Priorité piétonne : 62% des conducteurs ne s’arrêtent pas à Québec et Lévis
À Québec et à Lévis, près des deux tiers des conducteurs ignorent encore la priorité piétonne. C’est ce que révèle une nouvelle observation menée par Accès transports viables et Piétons Québec, qui lancent aujourd’hui une campagne de sensibilisation pour rappeler un geste simple mais vital : s’arrêter pour laisser passer les piétons.
Anaïs Vuagnoux • 7 octobre 2025 En collaboration avec Maude Bond Lussier
Accès transports viables nous a donné rendez-vous au parc Lockwell pour partager des constats sur la sécurité routière à Québec. Les chiffres présentés montrent qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.
Sur 537 automobilistes observés, seulement 30% se sont immobilisés pour laisser traverser les piétons, comme l’exige le Code de la sécurité routière. À l’inverse, 62% ont poursuivi leur route sans s’arrêter et 8% se sont contentés de ralentir.
Des observations réalisées sur le terrain
Les comptages ont été effectués au début de septembre sur deux traverses dites non contrôlées, sans feux de circulation, soit au coin des rues Salaberry et Lockwell à Québec, et sur la rue Saint-Georges à Lévis. Ces endroits ont été choisis pour leur forte fréquentation piétonne et leur visibilité.
Bien que non scientifique, l’exercice effectué à l’échelle locale a analysé 537 interactions entre des conducteurs et des piétons au moment de traverser.
« Si une voiture ne s’immobilise pas, les suivantes ont souvent tendance à faire la même chose. À l’inverse, lorsqu’une personne fait preuve de courtoisie, les autres ont tendance à suivre. La courtoisie, c’est contagieux », note la directrice générale d’Accès transport viables, Marie-Soleil Gagné.
D’après l’organisme, le phénomène observé n’est pas unique à la région. Des études semblables menées à Montréal, Amos et dans d’autres villes québécoises démontrent une tendance comparable.
Mme Gagné estime quand même que par rapport au reste du Canada, le Québec traîne de la patte.
Selon ses observations personnelles et des données de Piétons Québec, les automobilistes à l’Île-du-Prince-Édouard ou en Ontario s’immobilisent très rapidement dès qu’une personne piétonne souhaite s’engager dans la route.
En effet, une question s’impose : pourquoi, au Québec, manquons-nous de courtoisie envers les piétons et les piétonnes?
Des constats alarmants
Le problème dépasse la simple question de politesse. Entre 2018 et 2020, une collision sur deux impliquant un piéton est survenue à un passage piéton, selon un rapport de la SAAQ. Dans un cas sur cinq, le conducteur n’a pas cédé le passage.
Rien qu’en 2024, 80 piétons ont perdu la vie sur les routes du Québec.
« Le non-respect de la priorité piétonne est un geste beaucoup trop banal, alors que ses conséquences peuvent être dévastatrices, voire mortelles », souligne la DG d’Accès transports viables.
Toujours selon les observations d’Accès transports viables et de Piétons Québec, le non-respect de la priorité piétonne est souvent banalisé. Toutefois, ce phénomène grandissant génère un sentiment d’insécurité pour bien des piétons.
« Ce n’est pas une fatalité, car d’autres pays ont fait de la sécurité routière une priorité nationale, et les résultats sont probants », affirme Marie-Soleil Gagné, citant des exemples d’aménagements inspirés de la Vision Zéro appliquée en Scandinavie, dont à Copenhague.
La directrice générale d’Accès transports viables croit donc que l’amélioration est possible.
Une question de civisme et de vigilance
Accès transports viables insiste sur la responsabilité accrue des automobilistes. La directrice soutient que lorsqu’on voit une personne à pied, on doit la considérer comme un panneau d’arrêt vivant et s’immobiliser.
« Les conducteurs sont dans une armure de métal. Ils ont donc le devoir d’être encore plus vigilants envers les plus vulnérables : les enfants, les aînés, les personnes à mobilité réduite », rappelle Marie-Soleil Gagné.
Cette dernière fait aussi remarquer que la taille grandissante des véhicules, notamment les VUS, accentue les angles morts.
« Un enfant de trois ou quatre ans peut littéralement disparaître du champ de vision d’un conducteur », illustre-t-elle.
L’automne, une période critique
La campagne survient à un moment stratégique : l’automne, période de l’année où les collisions impliquant des piétons augmentent. Le raccourcissement des journées, la rentrée scolaire et la précipitation du quotidien accentuent les risques.
« On sait que l’automne est une période où plus d’accidents surviennent. Avec le retour du trafic et la noirceur plus tôt, il faut redoubler de prudence », répète Mme Gagné.
Un appel à la responsabilité collective
Si certaines solutions passent par la surveillance et les aménagements, l’organisme mise avant tout sur la responsabilisation individuelle.
« On ne peut pas mettre un policier à chaque coin de rue. Chacun doit faire sa part, à commencer par appuyer sur le frein lorsqu’on approche d’une traverse piétonne », conclut la DG d’Accès transports viables.
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