Des manifestants dénoncent l’agrandissement du port de Montréal à Contrecœur
Malgré un vent froid, des dizaines de manifestants se sont rassemblés dimanche matin au quai de Contrecœur, en Montérégie, pour dénoncer à nouveau le projet d’agrandissement du port de Montréal.
«Augmenter le trafic maritime c’est augmenter l’érosion des berges du Saint-Laurent, qui est critique dans le corridor entre Sorel et Montréal», a prononcé devant le fleuve Hélène Reeves, la porte-parole du mouvement Vigie Citoyenne Port de Contrecœur, qui organisait la manifestation. La foule attentive brandissait des pancartes et des banderoles.
Sous le nom de C-NON, le rassemblement visait principalement à dénoncer l’utilisation de la loi C-5 par le gouvernement Carney, qui permet de contourner les lois de protection de la nature en incluant le port de Contrecœur à la liste des projets «d’intérêt national».
Indignation des citoyens
Sur place, les citoyens rencontrés ne cachaient pas leur indignation.
«Je dénonce le manque de vision. C’est un projet des années 1970 qu’on développe comme si on n’avait pas d’avis scientifique. On est à l’écoute de l’industrie et non des scientifiques», exprime Andrée Chartier, qui habite Contrecœur depuis 45 ans.
Elle fait partie des fondateurs du groupe Vigie qui a été mis sur pied lorsqu’elle et des citoyens ont constaté le manque d’information sur le projet du port de Contrecœur.
De son côté, Kathleen Couture, de Verchères, habite à moins d’un kilomètre du site prévu pour le terminal. Elle craint les impacts du chantier sur l’environnement, mais aussi sur la santé et la qualité de vie.
«On n’a aucune information claire», dénonce celle qui dit manifester pour sa famille, ses voisins et les générations futures.
La cheffe de Climat Québec, Martine Ouellet, était présente pour dénoncer les impacts climatiques de ce projet, qui a été adopté de manière «anti-démocratique», selon elle.
Mme Reeves se questionne aussi sur la nécessité de ce projet d’expansion. «Le port de Montréal a encore de la capacité et ça n’a pas tellement de bon sens de dire qu’on va dépenser 2,3 milliards de dollars pour 1 à 3 bateaux par semaine», se désole-t-elle.
Compagnie controversée
Ce projet suscite la grogne chez les écologistes depuis son annonce. Le mois dernier, on apprenait que le Port de Montréal attribuait son mandat de construction et d’exploitation du terminal de Contrecœur à DP World, une société basée aux Émirats arabes unis.
«Le plus insensé dans ce projet-là, c’est de privatiser la gestion du port à une compagnie de Dubaï», dénonce Mme Ouellet.
En 2006, le Congrès des États-Unis a interdit à cette compagnie de gérer l’exploitation de 21 ports du pays, invoquant des raisons de sécurité nationale.
«Le port c’est un actif de sécurité, alors c’est assez fou de voir qu’ici on laisse rentrer une compagnie qui, pour des raisons de sécurité, a été bannie de 21 ports américains», souligne l’ancienne ministre des Ressources naturelles.
Le futur terminal de Contrecœur, dont le coût est estimé à 1,6 milliard de dollars, devrait permettre d’accroître de 60% la capacité du port de Montréal. La Banque de l’infrastructure du Canada prévoit y investir 300 millions de dollars, tandis que le gouvernement du Québec y consacrera 130 millions.