Cathy Wong exprime très bien l’impact du nouveau budget :
Aujourd’hui, c’était le premier budget de l’administration Soraya-Pinard. Avec toute mon équipe du Plateau-Mont-Royal, nous l’attendions de pied ferme. Parce qu’un budget, ce n’est jamais neutre. C’est un choix de priorités. Et donc, des choix politiques.
Ce que nous voulions voir dans le budget? Des engagements clairs pour les projets soigneusement planifiés lors du précédent mandat, qui font battre le cœur du Plateau et le rendent vivant, accueillant et profondément humain : la rénovation de la piscine Baldwin, le réaménagement de la place Gérald-Godin aux abords du métro Mont-Royal, la mise aux normes de la Cité-des-Hospitalières, la continuité des plans directeurs de nos grands parcs, tel que le Parc Lafontaine.
Oui, certaines enveloppes budgétaires sont maintenues, et j’aimerais les souligner : le Bain Saint-Michel, le plan directeur du parc Jeanne-Mance, l’escouade dédiée aux résidences touristiques illégales. Toutefois, ces maintiens ne compensent pas l’absence de vision structurante et les nombreux reculs qui s’apparentent à une logique d’austérité.
Place Gérald-Godin aux abords du métro Mont-Royal :
Une baisse de près de 33 % des sommes prévues. C’est majeur. Et c’est profondément inquiétant. On parle d’une place emblématique sur le Plateau et à Montréal, à la sortie d’une des stations de métro les plus achalandées du réseau, au cœur de la plus longue piétonnisation au Canada. Ce projet devait être un geste fort, rassembleur, à la hauteur de notre ville. Aujourd’hui, son envergure est carrément menacée.
Parc La Fontaine :
Les sommes prévues en 2026 sont malheureusement reportées. Concrètement, ça veut aussi dire qu’on continue de faire attendre des familles pour la réfection de la pataugeoire, pour la suite du pôle famille. Ça veut dire que la remise en état de la fontaine et l’aménagement d’un terrain de basket sont désormais compromis.
Cité-des-Hospitalières :
Les investissements prévus dans le Programme de protection des bâtiments à vocation communautaire sont reportés. À deux pas de la crise humanitaire qui sévit à l’intersection de Milton et du Parc, ça signifie qu’on repousse des mises aux normes essentielles des systèmes incendie, alors qu’elles devraient être accélérées pour permettre l’occupation rapide de chambres actuellement vacantes. C’est un choix lourd de conséquences humaines.
Vie nocturne :
Pendant la campagne, la Mairesse promettait de défendre la vie nocturne. Par contre, dans son budget, la vie nocturne disparaît complètement. Ce silence n’est pas anodin : il fragilise un écosystème déjà précaire, fait de travailleuses et travailleurs culturels, d’artistes, de lieux indépendants et de scènes émergentes. La culture montréalaise ne vit pas seulement le jour, elle se construit aussi la nuit. Ignorer la vie nocturne, c’est nier une part essentielle de l’identité du Plateau et de Montréal, et tourner le dos à celles et ceux qui font vibrer la ville quand les autres dorment.
Mobilité durable :
Sans surprise, l’administration abandonne le projet de voie réservée et de piste cyclable sur Saint-Urbain, qui devait relier Jean-Talon à Viger pour offrir une alternative sécuritaire et efficace. Dans le même esprit,il est inquiétant de voir le budget de développement du système de vélos en libre-service BIXI passer de 10,5 M$ à 5,5 M$, alors qu’il a enregistré des usages records dans les derniers mois, et a contribué à la transition écologique de notre métropole. Et que dire de l’absence d’engagement pour la sécurisation de l’avenue du Parc qui est profondément préoccupante…
Sécurité publique et surveillance dans l’espace public :
L’annonce de millions investis dans des caméras corporelles pour la police soulève de sérieuses inquiétudes. Investir massivement dans des technologies de contrôle, sans balises claires ni réflexion collective en amont, risque d’accentuer les tensions plutôt que de renforcer le sentiment de sécurité.
De plus, l’expansion annoncée des caméras dans l’espace public donne l’impression que la décision est déjà prise, sans réel espace de discussion citoyenne. Encore une fois, on agit vite, on tranche, on déploie, sans prendre le temps d’écouter. Ce choix s’inscrit dans une tendance plus large où des décisions structurantes se prennent sans dialogue, comme en témoigne la fin des budgets participatifs dans ce budget.
Bref, le Plateau mérite mieux que des reports, des retraits et des projets à rabais. Nous serons présent·e·s et vigilant·e·s dans les prochaines étapes budgétaires pour défendre le Plateau qu’on habite.