Linguistique, jeux de mots et autres particularités de la langue

La simplification de l’accord du participe passé a été officiellement adoptée

Et si « Les pommes que j’ai mangé » n’était plus une faute ? La toute nouvelle édition du Bescherelle québécois, aux éditions Hurtubise, présente pour la première fois la réforme des accords du participe passé. Page 159, l’ouvrage « recommande l’invariabilité du participe passé conjugué avec avoir ». Une mention « que jamais un étudiant ne va lire pendant ses devoirs », selon Isabelle Laberge, d’Hurtubise, mais qui provoque la liesse des spécialistes de la langue du Québec, autant que des courriels inquiets de lecteurs à la maison d’édition.

Le nouveau Bescherelle « signale systématiquement la réforme de l’accord du participe passé ! » s’est réjoui sur les réseaux sociaux le Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français (GQMNF).

Ce n’est pas vraiment “officiellement” adopté. C’est juste un ouvrage qui a fait le choix de l’adopter. Le Bescherelle n’est pas un organe officiel ou représentatif. C’est une entreprise privée qui émet des recommandations.

Page 159, l’ouvrage « recommande l’invariabilité du participe passé conjugué avec avoir »

Pas de quoi fouetter un chat. Mais au moins fouetter certains lecteurs du Devoir :grin: :

Quand le Bescherelle capitule

On nous présente l’invariabilité du participe passé avec « avoir » comme une modernisation, une rationalisation, une victoire de la science sur une règle « artificielle ». Appelons les choses par leur nom : c’est une capitulation.

La règle est difficile ? Elle a des exceptions ? Depuis quand la difficulté est-elle, à elle seule, une raison suffisante de renoncer ? Les mathématiques sont difficiles, la musique est difficile, penser est difficile. Va-t-on bientôt recommander l’invariabilité de la pensée parce que 95 % des gens, en réalité, ne pensent pas ?

On qualifie d’« affective » l’objection du nivellement par le bas. C’est pourtant un fait massif : nos finissants écrivent de plus en plus mal, lisent de moins en moins, leur culture générale s’érode à vue d’œil. La réponse de nos institutions ? Non pas relever l’exigence, mais abaisser la règle jusqu’au plancher. On appelle cela « rationaliser ». Dans la vraie vie, cela s’appelle renoncer.

La réforme s’inscrit dans une logique devenue systémique : on fait passer tout le monde pour ne heurter personne, on gonfle les notes pour préserver l’estime de soi, on rebaptise « élitiste » ce qui était simplement transmis. Le participe passé vient de recevoir son billet de sortie.

Dans une mondialisation où les cultures puissantes écrasent les autres, une société francophone de huit millions d’âmes avait un trésor : une langue tenue, précise, partagée avec cent millions de locuteurs. Ce trésor, aucun traité ne peut nous le rendre une fois dilapidé.

Au Devoir, qui refuse la réforme parce qu’elle serait « brutale pour le lectorat » : merci. Les lecteurs exigeants existent encore. Ils sont simplement devenus, pour nos réformateurs, une espèce encombrante qu’on ménage en attendant son extinction.

Romain Gagnon, abonné.

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Il ne faut pas oublier que l’invariabilité du participe passé pourrait écorcher les oreilles.

Qu’est-ce qui sonne plus naturel, la photo que j’ai pris ou la photo que j’ai prise?

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Dans la réforme du français, l’ancienne grammaire reste valide.

La phrase « la photo que j’ai prise » serait acceptée, tout comme « la photo que j’ai pris ».

Personellement je ne me souviens pas d’avoir dit de cette maniere la photo que j’ai prise.

Je dit la photo que j’ai pris. La maison que j’ai construit.

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:sloth: Quiconque ne fait pas l’accord, ne participe pas assez.

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Le problème, c’est de voir chaque modification des règles comme une défaite… Une langue vivante mue avec le temps. C’est juste normal, lorsque la majorité utilise une règle plutôt qu’une autre de voir s’il n’est pas temps d’ajuster cette dite règle !

Bonne chance pour lire un le français classique, et pourtant, il n’a que 4 siècles !

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Je trouve cela simple à lire.

La langue n’a pas tant changé. C’est la graphie qui peut bloquer certains (notamment le s long, les ligatures, etc.), question d’habitude. Il n’y a que les “descouvertures” qui m’ont un peu désarçonné à la première lecture, mais avec le contexte, tu rétablis en un instant le “découvertes”.

Une fois que tu dépasses la typographie de l’époque, je crois que tout le monde est en mesure de comprendre.

“Vostre Maiesté peut avoir avoir assez de cognoissance des descouvertures, faites pour son service, de la nouvelle France (dicte Canada) pas les escripts que certains Capitaines et pilotes en ont fait, des voyages et des descouvertures, qui y ont été faites, depuis quatre vingt ans, mais ils n’ont rien rendu de si recommandable en votre Royaume, ni si profitable… etc.”

Cela dit, je ne suis pas sûr que cela est un bon exemple, cet auteur me semble avoir un style épouvantable.

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:ear: Pour les auditifs, voici un condensé vocal de mille ans de changements linguistiques et d’histoire littéraire (du IXe au XIXe siècle) dans une vidéo de trois minutes :

Le Son de la Poésie Française à Travers les Âges (The Sound of a Millennium of French Poetry)

C’est effectivement très facile à lire ; il n’y a qu’un seul mot que je n’arrive pas à déchiffrer et c’est probablement plus en raison de la calligraphie de l’auteur qu’autre chose…

Quatrième ligne à partir du bas, deuxième mot…

juste reconnaissance

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iuʃte : juste.

Il s’agit d’un texte de Samuel de Champlain.

Mais oui, pas si pire, juste que les «j» n’existaient pas encore, comme le «v» minuscule ou le «U» majuscule ! Pas d’accent, la majorité des lettres que nous aurions accentuées aujourd’hui sont suivi d’un «s». En plus des «s» qui sont des «ʃ».

Je ne sais pas à quel point le texte contient des fautes ou pas par contre. Et oui, j’en ai pris un qui n’était pas trop loin non plus dans le temps ! Ce n’était que pour illustrer comment la langue peut évoluer, n’est pas figée.

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La tournure des phrases est souvent lourde, maladroite et fait appel à un abus de liaisons telles que «et, ledit, duquel, sur quoi». L’orthographe varie fréquemment; Champlain, qui a reçu une formation soignée de marin et de cartographe, n’a clairement pas fait les Belles Lettres et la Philosophie/Théologie qui caractérise les lettrés de son temps.

Maurice K. Séguin, Samuel de Champlain, l’entrepreneur et le rêveur, Septentrion, 2008.

Éric Thierry, qui a publié en 2019 les œuvres complètes de Samuel de Champlain en français contemporain, souligne aussi sa lourdeur, ses phrases interminables, ses excès de ponctuation.

L’homme est un militaire, un cartographe et un navigateur, pas un littérateur.

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Merci !

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Pour ceux que ça intéresse, je recommande chaudement le balado La Réplique linguistique | Balado | CHOQ.

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Cette vidéo n’a pas lieu au Québec mais a trait sur un sujet toponymique qui nous touche: les traits d’union et les fusions municipales.

Hot take: on exagère avec nos traits d’union en toponymie au Québec. Je pleure intérieurement et je lamente le pauvre étranger qui se dirige vers la rive-sud et croise la pancarte qui lit :

Pont Samuel-De

Champlain Bridge

C’est qui “Samuel-De”?

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C’est partout et je le trouve un peu chaotique aussi.

Je crois que c’est surtout que le nom est sur 2 lignes, ce qui donne l’impression qu’il s’agit du pont Samuel-De en français et Champlain bridge en anglais !


Mais oui, les noms de familles avec article ne prennent pas de trait d’union en toponymie…

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Les Français sont cependant moins à cheval là-dessus…

Il y a une autre règle avec la toponymie

Si les tous les mots sont de langues étrangères, il n’y a pas de trait d’union

Toponyme composé d’éléments d’une autre langue que le français

Lorsque le nom composéAfficher l’infobulle est tiré entièrement de la langue anglaise, il s’écrit sans trait d’union.

  • Pendant nos vacances en Gaspésie, nous nous sommes arrêtés à Pabos Mills et à New Richmond pour revoir d’anciens amis. (et non : à Pabos‑Mills et à New-Richmond)
  • Luc a grandi à Thetford Mines. (et non : à Thetford-Mines)
  • Liliane pense passer les fêtes dans sa famille à East Angus. (et non : à East-Angus)

Il en est de même pour les noms de villes provenant des langues autochtones, bien que les cas soient plus rares.

Mais, quand il y a un mélange de français avec un mot d’une autre langue, ça prend un trait d’union

Toponyme composé d’éléments français et d’éléments d’une autre langue

Lorsque le nom comprend des éléments français et des éléments d’une autre langue, il est nécessaire de les lier par un trait d’union.

  • Durham-Sud n’est pas très loin de Drummondville.
  • Quand nous étions enfants, ma sœur passait deux semaines chaque été dans un camp musical près de Saint-Alexandre-de-Kamouraska.

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