Je partage la réaction tiède de certains à cette annonce.
Je suis le premier à me réjouir de la préservation et de la création d’espaces verts, et la possibilité d’utiliser la friche comme une zone tampon verte reliant les boisés Steinberg et Vimont est en soit une excellente nouvelle. Bien hâte de voir les propositions, mais si on est capable de faire des miracles dans un environnement aussi hostile qu’une ancienne carrière/décharge (parc Frédéric-Back), ce site présente un potentiel intéressant pour un niveau de difficulté moindre. Actuellement, ce sont des milieux “naturels” passablement dégradés, mais ils ont le potentiel d’être bonifiés, sans parler d’en faire un espace vert de qualité pour les résidents, un peu dans l’esprit du parc des Gorilles récemment aménagé dans Marconi-Alexandra.
Par contre, en promettant de ne pas toucher du tout au boisé, on met en péril le prolongement de l’Assomption et de Souligny; la seule option devient d’exproprier et de détruire la portion de la bâtisse à l’ouest du centre de karting Action 500, ce qui rend le projet plus complexe, coûteux et donc moins probable. Comme mentionné par d’autres membres plus haut, on ne parle pas ici de prolongements pour offrir un trajet plus rapide en voiture ou pour stimuler l’étalement urbain, mais pour ségréguer la circulation des camions du port de celle des automobilistes du quartier.
Le port est là pour rester, donc l’idéal est de mitiger les nuisances associées, et ce projet de prolongement permettrait de pacifier et d’améliorer considérablement toutes les rues environnantes en les interdisant au camionnage, ce qui bonifierait le quartier. On n’est pas dans une dynamique de demande induite quand on parle de camionnage pour les activités portuaires, et bien que je sois en faveur de maximiser le transport ferroviaire (d’ailleurs j’aimerais savoir si une partie de l’emprise ferroviaire restera disponible au transport de marchandises), il ne se prête pas à remplacer complètement le camionnage.
Malgré nos désirs de réappropriation des berges, les sommes pour déplacer les activités du port dans ce secteur seraient astronomiques. Il y a beaucoup d’autres secteurs qui s’y prêteraient plus aisément, donc dans un contexte de ressources financières limitées, nous devrions investir en priorité là où le ratio coût-bénéfice est le plus intéressant. Le corridor vert reliant les deux boisés est un bel exemple d’intervention sensée qui aura un bénéfice net sur les quartiers pour un coût raisonnable. Déplacer le port et toute la chaîne logistique, c’est du domaine de l’utopie dans notre réalité économique.
De plus, il y a la question environnementale qui est souvent occultée. Le dommage à l’écosystème est fait depuis longtemps là où le port est déjà installé, et les coûts de restauration environnementale seraient très élevés pour des résultats bien incertains si on décidait de le déplacer. Les experts sont d’accord sur le fait que la priorité devrait être la préservation des milieux naturels existants, et on devrait envisager la restauration en dernier recours, surtout dans les milieux humides (écosystèmes plus complexes) où notre capacité d’imiter la nature est généralement moins bonne que dans un milieu forestier plus simple par exemple.
Donc si on déplace les activités du port, on renaturalise à grands frais un milieu fortement dégradé pour un bénéfice écosystémique incertain (et au mieux inférieur), et en contrepartie on détruit des milieux naturels moins dégradés ailleurs (ex: Contrecoeur avec le chevalier cuivré menacé d’extinction). Donc on paye très cher pour avoir un bilan environnemental fortement négatif. À noter que je parle ici de l’aspect purement écologique, sans égard aux bienfaits urbanistiques, mais même en les prenant en compte, le coût demeurerait prohibitif.