
PHOTO PATRICK T. FALLON, ARCHIVES BLOOMBERG
Vendredi, trois ex-cadres de Warner Bros. Games à Montréal ont annoncé sur LinkedIn qu’ils avaient perdu leur emploi.
Ce n’est pas seulement à cause de l’intelligence artificielle, mais le secteur des technologies, y compris les jeux vidéo, entre dans une phase de mises à pied qui pourrait s’étirer sur plusieurs années. Le Québec n’y échappera pas.
Au Québec, c’est principalement le secteur du jeu vidéo qui risque de voir la taille de sa main-d’œuvre rétrécir ces prochaines années. La Guilde du jeu vidéo du Québec prévoit qu’au cours des 18 prochains mois, les entreprises vidéoludiques de la province pourraient remercier presque 10 % de leurs employés.
« Nous nous attendons à perdre de 1000 à 1500 personnes », dit le directeur général de la Guilde, Jean-Jacques Hermans. « Des petites entreprises pourraient fermer. D’ici 18 mois, on s’attend à ce que ça se consolide, et peut-être à ce que ça se stabilise. »
Jean-Jacques Hermans cite plusieurs tendances propres au secteur du jeu vidéo pour expliquer la situation, à commencer par la réduction des crédits d’impôt provinciaux. Aussi, les grands éditeurs congédient des employés entre deux lancements de jeux, au lieu de les garder en poste. « Il y a assez de talent disponible qu’ils ne craignent pas de pouvoir embaucher plus tard », explique M. Hermans.
Une industrie qui se resserre
La Guilde a aussi remarqué que les joueurs se cantonnent de plus en plus à un nombre réduit d’environnements de jeu vidéo. Les habitués des univers immersifs en perpétuelle évolution comme celui de Fortnite, par exemple, vont y revenir plus souvent au lieu d’investir dans d’autres environnements similaires.
« Les joueurs sont toujours là, mais ils se concentrent de plus en plus sur certains grands titres », explique M. Hermans. Le résultat est que les studios abandonnent le développement de titres moins fréquentés. Ils ont donc besoin de moins d’employés.
Cela pourrait expliquer des mises à pied survenues la semaine dernière chez Warner Bros. Games à Montréal. Vendredi, trois ex-cadres du studio vidéoludique américain ont annoncé sur LinkedIn qu’ils avaient perdu leur emploi.
Warner Bros. Games prévoyait déjà réduire son rythme de publication de nouveaux jeux. La mise en vente de sa société mère à Paramount a accéléré ce resserrement. L’entente, qui serait d’une valeur de 110 milliards US, a entraîné plus de 2000 mises à pied en tout au sein de Warner Bros.
Une semaine plus tôt, Electronic Arts (EA) a aussi sabré ses effectifs. L’entreprise aurait remercié en tout 5 % de ses travailleurs. Elle prévoit réduire ses espaces de bureaux. Certains des postes abolis se trouvaient chez Motive Studio, sa filiale montréalaise.
Motive vient tout juste de terminer le lancement de Battlefield 6, un jeu qui a établi un record de popularité pour EA. Ça n’empêche pas l’éditeur américain de supprimer ces postes « afin de mieux nous aligner sur ce qui compte le plus pour notre communauté », a expliqué l’entreprise par communiqué.
L’IA fait sentir sa présence
Suite
L’intelligence artificielle pourrait renforcer la tendance ces prochaines années. Le jeu vidéo résiste à l’adoption de l’IA pour s’épargner des problèmes de droits d’auteur. L’IA générative reproduit souvent des œuvres protégées pour créer son propre contenu. Mais l’intérêt envers la technologie est là.
La Guilde peine à évaluer son impact sur son secteur. « Est-ce qu’on fera autant de jeux avec seulement 5000 employés au Québec ? On est incapable de le dire », affirme son directeur général.
L’IA a déjà des répercussions sur l’ensemble du secteur technologique. Au rythme où vont les choses, les licenciements dans les technos pourraient atteindre un sommet en 2026. Les géants des technologies ont déjà procédé à 168 vagues de licenciements en 2026 et ont mis à pied 55 875 travailleurs, selon le calculateur spécialisé TrueUp.
Cela équivaut à 783 mises à pied par jour depuis le 1er janvier. C’est 16 % de plus que les 674 licenciements par jour comptabilisés en moyenne en 2025.
D’ailleurs, il faudra peut-être ajouter à ce total les quelque 15 000 emplois que Meta s’apprêterait à supprimer, selon ce que rapportait Reuters en fin de semaine. Cela représenterait 20 % des 79 000 employés de l’entreprise californienne.
Selon Reuters, ces congédiements entraîneraient des économies annuelles de 6 milliards US et serviraient à financer en partie les 135 milliards US que Meta prévoit dépenser cette année pour accroître ses capacités d’intelligence artificielle. C’est le double de la somme dépensée en 2025 pour la même raison.
Lundi, Meta a répondu à des médias américains que ce n’était là que « de la spéculation à propos de scénarios théoriques ». Quelques heures plus tard, elle annonçait un investissement de 27 milliards US dans l’hébergeur infonuagique néerlandais Nebius, afin justement d’ajouter de la capacité d’hébergement à ses propres infrastructures.