Résumé
Québec efface les graffitis et ouvre la voie à l’art urbain
Par Megan Duchesne-Cantin, Le Soleil
20 août 2025 à 15h30|
Mis à jour le20 août 2025 à 16h04
La Ville de Québec annonce avoir effacé plus de 80 000 pieds carrés de graffitis sur ses murs et infrastructures au cours de l’année écoulée. Un chiffre beaucoup plus élevé que les années précédentes. (Megan Duchesne-Cantin/Le Soleil)
La Ville de Québec annonce avoir effacé plus de 80 000 pieds carrés de graffitis sur ses murs et infrastructures au cours de l’année écoulée. Un chiffre beaucoup plus élevé que les années précédentes.
Ce constat alimente le débat récurrent sur la place du graffiti et de l’art urbain dans la ville: faut-il effacer systématiquement, ou repenser notre approche face à une pratique artistique aussi indisciplinée qu’incontournable?
Le graffiti, sous ses formes variées, est l’une des branches les plus visibles de l’art urbain. Héritée des mouvements de contre-culture des seventies, elle est à la fois une expression visuelle, une revendication identitaire et une manière d’habiter l’espace collectif. Mais, pour bien comprendre cette pratique, il est essentiel de distinguer ses différentes formes.
La Ville de Québec a effacé à elle seule 80 000 pieds carré de graffitis cette année. (Megan Duchesne-Cantin/Le Soleil)
Selon le directeur général chez Carrefour jeunesse-emploi de la Capitale Nationale, il existe une hiérarchie interne connue des initiées, qui permet de tirer une ligne entre le vandalisme et le street art.
Le message haineux: à différencier clairement, car il relève d’une volonté de provocation ou d’incitation à la violence, et ne fait pas partie de la culture artistique du street art.
Le tag: signature stylisée, souvent répétée et rapide, destinée à marquer un territoire ou à affirmer une présence.
Le graffiti: lettrage travaillé et dessins complexes, révélant la pensée engagée de l’artiste.
La fresque murale: œuvre monumentale, qui demande temps, préparation et technique.
Si les messages haineux et les tags se définissent par leur caractère destructeur ou irrespectueux, le graffiti et la fresque murale se mesurent à la qualité et à l’intention de l’œuvre.
À noter que toute forme de graffiti au Québec est considérée comme un acte de vandalisme selon le Code criminel. L’auteur de ce méfait est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de 2 à 10 ans. Il peut également être passible d’une amende de 300 $ à 4000 $ pour vandalisme selon le règlement municipal.
— Service de police de la Ville de Québec (SPVQ)
L’art urbain est éphémère
Un principe fondamental du graffiti et du street art est leur rapport au temps. Contrairement à une toile de musée conçue pour survivre, le graffiti est pensé comme éphémère.
« Une fois que la fresque est terminée, elle ne m’appartient plus, elle appartient au monde.»
— Dom Laporte, muraliste et cofondateur de la compagnie de murale DRIFT
L’effacement par la Ville ou les propriétaires n’est donc pas un drame pour les créateurs : ils savent que leurs graffitis sont temporaires.
(Megan Duchesne-Cantin/Le Soleil)
L’augmentation massive des surfaces effacées à Québec témoigne d’ailleurs du phénomène: effacer encore et encore ne fonctionne pas durablement.
Vers une nouvelle culture du graffiti : espace et encadrement
La Ville de Québec s’affirme désormais comme promotrice de l’art urbain. Des murs légaux sont mis à disposition des graffeurs au parc Victoria, au parc Dollard-des-Ormeaux et à Beauport.
Accompagné par la réalisation de murales encadrées, ce virage vise à créer des espaces d’expression libres et un meilleur encadrement de la pratique.
Les propriétaires qui ont un mur visible peuvent également informer la Ville de leur intérêt à accueillir une murale en remplissant le formulaire à cet effet. Elle pourra ensuite servir d’intermédiaire entre les citoyens et les artistes muralistes qui se cherchent un site pour leur projet.
«À cause de la hiérarchie, les graffeurs voient d’un mauvais œil l’action de taguer par-dessus une murale. Le meilleur truc pour contrer la répétition du vandalisme, c’est d’ériger une fresque», explique Mario Côté, directeur général de Carrefour jeunesse-emploi de la Capitale Nationale.
En partenariat avec la Ville, le Carrefour a créé Graff ’Cité, une équipe de nettoyage qui sillonne depuis cet été les rues du centre-ville et les petits commerces. Le programme joue un rôle double : effacer les graffitis, mais aussi insérer des jeunes éloignés du marché du travail grâce à des missions concrètes et citoyennes.
Soutenu financièrement par la Ville, le programme d’insertion socioprofessionnelle Graff’Cité offre un service gratuit de nettoyage de graffitis aux propriétaires de résidences et de commerces situés dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou. (Megan Duchesne-Cantin/Le Soleil)
Les actions de Graff ’Cité sont complémentaires à la Ville. Alors que cette dernière ne peut qu’agir sur les infrastructures municipales, l’organisme propose un service de nettoyage gratuit pour les propriétaires de résidences et de commerces de la Cité-Limoilou. « Chaque propriétaire doit signaler et nettoyer sans délai les nouveaux graffitis pour décourager la récidive .»
En combinant encadrement de la pratique, sensibilisation et nettoyage, Québec espère contrer la prolifération des graffitis une fois pour tout.
La Ville s’est dotée d’un Plan de gestion des graffitis qui repose sur huit grandes orientations : sensibilisation, recension, nettoyage, aménagements urbains, application de la loi, promotion de l’art urbain, murs légaux et vigie. (Megan Duchesne-Cantin/Le Soleil)