Environnement et transition écologique

Logement, énergie : « la crise des pièces vides » pèse sur le Québec

Les ménages sont toujours plus petits et vivent dans des logements toujours plus grands, constate un rapport.

Une grande pièce vide chauffée à 22 degrés.
Une grande pièce inoccupée, chauffée à 22 degrés.
PHOTO : GETTY IMAGES / EONEREN

Thomas Gerbet
Publié à 4 h 00 HNE

Il n’y a jamais eu autant d’espaces vides dans les habitations du Québec. Un paradoxe, en pleine crise du logement. C’est aussi un enjeu de surconsommation d’électricité, à une époque où elle se fait plus rare, constate l’édition 2024 de l’État de l’énergie au Québec, publié jeudi.

Il y a de plus en plus de gens qui ont des résidences secondaires, qui ont de plus grands logements. Tout ça fait des mètres carrés en plus à construire, à chauffer, à climatiser…, déplore le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, coauteur du rapport (Nouvelle fenêtre), avec sa collègue Johanne Whitmore.

Entre 1990 et 2021, au Québec, la surface moyenne des logements (superficie de plancher) a augmenté de 23 %. Sur la même période, le nombre de logements pour 1000 habitants a connu une hausse de 18 %.

Graphique publié dans L’État de l’énergie au Québec, édition 2024, à partir de données de l'Office de l'efficacité énergétique.
Graphique publié dans L’État de l’énergie au Québec, édition 2024, à partir de données de l’Office de l’efficacité énergétique.
PHOTO : OEÉ

Les familles québécoises sont plus petites qu’avant et on vit de plus en plus seuls.

Dans tout le débat sur la crise du logement, personne ne semble parler de la crise des pièces vides, remarque M. Pineau.

Nous sommes devenus une société qui cultive les espaces vides et ne songe qu’à construire plus encore, plutôt qu’à mieux répartir ce qui existe.

— Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie, à HEC Montréal

Pendant que la superficie par ménage augmente, le nombre d’occupants par habitation diminue, montre le graphique suivant.

Graphique réalisé par Pierre-Olivier Pineau avec les données de l'Office de l'efficacité énergétique et de Statistique Canada.
Graphique réalisé par Pierre-Olivier Pineau avec les données de l’Office de l’efficacité énergétique et de Statistique Canada.
PHOTO : OEÉ/STATCAN

La superficie de plancher à chauffer a continué d’augmenter plus vite que la population, note le rapport. C’est un enjeu énergétique, dit M. Pineau. On chauffe tous ces espaces-là.

Le nombre total de logements au Québec a connu une hausse de 45 %, alors que la population n’augmentait que de 23 %. Cela s’explique par une diminution du nombre de personnes par ménage, expliquent les auteurs du rapport.

Un homme en entrevue à Radio-Canada.
Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie
PHOTO : RADIO-CANADA

La surface moyenne de plancher augmente non seulement parce que les logements habités sont plus grands, mais aussi parce que le parc de maisons unifamiliales et attenantes croît plus rapidement que celui des appartements (incluant les condos).

En plus d’être de plus petite taille, les appartements requièrent 28 % moins d’énergie par mètre carré, par année, qu’une maison unifamiliale.

Cela explique qu’un ménage vivant en appartement consomme près de 44 % moins d’énergie qu’un ménage occupant une maison unifamiliale.

Tableau publié dans L'État de l'énergie au Québec, édition 2024.
Tableau publié dans L’État de l’énergie au Québec, édition 2024.
PHOTO : OEÉ, 2023

Pierre-Olivier Pineau constate que la gestion automatisée du chauffage dans les habitations, pour baisser la température dans les pièces inutilisées, est encore peu répandue. Il y a Hilo, mais il a de la difficulté à pénétrer le marché, dit-il. Ultimement, il faudra des bâtiments performants pour avoir une bonne efficacité énergétique.

Le gouvernement du Québec a déposé un projet de loi pour améliorer la performance énergétique des bâtiments, mais ça ne concerne pas les plex ni les maisons, comme en France.

Hydro-Québec entrevoit la fin de ses surplus d’électricité pour 2026-2027 et doit lancer un grand chantier pour accroître la production afin de répondre à la demande (Nouvelle fenêtre).

Les Canadiens et les Québécois sont parmi les champions du monde de la consommation d’énergie par habitant.

Tableau tiré de l'État de l'énergie au Québec, édition 2024.
Tableau tiré de l’État de l’énergie au Québec, édition 2024.
PHOTO : EÉQ2024

Les auteurs calculent que 61 % de l’énergie utilisée par les résidences du Québec sert au chauffage, 18 % au fonctionnement des appareils électriques et 14 % au chauffage de l’eau. L’éclairage ne compte que pour 4 % de la consommation totale et la climatisation pour 3 %.

Pas de pitié pour les riches

Le rapport démontre que plus les Québécois sont riches et plus ils consomment de l’électricité.

Tableau publié dans L'état de l'énergie au Québec, édition 2024.
Tableau publié dans L’état de l’énergie au Québec, édition 2024.
PHOTO : STATISTIQUE CANADA

C’est problématique, selon Pierre-Olivier Pineau, car on ne devrait pas subventionner des ménages à revenu élevé qui ont de plus en plus de mètres carré.

Au Québec, les clients résidentiels paient un tarif équivalent à 85 % de ce qui l’en coûte à Hydro-Québec pour les alimenter. Ce sont les industriels et surtout les clients commerciaux, comme les petites moyennes entreprises (PME), qui comblent la différence.

Selon lui, une possibilité serait de faire payer l’électricité selon son revenu.

Je n’ai pas de pitié, parce que ce ne sont pas les gens pauvres qui ont des espaces vides, ce sont les gens riches.

— Pierre-Olivier Pineau, coauteur de l’édition 2024 de l’État de l’énergie au Québec

Je préfèrerais que tout le monde paie un prix plus élevé, mais qu’on fasse des programmes ciblés pour des gens à faible revenu, explique-t-il. C’est ce qu’on a fait avec la TPS-TVQ, tous la paient, mais en dessous d’un certain revenu, vous avez un retour d’impôts du gouvernement.

Une jeune femme seule sur son sofa.
19 % des Québécois vivent seuls dans leur logement.
PHOTO : GETTY IMAGES / BORIS_ZEC

M. Pineau évoque même une écofiscalité pénalisant les mètres-carré au-delà de 50 m2 par personne, ce qui créerait un incitatif à la location/colocation, en plus de générer des fonds pour du logement social.

Les Québécois, champions de la vie en solo

Au Canada, en 2021, 4,4 millions de personnes vivaient seules, comparativement à 1,7 million, en 1981. Et, le Québec est la province qui affiche la proportion la plus élevée : 19 %.

Selon une étude de Statistique Canada publiée en 2022, cette hausse du nombre de ménages d’une seule personne (qui se poursuit malgré le ralentissement économique et les problèmes d’abordabilité du logement dans certaines régions) s’explique presque entièrement par le vieillissement de la population.


Le Québec est un surconsommateur d’énergie qui refuse de se sevrer


Photo: Alexandre Shields, Archives Le Devoir
Le parc de véhicules personnels a augmenté de 57% au Québec depuis 1990, soit une hausse deux fois plus importante que la croissance démographique.

Alexandre Shields
Pôle environnement
7 février 2024
Environnement

La croissance de la production d’électricité souhaitée par le gouvernement Legault est loin d’être une panacée, selon ce qui se dégage de la 10e édition de l’État de l’énergie au Québec. Au contraire, cette ruée vers de nouveaux projets risque de stimuler notre surconsommation énergétique, alors que nous devrions réduire la demande en transformant nos modes de transport centrés sur l’auto solo, mais aussi en révisant les tarifs résidentiels.

« En 10 ans de travail sur le portrait énergétique du Québec, je constate que la situation ne change pas du tout à la hauteur de nos ambitions. Le problème est l’agrandissement du parc de véhicules et de bâtiments. Au lieu d’être dans une logique de réduction de la consommation, on est dans une logique d’électrification », résume Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal et coauteur de ce rapport annuel devenu un outil de référence.

Par habitant, le Québec est un très gros consommateur d’énergie, pas loin derrière les États-Unis, mais à un niveau qui représente près de quatre fois la moyenne mondiale. Et la moitié de l’énergie que nous consommons provient toujours des sources fossiles qui alimentent la crise climatique, selon ce qu’on peut lire dans le rapport dont l’édition 2024 est publiée jeudi.

« Cette grande consommation s’explique en partie par la consommation industrielle liée à l’hydroélectricité, qui a attiré ici des secteurs industriels énergivores, mais aussi par une consommation énergétique, dans les transports et les bâtiments (résidentiels et commerciaux), supérieure à celle de pays européens dont le niveau de vie est comparable ou supérieur », précise le document.

Ce rapport met aussi en lumière la hausse continue de notre appétit en raison notamment de l’augmentation du parc automobile et de la superficie de l’espace à chauffer dans les secteurs résidentiel, commercial et institutionnel. Sans oublier le manque de progrès en matière de « performance énergétique » des industries, où pas moins de 60 % de l’énergie consommée est perdue.

Véhicules plus gros

Les transports, qui dépendent à plus de 97 % des produits pétroliers, sont particulièrement révélateurs de cette voracité. Depuis 1990, la consommation totale d’énergie du secteur a augmenté de 41 %, dans un contexte où le parc de véhicules personnels a augmenté de 57 %, « soit une hausse plus de deux fois celle de la croissance démographique de la province », précise l’État de l’énergie au Québec.

Au cours de cette période, « la diminution de la consommation énergétique des voitures (–41 %) a été plus que compensée par une augmentation importante de la consommation de camions légers (véhicules utilitaires sports, pickup et camionnettes ; +174 %) en raison de la progression des ventes de ces modèles ». Globalement, le nombre de « camions légers pour passagers » a bondi de 332 %, et cette catégorie domine les ventes depuis 2015 au Québec.

En 10 ans de travail sur le portrait énergétique du Québec, je constate que la situation ne change pas du tout à la hauteur de nos ambitions.

— Pierre-Olivier Pineau

Cette tendance lourde est d’ailleurs de mauvais augure, même dans une optique d’électrification des véhicules, affirme Pierre-Olivier Pineau. Non seulement les véhicules plus imposants consomment plus d’énergie que les voitures, mais, surtout, ils nécessitent plus de ressources pour leur construction, en plus d’influencer l’occupation du territoire.

« Avec des camions légers électriques, l’attachement des individus au véhicule croît. Ce n’est pas un simple moyen de transport, mais un style de vie et une image de soi-même. On ancre encore plus le paradigme de l’auto dans nos styles de vie et on s’éloigne d’un chemin possible vers la carboneutralité », fait valoir Pierre-Olivier Pineau. Il souligne du même souffle que le Québec n’est pas le « leader » climatique dépeint par le gouvernement, lorsqu’on le compare à d’autres États plus ambitieux en Amérique du Nord et en Europe.

« Si nous restons dans un paradigme du véhicule individuel, même électrique, nous n’allons pas inverser la tendance à l’étalement humain qui morcelle le territoire, appauvrit les écosystèmes et demande énormément de ressources (béton, acier et autres matériaux) pour être développé », ajoute l’expert.

Tarifs d’électricité

Selon lui, la baisse de la demande énergétique dans le secteur des transports devrait d’ailleurs être une priorité. Pour y parvenir, la recette est bien connue : « mettre en place des incitatifs au télétravail, au transport actif, au transport en commun, au covoiturage et à l’autopartage ». Bref, mettre en oeuvre la politique de mobilité durable du Québec.

Dans son plus récent rapport, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat plaidait lui aussi pour une révolution dans le secteur des transports qui passerait par l’aménagement des villes, afin de « permettre les déplacements en transports collectifs, mais aussi à pied ou à vélo ».

À l’heure actuelle, rappelle l’État de l’énergie du Québec, Hydro-Québec se prépare à une hausse marquée de la demande québécoise en électricité de près de 20 % d’ici 2035, et ce, même en tenant compte des économies d’énergie prévues. D’où l’empressement à développer des projets éoliens et potentiellement un nouveau projet de grand barrage sur la Côte-Nord.

Mais avant de songer à « construire des infrastructures controversées qui alimenteraient notre surconsommation », Pierre-Olivier Pineau plaide pour la mise en oeuvre de solutions « moins dispendieuses », mais possiblement plus difficiles à mettre en place sur les plans social et politique. Il cite comme exemple le besoin de rénovations des bâtiments pour des raisons d’efficacité énergétique, mais aussi la nécessité de permettre l’« autoproduction » pour les consommateurs industriels.

M. Pineau souligne en outre le besoin d’aborder de front le débat sur les tarifs résidentiels. « Les consommateurs résidentiels sont ceux qui consomment le plus et qui ont le plus grand appel de puissance. Il est temps qu’ils reçoivent un signal de prix plus proche des coûts d’approvisionnement d’Hydro-Québec. Cela n’exclut pas, évidemment, qu’on aide les ménages à faible revenu. Mais doit-on aider tous les ménages, même à revenu élevé, alors que ce sont les ménages riches qui consomment le plus ? »

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L’augmentation du recours au solaire au Québec est « inévitable », selon Fitzgibbon

« On n’aura pas le choix d’inclure le solaire dans notre offre énergétique », croit le ministre.

Pierre Fitzgibbon, debout lors de la période des questions à l'Assemblée nationale.

Pierre Fitzgibbon, ministre québécois de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Publié à 4 h 00 HNE

Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec, Pierre Fitzgibbon, croit que la part du solaire dans le cocktail énergétique du Québec risque d’augmenter au cours des prochaines années. Le gouvernement pourrait utiliser une partie du Fonds vert pour accélérer cette transition.

C’est clair qu’il va falloir augmenter le [recours au] solaire : il n’y en a pratiquement pas, reconnaît le ministre. Moi, je pense que c’est inévitable. Maintenant, est-ce que ça va être une contribution majeure? Ça reste à voir.

Une nouvelle étude de Ressources naturelles Canada révèle que le Québec pourrait produire 27 térawattheures (TWh) d’électricité en installant des panneaux solaires sur tous les toits viables de la province. C’est le quart des besoins additionnels estimés par Hydro-Québec si la province veut atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Ces résultats font réfléchir le ministre, a-t-il admis en entrevue à Radio-Canada. Les subventions actuelles n’encouragent pas les consommateurs à installer des panneaux solaires sur leur toit. Est-ce qu’on doit accélérer l’adoption des panneaux solaires? Si oui, il faudrait être plus subventionnaires.

Sans s’avancer sur la création de nouvelles subventions, Pierre Fitzgibbon indique qu’une partie du Fonds vert, qui sert à financer des projets de lutte contre les changements climatiques, pourrait être consacrée à ce secteur.

Depuis 20 ans, le prix de l’énergie solaire a diminué de 90 % et l’efficacité des panneaux a grimpé de moitié.

Le PLQ réclame des subventions

Interpellé par le député libéral Gregory Kelley lors de la période de questions mercredi, Pierre Fitzgibbon a annoncé qu’Hydro-Québec émettra, au cours des prochains mois, des appels d’offres pour étudier la faisabilité du solaire, principalement en milieu urbain.

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’énergie est d’avis qu’une intervention de l’État est nécessaire. On doit rendre les panneaux solaires plus abordables. Il ne faut pas que ça prenne 19 ans à rembourser mais plutôt de cinq à dix ans, comme on le voit à Calgary et à Toronto.

Une analyse de Radio-Canada a révélé mercredi que c’est à Montréal que l’installation de panneaux solaires est la plus longue à rentabiliser.

La raison en est simple : le Québec est la province où les prix de l’électricité sont – et de loin – les plus bas du pays. Les clients résidentiels payent en moyenne 9 ¢ le kilowattheure (kWh), contre environ 30 ¢ le kWh en Alberta. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les Québécois sont les plus grands consommateurs d’électricité au pays.

Le Parti québécois a affirmé par courriel qu’il appuie lui aussi les projets d’énergie renouvelable décentralisés comme le solaire photovoltaïque, notamment en bonifiant considérablement les appuis financiers des programmes Chauffez Vert, Rénoclimat et ÉcoPerformance.

Le solaire, mais pas que, dit QS

Même si Québec solidaire (QS) est également favorable à la création de nouvelles subventions pour favoriser l’installation de panneaux solaires sur les toits, cela ne devrait pas être le seul outil utilisé par le gouvernement, selon le porte-parole de ce parti en matière d’énergie, Haroun Bouazzi.

On se retrouverait à subventionner uniquement le haut de la classe moyenne, comme c’est le cas avec les voitures électriques. Mais les personnes moins nanties sont celles qui dépensent la plus grande proportion de leurs revenus en électricité, puisque leurs maisons sont moins bien isolées.

Le député estime qu’il faudrait créer une corvée d’isolation et améliorer la capacité de chauffage des moins nantis, par exemple en changeant un système électrique pourri pour une thermopompe.

On ne s’en sortira pas si on pense que la seule manière de régler notre problème, c’est plus de barrages, plus d’éoliennes, plus de solaire, sans travailler sur la consommation de l’autre côté, ajoute Haroun Bouazzi.

Pour réduire la consommation des ménages, la solution ne consiste pas à hausser le prix de l’électricité, selon QS. En tout cas, pas pour tous. Ce parti réfléchit à des façons de moduler les tarifs, une opération qui n’est pas simple, selon Haroun Bouazzi. Est-ce qu’on doit moduler les tarifs d’électricité en fonction de l’évaluation municipale de la maison? Est-ce qu’on doit simplement augmenter les tarifs pour ceux qui ont un jacuzzi qui fonctionne l’hiver, ou une piscine?

Hausse généralisée du prix de l’électricité

Volonté gouvernementale ou pas, une hausse généralisée du prix de l’électricité nous attend toutefois, prévient le ministre Fitzgibbon, puisque le prix des plus récents projets de production d’énergie renouvelable est bien plus élevé que celui de l’électricité générée par les barrages construits au siècle dernier.

Alors, qu’est-ce qui va arriver? Qui va payer pour ça? Moi, je pense qu’il va y avoir une augmentation des coûts de service que tout le monde va devoir absorber. Nous, on a décidé politiquement. M. Legault l’a dit clairement : pour le côté résidentiel, pour l’instant, c’est maximum 3 % par année. Mais on s’entend : dans le futur, ça va monter à plus que 3 %, et ça, c’est partout dans le monde, pas juste au Québec.

D’ailleurs, dans son programme de mesurage net, le prix auquel Hydro-Québec rachète les surplus d’électricité afin de les injecter dans son réseau est moindre que celui payé par les consommateurs, ce qui ne favorise pas non plus l’installation de panneaux solaires dans la province. La société d’État a toutefois révélé à Radio-Canada par courriel qu’elle est en processus de modification de ses tarifs et de son seuil maximal de 50 kWh, sans vouloir préciser si c’est à la hausse.

Le papillon monarque est au bord du précipice


Photo: Alexandre Shields, Archives Le Devoir
Le papillon monarque, classé «en voie de disparition» au Canada, fait face à plusieurs menaces anthropiques tout au long de sa vie.

Alexandre Shields
8 février 2024
Environnement

Les plus récentes données sur le papillon monarque de l’Est montrent que sa population a chuté à un niveau très inquiétant pour la résilience de cette espèce qu’on peut observer pendant l’été au Québec. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs finalement classé ce papillon comme étant « en voie de disparition », ce qui devrait normalement conduire à la protection d’espaces verts essentiels à sa survie.

La situation de ce grand migrateur vulnérable à la destruction de son habitat et aux répercussions de la crise climatique était déjà précaire depuis plusieurs années. Mais sa population vient d’encaisser une chute abrupte de 59 % en à peine un an.

Selon les données compilées notamment par le Fonds mondial pour la nature sur les sites d’hivernage du monarque, au Mexique, la population occupe cet hiver un espace totalisant à peine 0,9 hectare, contre 2,21 hectares l’an dernier. Comme il est impossible de compter les papillons un à un, les inventaires se font au moyen d’une évaluation de l’espace occupé par l’ensemble des individus.

À titre de comparaison, pour qu’on puisse espérer avoir une population de papillons monarques « résiliente », celle-ci devrait occuper un espace d’au moins 6 hectares, précise le directeur de l’Insectarium de Montréal, Maxim Larrivée. Cela représenterait une population de 125 millions à 130 millions de papillons.

Cette année, avec une superficie de 0,9 hectare, on estime ainsi que la population atteint à peine 15 % du nombre qui serait souhaitable pour assurer sa survie. Déjà, depuis une vingtaine d’années, on constatait que les monarques occupaient en moyenne trois hectares de leur zone d’hivernage, ce qui était déjà insuffisant. « Depuis le début des années 2000, le papillon monarque n’arrive pas à retrouver une taille de population suffisante pour espérer avoir une forme de résilience qui permettrait au phénomène migratoire de se maintenir à long terme. C’est ce qui est inquiétant », résume M. Larrivée.

Pressions environnementales

« L’espèce fait face à différentes pressions environnementales tout au long de son cycle de vie, notamment le réchauffement et les événements climatiques extrêmes, mais aussi la perte d’habitats de reproduction en été. Le nombre d’asclépiades, qui sont des plantes essentielles pour permettre à la chenille de se nourrir, a diminué considérablement en raison de la monoculture et de l’utilisation d’herbicides. Ces pratiques ont un impact énorme sur la capacité de reproduction », explique le spécialiste.

Dans le sud du Québec, par exemple, les activités agricoles ont éliminé plusieurs habitats cruciaux pour la survie de l’espèce. L’étalement urbain et le développement industriel ont aussi éradiqué des espaces verts propices aux asclépiades, une plante sur laquelle le papillon pond ses oeufs.

Devant le déclin marqué de l’espèce, le gouvernement Trudeau a d’ailleurs décidé l’an dernier de se ranger derrière l’avis du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, qui avait recommandé dès 2016 que le lépidoptère reçoive cette désignation, le statut le plus sévère prévu par la Loi sur les espèces en péril avant celui d’espèce « disparue » au pays.

Maintenant que l’espèce est désignée ainsi, le fédéral doit normalement mettre en oeuvre un plan de rétablissement, qui implique de protéger son « habitat essentiel » en sol canadien. Est-ce l’intention du gouvernement Trudeau ? « Le papillon monarque est un pollinisateur important, essentiel à la production de nombreuses cultures au Canada. Les pollinisateurs sont à la base de notre sécurité alimentaire, de notre santé et de notre qualité de vie. Nous restons déterminés à assurer la protection et la survie de cette espèce emblématique », a répondu jeudi le cabinet du ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault.

« Le gouvernement du Canada s’est engagé à protéger et à rétablir les espèces en péril du Canada au moyen de mesures de conservation fondées sur des données scientifiques solides, des partenariats et une planification rigoureuse du rétablissement », ajoute Environnement et Changement climatique Canada dans une réponse écrite.

Habitat essentiel

Plusieurs habitats pourraient être désignés au Québec, dont le « champ des monarques », un terrain appartenant à Transports Canada, mais loué à long terme à Aéroports de Montréal, situé tout près de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. L’organisme Technoparc Oiseaux milite d’ailleurs depuis plusieurs années pour la protection du secteur, qui a fait l’objet de coupes ayant fauché de nombreux plants d’asclépiade à l’été 2022. Malgré cela, le gouvernement Trudeau avait décidé en décembre 2022 de ne pas intervenir pour imposer la protection intégrale des milieux naturels du site.

Pour le directeur de l’Insectarium de Montréal, il y a urgence de protéger « les zones à haut potentiel reproducteur », mais aussi des terrains en friche ou qui pourraient être restaurés afin de favoriser la présence du papillon en péril. « Il faudrait donc augmenter les superficies en jachère et protéger des espaces verts avec des asclépiades », souligne Maxim Larrivée.

Le cycle de vie complexe du papillon signifie cependant que les efforts de protection de l’espèce doivent dépasser les frontières canadiennes et s’étendre aux États-Unis et au Mexique. Par exemple, dans le sud des États-Unis, les femelles déposent leurs oeufs sur les feuilles de l’asclépiade, une variété de plante qui se raréfie en raison du recours aux herbicides et de l’omniprésence de monocultures. Ce facteur nuit sérieusement au développement des chenilles, et tout le renouvellement de l’espèce en souffre.

Les papillons adultes qui passent l’hiver au Mexique se reproduisent au printemps suivant. Les monarques migrent ensuite vers le nord pour arriver au Québec en juin, où ils se reproduisent aussi. Plusieurs générations de monarques peuvent se succéder avant que ces papillons atteignent nos régions, puis repartent vers le Mexique à la fin de l’été.

Les populations de monarques se sont effondrées au cours des dernières années en Amérique du Nord. La population de l’Est a encaissé une chute de 85 %, mais la situation de la population dite « de l’Ouest » est encore pire : elle est passée de 1,2 million de papillons en 1997 à moins de 30 000 aujourd’hui.

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L’actualité verte de la semaine

ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Pailles de plastique peuvent survivre jusqu’à 20 mois dans l’eau salée.

Notre sélection de nouvelles environnementales d’ici et d’ailleurs

Publié à 1h58 Mis à jour à 9h00

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Daphné Cameron
Daphné Cameron La Presse

Quiz

Combien de temps faut-il pour qu’une paille de « bioplastique » se décompose complètement dans l’océan ?

A) Entre deux semaines et un mois
B) Entre deux et six mois
C) Entre huit et vingt mois

Réponse

C). Les fameux « bioplastiques » « biodégradables » comme le diacétate de cellulose ou les polyhydroxyalcanoates peuvent survivre jusqu’à 20 mois dans l’eau salée, révèle une expérience réalisée par des chercheurs américains. C’est beaucoup plus rapide que les pailles classiques de polypropylène, un plastique dont la survie est estimée de 100 ans… à 700 ans ! Le diacétate de cellulose solide se décomposerait en 20 mois. Les scientifiques ont aussi mis à l’épreuve un prototype de paille de diacétate de cellulose composé à partir d’une structure de mousse. Les résultats sont un peu plus encourageants : il leur faudrait huit mois pour se désagréger complètement dans l’eau de mer.

Lisez l’article ici (en anglais)

Bientôt des ouragans de catégorie 6 ?

PHOTO NOAA, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Image satellite de l’ouragan Otis, classé catégorie 5, qui a frappé Acapulco, au Mexique, en octobre 2023

Le réchauffement climatique cause des ouragans si puissants que l’échelle qui classifie leur puissance de 1 à 5 devrait être élargie pour ajouter la « catégorie 6 ». C’est ce que défendent des chercheurs américains dans une étude qui vient d’être publiée dans la revue PNAS. L’échelle de Saffir-Simpson mise au point dans les années 1970 sert à classifier l’intensité des cyclones tropicaux. Ils sont de catégorie 5 dès que les vents excèdent 252 km/h. La nouvelle catégorie proposée pour les « méga-ouragans » commencerait à partir de 309 km/h. Au cours de la dernière décennie, cinq tempêtes auraient pu se classer de catégorie 6. Les auteurs préviennent qu’il y en aura de plus en plus.

Lisez l’article (en anglais)

Chaleur et fumée : un cocktail nocif

ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le pont Golden Gate de San Francisco envahi par la fumée des incendies de forêt en septembre 2020

Lorsqu’ils surviennent en même temps, les canicules et les épisodes de smog causés par les incendies de forêt décuplent le nombre d’hospitalisations pour troubles cardiaques et pulmonaires, montre une étude réalisée en Californie. Dans un article publié dans Science Advances, les auteurs démontrent les dangers de l’effet combiné de ces deux menaces climatiques. Les chercheurs ont comparé les données d’hospitalisation de près de 67 % de la population californienne avec des images satellitaires de fumée et des données météorologiques. Elles montrent que même en additionnant les hospitalisations lors des jours de chaleur extrême avec celles recensées lors des jours de fumée, la somme est bien en deçà des jours où les deux phénomènes coexistent.

Lisez l’article (en anglais)

La pollution nocturne nuit aux pollinisateurs

PHOTO FLORIS VAN BREUGEL/UNIVERSITY OF WASHINGTON

Le NO3 provient de tuyaux d’échappement des voitures.

La pollution causée par les voitures nuirait grandement aux insectes pollinisateurs nocturnes. Un article publié dans la revue savante Science démontre que la molécule chimique trioxyde d’azote (NO3) – qui est produite à la suite d’une réaction de combustion – rend l’odeur de la fleur onagre pâle beaucoup plus difficile à percevoir. En laboratoire, des chercheurs américains ont exposé des papillons à des niveaux typiques de NO3 retrouvés dans un environnement urbain. Résultat : lors du butinage, la précision du papillon de l’espèce Manduca a chuté de 50 %, tandis que les papillons de l’espèce Hyles n’ont pas été en mesure de repérer l’odeur. Le phénomène serait moins problématique le jour, car la lumière du soleil dégrade le NO3.

Lisez l’article (en anglais)

Chute des monarques

CLAUDIO CRUZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des papillons monarques qui hivernent au sanctuaire Rosario, au Mexique

Le nombre de papillons monarques recensés dans leurs aires d’hivernage au Mexique a chuté de 59 % cette année pour atteindre le deuxième niveau le plus bas depuis le début des relevés, préviennent des experts. Ils blâment l’utilisation de pesticides et les changements climatiques. Les monarques provenant de l’est des montagnes Rocheuses aux États-Unis et au Canada passent l’hiver sur les branches des arbres dans les forêts de pins et de sapins de montagne à l’ouest de Mexico. La Commission mexicaine des zones nationales protégées a déclaré que les papillons couvraient une superficie équivalente à 0,9 hectare, en baisse par rapport aux 2,21 hectares de l’année dernière. Le niveau le plus bas a été atteint en 2013 avec 0,67 hectare.

The Associated Press

La Fonderie Horne n’est plus certaine d’investir pour réduire ses émissions d’arsenic

Une note interne du ministère de l’Économie rapporte « des doutes » sur l’avenir de l’usine de Rouyn-Noranda.

Vue des tuyaux surplombant la fonderie.

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Publié à 4 h 00 HNE

La Fonderie Horne a annoncé au gouvernement Legault que son engagement d’investir massivement pour réduire les émissions d’arsenic n’est plus garanti. Un document interne du ministère de l’Économie, obtenu par Radio-Canada, évoque un « risque élevé » de fermeture de l’usine de Rouyn-Noranda et de l’affinerie CCR, de Montréal-Est, « à court terme ».

La Fonderie Horne semble être à la croisée des chemins et son avenir sera vraisemblablement décidé au cours des quatre prochaines semaines, peut-on lire dans l’état de situation de six pages, rédigé le 9 février, par la direction des Industries stratégiques et projets économiques majeurs.

L'entrée de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda.

L’entrée de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

On apprend, dans le document du ministère, que le coût estimé du projet pour réduire les émissions d’arsenic a augmenté de 50 %, soit de 500 millions de dollars à 750 millions.

La haute direction de la multinationale anglo-suisse Glencore doit étudier cette dépense pendant la rencontre du comité d’investissement, la semaine prochaine, et lors de la réunion du conseil d’administration, en Suisse, le 29 février.

Il sera alors décidé soit d’autoriser les investissements, soit de fermer la Fonderie et l’affinerie CCR.

Une citation de État de situation rédigé par le ministère de l’Économie du Québec

La Fonderie Horne emploie 600 travailleurs et génère 1400 emplois indirects, principalement en Abitibi-Témiscamingue. Sa fin entraînerait la fermeture de l’affinerie CCR de Montréal-Est (550 emplois), qui dépend de la production de l’usine de Rouyn-Noranda. Cela toucherait aussi la compagnie Nexans (107 emplois), qui produit des tiges et des fils de cuivre.

Les deux ministres en mêlée de presse.

Les ministres québécois de l’Économie et de l’Environnement, Pierre Fitzgibbon et Benoit Charette, suivent de près le dossier de la Fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada

La Fonderie Horne est la seule fonderie de cuivre au Canada et la seule en Amérique du Nord qui utilise du matériel électronique recyclé comme intrant.

À ce titre, elle est la principale productrice de minéraux critiques et stratégiques en exploitation au Québec. La disponibilité du cuivre deviendra un enjeu important dans les années à venir en raison des efforts importants d’électrification qui seront requis.

La maison-mère a des doutes sur le projet de réduction des émissions

Des rencontres ont eu lieu, la semaine dernière, entre le ministère de l’Économie et la Fonderie Horne. La note interne du ministère indique que les représentants de la Fonderie demandent le soutien du gouvernement afin de convaincre les autorités de Glencore d’approuver la réalisation de ce projet.

L’entreprise indique que la haute direction de Glencore conserve des doutes importants quant à l’opportunité de réaliser le projet.

Une citation de État de situation rédigé par le ministère de l’Économie du Québec

Avec les centaines de millions de dollars investis dans son projet de modernisation, la Fonderie doit pouvoir atteindre les exigences que lui impose le ministère de l’Environnement, d’ici 2028, pour se rapprocher de la norme québécoise et ne pas compromettre la santé des résidents de Rouyn-Noranda.

Selon les données de la Fonderie, la moyenne des émissions était de 47 nanogrammes par mètre cube d’air, l’an dernier, ce qui est encore 15 fois plus que la norme ailleurs au Québec.

Glencore ne veut pas se faire imposer la norme québécoise

Ce qui inquiète la compagnie, c’est ce qu’il adviendra en 2028, quand il faudra obtenir une nouvelle autorisation de Québec. Faudra-t-il encore investir des centaines de millions de dollars pour réduire davantage les émissions, et jusqu’à combien? Est-ce que la rentabilité sera au rendez-vous s’il faut atteindre la norme de 3 ng/m3?

Elle se demande donc s’il est opportun d’investir 740 M$ pour mettre à niveau une usine qu’elle pourrait être forcée de fermer dans quelques années si le gouvernement exige une réduction très difficile à atteindre.

Une citation de État de situation rédigé par le ministère de l’Économie du Québec

Des maisons près des cheminées de l'usine.

Le quartier Notre-Dame, près de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Contactée par Radio-Canada, la porte-parole pour la Fonderie Horne et l’affinerie CCR de Montréal-Est, Cindy Caouette, confirme que l’estimation des coûts est passée à 750 millions et qu’une étape d’approbation de la maison-mère est requise pour valider le portrait global du projet, incluant les investissements requis et les risques associés.

Comme toute entreprise qui s’apprête à investir de telles sommes, nous voulons nous assurer d’avoir un environnement stable et une prévisibilité quant aux futures conditions d’opération, et ce, à moyen et long termes.

Une citation de Cindy Caouette, porte-parole pour la Fonderie Horne et l’affinerie CCR de Montréal-Est

Ils peuvent aller ailleurs

La compagnie avait déjà fermé une fonderie au Canada. C’était en 2010, à Timmins. Ils ont fermé une fonderie en Ontario, ils peuvent en fermer une autre au Québec, prévient le professeur émérite de l’Université Laurentienne, spécialiste de la gestion des entreprises minières, Jean-Charles Cachon.

Le professeur émérite Jean-Charles Cachon.

Jean-Charles Cachon, professeur émérite à la Faculté de gestion de l’Université Laurentienne, à Sudbury

Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

C’est le problème des grandes entreprises de cette taille. Elles ont les moyens de s’installer ailleurs, explique-t-il, dans des pays où les normes environnementales sont moins contraignantes. En ce moment, la priorité des dépenses de capital de Glencore s’en vont vers l’Afrique et l’Amérique du Sud.

M. Cachon rappelle toutefois que les niveaux de rentabilité de leurs activités de cuivre sont très élevés. L’an dernier, les profits de la multinationale étaient estimés à plus de 5 milliards de dollars.

Je ne vois pas très bien pourquoi ils iraient fermer cette fonderie […] C’est probablement une négociation.

Une citation de Jean-Charles Cachon

Rappelons que lors de la négociation de la précédente autorisation ministérielle, la Fonderie Horne avait déjà menacé de fermer.

Il est acquis que le gouvernement ne lui donnera pas d’argent. Glencore est déjà admissible à un crédit d’impôt de 150 millions de dollars d’Ottawa et un autre de 125 millions de Québec pour son projet de modernisation menant à la baisse des émissions.

Selon nos informations, l’appui devrait prendre la forme d’une lettre de soutien à présenter à la maison-mère, mais sans engagement sur les cibles de réduction des émissions qui seront fixées en 2028.

Glencore veut influer sur une future étude de santé publique

Selon le document interne du ministère de l’Économie, la Fonderie Horne réclame de pouvoir collaborer à la méthodologie de la prochaine étude de biosurveillance sur l’état de santé des voisins de l’usine. L’entreprise demande aussi à participer à la réalisation de l’étude et à l’interprétation des résultats.

Cette étude doit se faire juste avant la prochaine autorisation, dans quatre ans. Jusqu’à présent, le gouvernement comptait seulement offrir un rôle d’observatrice à la compagnie.

Des manifestants à proximité de la Fonderie Horne.

« Nos vies valent plus que leurs profits », pouvait-on lire sur une grande banderole lors d’une manifestation de 900 citoyens devant la Fonderie, en septembre 2022.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Un risque plus élevé pour la santé à Rouyn-Noranda

En 2022, des données de santé publique montraient que la population de Rouyn-Noranda a :

  • une espérance de vie jusqu’à 6,6 ans de moins que la moyenne québécoise;
  • une plus forte proportion de bébés de faible poids;
  • une plus forte prévalence de cancer du poumon et de maladie pulmonaire que dans le reste du Québec.

Radio-Canada révélait alors que certaines de ces données étaient connues depuis plusieurs années, mais leur publication a été retardée par l’ex-directeur national de santé publique Horacio Arruda.

C’est véritablement à l’été 2022, avec la forte médiatisation du dossier, que les citoyens ont pris la pleine mesure des risques auxquels ils s’exposent. Des parents avouaient alors regretter d’avoir eu des enfants à Rouyn-Noranda.

La Fonderie Horne et le gouvernement du Québec sont visés par un recours collectif qui pourrait leur coûter des milliards de dollars.

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C’est toujours la même histoire qui se répète. Une privatisation des profits et une socialisation des problèmes. Depuis son implantation en 1930, la fonderie a générée énormément de profits, tout en contaminant de façon permanente son environnement et ses gens. On lui demande de respecter le droit à un environnement sain et elle menace de partir. Devinez qui va devoir payer la décontamination ?

Ça me rappelle un peu l’histoire de la Balmet à Saint-Jean-sur-Richelieu, à la fin des années 80. C’était une fonderie de plomb qui récupérait des batteries de voitures usagées pour réutiliser le plomb. L’entreposage se faisait à l’extérieur, l’usine était vieillissante et lorsque des études ont été fait sur les concentrations de plomb dans le quartier défavorisé de Notre-Dame-Auxiliatrice, bordant l’usine, les concentrations étaient vraiment trop élevées pour un milieu de vie. Les enfants ont été testés et plusieurs dizaines d’entre eux avaient une plombémie trop importante, certains ont même du être hospitalisés. Quand le gouvernement a demandé à l’entreprise de décontaminer les terrains, elle a fermé son usine, les dirigeants sont partis ailleurs et c’est le gouvernement qui a finalement du payer la décontamination.

C’est la même histoire aussi avec les lagunes de Mercier. Une entreprise s’enrichit en polluant son milieu, quand on lui demande de payer, elle ferme et part. Aujourd’hui le gouvernement doit débourser des millions pour seulement freiner la contamination souterraine (engendrant également une contamination de l’air et de l’eau de surface).

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Notre système de valeurs est vraiment tordu, tant qu’on priorisera le court terme on aura ce genre de scénarios et de chantages de la part des entreprises délinquantes qui profitent des largesses et de la nonchalance de l’État. Dès qu’on essaie de les responsabiliser elles menacent de quitter pour des cieux plus permissifs. Ici l’industrie minière et des métaux a le pire bilan en la matière et pourtant le gouvernement continue à les soutenir, tout en ramassant les pots cassés comme de vrais imbéciles. :rage:

Deux puits fermés, 12 millions

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Malgré des travaux de fermeture définitive, le puits A-190, à Sainte-Françoise, dans la région de Bécancour, représentait toujours en 2020 « un risque pour la santé humaine ».

(Sainte-Françoise) Dix ans après avoir lancé un programme pour sécuriser les puits de gaz et de pétrole abandonnés, le gouvernement du Québec n’a fermé que deux puits « problématiques » sur 87, au coût de 12 millions de dollars. Malgré cela, l’un de ces puits, qui fuit toujours, représentait en 2020 « un risque pour la santé humaine ».

Publié à 5h00

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Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

Ce qu’il faut savoir

Il y a 775 puits orphelins au Québec. De ce nombre, 87 doivent faire l’objet de travaux de fermeture définitive, selon le ministère de l’Énergie.

Pour l’instant, seuls deux puits ont été fermés, au coût de 12 millions. L’un d’entre eux fuit toujours. Québec a signé un contrat sans appel d’offres avec une firme de génie pour trouver une solution.

Il n’y a pas d’échéancier pour fermer ces puits. Le premier plan d’action pour les puits orphelins a été lancé en 2014.

Ces révélations ont été faites dans le cadre des démarches judiciaires des 12 sociétés pétrolières et gazières qui contestent la fin de l’exploration et de l’exploitation d’hydrocarbures au Québec.

L’ingénieure Jacinthe Légaré-Laganière, coordonnatrice à l’ingénierie et à l’environnement à la direction de l’expertise des réservoirs géologiques au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE), a affirmé en interrogatoire que seuls deux puits avaient fait l’objet de travaux de fermeture sur 87 puits jugés « problématiques ».

« Selon les données d’Investissement Québec, les coûts de mise aux normes et de fermeture définitive des deux puits réalisées en 2018 et 2019 ont atteint un peu plus de 12,1 millions », a confirmé Jean-Pierre D’Auteuil, responsable des relations médias au MEIE, dans un courriel.

Ces coûts élevés « s’expliquent notamment par les difficultés exceptionnelles rencontrées lors des travaux, tels que des bris d’équipement, la découverte d’obstacles, de cavités ou d’inclinaison dans les tubages et des émissions de gaz imprévues », a-t-il ajouté.

Mme Légaré-Laganière expliquait que lors des travaux de refermeture, les employés « sont tombés sur des outils qui avaient été échappés dans le puits, des outils de forage, fabriqués probablement en acier, très durs ». « Ça a engendré beaucoup de retard dans les travaux, des opérations de repêchage coûteuses qui n’avaient pas été planifiées », a-t-elle affirmé.

Danger d’explosion et risque pour la santé humaine

Or, malgré ces travaux de fermeture définitive, l’un des puits, l’A-190, foré en 1978 par la SOQUIP à Sainte-Françoise, dans la région de Bécancour, représentait toujours un risque « pour la santé humaine » lors d’une inspection du MEIE réalisée en 2020.

« Si le puits est maintenu sous pression comme lors de la visite du MERN [ancien ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles], il y a un risque pour la santé humaine. La pression est élevée et une ouverture subite des vannes évacuera du gaz naturel pressurisé à très haut débit, et possiblement de la saumure. Il y a un danger d’explosion si la vanne de gaz est subitement ouverte », peut-on lire dans un rapport consulté par La Presse. On note également que « du liquide s’échappait du tubage de surface ».

Les inspecteurs notent que « si les vannes demeurent ouvertes en permanence, il y a émanation par les deux évents à l’environnement. Cependant, le puits n’est plus pressurisé et le risque est réduit ». Leurs recommandations sont toutefois caviardées.

L’autre puits, l’A-216, foré en 1992 par la SOQUIP dans la forêt de la seigneurie de Lotbinière, connaît une « migration de gaz » qui ne représente toutefois pas « un risque selon la loi sur les hydrocarbures », puisque l’émanation de méthane ne dépasse pas 1 m⁠3 par jour, selon une inspection de 2021.

Le 16 novembre dernier, le MEIE a d’ailleurs accordé un contrat de gré à gré de 800 000 $ avec l’entreprise FIG Services-Conseils notamment pour « analyser les travaux ayant été réalisés par la SOQUIP et concevoir un programme des travaux nécessaires afin de régler les problématiques résiduelles de ces deux puits ».

« Le Ministère est déjà à pied d’œuvre pour remédier aux problématiques résiduelles sur les puits A-190 et A-216, avec le mandat octroyé à FIG Services-Conseils. Selon la planification préliminaire, il est estimé que les travaux nécessaires seront complétés d’ici 2026 », écrit le MEIE.

De nombreuses questions en suspens

Quant aux 85 autres puits orphelins jugés « problématiques », « il n’y a pas d’année qui a été identifiée pour avoir terminé tous les travaux de fermeture définitive, s’ils étaient requis », a indiqué Mme Légaré-Laganière. « On a fait des calculs détaillés des coûts pour seulement trois puits […]. Ce n’est pas assez avancé pour commencer à dire : on sait combien ça va coûter », a-t-elle expliqué.

C’est un dossier qui traîne au ministère de l’Énergie. En 2014, le gouvernement Couillard avait lancé un plan d’action pour l’inspection des puits inactifs au Québec, qui prévoyait l’exécution de travaux pour la « restauration des sites problématiques » dès 2015.

En mai 2018, le ministre libéral Pierre Moreau annonçait un plan pour sécuriser les puits de gaz et de pétrole dans un souci « de protection de l’environnement et pour rassurer le public », avec une enveloppe de seulement 2 millions par année.

Il avait été alors assez critique de son ministère, qui manquait de rigueur lors de l’inspection des puits. Un exemple : « lorsque le ministère ne pouvait pas repérer un puits, dans la catégorisation de ce puits-là, on indiquait qu’il s’agissait d’une situation conforme parce qu’il n’y avait pas de situation non conforme de soulignée, ce qui m’apparaît pour le moins imprécis », déplorait M. Moreau.

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Agriculture durable Québec bonifie son programme de 34 millions

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Cette bande riveraine, qui longe la rivière Pot au Beurre, répond à des normes bien supérieures à celles que prévoit la loi québécoise, soit trois mètres à partir de la ligne des hautes eaux d’une rivière.

Réduction des pesticides, aménagements favorables à la biodiversité, protection des sols : Québec continuera de payer les agriculteurs qui adoptent de meilleures pratiques environnementales. Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, annoncera ce vendredi une bonification de 34 millions du programme de rétribution financière des pratiques agroenvironnementales à la ferme, a appris La Presse.

Publié à 1h04 Mis à jour à 6h00

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Daphné Cameron
Daphné Cameron La Presse

Ce qu’il faut savoir

  • La carotte plutôt que le bâton : Québec annoncera ce vendredi qu’il bonifiera de 34 millions le programme de rétribution financière des pratiques agroenvironnementales à la ferme.
  • Au total, près de 4000 agriculteurs seront récompensés financièrement pour l’adoption de pratiques durables.
  • Les producteurs agricoles peuvent aller chercher jusqu’à 50 000 $ sur trois ans.

Grâce à ce financement additionnel, plus de 1200 entreprises agricoles québécoises pourront s’ajouter aux 2800 fermes déjà inscrites au programme lancé en 2022, le premier du genre au Canada. En comptant les sommes allouées depuis le début, c’est donc 119 millions en « aide directe » qui sera versée aux producteurs.

« Le choix qu’on a fait au Québec, c’est d’être en accompagnement et d’y aller avec la carotte », a expliqué le ministre André Lamontagne en entrevue avec La Presse.

« Plutôt que de taper sur les agriculteurs, l’idée, c’est de les accompagner, les sensibiliser, leur donner les moyens, les former et accélérer le transfert de connaissances. Nous, c’est le pari qu’on fait. C’est ça qui va être le plus payant pour le Québec à plus long terme », a-t-il ajouté.

Jusqu’à 50 000 $ en rétribution

Les entreprises qui adoptent des pratiques favorables à la biodiversité comme des bandes riveraines élargies ou des haies brise-vent peuvent aller chercher jusqu’à 50 000 $ sur trois ans. L’utilisation de semences non traitées aux insecticides, la réduction de l’usage des herbicides et la plantation de cultures de couverture en hiver sont aussi des pratiques récompensées.

« La plupart des producteurs et des productrices sur le territoire, ils sont de bons citoyens et ils essaient de faire ce qu’ils ont à faire pour avoir les meilleures pratiques, mais là, ce qu’on leur demande, c’est qu’ils augmentent leur game pour faire plus que le client en demande », a souligné le ministre André Lamontagne.

Jusqu’à présent, près de 400 000 hectares cumulés ont été cultivés avec des approches durables qui vont au-delà des exigences réglementaires.

Au Québec, près de 2 millions d’hectares sont cultivés, ce qui représente environ 2 % du territoire de la province. Environ 1 million d’hectares sont admissibles au programme, principalement des champs de maïs-grain, de soya et de légumes.

Moins de pesticides et d’engrais chimiques

L’approche consistant à récompenser financièrement les bons élèves est la pierre d’assise du Plan d’agriculture durable (PAD) 2020-2030. Ce plan vert agricole a été adopté dans la foulée de l’affaire Louis Robert, cet agronome du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) qui avait perdu son emploi après avoir dénoncé l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides.

Le PAD vise à faire chuter de 15 % le volume de pesticides vendus à l’échelle de la province et de 40 % l’indice qui chiffre les risques théoriques des pesticides sur la santé et l’environnement.

À terme, Québec vise à réduire de 15 % la concentration totale en phosphore dans les cours d’eau de la province et de 15 % les apports de matières fertilisantes azotées sur les superficies en culture.

Initialement, le PAD était doté d’un budget de 70 millions. Devant l’engouement du monde agricole, Québec l’avait déjà bonifié de 15 millions en 2022.

Pour ce troisième tour de roue, Ottawa injectera 24 millions sur les 34 millions dans le cadre du nouveau Partenariat canadien pour une agriculture durable 2023-2028.

L’ancienne ministre fédérale de l’Agriculture Marie-Claude Bibeau, avec qui M. Lamontagne avait signé ce partenariat à Montréal en mars 2023, sera d’ailleurs présente à l’annonce, qui se déroulera dans une ferme de Saint-Hyacinthe.

« Des fois, les producteurs et productrices hésitent à poser des gestes parce qu’ils ont déjà une recette. […] Ils vont hésiter à essayer de nouvelles choses parce qu’il y a une question de coûts et de risque financier, et ce que l’on fait avec la rétribution, c’est qu’on vient partager ce risque-là », a ajouté M. Lamontagne.

L’écosse a adopté une solution radicale pour renaturaliser une partie de ses forêts.

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