2000. Connu maintenant sous le nom de Château St-Ambroise, il est constitué de lofts commerciaux.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Ma curiosité est à son comble lorsque je franchis à nouveau la voie ferrée. Une très modeste maison, d’une extrême étroitesse, se cache derrière un rideau de végétation. Elle a inspiré Gabrielle Roy dans la description du petit appartement de Jean Lévesque, le beau parleur qui séduit Florentine Lacasse dans Bonheur d’occasion.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

De vieilles demeures magnifiquement restaurées m’attendent un coin de rue plus loin, rue Saint-Augustin. Ce sont de petites maisons de campagne construites entre 1864 et 1875, avec volets, galerie, petite clôture.

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Je reviens tranquillement vers la rue Saint-Jacques. La vieille gare de Saint-Henri n’existe plus, remplacée par un CLSC. Elle desservait la première ligne de chemin de fer de Montréal, qui reliait la métropole à Lachine dès 1847. Tout juste derrière, dans le parc linéaire qui remplace la vieille voie ferrée, on retrouve de vieux éléments architecturaux qui proviennent probablement de la vieille gare, dont des bas-reliefs qui pourraient provenir de l’ancien hôtel Queen, qui était au coin de Saint-Jacques et Peel. S’agirait-il de portraits de la reine Victoria et de son bien-aimé Albert qui observaient autrefois les voyageurs ?

PHOTO MARIKA VACHON, LA PRESSE

Je pourrais encore déambuler pendant des heures dans le quartier, notamment dans sa section est, près de la station de métro Lionel-Groulx. Je termine quand même ma petite visite devant le plus ancien bâtiment industriel de Saint-Henri, le très bel édifice de la Williams Manufacturing, rue Saint-Jacques, entre les rues Bourget et Rose-de-Lima. Au fil des années, depuis 1883, on y a construit des machines à coudre, de l’équipement militaire, de la fibre synthétique, avant d’accueillir diverses entreprises et organismes, puis d’effectuer une renaissance sous la forme de lofts. Après les tanneurs et les ouvriers, les jeunes professionnels s’installent à Saint-Henri.

Rue d’Hochelaga à partir du balcon d’un triplex

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