Environnement et transition écologique

Résumé

Après les toits verts, des « toits bleus » pour lutter contre les changements climatiques

Deux hommes marchent sur un toit recouvert d'eau de pluie.

Le toit bleu intelligent de la firme Enviro-Stewards à Elmira, en Ontario, récupère les eaux pluviales, ce qui réduit les risques d’inondation et diminue les coûts énergétiques de l’édifice.

Photo : Radio-Canada / Hugo Levesque

Publié à 4 h 00 HAE

Vous avez sûrement entendu parler des toits verts, recouverts de plantes pour isoler le bâtiment et absorber les émissions de carbone. Si cette idée gagne en popularité au pays, un nouveau concept pourrait aussi faire des vagues : les toits bleus.

Lors de tempêtes, ce système de toiture intelligent permet d’accumuler les eaux pluviales et de les déverser, de manière calculée, dans des réservoirs, ce qui réduit les risques d’inondation et les coûts de chauffage et de climatisation.

Nos techniques de construction s’améliorent et donc, dans le fond, c’est comme créer une piscine sur le toit.

Une citation de Éric Turcotte, associé principal chez Urban Strategies à Toronto

L’eau entreposée peut ensuite être filtrée, traitée aux rayons ultraviolets et utilisée à d’autres fins. Ça peut servir à ce moment-là soit à l’irrigation, à alimenter les toilettes ou bien certains équipements à l’intérieur du bâtiment, précise l’urbaniste.

Le toit d'un édifice recouvert d'eau.

Le nouveau toit bleu de l’Office de protection de la nature de Credit Valley permet de retenir les eaux pluviales et de les verser dans des réservoirs pour qu’elles soient traitées et utilisées à d’autres fins.

Photo : Office de protection de la nature de Credit Valley

Vendredi, l’Office de protection de la nature de Credit Valley, basé à Mississauga, dévoilera son propre toit bleu intelligent, le premier au Canada à respecter les normes de l’International Code Council, un organisme qui fait la promotion de codes rigoureux pour la sécurité des bâtiments à travers le monde.

L’édifice peut maintenant entreposer jusqu’à 40 000 litres d’eau sur son toit et 5000 litres supplémentaires dans ses réservoirs au sous-sol. Le système, muni d’une station météorologique, peut prédire la quantité de pluie qui tombera lors d’une tempête.

L’eau récupérée dans ses réservoirs servira à alimenter ses toilettes ainsi que son système de chauffage et de climatisation, explique Kyle Vander Linden, conseiller principal en gestion des bassins hydrographiques de l’Office.

L’eau pourrait aussi servir à l’irrigation et peut-être éventuellement, avec les systèmes de traitement appropriés, on pourrait la boire, affirme-t-il.

Un homme sur le toit d'un édifice.

Kyle Vander Linden, conseiller principal en gestion des bassins hydrographiques de l’Office de protection de la nature de la Credit Valley, devant le nouveau toit bleu de l’organisme.

Photo : Office de protection de la nature de Credit Valley

Le projet de l’Office de protection de la nature de Credit Valley a coûté environ 450 000 $, financé en partie grâce à des subventions. La Fédération canadienne des municipalités, Intact Corporation Financière et la Région de Peel, entre autres, ont participé à l’initiative.

Ça a vraiment été tout un travail d’équipe, lance M. Vander Linden.

Le concepteur de ce toit bleu, la firme de consultants Enviro-Stewards, a aussi implanté cette technologie dans son propre édifice à Elmira, une petite municipalité au nord de Kitchener, en Ontario.

Nous avons réduit notre consommation d’eau [municipale] de 56 % en réutilisant l’eau de pluie. Nous avons réduit nos coûts de climatisation de 43 % parce que l’eau qui s’évapore garde le toit plus frais, explique le président Bruce Taylor.

La firme a aussi aménagé dans ses bureaux un mur végétal, irrigué grâce à l’eau récupérée et purifiée. Cette installation permet d’absorber les émissions de carbone et de relâcher de l’oxygène frais.

Un réservoir et un mur végétal.

L’édifice de la firme Enviro-Stewards entrepose l’eau de pluie dans un réservoir. L’eau est ensuite filtrée et traitée avant de servir à alimenter le mur végétal dans ses bureaux, ainsi que ses toilettes.

Photo : Radio-Canada / Hugo Levesque

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Le coût en vaut-il la chandelle?

Au-delà des économies réalisées grâce au toit bleu, le président de la firme Enviro-Stewards souligne que les inondations causées par le refoulement des tuyaux d’eaux pluviales sont l’une des principales causes de réclamations d’assurance commerciale.

Bruce Taylor indique que le nombre de réclamations pour dommages liés aux inondations a doublé en une décennie, citant une étude du Centre Intact d’adaptation au climat. En contrôlant le ruissellement, un toit bleu peut effectivement endiguer les risques d’inondation.

Les tempêtes sont plus fréquentes et plus intenses qu’auparavant. Nos infrastructures municipales ne sont plus toujours capables de les gérer, dit-il.

M. Taylor dit présentement travailler avec un fabricant de charnières de porte pour recouvrir son usine d’un toit bleu. Il souligne que la Ville de Guelph, qui songe aussi à implanter un tel système, utilise déjà de l’eau pluviale pour le nettoyage de ses autobus.

L'urbaniste Éric Turcotte.

Éric Turcotte, associé principal à la firme Urban Strategies à Toronto

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

L’urbaniste Éric Turcotte ajoute que, dans la plupart des cas, un toit bleu coûte moins cher qu’un toit vert, qui nécessite plus d’entretien et parfois des travaux structuraux pour pouvoir soutenir le poids du jardin.

Malgré tout, un projet qui coûte des centaines de milliers de dollars peut être difficile à financer pour bien des entreprises et des municipalités, déjà fort endettées.

Chrystal Healy de la Banque de développement du Canada soutient que les entreprises doivent évaluer les options de financement et de subventions et calculer les économies à long terme liées à ce genre d’initiatives.

Il n’y a pas de solution miracle. On n’est pas en train de dire que tout le monde devait installer un toit bleu.

Une citation de Chrystal Healy, vice-présidente adjointe en développement durable corporatif, Banque de développement du Canada

Tant qu’à faire une rénovation, informez-vous auprès de vos experts : est-ce que ça a du sens? Peut-être que c’est une usine qui pourrait recycler l’eau. Est-ce qu’il y a une grande surface asphaltée? Est-ce que ça pourrait aider?, lance-t-elle.

Une toilette dont la chasse d'eau est enclenchée.

L’eau de pluie alimente les toilettes de la firme Enviro-Stewards, à Elmira, en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Hugo Levesque

Mme Healy ajoute que certains assureurs envisagent des réductions de prix lorsque leurs clients implantent des solutions, comme un toit bleu, qui réduisent les risques d’inondation.

Chaque entreprise n’est pas à la même place, n’a pas la même réalité, donc c’est pour ça qu’on offre des solutions variées. On veut rencontrer les entreprises où elles sont dans leur parcours, dit-elle.

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On parlait justement de toits bleus pour mieux gérer l’eau de pluie hier lors d’une consultation publique

La promesse d’un monde carboneutre grâce aux énergies renouvelables cache une réalité plus sombre, qui fait rarement la manchette. Il faudra extirper au cours des 30 prochaines années autant de métaux qu’on en a extrait dans toute l’histoire de l’humanité. Verte, la transition énergétique ? La journaliste Celia Izoard sème le doute dans son essai La ruée minière au XXI e siècle.

Résumé

La face sombre de la transition énergétique

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

La course à la carboneutralité repose en partie sur une expansion exponentielle de l’activité minière.

La promesse d’un monde carboneutre grâce aux énergies renouvelables cache une réalité plus sombre, qui fait rarement la manchette. Il faudra extirper au cours des 30 prochaines années autant de métaux qu’on en a extrait dans toute l’histoire de l’humanité. Verte, la transition énergétique ? La journaliste Celia Izoard sème le doute dans son essai La ruée minière au XXI e siècle.

Mis à jour hier à 12h00

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Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

« Quelle multinationale, quel État ne s’est pas engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 ? D’un bout à l’autre du globe, cette promesse est déclinée dans les conférences de presse, sur les écrans et les prospectus : nous n’émettrons plus de gaz à effet de serre dans trente ans. »

Celia Izoard ouvre son essai en rappelant cet engagement que nous connaissons tous maintenant. Le monde sera carboneutre et la course pour y arriver est déjà commencée. Un tel engouement pour de nouvelles sources d’énergie rappelle d’ailleurs les débuts de l’ère préindustrielle… et la ruée vers les combustibles fossiles.

Ces mêmes combustibles fossiles ont néanmoins provoqué un réchauffement climatique dont l’accélération n’a pas d’égale dans l’histoire de notre planète. Pour y remédier, la seule planche de salut passe par les énergies renouvelables. Le soleil, le vent et l’eau feront fonctionner nos sociétés grâce aux panneaux solaires, aux éoliennes et autres barrages hydroélectriques.

Exit les véhicules à essence, qui seront remplacés par des modèles électriques. En parallèle, le monde se tourne plus que jamais vers le numérique : téléphones, écrans, montres et autres gadgets dont les ventes grimpent année après année.

Or, cette nouvelle révolution industrielle ne pourra se concrétiser sans multiplier l’extraction de métaux à des niveaux sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Celia Izoard signale notamment qu’une éolienne de 3 mégawatts d’environ 120 mètres de haut contient 3 tonnes d’aluminium, 2 tonnes de terres rares, 4,7 tonnes de cuivre, 335 tonnes de fer et 1200 tonnes de béton.

Selon diverses analyses, il faudrait extraire jusqu’à 28 fois plus de cuivre, 74 fois plus de nickel et multiplier par 1000 la production de lithium pour atteindre les objectifs de carboneutralité. Peut-on réellement parler d’énergies renouvelables si celles-ci reposent sur l’expansion des activités minières et leurs ressources non renouvelables, dont le bilan environnemental laisse souvent à désirer ?

Car malgré les promesses de l’industrie, la mine « verte » n’existe pas, affirme l’auteure. Des promesses dénoncées entre autres par SystExt, une association française qui s’intéresse aux impacts des activités minières.

C’est le principal problème : malgré ses gains en efficacité, la mine du XXIe siècle est vouée à devenir de plus en plus polluante et consommatrice de ressources.

Celia Izoard, dans son essai La ruée minière au XXI e siècle

« Quel que soit le pays, quelle que soit la réglementation en vigueur pour exploiter des gisements qui ne contiennent plus que quelques grammes d’or ou quelques centaines de grammes d’argent par tonne de roche, il faut nécessairement plus d’eau, plus d’énergie, plus de produits chimiques. Plus la teneur des gisements baisse, plus la mine est polluante », écrit Celia Izoard.

L’ouvrage a le mérite de soulever des questions pratiquement inexistantes dans le débat public. C’est l’éléphant dans la pièce dont personne ne parle : nos modes de consommation sont-ils viables à long terme ? « L’histoire des transitions s’est révélée être une histoire d’additions, écrit l’auteure. D’une certaine manière, la transition est une promesse qui a déjà été faite deux fois et qui, dans les deux cas, s’est soldée par une consommation accrue des richesses du sous-sol. »

Extrait

« Dire que la transition énergétique consiste à passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables élude une réalité matérielle lourde de conséquences. La transition implique en fait de passer des énergies fossiles aux métaux, lesquels ne sont pas renouvelables. […] D’ici à 2050 on estime que, pour respecter les Accords de Paris selon les scénarios économiques dominants, il faudrait produire cinq à dix fois plus de métaux qu’aujourd’hui. »

Qui est Celia Izoard ?

Journaliste indépendante, Celia Izoard collabore notamment au magazine français Reporterre. Elle est également l’auteure de l’essai Merci de changer de métier, une critique des nouvelles technologies et de leurs impacts sociaux et écologiques.

La ruée minière au XXIe siècle – Enquête sur les métaux à l’ère de la transition

La ruée minière au XXIe siècle – Enquête sur les métaux à l’ère de la transition

Celia Izoard

Éditions de la rue Dorion

338 pages

Avec Santé Québec et Mobilité Infra Québec, la tendance est à la création d’agences au gouvernement Legault.

Publié à 1h45 Mis à jour à 7h00

Mais la CAQ ne fait pas que créer des agences. En 2020, elle en a supprimé une : Transition énergétique Québec (TEQ).

Plusieurs observateurs estiment qu’il s’agissait d’une erreur. Et puisque la mode est aux agences, j’en profite pour lancer l’idée de ressusciter TEQ.
Avec TEQ, c’est différent. La transition énergétique touche de nombreux ministères : Environnement, Énergie, Habitation, Transports, Agriculture. Difficile de plaider qu’une agence dédoublerait les structures existantes. Elle jouerait plutôt un rôle de coordination.

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L’agence dont Québec a vraiment besoin

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

« Le ministère de l’Environnement a produit un Plan pour une économie verte et il existe des “plans de mise en œuvre”. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous », écrit notre chroniqueur.


Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Avec Santé Québec et Mobilité Infra Québec, la tendance est à la création d’agences au gouvernement Legault.

Publié à 1h45 Mis à jour à 7h00

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Mais la CAQ ne fait pas que créer des agences. En 2020, elle en a supprimé une : Transition énergétique Québec (TEQ).

Plusieurs observateurs estiment qu’il s’agissait d’une erreur. Et puisque la mode est aux agences, j’en profite pour lancer l’idée de ressusciter TEQ.

Je vous entends : encore une structure ? Je comprends votre réticence. Il est bien difficile de savoir si les nouvelles agences créées par le gouvernement Legault généreront les gains d’efficacité promis ou si elles ne feront qu’ajouter une couche de plus à la bureaucratie existante.

Je n’ai pas plus de réponses que vous à ces questions. Mais dans le cas de TEQ, plusieurs arguments militent en faveur d’une agence dont le rôle serait de planifier l’ambitieux et nécessaire virage énergétique qu’est en train de négocier le Québec.

Même s’il faut se méfier des questions trop simples, on peut se demander pourquoi il faut une agence de santé s’il existe un ministère de la Santé, et une agence de transport s’il existe déjà un ministère des Transports.

Avec TEQ, c’est différent. La transition énergétique touche de nombreux ministères : Environnement, Énergie, Habitation, Transports, Agriculture. Difficile de plaider qu’une agence dédoublerait les structures existantes. Elle jouerait plutôt un rôle de coordination.

Il est vrai que le ministère de l’Environnement a déjà produit un Plan pour une économie verte qui couvre un horizon allant jusqu’à 2030. Il existe aussi des « plans de mise en œuvre », planifiés sur des horizons plus courts, afin de définir les actions nécessaires au plan d’ensemble.

En principe, ça devrait marcher. En réalité, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Mon collègue Charles Lecavalier rappelait récemment que ce qu’on appelait naguère le Fonds vert, vers lequel sont dirigés les revenus du marché du carbone et qui est justement censé financer la transition, est assis sur des surplus de 1,7 milliard1. Voir cet argent dormir alors qu’il y a tant à faire est complètement aberrant.

Quant à l’argent qui est bel et bien déployé, il est trop souvent englouti dans des programmes inefficaces, comme l’a montré la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal2.

Québec affirme être sur la bonne voie pour atteindre ses cibles climatiques. C’est vrai, mais c’est largement parce que nos entreprises achètent chaque année des dizaines de millions de droits d’émission aux entreprises californiennes, liées par le même marché du carbone.

Des centaines de millions de dollars ont ainsi déjà pris le chemin de la Californie et le flux s’accélère. Normand Mousseau, directeur académique de l’Institut de l’énergie Trottier à Polytechnique Montréal, estime que si la tendance des prix et des émissions se maintient, la facture pourrait atteindre le demi-milliard de dollars juste pour cette année.

Ça commence à faire beaucoup d’argent qui part vers un État plus riche que le nôtre. Ces fuites de capitaux n’auraient pas lieu si les réductions étaient faites ici.

L’actualité nous fournit d’autres exemples qui suggèrent que la transition se fait de façon chaotique.

À Shawinigan, l’entreprise TES Canada veut transformer l’électricité en hydrogène, puis cet hydrogène en gaz synthétique. L’idée : l’envoyer notamment dans le réseau de gaz naturel d’Énergir. Le très impliqué ministre de l’Énergie, de l’Innovation et de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, voit le projet d’un bon œil. Mais les experts sont nombreux à s’arracher les cheveux devant les pertes découlant de ces nombreuses transformations d’énergie. Ils craignent que le projet privé ne finisse pas engloutir des fonds publics.

Le regard indépendant et apolitique d’une agence d’experts serait drôlement précieux là-dessus.

Un autre exemple nous vient du projet de Waste Management à Sainte-Sophie. Là-bas, on veut utiliser le gaz produit par un site d’enfouissement pour le diriger, encore une fois, vers les conduites d’Énergir. Le hic : en présentant les gains du projet, le distributeur de gaz a « oublié » que ce gaz est actuellement utilisé par l’usine de Papiers Rolland. Et que si on le lui retire, cette usine devra brûler des combustibles fossiles3. Le manque de vue d’ensemble est flagrant.

La fin des surplus d’électricité amène des questions difficiles au Québec. Vaut-il mieux utiliser notre électricité pour la transition énergétique ou pour attirer des entreprises chez nous ? Quelle proportion génère les meilleurs gains économiques, environnementaux et sociaux ? Et qu’en est-il du gaz naturel ? Où devrait-il être utilisé ?

Le Plan pour une économie verte ne répond pas à ces questions. Et pour l’instant, les décisions se prennent beaucoup au bureau du ministre Pierre Fitzgibbon.

On dira qu’au moins, M. Fitzgibbon est élu et est redevable envers l’électorat, contrairement à un président d’agence. C’est vrai. Mais le besoin d’une vision à long terme, neutre et soutenue par des données me semble évident.

L’idée de ressusciter TEQ passe bien parmi les experts que j’ai consultés. Pierre-Olivier Pineau, à HEC Montréal, se dit « 100 % d’accord ». À l’Institut Trottier, Normand Mousseau y est aussi favorable… à condition de donner à l’agence les moyens de ses ambitions.

« [À l’époque], TEQ manquait de moyens et il y avait encore des fils à attacher pour lui donner un peu plus de capacité d’action, que ce soit dans la réglementation (bâtiment, transport, etc.) ou dans l’accès au financement », m’écrit l’expert.

Alors, après Santé Québec et Mobilité Infra Québec, le retour de Transition énergétique Québec ? Jamais deux sans trois, dit-on. Et tic-tac-TEQ.

1. Lisez l’article « Fonds d’électrification et de changements climatiques : Un surplus de 1,7 milliard critiqué de toute part » 2. Consultez le Bilan du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques 3. Lisez l’article « Site d’enfouissement de Sainte-Sophie : Énergir a le feu vert du BAPE pour son projet de raccordement »

L’entreprise craint particulièrement pour la viabilité financière de la phase 2, dans le secteur de Charlevoix.

Résumé

Éoliennes : la marge de manœuvre de Boralex fond dans la Seigneurie de Beaupré

L’entreprise craint particulièrement pour la viabilité financière de la phase 2, dans le secteur de Charlevoix.

Des éoliennes de la Seigneurie de Beaupré.

Des éoliennes de la Seigneurie de Beaupré.(photo d’archives)

Photo : Radio-Canada/Jean-François Nadeau

Publié à 5 h 59 HAE

La marge de manoeuvre diminue considérablement pour Boralex et le développement de ses parcs éoliens dans la Seigneurie de Beaupré, au nord-est de Québec. Forcée de retirer des éoliennes pour des raisons techniques et environnementales, l’entreprise rappelle au ministère de l’Environnement qu’elle est à risque de ne pas pouvoir respecter ses engagements contractuels.

Boralex, en partenariat avec Hydro-Québec et Énergir, prépare actuellement trois phases distinctes de développement d’éoliennes dans la Seigneurie de Beaupré, un territoire privé de 1600 km2 appartenant au Séminaire de Québec.

Regroupées sous l’égide du projet éolien Des Neiges, chaque phase prévoyait au départ l’implantation de 60 à 80 éoliennes, pour un total de puissance évalué à 1200 mégawatts d’ici 2027.

Pour chacune d’elle, Boralex a une entente contractuelle d’approvisionnement d’électricité de 400 mégawatts avec Hydro-Québec. Ce sont trois contrats distincts, légaux, avec leurs propres clauses, explique Katheryne Coulombe, porte-parole de Boralex.

Le coût global du projet était initialement estimé à 1 milliard de dollars.

La carte des différents projets de parcs éoliens de la seigneurie de Beaupré.

La carte des différents projets de parcs éoliens de la Seigneurie de Beaupré.

Photo : Capture écran / Boralex

Viabilité financière

Invitée à commenter les plus récents développements du projet, Mme Coulombe admet des préoccupations, en particulier pour le secteur Charlevoix.

Les craintes de Boralex se retrouvent notamment dans un rapport d’optimisation de la phase 2 rendu public la semaine dernière, dans le cadre du processus d’évaluation environnementale. Il a été produit en réponse aux commentaires formulés par les experts d’Environnement et Changements climatiques Canada et du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).

Selon ce rapport commandé par Boralex, il est impératif que la puissance installée concorde avec les engagements contractuels convenus avec Hydro-Québec dans le cadre du contrat d’achat d’électricité. Il est donc nécessaire de conserver un minimum de 67 éoliennes, prévient l’entreprise.

Le document de Boralex fait état de 68 emplacements potentiels pour des éoliennes à l’heure actuelle, contre 86 lors de la première mouture de la phase 2, en 2021. Au moins 14 sites ont depuis été retirés pour des raisons de faisabilité technique.

Les éoliennes de la Seigneurie de Beaupré.

La topographie, les milieux hydriques et les différents habitats d’espèces animales, de poissons ou floristiques doivent être considérés dans le cadre de l’évaluation environnementale. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada/Jean-François Nadeau

Le promoteur accepte maintenant d’en retrancher de 4 à 5 autres pour protéger l’habitat du caribou forestier, en plus d’être ouvert à déplacer légèrement certains sites pour ne pas nuire à la grive de Bicknell, un oiseau menacé nichant dans plusieurs secteurs du projet Des Neiges.

Boralex annonce au passage qu’elle ne pourra pas en faire beaucoup plus si elle souhaite maintenir la rentabilité de la phase 2, plaidant un enjeu de qualité du gisement éolien.

Dans le cadre du projet Secteur Charlevoix, la différence au niveau de la productivité entre les meilleures positions et les plus faibles est de 25 %, plaide-t-elle. N’ayant plus l’embarras du choix, on craint de ne pas atteindre la puissance souhaitée de 400 mégawatts avec les emplacements à plus faible potentiel.

Tout déplacement ultérieur additionnel implique donc une relocalisation à un endroit de performance significativement moindre, mettant à risque la viabilité financière du projet.

Une citation de Extrait d’un récent rapport d’optimisation de Boralex pour la phase 2

Freiné par le caribou

Le cas du caribou forestier pourrait, à lui seul, s’avérer fatal pour la phase 2 du projet Des Neiges.

Si Boralex affirmait d’emblée qu’il n’y aurait aucun impact sur le cervidé, Québec et Ottawa réclamaient, dans leurs commentaires, des mesures supplémentaires pour éviter la perturbation de son habitat.

Techniquement, le secteur Charlevoix compte 17 éoliennes dans l’aire de répartition du caribou forestier. Selon le promoteur, le retrait complet des 17 emplacements […] rendrait le projet non viable, ce qui se traduirait par l’arrêt du processus de développement. Il ne resterait alors que 55 emplacements.

Il propose donc de retirer 4 éoliennes d’un même secteur situé près d’une petite zone d’habitat essentiel identifiée sur le territoire du projet Des Neiges, ainsi que le déplacement ou le retrait d’une autre éolienne qui se trouve à la limite de l’habitat connu du caribou.

Une harde de caribous forestiers à travers une forêt clairsemée.

La harde de caribous de Charlevoix vit en enclos depuis l’hiver 2022. Une partie de son aire de répartition se trouve dans la Seigneurie de Beaupré. (Photo d’archives).

Photo : Gracieuseté : Jean-Simon Bégin

Quant aux autres positions situées dans l’aire de répartition, Boralex affirme que la majorité du territoire est déjà fortement perturbé et que l’implantation d’éoliennes n’aurait pas d’impact snigificatif pour le caribou. Ces superficies sont déjà entièrement situées dans des zones d’influence de perturbations permanentes et en dehors de l’habitat essentiel pour le caribou forestier, insiste Boralex.

La réalisation du secteur Charlevoix suppose l’ajout de 85 kilomètres de chemins forestiers, connus pour déranger le caribou, et le déboisement de quelque 86,4 hectares de forêt. Selon des données présentées dans l’analyse du projet de Boralex, on estime que les éoliennes peuvent avoir un impact dans un rayon de plus de 4 kilomètres.

Quant à la grive de Bicknell, Boralex propose de micropositionner les éoliennes où la grive a été détectée, de déplacer certaines éoliennes si nécessaires ou encore de modifier les tracés des chemins d’accès.

Grive de Bicknell, une espèce menacée que l’on trouve dans les forêts boréales de l’est du Canada.

La grive de Bicknell est une espèce menacée que l’on trouve dans les forêts boréales de l’est du Canada. (Photo d’archives)

Photo : Environnement et Changement climatique Canada | Gouvernement du Canada

Marge de manœuvre

Le retrait d’un trop grand nombre d’emplacements viendrait également affecter le choix du modèle d’éolienne pour Boralex, qui devra procéder par appel d’offres.

L’entreprise considère actuellement l’achat d’éoliennes de 6 à 7 mégawatts de puissance. Le nombre d’emplacements nécessaires, à 67 éoliennes, correspond au minimum requis pour atteindre 400 mégawatts si la solution retenue est celle à 6 mégawatts par installation.

Si Boralex décidait d’opter pour des éoliennes de 7 mégawatts chacune, le minimum d’emplacements serait alors de 57.

Ligne du temps avec les dates importantes.

Les différentes étapes de préparation et les échéanciers des projets de parcs éoliens de Boralex sur la Côte-de-Beaupré et dans Charlevoix

Photo : Capture écran / Boralex

Il s’agissait par ailleurs du second rapport d’optimisation de Boralex pour la phase 2. Pour la phase 1, trois rapports du genre avaient été nécessaires avant de passer l’étape de la recevabilité de l’étude d’impact par le gouvernement provincial.

Pour la phase 1, Boralex avait d’abord présenté 83 emplacements. La dernière version du projet, soumise au Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE), dont le rapport est attendu en juin, comptait 67 emplacements, frôlant elle aussi les seuils minimaux.

Lors de ces audiences, un représentant de l’entreprise a déclaré que Boralex penchait vers un développement de 57 éoliennes de 7 mégawatts chacune. Dans le cas de la phase 1, la proximité avec le Mont-Sainte-Anne a notamment suscité des craintes chez les résidents, en particulier pour le paysage. Une zone tampon a alors été réclamée.

Pour la phase 3, soit le secteur ouest, le promoteur n’a pas encore déposé son évaluation environnmentale et les sites potentiels n’ont pas encore été dévoilés.

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Mégaprojet éolien de la Côte-de-Beaupré : les élus y voient une belle occasion

Je ne savais pas où mettre cette photo, mais je viens de remarquer ce ‘jardin’ le long du viaduc Berri - une belle façon d’embellir un peu ce coin très bétonné!

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Littéralement des fleurs de macadam, mais quelle bonne idée. Des tulipes qui refleuriront le printemps prochain si on laisse les bulbes en terre, tandis que la Ville pourrait planter des vivaces (coriaces) pour occuper le même espace en d’autres temps.

À ma maison de Terrebonne j’avais planté des bulbes pour le printemps et toutes sortes de vivaces avec floraison variées selon les mois d’été et d’automne. Ainsi pour un minimum d’entretien mon jardin évoluait selon la saison et c’était toujours beau.

J’ai fait pareil à La Malbaie comme en font foi les photos incluses, mais dans beaucoup plus grand avec des lits de fleurs magnifiques qui se déployaient jusqu’à tard en octobre aux premiers gels.



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Magnifique arrangement de fleurs. Un talent de botaniste !

Par contre, que veut vraiment dire ‘‘Fleur de macadam’’ ?

J’ai planté des iris sur le terrain à l’avant de mon immeuble… Cela revient à chaque année et en force à part ça. J’aimerais que les villes utilisent davantage des vivaces dans leur paysagement. Ce genre de plantation qui demande souvent moins d’entretien et peuvent également donner de beaux agencements.

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Le macadam est une sorte de revêtement pour les chaussées. De manière plus générale on parle de végétation qui donne l’impression de pousser quasiment sur le bitume.