Ce qu’il faut savoir sur la nouvelle série de grands projets fédéraux
Le premier ministre Mark Carney a levé le voile jeudi sur la deuxième série de projets d’infrastructures d’envergure nationale qui ont été soumis au Bureau des grands projets (BGP) afin d’accélérer leur approbation et leur développement.
Comme l’ont révélé CBC et Radio-Canada plus tôt cette semaine, il s’agit de six nouveaux projets, dont trois sont axés sur l’extraction de minéraux critiques, un sur l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), un sur l’hydroélectricité, ainsi qu’un projet de ligne de transport électrique.
En septembre, M. Carney avait déjà révélé une première série de cinq grands projets, dont l’expansion du port de Montréal dans la région de Contrecœur, l’accélération de la phase 2 de LNG Canada à Kitimat, en Colombie-Britannique, la construction d’un premier petit réacteur nucléaire modulaire à la centrale de Darlington, en Ontario, ainsi que le développement de projets miniers dans l’ouest du pays.
Au total, le Bureau des grands projets, dont le mandat est notamment de simplifier l’approbation et d’accélérer la réalisation des initiatives jugées d’intérêt national, est en train d’examiner 11 projets.
Le budget fédéral de 2025, qui a été rendu public la semaine dernière, prévoit une somme de 214 millions de dollars sur les cinq prochaines années – en plus d’environ 10 millions supplémentaires pour les consultations auprès des populations autochtones – pour financer les activités du BGP.
Voici ce qu’il faut savoir sur les plus récents projets qu’Ottawa entend appuyer :
Le projet de ligne de transport d’électricité de la côte nord (Colombie-Britannique et Yukon) :
Ce projet a pour objectif de fournir de l’énergie propre à différents projets industriels dans le nord de la Colombie-Britannique, y compris des projets d’exploration de minéraux critiques, de mines, de gaz naturel liquéfié, d’hydrogène et de ports d’exportation.
BC Hydro a d’ailleurs reçu, jeudi, un prêt de 139,5 millions de dollars de la part de la Banque de l’infrastructure du Canada pour soutenir la phase de travaux préliminaires du projet de ligne de transport d’électricité de la côte nord (LTCN)
Selon M. Carney, ce projet, à lui seul, pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 2 à 3 millions de tonnes par an.
Son homologue provincial, David Eby, a quant à lui affirmé qu’il compte intégrer la participation des Premières Nations dans ce projet de ligne de transport d’électricité. Six Premières Nations font d’ailleurs partie des copropriétaires de ce projet, avec la province et BC Hydro.
Dans le cadre de cette initiative, un projet de raccordement du réseau d’électricité distinct du Yukon au réseau canadien, en passant par celui de la Colombie-Britannique, est également prévu. Ceci permettra d’accroître la sécurité énergétique du Yukon et [d’]alimenter en énergie propre les communautés longeant le corridor nord-ouest du Canada, toujours selon le gouvernement.
Le projet de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims (Colombie-Britannique) :
Le projet de GNL Ksi Lisims est conçu pour recevoir 56,6 millions de mètres cubes de gaz naturel par jour pour la liquéfaction, le stockage et le chargement sur des pétroliers.
Selon la Colombie-Britannique, l’installation devrait avoir la capacité d’exporter environ 12 millions de tonnes de GNL chaque année vers l’Asie et de contribuer à hauteur de 16,8 milliards de dollars au PIB canadien sur 30 ans.
Le gaz naturel serait transporté au moyen d’un pipeline de gaz naturel provenant de Chetwynd, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, vers Wil Milit, sur l’île Pearse, à environ 82 kilomètres au nord du port de Prince Rupert.
Ce projet deviendra la deuxième plus grande installation de GNL du Canada, a dit jeudi Mark Carney. Ce sera également l’une des opérations de GNL les plus propres au monde – avec des émissions inférieures de 94 % à la moyenne mondiale – et le potentiel d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030, tout en créant des milliers d’emplois qualifiés.
Ce projet suscite toutefois des inquiétudes sur le plan environnemental, notamment, et ne fait pas l’unanimité parmi les Premières Nations de la région.
Par ailleurs, deux Premières Nations du nord-ouest de la Colombie-Britannique poursuivent le gouvernement fédéral en justice afin d’annuler la décision approuvant la construction de l’installation de GNL et du terminal d’exportation maritime près de Prince Rupert.
Le projet nickélifère Crawford (Ontario) :
Il s’agit d’un projet de méga-mine de nickel Crawford au nord de Timmins.
Selon Ottawa, le projet de mine de nickel-cobalt à ciel ouvert et d’usine métallurgique sur place aurait une capacité maximale de production de minerai de mine de 240 000 tonnes par jour et une capacité d’entrée de minerai de l‘usine de 120 000 tonnes par jour.
La mine serait en exploitation durant plus de 40 ans.
Le ministre ontarien de l’Énergie et des Mines, Stephen Lecce, affirme que ce projet très important créerait 3000 emplois durant sa phase de construction et 1000 emplois permanents.
Le projet Crawford consolidera le leadership mondial du Canada dans le domaine des matériaux industriels propres […] et établira la norme mondiale pour l’avenir de l’exploitation minière responsable, a assuré M. Carney, assurant que les émissions de GES projetées sont inférieures à 90 % de la moyenne mondiale.
La mine Matawinie de Nouveau Monde Graphite (Québec) :
Cette mine de graphite à ciel ouvert est située tout près de la municipalité de Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière. Elle fournira d’importantes composantes pour des applications de défense et les chaînes d’approvisionnement en batteries, selon Ottawa.
Ce projet va s’intégrer à l’usine de matériaux de batterie de Bécancour afin de produire du graphite sphérique utilisé dans les batteries de véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie, et tout cela sera entièrement alimenté par l’hydroélectricité propre du Québec, a assuré le premier ministre lors de son point de presse.
Ce projet devrait, par ailleurs, créer plus de 1000 nouveaux emplois et attirer 1,8 milliard de dollars en investissements, toujours selon M. Carney.
La mine Sisson de Northcliff Resources (Nouveau-Brunswick) :
Cette mine à ciel ouvert va produire du tungstène, un minéral critique essentiel à la fabrication d’acier à haute résistance mécanique, à la défense et à des applications industrielles, indique le gouvernement fédéral dans un communiqué.
La durée de vie de la mine et de l’usine de traitement de minerai, située à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Fredericton, serait de 27 ans.
Début mai, Northcliff Resources a reçu un montant de 20,7 millions de dollars du ministère américain de la Défense ainsi que 8,2 millions de dollars sous conditions de la part du gouvernement canadien pour l’aider à développer la production de tungstène.
Le tungstène est un matériau dense qui résiste à la chaleur, à l’usure et à la corrosion. Il est utilisé dans les alliages à usage militaire, ainsi que dans la production de moteurs et de turbines.
Le Projet hydroélectrique de la Nunavut Nukkiksautiit Corporation à Iqaluit (Nunavut) :
Le projet le long de la rivière Kuugaluk, située à environ 60 km au nord-ouest d’Iqaluit, vise à réduire la dépendance au diesel avec une production de 15 à 30 mégawattheures en hydroélectricité.
Le coût total du projet est estimé entre 400 millions et 500 millions de dollars.
Ce projet constitue une avancée majeure pour la souveraineté et la durabilité de l’Arctique, indique le gouvernement fédéral dans son communiqué. En effet, il s’agira du premier projet d’hydroélectricité détenu à 100 % par les Inuit du Nunavut, ce qui marquera une étape déterminante sur les plans du leadership autochtone et de l’innovation en matière d’énergie propre.