Patrimoine en péril

Une autre histoire de patrimoine catholique qui tombe en ruine…

Reportage à l’émission radio Le 15-18

Une église en ruine de la rue Fullum, à Montréal, inquiète le voisinage


L’église Saint-Eusèbe-de-Verceil sur la rue Fullum, à Montréal.
PHOTO : Radio-Canada / René Saint-Louis

Le 15-18
Publié le 13 avril 2023

L’église Saint-Eusèbe-de-Verceil, rue Fullum à Montréal, fête ses 100 ans cette année, mais il n’y aura vraisemblablement pas de célébration, puisqu’elle tombe en ruine. Elle est fermée depuis 2009 et a été gravement endommagée par un incendie en 2019. L’église est inventoriée dans le répertoire du patrimoine culturel du Québec et elle fait partie de l’inventaire patrimonial de la Ville de Montréal, mais elle n’est pas classée. Les citoyens et citoyennes du secteur craignent notamment qu’elle s’écroule et déplorent les effets de son abandon dans le quartier.

René Saint-Louis s’est penché sur le dossier. Il présente notamment les projets qui avaient été proposés pour convertir l’église.

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:thinking:

Bâtiments du XIXe siècle Montréal veut en démolir un et en sauver un autre


PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE | Ensemble de bâtiments situé au coin des rues Viger et Saint-Hubert que Montréal veut faire démolir

Montréal veut faire démolir un ensemble de bâtiments de la fin du XIXe siècle et espère en sauver un autre, dans deux dossiers où les enjeux patrimoniaux sont confrontés à des impératifs de sécurité.

19 avril 2023 | Publié à 5h00 | PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD | LA PRESSE

Ces immeubles sont tous en mauvais état, mais pourraient connaître des destins complètement différents.

La Ville s’est adressée à la justice l’hiver dernier afin de forcer la démolition d’un ensemble immobilier datant de 1875 situé au coin des rues Viger et Saint-Hubert, aux frontières du Quartier latin et du Vieux-Montréal. Un hôtel les occupait depuis plusieurs décennies.

Ces bâtiments sont instables et menacent de s’effondrer, ont affirmé les avocats de la Ville, en tentant d’obtenir une injonction ordonnant leur démolition. La propriétaire des immeubles depuis 2020, une société à numéro appartenant au promoteur et courtier immobilier Kevin Hazout, abondait dans le même sens que les procureurs municipaux. Il veut d’ailleurs y construire un « projet de remplacement » depuis au moins 2021.

Seul l’ancien propriétaire et actuel résidant des lieux, un dénommé Jayantilal Modi, s’y opposait partiellement, demandant la sauvegarde de la partie de l’ensemble immobilier située rue Viger. Certains rapports d’ingénieurs indiquaient d’ailleurs que cette partie de l’ensemble serait préservable. D’autres rapports la condamnaient.

Dans une décision rendue la semaine dernière, la juge Katheryne A. Desfossés a donné raison à la Ville et à M. Hazout, non sans émettre des réserves.

« Le bâtiment [de la rue] Viger est peut-être viable sur le plan structural, mais à quel prix ? », s’interrogeait la juge, soulignant que l’entreprise de M. Hazout se disait financièrement incapable de payer pour les travaux de maintien de cet édifice.

Il apparaît que la démolition de tous les bâtiments constitue le seul moyen réaliste d’effectuer la démolition des bâtiments [de la rue] St-Hubert qui menacent indéniablement la sécurité du public.

La juge Katheryne A. Desfossés

« On trouve ça déplorable »

Robert Beaudry, élu responsable de l’urbanisme à la Ville de Montréal, connaît bien le dossier. Ces bâtiments sont situés dans son district électoral.

« De voir qu’à cause d’un mauvais entretien, on perd ces bâtiments-là, c’est absolument triste », a-t-il dit en entrevue téléphonique. Il blâme directement le propriétaire précédent pour la dégradation de l’état des lieux.

On trouve ça déplorable. Notre objectif, c’est vraiment de bien faire les choses et que dans le projet de remplacement, on puisse récupérer des choses.

Robert Beaudry, élu responsable de l’urbanisme à la Ville de Montréal

Pour Héritage Montréal, ces démolitions annoncées soulèvent des questions importantes. Les bâtiments forment « un ensemble qui, malgré un manque de soins de longue date, participe des abords authentiques du Vieux-Montréal et plus particulièrement du square Viger », a dit son porte-parole Dinu Bumbaru. « N’a-t-on pas des ingénieurs capables de consolider ces bâtiments et les moyens d’amener leur réhabilitation ? »

« La Cour a donné raison à la Ville, que nous avons appuyée dans sa demande de démolir des bâtiments jugés dangereux pour la sécurité, a indiqué l’entreprise de Kevin Hazout dans une déclaration transmise par courriel. Nous allons sous peu déposer le plan de démolition ordonné par la Cour. Après émission du permis, nous procéderons à la démolition des bâtiments dangereux d’ici 45 jours, tel que prévu au jugement. »

La Cour supérieure s’est faite critique de l’entreprise, indiquant avoir « la nette impression qu’[elle] n’a pas les mains propres » dans cette affaire. Elle n’a toujours pas payé le plus gros du prix d’achat de la propriété à M. Modi, alors qu’elle l’avait achetée sans garantie légale.

Objectif préservation


PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE | La rue Sainte-Catherine est fermée entre l’Avenue McGill College et le boulevard Robert-Bourassa, parce qu’un édifice menace de s’effondrer.

A contrario, la Ville tentera d’empêcher la démolition de l’édifice Jaeger, dont l’instabilité force la fermeture de la rue Sainte-Catherine Ouest depuis près de trois semaines. Le bâtiment, qui date des années 1880, est surtout remarquable en raison de sa façade néogothique construite trois décennies plus tard.

La structure de l’immeuble a été affaiblie par l’incendie de ses deux voisins – dont le Club Super Sexe – survenu en 2021.

Le mur latéral risque de s’effondrer et d’emporter la façade avec lui, selon un rapport d’ingénieur de la fin de mars.

« L’immeuble est trop dangereux pour effectuer des travaux, ni à l’intérieur ni à l’extérieur à proximité », a expliqué André Jude, qui représente les intérêts de l’entreprise qui possède le bâtiment. Il s’agit d’une société à numéro appartenant au milliardaire Ben Ashkenazy, magnat new-yorkais de l’immobilier.

M. Jude a indiqué qu’aucune décision finale n’était prise, mais qu’il ne s’attendait pas à voir l’édifice encore debout dans six mois. « Je peux avoir des espoirs, mais ça ne veut pas dire que mes espoirs vont se réaliser », a-t-il dit.

Mais Robert Beaudry voit les choses différemment. L’élu a indiqué que si les premiers échos de ses ingénieurs se confirment, Montréal compte pouvoir rapetisser la zone de sécurité autour de la façade et – à terme – sauver l’édifice. « C’est notre objectif », a-t-il dit.

« Notre premier objectif, c’est d’assurer la sécurité de la population, ça, c’est sine qua non. Et l’objectif en parallèle, c’est de travailler avec le [propriétaire] pour qu’il y ait des interventions qui soient faites sur le bâtiment. »

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C’est malheureusement trop souvent le même scénario, un propriétaire laisse aller un bâtiment qui se détériore au point de devenir une menace publique. Ensuite il profite de la valeur du terrain pour construire autre chose, en faisant disparaitre un édifice emblématique du quartier, en appauvrissant au passage le paysage urbain.

Tant qu’il sera payant d’agir ainsi, on n’arrêtera pas cette hémorragie qui détruit peu à peu notre patrimoine identitaire. C’est clair que cet ensemble architectural est à l’échelle du quadrilatère et fait partie des beaux immeubles si caractéristiques du Montréal fin 19è. S’il s’avère incontournable de démolir, qu’on sauve le maximum de matériaux et qu’on impose une reconstruction du même gabarit et de même apparence, afin de maintenir l’unité paysagère de la rue et du secteur.

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Le projet de remplacement au coin Viger, ça devrait être reconstruction à l’identique. De plus, les échafaudages sont là depuis combien d’années ? Ça fait longtemps qu’on fait rien…

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Ces mêmes édifices au coin NE Viger et St-Hubert vus en 1965.
Photo Armour Landry.
Il me semble y voir les dommages d’un incendie ?

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La reconstruction à l’identique semble être la meilleure option. C’est aussi un moyen coercitif pour les malins qui pensent pouvoir négliger un bâtiment historique pour s’en débarrasser.

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Moins du patrimoine en péril, mais je ne savais pas vraiment où partager l’info : l’Union française souhaite agrandir et rénover son bâtiment au 429 Viger Est (en face du Square Viger). Notamment, elle souhaite déroger au plan d’urbanisme afin de permettre une densité et une hauteur plus élevées (COS de 6 et hauteur max de 30m)
Carrefour Lobby Québec

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L’ancienne caserne sur Ontario est…
l’états ce dégrade assez rapidement depuis l’été dernier


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C’est la photo de @RobinStAmand sur Twitter : https://twitter.com/Stmndrbn/status/1653485392056799235

La brique s’est détachée d’une façade sur St-Denis/St-Zotique

La façade d’un immeuble s’effondre dans la Petite Italie


L’impact de la chute a détruit le balcon du troisième étage. Les locataires de l’immeuble ont été évacués.
Photo: Capture d’écran, Twitter

David Beauchamp
2 mai 2023 à 17h59 1 minute de lecture

Une partie du mur de briques d’un bâtiment de la Petite Italie s’est effondré, mardi après-midi, au coin des rues Saint-Zotique et Saint-Denis. La chute de la façade a complètement détruit le balcon du troisième étage et a endommagé le balcon de l’étage inférieur, forçant l’évacuation des locataires de l’immeuble.

Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) précise que l’immeuble demeurera vacant le temps qu’une enquête soit faite pour expliquer les causes de l’accident. Cette dernière sera menée par des spécialistes qui évalueront le niveau de danger du bâtiment pour ensuite déterminer s’il est sécuritaire à l’habitation ou non.

Heureusement, la chute du mur de briques n’a provoqué aucun blessé et n’a pas affecté la circulation routière.

Rappelons que, samedi dernier, 40 locataires de trois bâtiments de l’avenue De Lorimier, également dans Rosemont-La Petite-Patrie, ont dû être évacués à cause de risques importants d’effondrement. Ces personnes ont été prises en charge par la Croix-Rouge qui s’est occupée de leur relocalisation.

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Je connais quelqu’un qui vit au rez de chaussée. Si j’ai des infos de sa part je partagerai!

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“Et n’a pas affecté la circulation routière…”

Misère :man_facepalming:t3::man_facepalming:t3::man_facepalming:t3:

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La ville veut enregistrer les édifices vacants, que l’installation de barricades soit limitée dans le temps et que ces édifices soient chauffés.

Il y aurait environ 800 édifices vacants à Montréal, dont 150 patrimoniaux.

Avec un registre des édifices vacants, on pourrait penser à une taxe à la vacance.

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La vie, la ville Station Viauville : sauvons notre église !

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Marc-André Robertson et Émilie Therrien, du projet Station Viauville

Notre journaliste se balade dans le Grand Montréal pour parler de gens, d’évènements ou de lieux qui font battre le cœur de leur quartier.

Publié à 1h29 Mis à jour à 12h00

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Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Il n’y a presque pas eu de messes depuis 2009 et la pandémie a mis fin aux combats de lutte dans son sous-sol. L’orgue Casavant a été vendu. Celle qu’on a déjà surnommée « la Cathédrale de l’Est » n’est même plus chauffée l’hiver.

L’église Saint-Clément du quartier Viauville, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, est pratiquement abandonnée depuis une décennie, mais des résidants ont créé un OBNL pour la sauver et lui donner une nouvelle vocation.

Le nom de leur projet : Station Viauville. « Quand j’allais porter mes enfants à l’école, j’étais témoin chaque jour de l’abandon du bâtiment, raconte Marc-André Robertson. C’est une belle rue patrimoniale et je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. »

Le père de famille a élu domicile dans Viauville, plus abordable que son ancienne contrée de Rosemont. Il a pu constater tout le potentiel du quartier qui marque la fin de nombreuses longues rues, dont Ontario et Sainte-Catherine. « Il y a tellement de choses à créer ici », dit celui qui travaille en marketing.

Entre-temps, Marc-André Robertson a appris que la famille de son père venait du quartier Viauville. Un père qui a mis fin à ses jours quand il avait 5 ans. « J’ai appris que ses funérailles avaient eu lieu ici. »

Un signe de Dieu ? Du moins le signe que l’église Saint-Clément avait besoin de lui pour avoir une deuxième vie.

Une subvention

« Quand tu arrives dans Hochelaga, c’est comme si tu n’avais pas le choix de t’impliquer », lance Émilie Therrien, qui porte aussi à bout de bras le projet de Station Viauville.

L’avocate en droit immobilier et en économie sociale a fondé le Regroupement des riverains de la rue Notre-Dame et l’organisme HocheLégal, qui favorise l’accès à la justice.

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L’an dernier, Marc-André Robertson et elle ont formé un comité de citoyens qui a obtenu une subvention de 43 500 $ du ministère de la Culture pour analyser l’état de l’église (ou plutôt de sa dégradation). Comme il fallait avancer l’argent des études – et même une mise de fonds de 25 % –, le comité a créé l’OBNL HocheLab. Depuis un mois, ingénieurs et architectes inspectent l’église. « On devrait avoir le carnet de santé du bâtiment à la fin juin et c’est ce qui va dicter la suite », indique Marc-André Robertson.

Un bijou architectural

L’église appartient à la Fabrique de la paroisse Saint-Nom-de-Jésus. De 2009 à 2019, il n’y a eu qu’une messe par année. Il faut voir les fissures dans les murs, les traces d’infiltration d’eau, les crottes d’oiseaux sur le sol et même des soutanes de prêtre dans la sacristie.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Marc-André Robertson et Émilie Therrien

Il faut aussi voir les vitraux de Guido Nincheri (« le Michel-Ange de Montréal »), la somptueuse voûte en béton armé sans colonne de l’architecte Joseph Venne et l’ancre reproduite sur le sol de l’allée centrale en hommage au fait que le saint catholique Clément de Rome était le patron des marins (un clin d’œil au port de Montréal non loin).

Quand on marche dans l’église Saint-Clément, on se sent comme dans une scène de ville abandonnée, mais un constat s’impose : on ne peut pas la démolir !

Le projet Station Viauville a des appuis de taille, celui de l’architecte Phyllis Lambert, fondatrice du Centre canadien d’architecture. Avec Dinu Bumbaru, de l’organisme Héritage Montréal, elle a visité l’église à deux reprises, sans compter des élus. « Phyllis Lambert connaissait très bien les particularités architecturales de l’église », souligne Marc-André Robertson. « C’est comme si on avait une validation que nos revendications ne sont pas vaines », renchérit Émilie Therrien.

Un projet en quatre volets

Le quartier Viauville, qui soulignera son 125e anniversaire avec des festivités, a une richesse patrimoniale magnifiée par des arbres de grande taille, mais il manque de commerces de proximité. « Il y a des besoins criants dans le coin et on pourrait y répondre », fait valoir Émilie Therrien.

Nous sommes dans un désert alimentaire et sportif.

Émilie Therrien

L’équipe voudrait pouvoir accueillir certains des 300 OBNL du secteur, ainsi que préserver l’aspect spirituel des lieux.

La communauté de Viauville mérite un beau lieu rassembleur, fait valoir Marc-André Robertson. « Il y a eu beaucoup d’enjeux récemment dans le quartier », souligne-t-il, en citant le REM de l’Est et le site de transbordement Ray-Mont Logistiques.

Au cours des cinq dernières années, 25 églises sont redevenues poussière au Québec. Le quart des quelque 2800 lieux de culte restants sont « en mutation », pour reprendre le jargon du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ). « Mais devant l’ampleur de la tâche, pourquoi ce sont des citoyens qui doivent se mobiliser ? », s’interroge Émilie Therrien.

La question est lancée.

Consultez le site de Station Viauville

L’église Saint-Clément en trois dates

  • 1899-1902 : Construction de l’église (qui sera agrandie plus tard) selon les plans de l’architecte Joseph Venne.
  • 1923 : Installation d’un orgue Casavant qui sera restauré en 1985.
  • 2009 : Fermeture de l’église au culte (une seule messe annuelle y sera ensuite prononcée jusqu’en 2019).
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Ca me fait de la peine de constater que le temps passe et que rien ne semble aboutir avec les merveilleux ensemble architecturaux tel que l’hôpital Royal-Victoria mais aussi l’hôtel Dieu coin des Pins et Saint-Urbain, sans oublier l’Immeuble des sourdes et muettes sur Saint-Denis et celui de l’ancien hôpital de la Miséricorde. J’Imagine qu’il y en a d’autres immeubles patrimoniaux abandonnés mais je pense à ceux là dont le potentiel de développement est énorme et dont la conservation me semble essentiel afin de garder des témoins du passé et la personnalité de la ville

Le Strathcona est dans un piètre état depuis des années! L’université a réalisé certains travaux, mais sinon ils ont surtout enveloppé la maçonnerie en attendant de véritables travaux de restauration. Depuis une décennie, c’est le silence radio…

L’immense mur de pierres qui ceinture l’ancien Ravenscrag (Allan Memorial) est littéralement en ruines. Ils ont restauré une très petite portion près de l’entrée Peel du Mont-Royal lors de son réaménagement, mais sinon il est dans un état pitoyable. Je vois mal la ville justifier de mettre des millions pour restaurer un mur de pierres devenu par ailleurs inutile (et en grande partie en plein milieu de zones boisées), et je vois donc mal comment il évitera la démolition. Malheureusement, je crois que je préférerais qu’il soit en majorité démoli (hormis idéalement les segments plus visibles sur Des Pins qui pourraient être restaurés?), plutôt que de le laisser complètement à l’abandon comme c’est le cas actuellement…

Que faire avec les immeubles à logements abandonnés?


Le bâtiment au coin des rues Bienville et Saint-André est abandonné depuis une quinzaine d’années. Photo: Zoé Arcand/Journal Métro

Journal Métro | Zoé Arcand | 19 mai 2023 à 18h54 - Mis à jour 19 mai 2023 à 18h56 5 minutes de lecture

Depuis 15 ans, le bâtiment situé au 4651-4657 rue Saint-André est inhabité. Et il décrépit. Des citoyens se mobilisent, interpellent les élus, qui disent être tenus «en otage». Mais la bâtisse n’appartient pas à la Ville, elle appartient à un particulier. En pleine crise du logement, que peuvent faire citoyens et municipalités pour rendre ces potentiels immeubles à logement exploitables?

C’est «toute la rue» qui aimerait voir l’immeuble rénové, reconstruit ou démoli. Peu importe, dit Sophie, une voisine, «pourvu qu’on en fasse quelque chose d’autre. Ça pourrait être des logements sociaux!». Le propriétaire de l’immeuble désaffecté, lui, ne vient jamais dans le coin, dit Sylvie, une autre voisine.

Stevens Coulombe est propriétaire et gestionnaire d’un portefeuille immobilier de plusieurs centaines d’unités au Québec. En 2017, il s’est vu refusé un permis de démolition pour cet immeuble. Le bâtiment avait des «propriétés architecturales intéressantes», dit l’attaché de presse du Plateau-Mont-Royal, Julien Deschênes.

À part les pierres de la bâtisse, je ne vois pas comment la situation actuelle du bâtiment met en valeur l’architecture. Et ça fait des années que c’est comme ça.

Sylvie, une voisine.

L’état du bâtiment, dont le zonage permettrait 2 à 3 logements, se dégrade. L’administration du Plateau Mont-Royal dit faire ce qu’elle peut. Elle dit y envoyer des inspecteurs pour s’assurer que la bâtisse est sécuritaire et que personne n’y «squat». Elle a remis un montant total de 5421 $ en constat d’infraction au propriétaire alors que son immeuble ne respectait pas les règlements municipaux.

Les bâtiments vacants sont des créatures fiscales. S’ils sont laissés vacants, c’est parce que c’est payant.

Adam Mongrain, directeur d’habitation de Vivre en ville.

Les voisins jugent la situation dangereuse et mal contrôlée. Malgré les visites d’inspecteurs, des personnes se l’accaparent. «On est surtout inquiet pour les feux», disent les voisines. Sophie raconte que «des briques tombent souvent de la bâtisse». Récemment, sa fille en a presque reçu une sur la tête. Les barrières entourant l’immeuble sont facilement déplaçables et des jeunes s’y faufilent facilement. Elles rendent la ruelle «très active» et impraticable.

Les bâtiments délabrés et abandonnés sont nombreux à Montréal. Selon le directeur habitation de Vivre en ville, Adam Mongrain, les mécanismes que peuvent employer les municipalités ne permettent pas des interventions structurantes permettant de réhabiliter un immeuble vacant ou sous-utilisé.

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Les résidents de ce quartier familial envoient régulièrement des courriels à la Ville, et l’interpellent sur les réseaux sociaux. Mais elle a «les mains liées», surtout lorsqu’elle n’est pas propriétaire de l’immeuble laissé vacant en question, dit M. Mongrain.

Quelles options pour le 4651-4657 Saint-André?

Avec les réglementations provinciales actuelles, il est difficile pour Montréal d’intervenir. Un projet de loi – le PL16 – modifiant la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme est étudié en commission parlementaire. Le directeur d’habitation de Vivre en ville souhaite qu’à l’adoption de ce projet de loi, les municipalités aient plus de flexibilité sur ce qu’elles ont le droit d’acheter, de faire, et comment elles peuvent intervenir.

«Une des choses les plus intéressantes que j’ai vue à ce niveau-là est ce qui est fait dans la ville de Joliette», dit M. Mongrain. Cette municipalité a mis sur pied un registre de salubrité. Avec l’aide d’inspecteurs municipaux, l’administration est capable de «suivre la santé des bâtiments» et les contrevenantes aux règlements municipaux par les propriétaires.

Ainsi, un suivi «beaucoup plus serré» et des amendes «beaucoup plus intéressantes» servent davantage qu’un encadrement fiscal. Car quand de tels encadrements sont mis en place en visant des cas spécifiques, «on attrape souvent d’autres choses dans le filet», créant ainsi d’autres règlements imparfaits.

Évidemment, un tel registre nécessiterait beaucoup de ressources, surtout pour une grande ville, dit Adam Mongrain, «mais ça a quand même un bon potentiel pour réhabiliter le stock».

Une avenue intéressante, toujours selon M. Mongrain, serait d’imposer une réglementation différenciée qui permettrait de donner un avantage compétitif aux organismes sans but lucratif. Donner l’avantage du marché à des organismes comme Entremise, qui permettent de faire de l’occupation transitoire d’espaces laissés à l’abandon, permettrait d’exploiter les terrains comme celui au coin de Saint-André et Bienville.

Pour cela, il faudrait de nouvelles réglementations municipales, mais aussi provinciales permettant des «ententes passerelles» entre les propriétaires et d’autres tiers. Car lorsqu’on observe que des immeubles sont laissés vacants, c’est souvent parce que le marché ne punit pas ces comportements.

Du côté de l’Arrondissement du Plateau Mont-Royal, Julien Deschênes dit que des avenues visant à contraindre le propriétaire à agir sont explorées avec les affaires juridiques, mais ne peut en dire plus, puisque ces discussions sont confidentielles. M. Coulombe n’a pas répondu aux demandes d’entrevues envoyées par Métro.

La Ville aurait eu des «discussion» avec ce propriétaire «qui ne coopère pas du tout», dit M. Deschênes. La Ville et M. Coulombe auraient exploré un «possible projet de rénovation» ainsi qu’une possible vente de l’immeuble. «Aucune de ces deux pistes ne fut concluante», dit l’attaché de presse des élus du Plateau. Aucun projet officiel n’aurait été déposé à l’arrondissement.

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