Voilà un exemple très concret et très couteux ( au moins $100 millions) de l’anti-développement durable, où un problème environnemental datant de 1974 sera payé par nous 2 générations plus tard.
Sols contaminés à Mascouche Sur les traces de déchets toxiques envoyés en Ontario
Le ministère de l’Environnement du Québec envoie en Ontario les déchets toxiques d’un des sites d’enfouissement les plus pollués de la province où des fuites ont récemment été décelées. À cause d’une mauvaise caractérisation du site, la facture de la décontamination explose déjà de 24 millions de dollars, a constaté La Presse. Et d’autres dépassements de coûts sont à prévoir.
Publié à 5 h 00
Ulysse Bergeron Équipe d’enquête, La Presse
Juillet 2025. Dès l’aube, des pelles mécaniques s’activent sur le site du Vidangeur de Montréal, à Mascouche. Leurs godets plongent dans une cellule d’enfouissement avant de soulever une substance noirâtre, fortement contaminée, où se mélangent BPC, résidus d’hydrocarbures, métaux lourds. Le tout est alors déversé dans les semi-remorques qui font la queue et qui devront en disposer.
Ce cimetière de déchets toxiques est sans conteste l’un des lieux les plus pollués de la province. Des résidus lourdement contaminés y ont été abandonnés dans les années 1970. On y trouve une vingtaine de plaques d’hydrocarbure, concentré de déchets extrêmement toxiques provenant du fond de cuves de raffineries de Montréal-Est.
Déjà, à l’époque, le gouvernement présentait le site comme « prioritaire pour une intervention rapide » en raison du « risque élevé » pour l’environnement et d’un « potentiel de risque » pour la santé.
Il aura fallu constater des fuites en 2024 pour que le ministère de l’Environnement soit forcé de disposer dans l’urgence de plus de 160 000 m3 de matières contaminées, soit l’équivalent de 42 piscines olympiques.
Pour faire le boulot, Québec a accordé un important contrat à un consortium formé par les entreprises Englobe et Payette.
Or, la réhabilitation du site se révèle plus complexe que prévu. Des camions ont été refusés aux sites québécois de Solterra, Complexe Enviro Connexions et Signaterre, trois entreprises qui peuvent manipuler des sols légèrement et moyennement contaminés.
À la suite d’un camion
Pour connaître la destination des matières qui sortent du Vidangeur de Montréal, La Presse a suivi l’un des camions qui sortaient du site et dont la remorque arborait le losange « UN 3261 », code lié au transport de matières corrosives.
Quelque 24 heures plus tard et 700 kilomètres plus loin, le véhicule entrait sur un terrain dans la municipalité ontarienne de Nanticoke, près du lac Érié. C’est là que la jeune entreprise TUQ4 s’est installée en 2021 pour y pratiquer ce qu’on appelle du « lavage de sol ».
Le directeur de la technologie de TUQ4, Colin Morrell, qui a décliné notre demande d’entrevue, assure par courriel que sa technologie traite efficacement les matières qui lui sont envoyées de Mascouche. Aucun camion n’a dû rebrousser chemin.
Les dépassements de coûts
Trois mois après le premier coup de pelle mécanique, la facture du chantier a déjà bondi de 27 %. Au mois d’août, le ministère de l’Environnement a décidé d’injecter 24,7 millions supplémentaires dans le chantier, faisant passer la facture initiale de 92 millions à près de 117 millions de dollars.
Le consortium responsable du chantier a constaté que « la proportion de matières résiduelles et de plaques [d’hydrocarbure] était plus importante qu’initialement anticipé », explique M. Lefebvre, d’Englobe.
Toutefois, ces sommes supplémentaires ne sont destinées qu’à la décontamination de deux des quatre cellules. D’autres dépassements de coûts pourraient survenir étant donné que la réhabilitation des cellules restantes s’appuie, pour le moment, sur une « caractérisation non exhaustive et non définitive » des sols, poursuit M. Lefebvre : « Le coût final reflétera la vraie nature des conditions de sols. »
Son de cloche similaire de la part du ministère de l’Environnement, qui n’écarte pas une augmentation supplémentaire de la facture à cause d’imprévus, ou d’enjeux subis sur le chantier. Les travaux de réhabilitation des cellules ont débuté au printemps 2025. Il est prévu qu’ils s’échelonnent sur une période d’environ deux ans.
Une intervention attendue depuis des décennies
Janvier 1974
L’entreprise Le Vidangeur de Montréal abandonne le site, lourdement contaminé : BPC, hydrocarbures, métaux lourds, etc.
1984
Québec désigne ces terrains « prioritaires pour une intervention rapide » en raison du « risque élevé » qu’ils représentent pour l’environnement et du « potentiel de risque » pour la santé.
1993-1995
Le ministère de l’Environnement enfouit les matières résiduelles dangereuses dans quatre cellules de confinement. Une première fuite est décelée en 1997. Elle sera colmatée en 2001.
2010
Le ministère de l’Environnement avance que les cellules d’enfouissement ne respectent pas les normes actuelles et que leur disposition « ne peut donc pas être reconduite indéfiniment ».
2020
Le Ministère réitère son intention de démanteler les cellules d’enfouissement. La Commission du BAPE rappelle que « le principe de prévention incite à gérer ces sols le plus tôt possible avant que les cellules de confinement mises en place dans les années 1990 ne puissent plus sécuriser leur contenu ».
2024
Une présence anormalement élevée de contaminants dans les eaux souterraines et de surface des fossés qui ceinturent les cellules d’enfouissement est constatée par le Ministère. L’analyse de l’ampleur de la contamination est toujours en cours, et un contrat a été attribué pour éliminer de la matière.
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2025-11-19/sols-contamines-a-mascouche/sur-les-traces-de-dechets-toxiques-envoyes-en-ontario.php