La firme suédoise Saab fabriquerait des appareils au Canada pour le marché intérieur et l’exportation.
Depuis le printemps, le Canada évalue la possibilité d’acquérir des avions de chasse Gripen-E de l’entreprise suédoise Saab.
Selon des sources au sein du gouvernement fédéral et de l’industrie de la défense, les propositions de Saab pour les deux appareils sont actuellement à l’étude par les spécialistes en matière de défense et de retombées économiques à Ottawa.
Les dirigeants de la firme suédoise ont affirmé l’an dernier pouvoir créer une dizaine de milliers d’emplois au Canada, mais l’ampleur exacte des commandes d’appareils requises pour atteindre ces chiffres n’avait pas encore été rendue publique.
Les projets de l’entreprise suédoise suscitent un vif intérêt au sein du gouvernement Carney, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement militaire et à renforcer le secteur industriel malmené par la politique tarifaire du président américain Donald Trump.
Le gouvernement est intéressé par tous les grands projets qui peuvent non seulement protéger la sécurité du Canada, sa souveraineté, mais également procéder à la création d’emplois partout à travers le pays, affirme la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, en entrevue.
On ne peut certainement pas contrôler le président Trump, mais […] on peut contrôler nos investissements en défense, à qui l’on attribue des contrats et comment on est capable ultimement de créer des emplois au Canada, alors on va se concentrer là-dessus.
Résumé
Saab a confirmé que la promesse de 12 600 emplois est liée à l’achat d’appareils Gripen et GlobalEye.
Saab reste prêt à soutenir le gouvernement du Canada en proposant des solutions souveraines et de pointe pour les Forces armées canadiennes, qui favoriseront la croissance de l’industrie nationale, affirme le président de Saab Canada, Simon Carroll.
Un appareil de surveillance GlobalEye des Forces aériennes des Émirats arabes unis à Dubai.
Photo : Reuters / Christopher Pike
L’achat d’une flotte de chasseurs Gripen aurait fort probablement un impact sur l’acquisition prévue par le Canada de 88 appareils américains F-35, commandés en 2022 au coût de 27 milliards.
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Bien que le Canada révise cet achat depuis le printemps, diverses sources affirment qu’il est encore trop tôt pour conclure si le Canada compte réduire – et de combien – sa commande de F-35 fabriqués par la firme américaine Lockheed Martin.
Le Canada commencera à recevoir une première commande de 16 F-35 cette année, et de nombreux experts militaires soulèvent des doutes sur la capacité du Canada à intégrer deux nouvelles flottes de chasseurs en même temps. De plus, des sources au sein de l’industrie aérospatiale affirment que Saab devra étayer ses promesses de création d’emplois.
Lockheed Martin affirme qu’elle aussi offre des retombées économiques significatives au Canada, promettant 15 milliards de dollars en bénéfices si le Canada maintient sa commande de 88 appareils pour remplacer les CF-18. Les discussions entre le gouvernement canadien et Lockheed Martin se poursuivent, a ajouté Mélanie Joly.
Des installations au Canada
En installant des usines au Canada, Saab produirait des avions de chasse et des avions de détection autant pour le marché canadien que pour des clients à l’étranger.
Pour l’instant, l’Ukraine a démontré un intérêt pour une centaine de Gripen, tandis que les clients potentiels pour des GlobalEye incluent la France et l’Allemagne.
Installations de Bombardier à Mississauga, en Ontario, où sont construits les jets Global qui servent de plateforme pour les appareils GlobalEye.
Photo : La Presse canadienne / Sammy Kogan
Pour arriver à créer plus de 10 000 emplois directs et indirects au Canada, Saab prévoit des centres de production en Ontario et au Québec, avec un réseau de fournisseurs pancanadien.
Les appareils GlobalEye seraient produits en collaboration avec Bombardier, dont les jets Global servent de plateforme de base à ces appareils équipés de nombreux systèmes de surveillance et de détection.
Le budget militaire canadien devrait augmenter de 82 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, et le gouvernement fédéral veut que ces investissements aient le plus grand impact économique possible au pays.
La récente nomination d’une nouvelle sous-ministre au ministère de la Défense nationale, Christiane Fox, a envoyé un message au sein de l’appareil fédéral que le gouvernement veut une nouvelle approche en matière d’approvisionnement.
Analyste militaire à l’UQAM, Justin Massie croit toutefois que le gouvernement fédéral ne doit pas prendre la décision d’acquérir 72 Gripen en fonction des emplois créés au Canada.
Il faut quand même avoir un chiffre qui est basé sur des considérations militaires et ça ne semble pas être le cas présentement. Ça semble être des considérations économiques et politiques qui guident ce choix-là, affirme le professeur de science politique.
Justin Massie est professeur titulaire de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal et codirecteur du Réseau d’analyse stratégique.
Photo : Radio-Canada / Benoît Roussel
Justin Massie ajoute que Canada risque de manquer à ses obligations en matière de défense de l’Amérique du Nord, conjointement avec les États-Unis, s’il ne dispose que de 16 F-35. Il craint notamment que les Américains refusent d’intégrer des Gripen d’origine suédoise aux systèmes de défense américains liés à NORAD.
Si tout ça, c’est pour avoir une flotte de 16 [F-35], c’est complètement, d’un point de vue militaire, inutile.
Une citation de Justin Massie, Département de science politique, UQAM
Un projet potentiellement populaire
Selon un sondage de la firme EKOS publié en décembre, une majorité de Canadiens souhaite que le gouvernement fédéral se dote d’avions de chasse Gripen, soit au sein d’une flotte unique (43 %) ou d’une flotte mixte composée aussi d’appareils américains F-35 (29 %).
L’option d’une flotte uniquement composée de F-35, fabriqués par la firme Lockheed Martin, est la moins populaire, avec 13 % d’appuis.
Le Québec et la Colombie-Britannique sont les deux provinces où l’achat d’une flotte de F-35 est l’option la moins populaire (9 %), tandis que cette option est plus populaire dans les provinces atlantiques (16 %) et en Alberta (18 %).
L’appui à une flotte mixte est le plus fort au Québec (35 %), tandis que l’appui à une flotte uniquement composée de Gripen atteint son apogée (49 %) en Colombie-Britannique.
Le F-35 est plus populaire parmi les partisans du Parti conservateur du Canada, avec 30 % d’appui pour l’achat d’une flotte uniquement composée de cet appareil. Au sein des partisans d’autres partis, l’appui pour l’achat d’une seule flotte de F-35 varie entre 3 % et 7 %.
L’achat d’une flotte uniquement composée de Gripen est le premier choix des supporteurs du Parti vert (69 %), du NPD (60 %) et du Parti libéral du Canada (51 %).
Les supporteurs du Bloc québécois sont les plus susceptibles (36 %) d’appuyer l’achat d’une flotte mixte composée de F-35 et de Gripen.
Le sondage EKOS a été réalisé auprès d’un panel probabiliste de 2024 répondants du 28 novembre au 10 décembre. La marge d’erreur avec cet échantillon est de plus ou moins 2,2 % pour les résultats nationaux, 19 fois sur fois sur 20.
EKOS fait partie de la liste des firmes accréditées par le Conseil de recherche et de l’intelligence marketing canadien. La firme a payé tous les frais associés à son sondage sur les avions de chasse.
Des F-35 des Forces américaines attendent sur le tarmac le 31 décembre à Porto Rico avant l’offensive sur le Venezuela.
Photo : Reuters / Eva Marie Uzcategui
Un choix entre les États-Unis et l’Europe
Dans son analyse du sondage, le président de la firme EKOS dit que le gouvernement du Canada fait face à un défi s’il décide d’acheter seulement des F-35. Selon Frank Graves, la manière dont les Canadiens perçoivent l’achat de nouveaux chasseurs est intimement liée à leur perception du président américain Donald Trump.
Ça place le gouvernement dans une situation très difficile , affirme Frank Graves, président chez EKOS. Il y a un an, le débat aurait été beaucoup plus simple si le gouvernement avait voulu aller de l’avant avec les F-35.
Selon lui, le débat entre les Gripen et les F-35 ne tient pas tant sur les capacités techniques de chaque appareil, mais plutôt sur les alliances du Canada à l’international, dans un contexte d’augmentation du budget militaire.
Notre vision des États-Unis, à la fois comme allié et comme partenaire économique, a radicalement changé au cours de la dernière année , dit le sondeur. Et un des endroits où les Canadiens souhaitent renforcer davantage leurs relations, c’est avec l’Europe.
À la suite de la compétition entre le F-35 et le Gripen, le gouvernement du Canada a choisi de commander une flotte de 88 F-35 en 2023. Le choix a été fait en fonction des capacités techniques de chaque appareil, du coût et de la proposition en matière de retombées économiques.
Selon des données obtenues par Radio-Canada, le F-35 a été particulièrement dominant dans la phase technique de la compétition qui mesurait les capacités de chaque appareil dans différentes missions militaires.
Le gouvernement Carney a amorcé une révision du projet ce printemps, quand le président des États-Unis, Donald Trump, a remis en question la souveraineté du Canada et imposé des tarifs sur plusieurs industries, dont l’acier et l’aluminium.
Les projets de Saab au Canada ont notamment reçu beaucoup de visibilité lors d’une visite du roi de la Suède au pays en novembre.
De son côté, Lockheed Martin met l’accent sur les entreprises qui sont déjà engagées dans la chaîne de production du F-35 et des emplois qui pourraient être préservés ou créés au Canada si le gouvernement procède à l’achat d’une flotte complète de ces appareils.
Le sondage
Pour mesurer la popularité des différentes options qui s’offrent au gouvernement, EKOS a posé la question suivante aux 2024 répondants : En 2023, le Canada a signé un contrat pour remplacer ses avions CF-18 Hornet vieillissants et s’est engagé à acheter 16 chasseurs Lockheed Martin F-35, avec l’option d’en acheter jusqu’à 72 de plus au fil du temps. Cependant, l’achat est à l’étude à la suite des menaces contre la souveraineté canadienne par le président américain Donald Trump. Entre-temps, la compagnie suédoise Saab a proposé au Canada de plutôt acheter ses avions de chasse Gripen en promettant de fabriquer les avions au Canada.
Selon ce que vous savez, quelle option est la meilleure pour le Canada?
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Continuer avec les F-35 comme principaux avions de chasse du Canada
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Passer au Gripen pour les achats futurs
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Maintenir une flotte mixte de F-35 et de Gripen