Patrimoine en péril

Chronique de Peter Trent, ancien maire de Westmount

Peter F. Trent: Today’s architectural fashions must not demolish Montreal’s heritage

The dereliction of heritage buildings comes in many forms.

Peter F. Trent • Special to Montreal Gazette
Published Jan 04, 2024 • Last updated 4 hours ago • 3 minute read


The Van Horne mansion, at Sherbrooke and Stanley Sts., circa 1969. PHOTO BY TEDD CHURCH /Montreal Gazette files

The preservation of Montreal’s built heritage is a hit-and-miss affair. The exception remains Old Montreal: former mayor Jean Drapeau regarded it as older and “more French” in character than, say, Victorian Montreal. Yet it was a few anglophones who worked tirelessly to get Old Montreal awarded its 1964 provincial designation as a historic district.

Aside from a handful of buildings dating from the French regime, all surviving historic buildings in Old Montreal were, in fact, built by the British following the 1763 Treaty of Paris, when France abandoned Nouvelle-France in order to retrieve lucrative sugar plantations in the Caribbean.

The Square Mile to the west of Old Montreal, built by wealthy anglos between 1860 and 1914, was never given heritage protection. McGill University led a demolition derby of Victoriana by knocking down the Prince of Wales Terrace in 1971. Two years later, a developer demolished the Van Horne mansion, an important Square Mile house on Sherbrooke St.

Since then, Quebec has classified a few buildings, but the Square Mile as a historic district is long gone.

Dereliction of our built heritage comes in other forms. Aside from the self-explanatory demolition by neglect and façadism, there’s what I call “loftism”: the stripping bare of heritage interiors to create open-concept, interior-wall-free “lofts.” This covert yet cavalier disregard for historical interiors is the result of an architectural blandemic, the fashion known as “mid-century modern.”

Such interior evisceration is often accompanied by stripping plaster to reveal brick mitoyen walls, which is a clever way to sample more fully your neighbours’ odours and noise.

Then there are modern insertions. It has become an article of faith among most architects that any insertion of a new building into a historic district, or even an addition to a heritage building, must be done in an overtly contemporary style. Replication of historic styles is frowned upon, even if commonly practised in the past. Westmount is perhaps a leader in its comprehensive body of regulations requiring any such stylistic marriages be consummated with utmost care.

In 1995, Westmount was divided into 39 character areas, each with their architectural traits with which new construction must harmonize. Most of Westmount was built in the 1890-1910 period; this is why there is such a unity of style, form and materials. Before 1995, modern egocentric architectural infill rarely respected this unity.

A recent legal case sheds light on how Westmount has managed to preserve its architectural heritage. It reinforces the notion that if a city gives itself a comprehensive body of design guidelines, the city council has the power to enforce them, even if it exercises some discretion in doing so.

In this case, the plaintiff claimed Westmount city council was abusive when it refused, in 2017, a building permit for a house in a starkly contemporary style, to be inserted between two heritage houses in one of Westmount’s most historic districts. The permit refusal, it was claimed, was done only to “please the personal taste of the mayor (Trent)” and went against the recommendation of the city’s own planning advisory committee. In 2022, Quebec’s Superior Court decided — in a ruling recently upheld on appeal — that council’s refusal was not abusive or arbitrary; on the contrary.

As long as we cleave to the supposition that today’s architectural fashions are the only true ones, as long as we believe they will last forever, and as long as we demean or demolish all buildings constructed in past fashions to supplant with our own, we shall continue to destroy what came before us. But we do not have the right to do so; this is the value of teaching history, respect and remembrance.

Peter F. Trent, a former inventor and businessman, served five terms as mayor of Westmount and led the Montreal demerger movement. His Merger Delusion was a finalist for the best Canadian political book of 2012.

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Ce qu’est devenu le cinéma Le Château

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

On peut toujours voir la vitre trouée de la billetterie qui donnait sur l’extérieur au cinéma Le Château.

Alors que l’Impérial est menacé de fermeture, notre journaliste part sur les traces d’anciens cinémas. Aujourd’hui, l’histoire du cinéma Le Château, rue Saint-Denis.

Publié à 0h48 Mis à jour à 7h00

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Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Dimanche après-midi de décembre. Après de multiples appels sans réponse aux propriétaires, on ose franchir les portes du 6956, rue Saint-Denis. À l’étage, pas de doute : nous sommes dans une ancienne salle de cinéma. Or, entre la scène et les rangées de sièges, des acrobates s’élancent sur des trapèzes. C’est normal puisque nous sommes dans les locaux de l’école Château de cirque, autrefois appelée Trapézium.

Au rez-de-chaussée, c’est la grande rencontre dominicale de la communauté du Centre chrétien métropolitain, mais on ne pourra pas aller plus loin que le hall d’entrée.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Les locaux de l’école Château de cirque

L’ancien cinéma Le Château est l’un des « palaces de quartier » les mieux préservés à Montréal. En se baladant rue Saint-Denis ou rue Bélanger, tout près du marché Jean-Talon, on peut toujours admirer la façade de l’immeuble classé patrimonial.

Ce ne sont toutefois pas des films qui sont à l’affiche sur la marquise. On peut y lire : « Jésus a dit venez à moi vous tous qui êtes fatigué et vous trouverez le repos ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le Centre chrétien métropolitain n’a pas donné suite à nos appels.

Plusieurs anciens cinémas ont été reconvertis en lieux de culte un peu partout au Québec, souligne Pierre Pageau, auteur du livre Les salles de cinéma au Québec : 1896-2008. Plus au nord, au 8610, rue Saint-Denis, juste au sud de l’autoroute Métropolitaine, ce fut aussi le cas de l’ancien cinéma Crémazie.

Des cinémas « scopes » aux palaces

Autour des années 1915, les cinémas de type « scope » de quelque 200 places commencent à céder la place à des établissements plus luxueux et plus vastes : les « palaces ».

ARCHIVES LA PRESSE

L’ancien cinéma Château

Le Château a ouvert en 1932. Il s’agissait d’un cinéma de type « palace de quartier ». Il était pratiquement voisin d’un autre cinéma, Le Rivoli, qui comptait quelque 1500 places (aujourd’hui occupé par une succursale de Pharmaprix). « Le phénomène des cinémas jumeaux, que j’appelle bessons, était très fréquent à l’époque », souligne Pierre Pageau. Au coin de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, on retrouvait par exemple pratiquement « collés » les cinémas Crystal et Midway.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DES ARCHIVES DE MONTRÉAL

Le Midway et le Crystal : deux salles de cinéma voisines de la Main

Dans Rosemont–La Petite-Patrie, on retrouve aussi pas très loin du Château et du Rivoli, dans la rue Saint-Hubert, un autre cinéma, le théâtre Plaza, ouvert en 1922. Le cinéma Beaubien ouvrira ses portes plus tard, en 1937.

La Confederation Amusements Limited était propriétaire du Château et aussi du Théâtre Outremont. Les deux salles de style Art déco sont l’œuvre de l’architecte René Charbonneau et du grand décorateur Emmanuel Briffa. Ce dernier a posé sa marque sur plus de 150 cinémas en Amérique du Nord, dont l’Empress, le Rivoli, le Rialto et le Théâtre Snowdon.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Photo de l’intérieur de l’ancien cinéma Le Château prise par Simon Edelstein pour le livre Le crépuscule des cinémas (Éditions Jonglez), paru en 2021.

En 1937, on compte 59 salles de cinéma à Montréal. Après les palaces – qui, eux, seront divisés – seront construites des salles plus modestes comme le Cinéma de Paris. L’arrivée de la télévision va changer les habitudes des gens, si bien que des cinémas nicheront leur programmation avec des films de répertoire ou… érotiques !

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Pendant sa carrière au collège Ahuntsic, Pierre Pageau a enseigné à Jean-Marc Vallée, à Émile Proulx-Cloutier et au directeur photo Michel La Veaux.

Le Château fait partie des nombreux cinémas qui ont présenté des films osés dans les années 1970, souligne Pierre Pageau. Il a fermé en 1982 pour rouvrir sous le nom d’Espace 9.

On y présentera notamment des films de Disney et La guerre des tuques, mais les projections ont cessé en 1985, et l’édifice a été acquis en 1989 par le Centre chrétien métropolitain.

Quant au Rivoli, il a fermé ses portes en 1982.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Un Pharmaprix occupe l’ancien Théâtre Rivoli au 6919, rue Saint-Denis.

Dans les années 1980, plus de salles ferment qu’elles n’ouvrent. « En 1983 arrive Super Écran. Pour une première fois, on peut se brancher sur un poste de télévision qui ne présente que des films. »

Aujourd’hui, Pierre Pageau souligne qu’on assiste à une renaissance « de petites salles de films québécois et de répertoire ». Il cite les cinémas Moderne et Public, et Station Vu, dont il assure la programmation.

Qui sait, peut-être que reviendra l’époque où les « cinémas étaient au centre de tout ».

À lire la semaine prochaine : les condos de l’ancien Théâtre Snowdon

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Quel est l’état de L’École des beaux-arts de Montréal et de l’Édifice Camille-Laurin? La SQI est-elle encore propriétaire? Qui sont les occupants?

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Les travaux continuent pour la restauration de la Chapelle du Bon Pasteur suite à l’incendie. Les progrès sont bien visibles sur la toiture mais il reste encore beaucoup à faire.

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Le bâtiment sur Sherbrooke, c’est OQLF. Pour lui sur St-Urbain à l’air encore inoccupé depuis le départ du Conseil des Arts de Montréal

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Ah l’OQLF? C’est drôle j’ai toujours imaginé qu’ils étaient plutôt installés dans le Quartier International ou le Vieux-Montréal. Si jamais ils devaient déménager, je verrai bien une expansion du campus des sciences de l’UQAM.

L’OQLF n’a plus ses bureaux dans ce bâtiment sur Sherbrooke. Je ne sais pas l’organisme est rendu où, cependant.

Cette source date de 2021, mais on m’a dit récemment que l’OQLF n’y avait plus ses bureaux. Peut-être que c’est une vieille information qu’on m’a dit.

Sur la porte d’entrée de l’immeuble, construit en 1905, un message fait état de sa fermeture temporaire. L’édifice abritait jusqu’à tout récemment les bureaux de l’Office québécois de la langue française. En raison de travaux, dont certains sont urgents, le bâtiment est inaccessible jusqu’à nouvel ordre.

https://www.journaldequebec.com/2021/04/23/qs-denonce-le-mauvais-entretien-de-limmeuble-camille-laurin-1

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La gare de Mont-Laurier sera rasée


Photo: Patri-Arch 2016 MRC d’Antoine-Labelle
La gare de Mont-Laurier avait cessé ses activités ferroviaires à l’automne 1981. Elle avait été recyclée en une halte multifonction très appréciée du public.

Jean-François Nadeau
1 février 2024
Société

La gare plus que centenaire de Mont-Laurier sera détruite. La MRC d’Antoine-Labelle « a privilégié la démolition de la Gare et la construction d’un nouvel édifice répondant aux besoins actuels, tout en s’assurant de rappeler sa valeur patrimoniale ». Ce nouvel édifice prendra-t-il la forme d’un pastiche, en tout ou en partie, de l’ancienne gare historique ? Les plans ne sont pas encore arrêtés.

Les recommandations retenues par la MRC suggèrent de « conserver l’emplacement d’origine, de privilégier des matériaux comme le bois, afin de préserver l’histoire et le lien étroit avec l’industrie forestière, et de favoriser des couleurs traditionnelles », tout en faisant la promotion des « valeurs historique et sociale ».

Une étude, commandée à la firme C2V Architecture par la MRC, à la demande du ministère de la Culture et des Communications, a souligné l’intérêt du lieu. Les valeurs historiques, sociales, architecturales de l’édifice, du site et du paysage y sont reconnus. « Ces valeurs peuvent mesurer le potentiel des éléments culturels significatifs, mais n’a pas pour but ultime de conserver la matérialité », indique cependant la MRC.

Des inventaires patrimoniaux ont déjà noté que la gare de Mont-Laurier se démarque dans le paysage local en raison de sa haute valeur patrimoniale. « La Gare de Mont-Laurier est […] un témoin emblématique incarné dans l’imaginaire collectif », indique la MRC.

Inaugurée en 1908, la gare de Mont-Laurier permet aux convois du Canadien Pacific d’établir plus facilement des colons dans « les pays d’en haut ». Il s’agit d’un édifice érigé selon des plans standards à l’époque pour ce type de gare. Elle fut agrandie en 1927. Le chef de gare y habitait avec sa famille.

Cette gare constitue une des balises historiques les plus importantes du tracé du « P’tit Train du Nord », ultime arrêt du trajet qui courait depuis Saint-Jérôme.

La gare avait cessé ses activités ferroviaires à l’automne 1981. Elle avait été recyclée en une halte multifonction très appréciée du public. Elle fait partie du parc linéaire Le P’tit Train du Nord. En raison de l’état du bâtiment, la gare était inaccessible au public depuis l’été 2022.

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Malheureusement le scénario est trop souvent le même, on néglige un immeuble pendant des années, ensuite on le condamne pour une question de sécurité, puis on démolit à cause des coûts devenus prohibitifs. En agissant ainsi on perd le caractère original de l’édifice, qui lui donnait toute sa valeur historique et qui le reliait directement au passé de la région.

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Le pire est que le Gouvernement du Québec a acheté la maison en 2021, mais aucun travaux n’ont été faits pour préserver l’existant

Il est «trop tard» pour sauver la maison d’enfance de René Lévesque


Photo: Jean-Louis Bordeleau, Le Devoir
La façade arrière de la maison d’enfance de René Lévesque, à New Carlisle

*Jean-Louis Bordeleau](Jean-Louis Bordeleau | Le Devoir)à New Carlisle
Initiative de journalisme local
14 h 59
Société

Le maire du village natal de René Lévesque perd espoir de voir un jour la maison d’enfance de l’ancien premier ministre retrouver ses airs de jeunesse. « Dans ma tête, il est déjà trop tard », lance-t-il, plus de deux ans après que Québec en a fait l’acquisition.

La façade avant tient encore le coup, mais l’arrière ne paie pas de mine. Revêtement arraché, moisissures qui débordent jusqu’à l’extérieur, intérieur « déplorable » : le maire de New Carlisle, David Thibault, désespère. « Il faudra refaire la maison au complet. »

Québec a racheté le bâtiment en 2021 pour le conserver et le redonner au public. Depuis, aucune rénovation substantielle n’a été effectuée. Seul un écriteau « Projet de mise en valeur de notre patrimoine » témoigne sur place de la volonté de préserver ce bâtiment qui a vu grandir l’un des pères de la Révolution tranquille.

Une rencontre a eu lieu au printemps dernier entre les représentants du ministère de la Culture, le maire Thibault, et d’autres intervenants concernés. La discussion portait sur l’éventuelle vocation du lieu. Sans nouvelle par la suite, « on est bien loin des travaux », se désole aujourd’hui l’élu. Un budget avoisinant le million de dollars a pourtant été promis par le gouvernement du Québec.

« Ramener à l’ancienne manière, avec un revêtement en bardeaux de cèdre, ça va être vraiment un gros travail. »


Photo: Jean-Louis Bordeleau, Le Devoir
Québec a racheté le bâtiment en 2021, mais aucune rénovation substantielle n’a été effectuée depuis.

D’autres gardent espoir. Gaétan Lelièvre, président de l’Espace René-Lévesque, se considère « optimiste ». Le bien est classé patrimonial, après tout. Le propriétaire — le gouvernement du Québec en l’occurrence — est donc tenu de protéger autant l’extérieur que l’intérieur de l’immeuble. « Je n’ose pas croire qu’ils n’iront pas de l’avant. Tu ne peux pas l’acquérir et ne pas t’en occuper », insiste-t-il. « On est optimiste, mais on trouve que c’est long. »

Chaque hiver abîme un peu plus la maison bâtie en 1905. Le constat, après des décennies d’abandon, paraît évident, concède M. Lelièvre. « C’est presque une perte totale. La restauration va coûter aussi cher que de reconstruire la maison. »

Les membres de son équipe ont participé aux discussions de l’an dernier avec Québec, et ils souhaitent intégrer la vieille bâtisse à l’Espace René-Lévesque, le musée situé à une centaine de mètres de la maison. Déjà, un touriste sur deux qui visite l’endroit demande à voir ladite maison ; leur déception n’a d’égal que l’état du lieu.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue au moment où ces lignes étaient écrites.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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En 2021, de passage par là, je trouvais dommage l’état de la maison. Au début janvier, j’y suis repassé et j’ai été content de voir l’écriteau du gouvernement, pensant qu’un projet était en cours. Quelle déception de lire cet article.

Je pense qu’il est important de préserver cette maison et la rendre accessible, car étant située au centre de New-Carlisle, dans un quartier résidentiel, elle permet vraiment mieux de placer le contexte dans lequel a grandit René-Lévesque. C’est un élement important pour mieux comprendre le personnage et son idéologie. L’espace René-Lévesque sur la 132 ne permet pas de comprendre aussi bien le contexte et l’histoire du village.

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Une autre négligence du gouvernement Legault qui achète un bien sans l’entretenir en le laissant se détériorer délibérément. Encore de l’improvisation qui montre bien le manque de sérieux et de préparation de Québec pour sauver une propriété en état de grande vulnérabilité. Ce qui à la longue nous coutera beaucoup plus cher, tout en perdant au passage une grande partie de l’authenticité des lieux.

De l’amateurisme qui caractérise ce gouvernement qui n’est même pas capable de mener à bien un si petit dossier. :angry:

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Une maison historique des Hautes-Laurentides bientôt démolie à regret?


Photo: Ministère de la Culture et des Communications
La maison Joseph-Lafontaine, construite en 1908 à Ferme-Neuve, est une des dernières demeures d’inspiration victorienne du temps des grands seigneurs de la colonisation des Hautes-Laurentides.

Jean-François Nadeau
3 février 2024
Société

À Ferme-Neuve, l’une des dernières demeures victoriennes des grands seigneurs de la colonisation des Hautes-Laurentides risque d’être bientôt démolie. En raison de son importance culturelle, historique et architecturale, la maison Joseph-Lafontaine, propriété de la municipalité, est pourtant citée afin d’assurer sa protection.

« On n’a pas été des municipalités très sensibles au patrimoine », constate à regret la mairesse de Ferme-Neuve, Diane Sirard.

La maison Joseph-Lafontaine, construite en 1908, a abrité une lignée de propriétaires fonciers devenus prospères grâce à de vastes exploitations de bois. De ces « fermes de bois », les Lafontaine ont développé une municipalité tout en générant une partie de l’activité régionale. Cette demeure d’inspiration victorienne est gratifiée d’une tourelle de bois qui rappelle plus ou moins celle d’un château européen. « Les gens qui ont fait construire ça avaient beaucoup d’argent, raconte la mairesse de Ferme-Neuve. Ils étaient propriétaires de tout le village. »

Les trois locataires qui partagent aujourd’hui les lieux ont reçu un avis d’éviction pour le mois de juin. « C’est dommage parce qu’il manque de logements à Ferme-Neuve, comme ailleurs », observe la mairesse.

« À l’intérieur, on trouve encore des boiseries magnifiques. […] Il n’en reste presque plus, des maisons comme ça, poursuit l’élue. Il reste juste un ou deux bâtiments de ce genre-là, à Mont-Laurier. Mais les plus beaux ont été démolis, comme ce sera sans doute bientôt le cas pour la vieille gare de Mont-Laurier. » À Ferme-Neuve, la maison de l’aïeul des Lafontaine, encore plus belle que celle de son fils Joseph, a déjà été démolie il y a quelques années, rappelle la mairesse. En 1899, le premier ministre Félix-Gabriel Marchand avait été accueilli par les Lafontaine ; lui et son entourage étaient venus là grâce à des canots, et certains avaient pris l’eau.

Ainsi, « la maison Joseph-Lafontaine n’est pas juste importante sur le plan architectural », indique la mairesse de Ferme-Neuve, qui rappelle que le fils Joseph s’était lié au premier ministre Lomer Gouin pour développer les environs.

Alors, pourquoi vouloir la détruire ?

Le prix de préserver

Ferme-Neuve s’est vu offrir la maison Joseph-Lafontaine en 2021. Consciente de son importance, déjà signalée dans plusieurs répertoires officiels, la municipalité a cité le bâtiment afin de s’assurer de le protéger. Elle s’est prévalue à cet égard des dispositions de la Loi québécoise sur le patrimoine culturel.

Trois ans plus tard, les élus se retrouvent forcés de faire marche arrière. Au point que Ferme-Neuve pourrait bien devoir désavouer ses propres obligations en matière de protection d’un bien cité en s’autorisant à le détruire en tout ou en partie.

La préservation de la maison demande des investissements importants. Une consultation publique sur ce sujet, entre autres, a donc eu lieu lors de l’avant-midi du 25 novembre dernier. Une inscription préalable au 17 novembre était nécessaire pour y participer. Sur 2785 citoyens, 70 personnes se sont présentées, indique la mairesse au Devoir. De ce nombre, « seulement cinq ou six personnes tenaient à la maison ».

L’élue affirme être sensible aux questions patrimoniales, mais ajoute qu’elle respecte « les choix démocratiques » exprimés par ses concitoyens en novembre dernier.

« Nous avons un budget annuel de 7,5 millions pour la municipalité », souligne-t-elle. Or, une firme d’architectes mandatée pour examiner la demeure estimait que les coûts d’une réfection complète et exhaustive, selon les canons de la structure d’origine, s’élèveraient à environ 2 millions de dollars.

« En fait, ça aurait pu être beaucoup moins, croit la mairesse. J’avais convaincu le conseil de mettre environ 160 000 $ pour solidifier, consolider la maison. Ça aurait été la base. Et ça aurait donné du temps pour voir venir plus tard la suite des choses. »

Une partie de la somme aurait été assumée par le ministère québécois de la Culture, mais la différence demeurait trop difficile à assumer pour la municipalité. « On ne peut pas avoir la charge de plusieurs bâtiments avec le budget dont on dispose », souligne-t-elle. Elle fait d’ailleurs observer que la municipalité se voit désormais offrir de s’occuper en plus de l’église locale et de son presbytère.

Le gouvernement provincial s’est déchargé de beaucoup de responsabilités en matière de patrimoine sur le dos des municipalités, estime Mme Sirard. « On avait une formation en ligne l’autre jour au sujet du patrimoine. Nous étions plusieurs élus à nous demander si c’est raisonnable que des petites municipalités aillent toutes les responsabilités dans ce domaine. »

Donner l’exemple ?

La question du patrimoine demeure peu présente dans plusieurs municipalités, dit la mairesse. « Avant que je sois élue comme conseillère, il n’était pas question de ça, raconte-t-elle. J’ai des conseillers qui sont d’anciens entrepreneurs. Pour les entrepreneurs, c’est jamais intéressant, le vieux… Ils préfèrent le neuf. »

Un organisme sans but lucratif pourrait accepter de recevoir la maison en don et ainsi la sauver in extremis. C’est du moins ce que souhaite l’élue. « J’ai un petit espoir de ce côté. » À défaut de quoi, la municipalité devra demander de déroger à son propre règlement d’entretien des bâtiments.

Ferme-Neuve risque ainsi de se retrouver dans la position délicate de devoir demander une autorisation de démolition à la MRC d’Antoine-Labelle, puisque la demeure est antérieure à 1940 et est jugée d’importance patrimoniale. « Si c’était juste de moi, j’encouragerais mes collègues de la MRC à me désavouer » dans cette demande de démolition, lance la mairesse un peu à la blague.

Car en principe, les municipalités devraient donner l’exemple en matière de préservation, convient l’élue. « On a voté un règlement sur l’entretien des bâtiments », comme la loi l’exige désormais, observe la mairesse. Mais voici que la municipalité se voit incapable de le respecter.

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Ça rappelle étrangement l’époque où le gouvernement avait refiler l’entretien des ponts et routes provinciales aux municipalités, sans bien sûr leur donner le budget pour le faire… On en paye encore le prix aujourd’hui avec des routes défoncées et des ponts toujours fermés…

Il y a aussi une église en Nouvelle-Écosse, à vendre pour 250k$, mais avec 10M$ en réparation…

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Les députés exigent la sauvegarde de la maison d’enfance de René Lévesque


Photo: Jean-Louis Bordeleau, Le Devoir
Le maire de New Carlisle a qualifié l’intérieur de la maison d’enfance de René Lévesque de « déplorable », tout en mentionnant le revêtement arraché et les moisissures qui débordent jusqu’à l’extérieur.

Florence Morin-Martel
6 février 2024
Société

L’Assemblée nationale du Québec a demandé d’une seule voix au gouvernement d’effectuer « de toute urgence » les travaux essentiels à la préservation et à la mise en valeur de la maison d’enfance de René Lévesque, située à New Carlisle, en Gaspésie.

La motion adoptée à l’unanimité mardi souligne que la demeure de l’ancien premier ministre de la province, acquise par l’État québécois en 2021, nécessite toujours des « réparations majeures ». « Son propriétaire, le gouvernement du Québec, a la responsabilité légale en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel de “prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale” des biens classés en sa possession », y est-il précisé.

Le député péquiste Pascal Bérubé a suggéré que la motion qu’il a déposée soit envoyée à la municipalité de New Carlisle. Son maire, David Thibault, avait qualifié de « déplorable » l’état de l’intérieur de la bâtisse, tout en mentionnant son revêtement arraché et des moisissures débordant jusqu’à l’extérieur. « Dans ma tête, il est déjà trop tard » pour la sauver, avait-il souligné en entrevue au Devoir vendredi dernier.

Dans un message publié mardi sur le réseau social X, le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a toutefois réfuté cette affirmation. « L’état du bâtiment est stable. Il n’est pas du tout trop tard. Même que le travail avance bien pour que la maison soit occupée et soit notamment accessible au public. »

Contacté par Le Devoir, son ministère a expliqué avoir procédé en 2022 et en 2023 à des « travaux urgents » afin d’assurer la préservation et de freiner la dégradation de cette maison construite en 1905. « Nous n’avions pas à l’origine planifié de travaux en 2023, mais à la suite de constats, nous sommes intervenus légèrement sur le bâtiment », a ajouté l’équipe des relations médias.

À ce jour, une somme de près de 105 000 $ a été investie par Québec dans la conservation de la demeure.

« Les interventions effectuées comptent notamment la sécurisation des lieux, la réparation de la toiture (chevrons et recouvrement), le remplacement de montants et de sablières ainsi que la remise en état du chauffage et le contrôle de l’humidité », écrit le ministère.

Une « nouvelle étape » en 2024

Une nouvelle étape est prévue pour la maison René-Lévesque en 2024, a précisé le ministère de la Culture et des Communications. Cette phase concerne cette fois la « restauration et la mise en valeur du bâtiment ». Ce dernier sera cependant inaccessible au public pour des raisons de sécurité pendant toute la durée des travaux.

Différents scénarios sont actuellement en analyse quant à l’éventuelle vocation des lieux, ajoute le ministère. « Le projet final devra permettre d’assurer la pérennité de la maison, dans le respect de ses valeurs patrimoniales. » Il soutient que ces réflexions sont menées avec des intervenants du milieu, comme l’équipe de l’Espace René-Lévesque, musée situé à une centaine de mètres de la demeure.

La motion adoptée mardi à l’Assemblée nationale rappelle que cette propriété est un « témoin essentiel de l’histoire du Québec moderne ». René Lévesque, l’un des pères de la Révolution tranquille, y a passé son enfance.

Le sort de la maison René-Lévesque suscite des discussions depuis des années sans que son avenir soit pour autant assuré. La demeure a été reconnue à titre de monument historique dès 1995 en raison de « ses valeurs historique et architecturale ». Elle avait tout de même continué de dépérir, même après avoir été officiellement protégée par l’État en 2012.

Avec Jean-Louis Bordeleau et Jean-François Nadeau

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La liquidation du promoteur Evergrande force la mise en vente du Château Montebello

Le Château Montebello, photographié en hiver.

Le Château Montebello, en Outaouais (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Luc Tremblay

Publié hier à 12 h 11 HNEMis à jour hier à 16 h 00 HNE

Le célèbre Château Montebello, en Outaouais, sera vendu après la mise en liquidation de son propriétaire, le groupe immobilier chinois Evergrande, aux prises avec d’importants problèmes financiers.

Moi je vois ça d’un œil optimiste, de lancer la mairesse de Montebello, Nicole Laflamme.

Ce que ça va pouvoir permettre, c’est possiblement de voir arriver ici un nouvel acquéreur et on va se souhaiter que ça va être un acquéreur qui va être investi dans la préservation de ce monument historique.

L’histoire du Château Montebello

Le Château Montebello est la propriété, depuis 2014, du promoteur Evergrande, le même groupe qui a reçu l’ordre de liquider ses actifs de la part d’un tribunal hongkongais à la fin janvier.

Evergrande, qui dispose de 240 milliards de dollars américains d’actifs, a fait défaut sur sa dette en 2021, ce qui a provoqué des secousses dans l’ensemble du marché immobilier chinois, qui est depuis tombé dans une profonde crise.

En juin 2023, le promoteur immobilier estimait ses dettes à 328 milliards de dollars.

À lire aussi :

Valeur patrimoniale

Mme Laflamme ignore qui sera le prochain acquéreur de la propriété de renommée internationale et accorde peu d’importance à ses origines. Elle souhaite simplement qu’il s’agisse d’un promoteur qui aura à cœur la valeur et l’allure historique du Château.

C’est un attachement important pour la municipalité. Pour nous, ça fait partie de notre communauté ce château-là.

Une citation de Nicole Laflamme, mairesse de Montebello

La mairesse de Montebello, Nicole Laflamme.

La mairesse de Montebello, Nicole Laflamme.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Je souhaite que ce soit un acquéreur qui va conserver ce patrimoine-là parce que ça va toujours demander des réparations, de l’entretien important, souligne-t-elle.

La mairesse de Montebello rappelle que le Château, l’emblème de Montebello, attire, chaque année, de nombreux visiteurs dans la région.

Elle qualifie l’établissement de moteur économique, surtout du fait que les retombées économiques du Château font vivre le village, glisse-t-elle.

C’est un des plus gros employeurs de la région. Il y a au-delà de 300 employés qui travaillent là, poursuit Mme Laflamme. J’ai confiance qu’il y aura quelque chose qui va se passer d’une manière ou d’une autre pour que le Château Montebello reste ce que c’est.

Albert Elkaeslassy, est un commerçant, propriétaire de la Boutique Lorraine à Montebello. Ce dernier dit aussi souhaiter que le futur acquéreur fasse de l’identité canadienne une priorité.

[Je souhaite que les prochains propriétaires] donnent le service que les canadiens et les touristes viennent ici pour avoir. [Qu’ils fassent] sentir la spécificité et la spécialité canadienne, un aspect qui, juge-t-il, a peut-être été négligé dans les menus et dans le produit offert avec l’entreprise chinoise.

Responsable de la gestion du Château Montebello, Fairmont Le Château Montebello a répondu à Radio-Canada qu’il n’est pas en mesure d’accorder une entrevue sur le sujet.

Avec les informations d’Audrey Neveu

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Radio-Canada a ressorti de ses archives un reportage sur le Château Montebello

Le château Montebello, perle du patrimoine canadien

En 2011, Nathalie Beauchamp, directrice des ventes, raconte l’histoire du Château Montebello et décrit ses différents attraits.
Source : Changer d’air, 29 octobre 2011

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Eglise de PSC

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Ça fait plusieurs années qu’il y a un grillage qui retient les murs de l’église Saint-Gabriel. Je crois que le diocèse cherche à vendre le bâtiment.

Les messes sont depuis célébrées dans l’église Saint-Charles à côté.

D’ailleurs, il y a un article sur le site de la Ville qui explique pourquoi il y a deux églises côte à côte sur le même îlot de terrain

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C’est assez exceptionnel d’avoir 2 églises importantes côte à côte. L’une pour les anglo-irlandais et l’autre pour les francophones. Il me semble que cela mériterait d’être mis en évidence même si éventuellement l’une des deux devra changer d’activité.