En cinq ans, la facture pour construire de nouvelles cellules d’enfouissement des déchets a bondi de 68 % en Gaspésie.
En Gaspésie, les résidants qui rempliront leur bac à ordures plus de 20 fois par année paieront dorénavant une taxe supplémentaire. Une mesure jugée incontournable, qui pourrait inspirer d’autres municipalités alors que les sites d’enfouissement débordent et que les coûts de gestion des déchets explosent.
Résumé
En cinq ans, la facture pour construire de nouvelles cellules d’enfouissement des déchets a bondi de 68 % en Gaspésie. Une situation jugée intenable, signale Nathalie Drapeau, directrice générale de la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie (RITMRG), qui regroupe la ville de Gaspé ainsi que les municipalités de la MRC du Rocher-Percé.
Les coûts de transport sont aussi substantiels dans une région comme la Gaspésie. Le territoire à couvrir est vaste, allant de Gaspé jusqu’à Port-Daniel, rappelle Samuel Parisé, préfet de la MRC du Rocher-Percé, en entrevue avec La Presse.

Depuis le 1er janvier, les citoyens de la RITMRG paient une « tarification incitative » pour la collecte de leurs déchets résidentiels. Un changement qui vise à modifier les habitudes des plus importants générateurs de déchets dans la région, précise Nathalie Drapeau.
Les déchets sont ramassés 20 fois par année sur le territoire de la RITMRG. Le tarif de base par résidence est maintenant de 350 $ par année.
Selon la nouvelle grille tarifaire, les résidences qui remplissent leur bac à ordures plus de 20 fois par année paieront une surtaxe de 175 $.
Les ménages qui réussiront à limiter leurs déchets et dont le bac devra être vidé 12 fois ou moins auront un rabais de 15 $ sur leur compte de taxes.
Les contribuables paieront la facture par l’entremise de leur compte de taxes annuel. Depuis plusieurs années, les bacs sont munis d’une puce électronique et les camions à ordures d’un lecteur de puce, ce qui permet de comptabiliser exactement le nombre de levées de bac pour chaque adresse sur le territoire de la RITMRG.

La carotte et le bâton
Marc Olivier, un expert des matières résiduelles qui enseigne à l’Université de Sherbrooke, note d’entrée de jeu l’approche qui recourt à la fois à la carotte et au bâton. « On arrive avec quelque chose de nouveau, avec une récompense [pour les bons utilisateurs] qu’on n’a pas vue ailleurs », dit-il.
Le bâton, lui, vise les gros générateurs de déchets. Sur les quelque 15 000 résidences situées sur le territoire de la RITMRG, environ 600 maisons, soit 4 %, entrent dans cette catégorie.
Selon Nathalie Drapeau, beaucoup d’efforts ont été consacrés ces dernières années à encourager le recyclage et le compostage. Elle croit que la facturation est dorénavant la seule issue possible pour les récalcitrants. « Il y a eu quand même une amélioration dans les comportements, mais les grands générateurs [de déchets] sont vraiment difficiles à faire bouger », déplore-t-elle.
« On a déployé tous les outils possibles et on fait un suivi assez serré. On a donné des billets de courtoisie, puis des constats d’infraction. Mais il y a des gens que tu as beau accompagner, t’as beau leur offrir tous les services possibles, ils ne se sentent pas concernés. »
Samuel Parisé rappelle que l’objectif n’est pas de rentabiliser la collecte des matières résiduelles, mais de limiter la hausse des dépenses. « Le message, c’est que si les gens ne font pas le tri [de leurs matières] de façon efficace, ils vont payer pour les services qu’ils utilisent, souligne-t-il. C’est un peu le principe de l’utilisateur-payeur. »
D’autres changements à venir
Face à la hausse croissante des coûts de transport et d’enfouissement des déchets, l’élu gaspésien estime que les municipalités ne pouvaient maintenir le statu quo. Un constat que partage Nathalie Drapeau.
La DG rappelle qu’il faut construire en moyenne deux nouvelles cellules d’enfouissement tous les cinq ans pour répondre aux besoins. « Avec une hausse du coût de 68 % pour construire une nouvelle cellule, c’est là que la cloche a sonné pour les élus », précise-t-elle.
Si les gros générateurs de déchets sont les premiers visés par la nouvelle grille tarifaire, d’autres changements pourraient survenir au cours des prochaines années, signale Nathalie Drapeau.
Le prochain objectif serait de réduire encore plus la quantité de déchets envoyés à l’enfouissement par la majorité des utilisateurs résidentiels, ceux qui remplissent leur bac de 360 litres entre 13 et 20 fois au cours d’une année.
« Rien n’a encore été décidé, affirme Nathalie Drapeau. Il faut voir d’abord comment la nouvelle mesure va porter fruit. » Cela pourrait se traduire, par exemple, par une surtaxe qui serait modulée dès qu’on dépasse les 12 bacs par année.
Selon Marc Olivier, le modèle gaspésien pourrait séduire d’autres municipalités, surtout en région. Dans les grands centres comme Montréal et Québec, plus densément peuplés, « les défis sont différents », précise-t-il. « Tout le monde va regarder ce qui se passe là-bas pour voir si ça peut être appliqué dans d’autres régions du Québec », dit-il.