Environnement et transition écologique

Crise climatique Les infrastructures ont chaud

PHOTO ALESSANDRO GRASSANI, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Au sud de Milan, en Italie, des gens marchent sous un pont qui enjambe le Pô, dont le lit était largement asséché en juillet dernier.

Les vagues de chaleur de l’été ont mis à mal les infrastructures à travers le monde. Et ce n’est que le début, alertent les experts.

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Philippe Robitaille-Grou

Philippe Robitaille-Grou Collaboration spéciale

Juillet 2022. Le mercure dépasse la barre des 40 °C au Royaume-Uni. Une première dans le pays. Les rails des trains, conçus en fonction des températures estivales moyennes britanniques, prennent 9 km d’expansion sur le réseau de 30 000 km. Des lignes entières sont fermées. À l’aéroport de Luton, à Londres, les vols sont suspendus en raison de déformations de la piste causées par la chaleur. Dans la même ville, le pont Hammersmith est enveloppé de papier d’aluminium pour éviter qu’il ne se fissure.

PHOTO MANISH SWARUP, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des Londoniens tentent de se rafraîchir pendant une vague de chaleur en août, en Grande-Bretagne.

À l’échelle mondiale, des phénomènes récents similaires ont mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures face aux hautes températures : rupture de conduites d’eau au Texas, coupures d’électricité en Europe, effondrement du toit d’un musée en Chine…

PHOTO MARK SCHIEFELBEIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La rivière Jialing, en partie asséchée, dans le sud-ouest de la Chine, à Chongqing

« La plupart des infrastructures ont été conçues en fonction du climat passé, sans réaliser à quel point celui-ci changerait », explique Jo Sias, professeure de génie civil et environnemental à l’Université du New Hampshire.

Dans l’hémisphère Nord, les vagues de chaleur touchant simultanément plusieurs régions sont déjà sept fois plus nombreuses qu’il y a 40 ans, selon une étude publiée en janvier dans la revue scientifique de l’American Meteorological Society. Ces vagues sont aussi de plus en plus intenses et couvrent des zones de plus en plus vastes, d’après l’étude.

PHOTO GUILLAUME SOUVANT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le lit de la Loire, à Langeais, dans le centre de la France, le 8 août dernier

Résultat : « On se dirige vers un scénario où notre capacité à répondre aux défaillances des infrastructures sera dépassée », s’inquiète Mikhail Chester, directeur du Centre Métis d’infrastructures et d’ingénierie renouvelable à l’Université d’État de l’Arizona.

Atténuer les risques

« Il est nécessaire de diminuer les gaz à effet de serre, mais aussi d’adapter les infrastructures », lance Julien Bourque, associé de recherche à l’Institut climatique du Canada (ICC).

Au Royaume-Uni, des rails de train ont été peints en blanc pour éviter qu’ils n’absorbent trop de chaleur et ne se déforment davantage. Ils sont ainsi de 5 à 10 degrés plus frais, évalue Network Rail, propriétaire de la majeure partie du réseau ferroviaire britannique.

PHOTO KIRILL KUDRYAVTSEV, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un camion des services municipaux asperge de l’eau dans une rue de Moscou en pleine canicule, le 24 août dernier.

Au Canada, l’asphalte des routes est généralement conçu pour résister à des températures entre 20 °C et 30 °C, selon le Centre Intact d’adaptation au climat de l’Université de Waterloo. Cet asphalte est constitué de roches, de sable et de bitume. « Ce mélange est très sensible, affirme Jo Sias. En cas de températures trop élevées, la surface ramollit. » Le hic, c’est que les roues des véhicules peuvent alors laisser des traces permanentes.

Certains types de bitume permettent une meilleure résistance aux hautes températures. Ils sont toutefois plus coûteux.

Il y a aussi des initiatives que l’on peut mettre en place durant les vagues de chaleur, par exemple des limitations sur le trafic et les camions lourds à certains endroits.

Jo Sias, professeure de génie civil et environnemental à l’Université du New Hampshire

Les routes et autres infrastructures publiques représentent tout un casse-tête pour le Canada. Elles sont gérées à 60 % par les municipalités, qui « n’ont clairement pas le financement nécessaire, non seulement pour préparer ces infrastructures pour le futur, mais même pour les garder en état actuellement », déplore Julien Bourque.

La facture future

PHOTO PATRICK T. FALLON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Autre source de préoccupation pour l’ICC : les réseaux électriques. Lors de journées chaudes, les lignes électriques s’affaissent et leur capacité de transport diminue. Or, au même moment, les réseaux font face à une demande accrue pour la climatisation. Cette pression exacerbée est susceptible de provoquer des pannes de courant. « Et avec nos objectifs de carboneutralité d’ici 2050, on aura besoin d’encore plus d’électricité et d’infrastructures », prévient Julien Bourque.

PHOTO FREDERIC J. BROWN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La Californie a demandé aux automobilistes de ne pas recharger leur véhicule lors des périodes de forte demande pendant la récente vague de chaleur, par crainte de surcharge du réseau électrique.

Dans son rapport intitulé Submergés : Les coûts des changements climatiques sur l’infrastructure au Canada, l’ICC décrit les bénéfices à long terme d’investissements favorisant des infrastructures résilientes. Le remplacement de composants des réseaux électriques pour les adapter à la chaleur et aux pluies anticipées pourrait réduire de 80 % les coûts associés aux dommages d’ici 2100.

Dans le cas des routes, jusqu’à 98 % des coûts attribuables aux changements climatiques pourraient être épargnés d’ici la fin du siècle en modifiant les matériaux et la conception, toujours selon le rapport.

Se préparer au pire

« Il faut solidifier et renforcer autant que possible, insiste Mikhail Chester, de l’Université d’État de l’Arizona. Mais il faut aussi accepter que nous atteindrons une limite. Nous ne pourrons pas rendre toutes les infrastructures suffisamment résilientes pour faire face aux incertitudes massives que représentent les changements climatiques. » Le chercheur souhaite mettre de l’avant la méthode safe-to-fail, c’est-à-dire l’idée de concevoir des aménagements prêts à céder de manière contrôlée aux intempéries.

Une telle approche a été adoptée aux Pays-Bas, avec le projet « Room for the River ». Près de certaines rivières à risque de débordement, les Néerlandais ont décidé de ne pas ériger de bâtiments et de digues. Sur les terres avoisinantes, des agriculteurs étaient autorisés à planter et avertis qu’ils perdraient leurs récoltes tous les cinq à dix ans, en raison des inondations. Ils étaient dédommagés en cas de perte, ce qui a coûté nettement moins cher que la construction et l’entretien de digues.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Hydro-Québec a mis sur pied un microréseau électrique issu de l’énergie solaire à Lac-Mégantic.

« Dans le cas des vagues de chaleur, on peut penser à des microréseaux électriques qui, lors de pannes de courant, fourniraient de l’électricité pour les besoins critiques », propose Mikhail Chester. Ces derniers permettraient, par exemple, la climatisation de centres communautaires destinés aux plus vulnérables.

Au Québec, un premier microréseau constitué de panneaux solaires et de batteries de stockage a été inauguré en 2021 à Lac-Mégantic. Mais comme partout dans le monde, il y a encore beaucoup à faire, soutient Julien Bourque. « Il faut s’assurer que les gouvernements prennent en considération l’adaptation et la résilience dans tous les aspects décisionnels en termes de financement et de réglementation, conclut-il. Autrement, on ne fera que construire plus de risques. »

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  • 12,8 milliards $
    Le coût des dommages aux routes et aux voies ferrées causés par les températures et les précipitations pourrait atteindre 12,8 milliards de dollars par année d’ici la fin du siècle.

source : Institut climatique du Canada

10 fois
Les changements climatiques ont augmenté d’au moins dix fois la probabilité que survienne la récente vague de chaleur record au Royaume-Uni.

source : World Weather Attribution

L’adaptation climatique, le dangereux angle mort de la campagne électorale

François Norman
Dans la mire
Publié le 17/09/2022 à 09:00


Des semi-remorques et des voitures sont abandonnées sur la route 1, alors que l’eau continue de couvrir les voies en direction est de la route, le 18 novembre 2021, à Abbotsford, en Colombie-Britannique. (Photo: Getty Images)

ANALYSE ÉCONOMIQUE. Les partis politiques comprennent-ils vraiment l’ampleur de la crise écologique à laquelle le Québec et les autres sociétés dans le monde sont confrontés? On peut en douter étant donné le peu d’intérêt qu’ils accordent à l’adaptation aux impacts des changements climatiques.

Il n’a même pas été question de cette adaptation lors du débat des chefs de jeudi dernier sur les ondes du réseau TVA. On peut critiquer François Legault, Dominique Anglade, Gabriel Nadeau-Dubois, Paul St-Pierre-Plamondon et Éric Duhaime de ne pas avoir soulevé la préoccupation — qui est pourtant mentionnée au moins une fois dans la plupart des programmes.

On peut aussi s’interroger sur l’absence de question posée à ce sujet lors du débat…

Tout comme on peut se questionner sur le récent refus du gouvernement sortant de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’instaurer un «pacte vert», afin de combler des besoins évalués à deux milliards de dollars pour aider les municipalités à s’adapter aux changements climatiques.

En revanche, ce vendredi, lors d’un discours au sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le premier ministre sortant François Legault a ouvert la porte au «pacte vert» demandé par les maires, mais pas aux 2 G$ réclamés, rapporte le quotidien Le Nouvelliste.

Certes, les principaux partis politiques — à l’exception du Parti conservateur du Québec — proposent des cibles de réductions de gaz à effet de serre (GES) à atteindre d’ici 2030, sans parler de la carboneutralité à l’horizon 2050.

C’est un no brainer, comme dit l’adage anglophone.

Réduire les émissions de GES de manière ambitieuse est ab-so-lu-ment nécessaire pour espérer limiter à terme le réchauffement de la Terre au-delà des 2 degrés Celsius par rapport au début de l’ère industrielle.

Il faut même être plus ambitieux en termes de cibles, et ce, de Montréal à Beijing en passant par Los Angeles.

On va se dire les vraies affaires: il est sans doute déjà trop tard pour faire une transition énergétique. Il faut maintenant une révolution énergétique, si nous ne voulons pas que les générations futures vivent sur une Terre de plus en plus inhabitable, à +3 ou +4 degrés Celsius.

Nous devons en même temps appuyer sur l’accélérateur, afin d’adapter la société québécoise (incluant les entreprises) aux impacts des changements climatiques, car nous subissons déjà plus vite que prévu leurs effets.

Sécheresses, inondations, incendies, températures extrêmes, pluies diluviennes… La liste est de plus en plus longue. Sans parler de l’exorable augmentation du niveau de la mer.

Plusieurs stratégies peuvent être déployées pour améliorer la capacité de la société québécoise à s’adapter aux changements climatiques.

Et cela passe en grande partie par les villes, comme on peut le constater dans le guide S’adapter au climat par la réglementation, publié en avril par l’UMQ.

Comment mieux s’adapter

Voici quelques mesures inspirées de ce document, mais aussi de celles proposées par des spécialistes, ou qui ont déjà fait leurs preuves depuis longtemps.

GESTION DES EAUX PLUVIALES – La plupart des réseaux municipaux ont été construits à une époque d’une relative «stabilité climatique». Comme ils ne sont plus adaptés, les villes doivent les modifier afin qu’ils puissent gérer de plus grands volumes d’eaux pluviales dans un court laps de temps.

CAPTATION DE L’EAU SUR PLACE – Pour soulager les réseaux municipaux, les villes doivent faire en sorte que l’eau de pluie soit absorbée en grande partie par le sol à l’endroit où elle tombe. Comment? En installant par exemple des pavés alvéolés comblés par des végétaux, ce qui crée une superficie perméable, comme à Gatineau.

ÎLOTS DE FRAÎCHEUR – Il y a déjà plusieurs zones d’ombres et de fraîcheur dans des municipalités du Québec, mais il faut en faire plus. Ces îlots permettent par exemple aux citoyens qui n’ont d’air climatisé dans leur résidence de se rafraîchir lors des canicules de plus en plus fréquentes et chaudes.

CONSTRUCTION EN HAUTEUR – Construire davantage en hauteur permet de préserver les îlots de fraîcheur dans les villes, voire d’augmenter leur superficie dans les municipalités qui sont déjà des leaders en matière d’adaptation aux changements climatiques.

TOIT ANTI-CHALEUR – Les toitures noires et foncées ne sont plus adaptées aux températures de plus en plus élevées. Les pâlir ou les végétaliser est donc une nécessité, comme dans les pays situés dans les régions chaudes du globe. Par exemple, à Montréal, pour tout toit plat, l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie autorise uniquement un toit végétalisé, un matériau de couleur blanche (ou peint) ou un matériau reflétant les rayons du soleil.

Deux réflexes cruciaux à développer

Outre ces mesures spécifiques (et non-exhaustives), les villes doivent aussi apprendre à faire deux choses systématiquement, afin de mieux s’adapter aux changements climatiques.

Premièrement, les municipalités ont tout intérêt à créer une réserve financière pour contingence climatique pour financer l’amélioration de leur résilience. Dans le secteur privé, la plupart des entreprises bien gérées disposent d’une réserve pour contingence afin de pallier aux imprévus.

Bien entendu, sans nouvelles sources de revenus, les municipalités devront faire des arbitrages. Cela dit, l’ampleur de la crise écologique et son accentuation feront en sorte qu’ils seront de plus en plus faciles à faire.

Deuxièmement, la gestion des risques climatiques doit devenir une obsession dans les municipalités du Québec. Tout comme la gestion du risque géopolitique est devenue de plus en plus importante ces dernières années dans la plupart des investisseurs institutionnels, comme la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Ainsi, à l’aide de scénarios et de modélisations s’appuyant sur des données historiques, les villes seraient mieux outillées pour s’adapter aux événements climatiques extrêmes qui les frapperont de plus en plus dans un avenir prévisible.

Dans un monde idéal, les municipalités devraient pouvoir compter sur le gouvernement du Québec pour les aider à s’adapter aux changements climatiques — tout en continuant à réduire massivement leurs émissions de GES.

Or, à la lumière du manque d’intérêt pour cet enjeu crucial lors du premier débat des chefs et à la lumière du manque d’enthousiasme de Québec d’instaurer un «pacte vert», les maires et les mairesses du Québec devront de toute évidence assumer ce leadership que les leaders politiques au niveau provincial ne semblent pas vouloir assumer.

Du moins pour l’instant.

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Il y a 100 000 arbres de plus à Montréal qu’il y a 10 ans


Photo: iStock

Éric Martel
21 septembre 2022 à 16h11 - Mis à jour 21 septembre 2022 à 16h12
3 minutes de lecture

Depuis 2012, 100 000 arbres ont été plantés sur les terrains privés et institutionnels de Montréal. Et ce n’est qu’un début: la Ville souhaite en planter 500 000 d’ici 2032 dans le cadre de son plan climat, un objectif qui semble réaliste.

La Ville de Montréal soulignera cet accomplissement lors d’un événement tenu ce soir en compagnie de divers partenaires, notamment Soverdi, un des organismes derrière cette plantation de masse. «C’est beaucoup d’émotions, beaucoup de fierté», commente Malin Anagrius, la directrice de Soverdi. «C’est avec de belles collaborations entre le public, le privé et le communautaire qu’on peut atteindre de tels sommets.»

Le taux de survie de ces arbres atteint 95%, selon Soverdi. Pour convaincre les propriétaires de terrain de participer à la plantation, la Ville de Montréal finance en grande partie leurs efforts.

«Notre forêt urbaine est un bien collectif inestimable et une richesse que nous devons protéger à tout prix, car elle contribue directement à la qualité de vie de l’ensemble de la population montréalaise», affirme la mairesse de Montréal, Valérie Plante. «Partout sur la planète, de plus en plus de villes reconnaissent la nécessité d’avoir un programme de foresterie pour accroître leur forêt urbaine.»

Ces arbres ont été plantés dans 175 cours d’école, 65 institutions de santé et plus de 100 stationnements et terrains d’entreprises. Les Montréalais en ont aussi planté 25 000 dans le cadre de l’initiative Un arbre pour mon quartier.

Vaincre la chaleur

Les quartiers défavorisés dans l’est, le sud-ouest et le centre de Montréal ont reçu la part du lion de ces 100 000 arbres plantés. En effet, ces zones riment souvent avec îlots de chaleur. La présence d’arbres permet de les diminuer, d’améliorer la qualité de l’air, et même de diminuer les risques de maladies cardio-vasculaires.

L’objectif demeure tout de même de verdir l’entièreté de l’île. «Ensemble, nous avons le pouvoir de verdir les deux tiers de l’île. Plus la communauté d’affaires est impliquée, plus nous allons réussir à faire une différence significative pour la collectivité», commente le directeur général de l’Administration portuaire de Montréal, Martin Imbleau.

Avenir feuillu

L’objectif de planter 500 000 arbres d’ici 2032 s’avère «très réaliste» selon Soverdi. Du nombre, 200 000 doivent être plantés sur les terrains privés. Lors des deux dernières années, 20 000 arbres ont été plantés dans ces zones.

«Mais l’important n’est pas seulement le nombre d’arbres plantés, estime Mme Anagrius. Ce n’est pas qu’une question de nombre, il faut s’assurer de simplement maximiser le verdissement, surtout là où c’est vraiment nécessaire.»

Une variété de 200 arbres ont été plantés dans Montréal. Plusieurs d’entre eux sont des érables, et des arbres fruitiers.

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Le titre est un peu faux, en nombre absolu, il n’y a pas 100 000 arbres de plus, puisqu’on a perdu une quantité très importante de frênes par l’agrile. Ça reste super encourageant de voir qu’on a planté 100 000 arbres en une décennie dans une seule ville.

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Communauté métropolitaine de Montréal Trois nouveaux golfs s’ajoutent à ceux qui seront protégés

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Le Golf Dorval

Malgré les nombreuses poursuites dont elle fait déjà l’objet, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) va adopter ce jeudi une modification à son règlement de contrôle intérimaire afin de protéger trois autres golfs sur son territoire. L’organisation supramunicipale persiste et signe : elle affirme ne pas outrepasser ses pouvoirs en agissant de la sorte.

Publié à 5h00

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Éric-Pierre Champagne

Éric-Pierre Champagne La Presse

474 hectares protégés

Après avoir adopté en juin un premier règlement de contrôle intérimaire (RCI) visant à protéger six terrains de golf présentant un potentiel de reconversion en espace vert, la CMM va ajouter trois autres golfs jeudi, a appris La Presse. La superficie de ces espaces protégés passera ainsi à 474 hectares, soit deux fois et demie la superficie du parc du Mont-Royal. Le club de golf de Boucherville, le Golf Dorval et le Golf Ste-Rose, à Laval, s’ajoutent à la liste. Le règlement modifié doit être approuvé par le gouvernement du Québec, qui avait déjà donné son aval à la première mouture le 25 août dernier. Concrètement, le RCI a pour effet d’empêcher tout projet de lotissement sur ces terrains de golf le temps que la CMM dépose son Plan métropolitain d’aménagement et d’urbanisme (PMAD) révisé, au plus tard en 2025.

Le cas du Golf Dorval

Dans le cas du Golf Dorval, ce sont près de 107 hectares, un peu plus que la superficie du parc Angrignon, qui seront protégés par la CMM. Situé à proximité de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, le terrain jouxte également un milieu naturel de 155 hectares où on trouve notamment un terrain en friche appelé « champ des monarques ». Celui-ci est la propriété du gouvernement fédéral. Un regroupement de citoyens et de scientifiques réclame d’ailleurs que ces terrains, abritant une riche biodiversité, soient protégés. On y retrouverait entre autres des papillons monarques, une espèce menacée au Canada. Le groupe a reçu l’appui de plusieurs politiciens au cours des dernières années.

La COP 15 en vue

« Ces trois nouveaux golfs qui seront protégés témoignent encore une fois de la capacité des villes à poser des gestes forts pour accélérer la transition écologique », soutient la mairesse de Montréal et présidente de la CMM, Valérie Plante. Selon elle, la protection du Golf Dorval était cruciale pour protéger la biodiversité alors que Montréal s’apprête à accueillir le prochain sommet international sur la biodiversité, la COP 15, en décembre prochain. « On s’attend à ce que ce geste fort serve d’exemple pour nos partenaires et les paliers supérieurs qui ont un rôle important à jouer dans la transition écologique et la protection de nos milieux naturels », précise Mme Plante.

Un important retard à combler

Depuis plusieurs années, la CMM cherchait à combler un important retard en matière de protection des milieux naturels sur son territoire. Depuis 2012, l’objectif fixé dans le cadre du PMAD est de protéger 17 % du territoire d’ici 2031. Or, jusqu’à tout récemment, la CMM stagnait encore à 10,1 %. C’est pourquoi, en avril dernier, elle a adopté un RCI interdisant toute construction dans les boisés et milieux humides d’intérêt sur son territoire. Ainsi, la proportion de territoire protégé est passée à 22,3 %. Pour la CMM, ce retard était d’autant plus important à combler que les experts recommandent dorénavant une cible de 30 % d’ici 2030.

Les poursuites s’accumulent

Des poursuites judiciaires ont été déposées par des propriétaires ou des promoteurs qui contestent les deux plus récents règlements de la CMM. Quinze recours visent le RCI sur les milieux naturels et trois s’attaquent à celui sur les golfs présentant un potentiel de reconversion en espace vert, a confirmé à La Presse le cabinet d’avocats Bélanger Sauvé, qui représente la CMM. Plusieurs recours que La Presse a pu consulter évoquent notamment l’argument que la CMM outrepasse ses pouvoirs en adoptant de tels règlements et que ceux-ci sont « illégaux ». Selon l’avocat Marc-André LeChasseur, qui représente la CMM, mais qui est aussi professeur de droit de l’aménagement du territoire à l’Université McGill, on assiste en ce moment à un choc entre le droit de propriété et les intérêts collectifs de protection de l’environnement et d’aménagement du territoire. « Il commençait à être temps que les gouvernements fassent quelque chose », dit-il.

Un règlement « légitime », soutient une experte

« Il n’y a aucun doute que la CMM peut faire ça [l’adoption de règlement de contrôle intérimaire] », soutient Me LeChasseur. Un avis que partage Danielle Pilette, professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste des questions de gouvernance du monde municipal. « Pour moi, c’est très légitime et c’est très probablement légal également. » Selon elle, les recours judiciaires contre les RCI sont « prématurés ». « Le nom le dit, c’est un contrôle et c’est intérimaire. Ça impose un moratoire et c’est excellent de le faire. Ça a pour effet de donner le temps de faire une planification [la révision du PMAD]. Beaucoup de promoteurs sont pressés, mais c’est dans l’intérêt collectif de faire ça, d’autant plus que ce sont des superficies considérables », ajoute-t-elle.

En savoir plus

  • 16
    Nombre d’élus qui formeront la « commission spéciale » que la CMM a chargée de déposer une version révisée de son Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). La commission spéciale, qui sera présidée par Marie Plourde, présidente de la Commission de l’aménagement et de la mobilité à la Ville de Montréal, devra remettre le plan révisé au plus tard en juin 2025.

SOURCE : CMM

6 ℃
Selon les modélisations du consortium Ouranos, spécialisé dans l’étude des changements climatiques, les températures moyennes dans les villes de la CMM pourraient grimper de près de 6 °C d’ici la fin du siècle.

Source : Ouranos

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Bois du ruisseau Barbe Laval n’a pas protégé un milieu d’une « haute valeur écologique »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le ruisseau Barbe, à Laval

Il ne reste qu’une façon de sauver l’un des derniers milieux naturels à Laval, menacé par un projet de développement industriel : la Ville doit faire l’acquisition du terrain à des fins de préservation.

Publié à 7h00

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Delphine Belzile

Delphine Belzile La Presse

Dans une demande d’accès à l’information, le Parti Laval, l’opposition officielle, a récemment découvert que la Ville avait été avisée dès 2019 du projet de développement industriel qui menace aujourd’hui le milieu naturel du ruisseau Barbe. Ce ruisseau s’étend sur 30 hectares de forêts et de marécages, à la croisée des autoroutes 13 et 440. Selon le Conseil régional de l’environnement de Laval (CRE), il s’agit d’un espace d’une « haute valeur écologique ».

À l’époque, l’administration aurait pu faire pression pour bloquer le projet, selon Claude Larochelle, conseiller municipal à Fabreville.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Claude Larochelle, conseiller municipal à Fabreville, lors d’une séance du conseil municipal de Laval

Ce qui aurait dû être fait en 2019 n’a pas été fait. Il y a un pouvoir politique de leadership qui n’a pas été effectué.

Claude Larochelle, conseiller muncipal à Fabreville

En 2020, un des lots visés aurait été acheté plus de 9 millions de dollars par Développement M S. E. C., un partenariat regroupant le groupe Montoni et Monarch, selon le rôle d’évaluation foncière et de taxation de la Ville de Laval.

Or, la loi permet aux villes de procéder à l’expropriation à des fins municipales avec une compensation versée au propriétaire, explique Philippe Biuzzi, avocat au Centre québécois du droit de l’environnement. La Ville de Laval pourrait assurer la protection du milieu naturel par expropriation en créant un parc municipal, par exemple, ajoute-t-il. Toutefois, une telle intervention coûterait trop cher, selon Stéphane Boyer, maire de Laval.

Dans la foulée des revendications, le député sortant de Sainte-Rose, le caquiste Christopher Skeete, s’est engagé à soutenir la Ville pour préserver le bois du ruisseau Barbe, sans énoncer de mesures précises.

« Si la Ville de Laval souhaite prioriser le projet de protection de la forêt du ruisseau Barbe, nous nous engageons à la soutenir dans ses efforts et à participer financièrement », peut-on lire dans une lettre de la Coalition avenir Québec envoyée au CRE et consultée par La Presse.

Le poumon de Fabreville

Pour préserver ce qu’il décrit comme le « poumon du quartier Fabreville », le Comité de protection du ruisseau Barbe continue de rassembler les citoyens de Laval pour faire pression sur les politiciens. La directrice du Comité, Diane Labelle, se dit « extrêmement déçue » de la réponse du maire lors de la dernière séance du conseil municipal.

La Ville ne veut rien faire. Il y a trop de risques.

Diane Labelle, directrice du Comité de protection du ruisseau Barbe

D’ailleurs, Laval a zoné les deux tiers du milieu naturel du ruisseau Barbe comme un « milieu humide d’intérêt », dans son règlement de contrôle intérimaire pour la protection des milieux humides, abordé en 2020.

LISEZ l’article « Des Lavallois s’unissent pour protéger le boisé du ruisseau Barbe »

« Dans les dernières années, on est passé de 3 % à 12 % de la superficie du territoire lavallois protégée. On a quand même réussi à la quadrupler », a précisé le maire Boyer au conseil municipal.

En 2021, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a accordé un permis de remblayage au propriétaire du terrain qui empiète sur le milieu naturel du ruisseau Barbe, le dernier dans Fabreville. En contrepartie, le Ministère a également exigé une contribution financière de 4 millions de dollars à verser au Fonds de protection de l’environnement et du domaine hydrique de l’État.

D’après le MELCC, la demande du promoteur a d’abord été analysée « selon la loi, les règlements et les orientations gouvernementales en vigueur ».

Le promoteur envisage maintenant de remblayer sept hectares du milieu humide pour un projet industriel.

« Montoni est ouvert à toutes les discussions pour une cohabitation harmonieuse du territoire », souligne Alexandra Cordisco-Moreau, conseillère aux affaires publiques du Groupe Montoni.

Le Comité de protection du ruisseau Barbe revendique une réforme de la Loi sur la qualité de l’environnement, pour accorder aux villes davantage de pouvoir en matière de protection de leurs milieux naturels. Jusqu’en 2017, les villes avaient le pouvoir d’émettre une réserve sur des terrains avant que le Ministère délivre un permis de remblayage, explique Claude Larochelle. « Ce pouvoir n’existe plus pour les villes. Ce que ça prend, c’est du leadership politique. »

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D’ici 2031 | Le Grand Montréal croit pouvoir protéger 30 % de son territoire


PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Malgré les poursuites de promoteurs immobiliers qui s’accumulent, le Grand Montréal croit pouvoir accélérer le rythme de protection de son territoire pour atteindre 30 % de superficie protégée d’ici 2031.

Publié à 12h13
Philippe Teisceira-Lessard
LA PRESSE

C’est ce qu’a affirmé jeudi le directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) aux maires de la région. Il s’exprimait alors que le comité qui élaborera le prochain Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) – qui fixe les aires à développer et à conserver dans la région – vient d’être formé.

« On constate aujourd’hui qu’il est possible d’atteindre le 30 % », a affirmé Massimo Iezzoni, directeur général de la CMM, devant son conseil. « Lorsqu’on regarde la superficie terrestre actuelle et avec le règlement de contrôle intérimaire qu’on a déjà adopté, il y a un potentiel supplémentaire de 26 000 hectares additionnels, qui doit être évalué. »

« Nous nous dirigeons sur une possibilité où le 30 % serait une cible qui pourrait être atteinte d’ici 2031 », a-t-il dit.

Dans une entrevue téléphonique, Nicolas Milot, conseiller à la direction général de la CMM, a indiqué que la solution de la CMM pourrait passer par le gel de terrains en état naturel, par le non-développement de certains terrains auparavant promis au développement, ainsi que par la requalification de parcs urbains qui jouissent déjà d’une forme de protection.

C’est la conseillère municipale du Plateau-Mont-Royal Marie Plourde qui dirigera l’élaboration du prochain PMAD, prévu pour juin 2025.

« C’est un énorme chantier, un chantier titanesque auquel il va y avoir une cohorte extraordinaire d’élus qui vont siéger », a-t-elle dit jeudi. « Si on a des réalités différentes sur le terrain, on doit tous et toutes faire face aux mêmes enjeux en matière d’habitation, de mobilité et d’environnement. »

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Sables bitumineux Peu de progrès des pétrolières vers leurs cibles environnementales

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’année dernière, les six plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada et deux organisations de sables bitumineux existantes se sont engagés à respecter les impératifs climatiques du Canada dans le cadre de l’Alliance Nouvelles voies.

La plupart des producteurs de sables bitumineux du Canada ont peu progressé vers leur cible de carboneutralité, malgré leurs profits historiquement élevés et leurs faibles dépenses en immobilisations, conclut un nouveau rapport.

Publié à 16h21

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Caitlin Yardley La Presse Canadienne

Selon le document du Pembina Institute, peu de mesures ont été prises par les membres de l’Alliance Nouvelles voies, un groupe de l’industrie qui représente 95 % des producteurs de sables bitumineux du Canada, pour respecter leurs engagements de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050.

L’année dernière, les six plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada et deux organisations de sables bitumineux existantes se sont engagés à respecter les impératifs climatiques du Canada dans le cadre de l’Alliance Nouvelles voies.

L’engagement comprend des objectifs pour le secteur des sables bitumineux, notamment l’atteinte d’une réduction annuelle de 22 millions de tonnes d’émissions d’ici 2030 et l’atteinte de zéro émission nette d’ici 2050, a indiqué le président de l’Alliance, Kendall Diling, dans un communiqué.

L’Alliance Nouvelles voies « reconnaît qu’elle a un rôle majeur à jouer pour aider le Canada à atteindre ses objectifs climatiques », a affirmé M. Diling.

« Les attentes du Pembina Institute voulant que les entreprises de l’Alliance Nouvelles voies prennent des décisions d’investissement finales sur ces projets de plusieurs milliards de dollars avant que les gouvernements n’aient finalisé les cadres réglementaires pour les soutenir sont irréalistes. »

Plusieurs initiatives ont été mises en place ou sont en cours de réalisation par le gouvernement de l’Alberta, a indiqué le directeur du programme pétrolier et gazier du Pembina Institute, Jan Gorski, notamment le nouveau crédit d’impôt à l’investissement, la finalisation de la réglementation sur les carburants verts, le système de tarification du carbone et le plafond sur les émissions des sables bitumineux.

« Il y a en fait beaucoup plus d’éléments sur la table en ce moment que lorsque l’Alliance Nouvelles voies a été annoncée », a observé M. Gorski.

À ce jour, l’Alliance Nouvelles voies a intégré la Oil Sands Innovation Alliance du Canada et la Oil Sands Community Alliance dans leur organisation afin de poursuivre les efforts visant à réduire l’impact environnemental des sables bitumineux, a expliqué M. Diling.

Cependant, les auteurs du rapport voulaient voir des plans plus détaillés sur les projets de capture du carbone et savoir quels investissements dans de tels projets contribueront à la réduction des émissions.

Le rapport note également que le secteur canadien du pétrole et du gaz naturel devrait générer des profits de 152 milliards en 2022. Cependant, la croissance des bénéfices n’a pas été investie dans des efforts de décarbonation ni dans une expansion significative des emplois dans le secteur.

« Il y a une occasion de créer des emplois grâce à ces projets de décarbonisation », a souligné M. Gorski.

Au lieu d’initiatives environnementales, le rapport a noté que les entreprises de l’Alliance Nouvelles voies investissaient dans des rachats d’actions et le paiement de dividendes.

Les membres de l’Alliance Nouvelles voies comprennent Suncor Énergie, Cenovus Energy, Conoco Phillips, Canadian Natural Resources, la Pétrolière Impériale et MEG Energy.

Une idée neuve pour les eaux usées

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La station d’épuration de l’est de Montréal

Les sécheresses historiques de l’été 2022 le prouvent : il faudra apprendre à réutiliser les eaux usées, a averti en août la Commission européenne. Même au Québec, où par endroits la rareté de l’eau commence à causer de sérieux maux de tête, cette idée fait timidement son chemin.

Publié à 5h00

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Louise Leduc

Louise Leduc La Presse

Benoit Barbeau, professeur à Polytechnique Montréal et spécialiste du traitement des eaux, raconte avoir déjà bu un verre issu des eaux usées recyclées de Singapour, grande championne en matière du traitement de l’eau. « Elle était très bonne. Si je ne l’avais pas su, je n’aurais rien remarqué. »

Comme quoi la chose est possible. Y compris au Québec, dit Benoit Barbeau. Technologiquement, on sait comment faire – on pourrait très bien transformer les eaux usées des égouts en eau potable. « Le plus grand défi, indique M. Barbeau, c’est la réglementation en place au Québec, qui n’est pas pensée pour cela. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Benoit Barbeau, professeur à Polytechnique Montréal et spécialiste du traitement des eaux

« Et bien sûr, il y a toujours des enjeux économiques. Ça doublerait le coût du traitement de l’eau, explique-t-il. La question : combien les gens sont-ils prêts à payer ? »

Oui, ce serait cher, mais pour mettre les choses en perspective, M. Barbeau souligne que si l’on prenait pour le faire les milliards destinés à la construction d’un troisième lien, à Québec, l’épuration de l’eau serait nettement supérieure à la situation actuelle. « Et on pourrait s’attaquer sérieusement au problème des micropolluants présents dans les eaux usées au Québec », ajoute-t-il.

Car dans la province, un problème demeure : les produits pharmaceutiques ne sont toujours pas éliminés par les filières de traitement et aboutissent donc dans les cours d’eau.

Un pas est à tout le moins en voie d’être franchi à Montréal, où des travaux majeurs sont en cours à la station d’épuration de l’est de Montréal pour mettre en place un processus de désinfection à l’ozone, ce qui améliorera considérablement la qualité de l’eau traitée par la station. « Il sera bientôt possible d’éliminer presque tous les virus, les bactéries, mais aussi les produits pharmaceutiques de l’eau qui y sera traitée », annonce la Ville, qui prévoit que tout sera terminé en 2025.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La station d’épuration de l’est de Montréal

L’eau sera ainsi plus propre, précise Hugo Bourgoin, des relations médias à la Ville, mais pas assez pour qu’elle soit bonne à la consommation.

À Montréal, la question se pose en termes purement environnementaux, l’eau étant très abondante. Mais par endroits, elle vient carrément à manquer.

À Saint-Rémi, sur la Rive-Sud, la municipalité a dû se résoudre à acheter de l’eau par grands camions-citernes.

À Saint-Lin–Laurentides, où la construction résidentielle s’est faite à la vitesse grand V, l’accès à l’eau potable a été le gros enjeu des élections municipales de 2021. En mai, la Ville a décrété qu’étaient prohibés l’arrosage de pelouse, le remplissage de piscine en tout temps et l’utilisation d’eau pour laver une cour, une voiture, une remorque, un bateau, etc.

Quelques avancées

En Europe, des incitatifs réglementaires et financiers pourraient faire en sorte que plus de 6 milliards de mètres cubes d’eaux usées traitées non potables soient réutilisés chaque année d’ici 2025, lance la Commission européenne.

Au Québec, on est loin du compte, malgré quelques avancées.

À Saint-Esprit, dans Lanaudière, la rareté de l’eau a amené l’usine d’abattage et de découpe de porcs Olymel, qui puisait de 1300 à 1500 mètres cubes par jour à même la nappe phréatique, à innover. Avec l’aide de la firme Axor (aujourd’hui FNX INNOV) et après maintes démarches pour que la réglementation l’autorise, l’usine réutilise 30 % d’eau depuis 2014.

À Vancouver, évoque Yves Comeau, professeur à Polytechnique Montréal et spécialiste des eaux usées, « la chaleur des eaux usées est utilisée pour le chauffage de bâtiments résidentiels et institutionnels ».

Certains chercheurs étudient aussi la possibilité de réutiliser les eaux jaunes (de l’urine) pour en tirer de l’azote et du phosphore comme fertilisants agricoles. Mais là encore, la présence des composés pharmaceutiques qui s’y trouvent soulève des inquiétudes, souligne M. Comeau.

Lisez notre article « Vermont : de l’urine humaine transformée en engrais »

À Saint-Hyacinthe, par ailleurs, on s’assure d’extraire des ressources énergétiques des eaux usées. La Ville se félicite d’être « l’une des premières villes d’Amérique du Nord à produire du biogaz à partir des résidus organiques des entreprises agroalimentaires de la région. Le méthane ainsi produit sert entre autres à développer les véhicules et les édifices municipaux ».

N’empêche, aujourd’hui, la presque totalité des eaux usées qui ont été traitées est rejetée dans les rivières et les lacs, ce qui en fait à tout le moins « de la réutilisation indirecte », fait-il observer.

Un grand gaspillage

Le portrait, au Québec, demeure en général celui d’un grand gaspillage, à commencer par Montréal. D’emblée, les fuites dans le réseau de distribution d’eau nous ont fait perdre 26,2 % de l’eau émanant des usines de traitement d’eau potable, selon le bilan 2020 de l’usage de l’eau de la Ville de Montréal.

Par habitant, les Montréalais consomment aussi l’équivalent de 729 L par personne par jour.

En comparaison, fait observer Yves Comeau, Haïti en est à 15 L d’eau par personne par jour et le Mozambique, à 5 L d’eau par personne par jour, ce qui est bien en deçà de la quantité minimale d’eau nécessaire à la satisfaction des besoins fondamentaux.

En savoir plus

  • Au 3e rang
    En matière de débit moyen, la station d’épuration de Rivière-des-Prairies est l’une des plus grandes au monde (après celles du Caire et de Chicago).

Source : Yves Comeau, professeur à Polytechnique Montréal et spécialiste des eaux usées

Le spectre de la sécheresse pousse les agriculteurs québécois à innover

Les changements climatiques nous promettent des épisodes de sécheresse plus nombreux, ce qui pose un défi à l’agriculture québécoise, qui doit se préparer à mieux gérer l’eau qu’elle consomme. Les innovations, notamment en irrigation, font partie des solutions.

Francis Desrochers devant une des ses rampes d’arrosage

Photo : Vincent Rességuier

Vincent Rességuier (accéder à la page de l’auteur)

Vincent Rességuier

Publié à 4 h 00

Pour Francis Desrochers, la saison estivale a été plutôt tranquille. Ce producteur de pommes de terre dans Lanaudière n’a pas manqué d‘eau cet été, tout le contraire des années précédentes, où la sécheresse a frappé la région.

Durant l’été 2021, par exemple, le manque de précipitations l’a contraint à irriguer ses champs à une quinzaine de reprises, soit deux fois plus qu’à l’habitude. Et s’il avait pu, il aurait arrosé davantage, mais le niveau de la rivière qui borde ses terres est descendu trop bas. Même chose pour ses bassins de rétention.

En fait, Francis Desrochers a de plus en plus recours à l’irrigation pour ses cultures depuis quelques années, et il est loin d’être le seul.

Selon l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), la superficie des champs de pommes de terre irrigués au Québec a triplé (Nouvelle fenêtre) depuis 20 ans. Et cela se comprend, car l’irrigation permet aux agriculteurs de stabiliser leurs rendements et de préserver leurs cultures les années de sécheresse, un phénomène dont l’impact va croissant.

« L’irrigation nous apporte une sécurité. En irriguant, je double mes rendements, et même plus. »

— Une citation de Francis Desrochers, producteur de pommes de terre

Francis Desrochers, qui est aussi président des Producteurs de pommes de terre du Québec, remarque d’ailleurs que des cultivateurs implantés dans le Bas-du-Fleuve ou dans la région de Québec ont désormais recours à l’irrigation, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ans.

Les effets de la sécheresse se reflètent aussi dans les indemnités pour pertes de revenus versées aux producteurs québécois. Jusqu’en 2017, elles dépassaient rarement, sur une base annuelle, les deux ou trois millions de dollars. Cependant, depuis 2018, les indemnités versées pour cause de sécheresse ont grimpé en flèche et oscillent autour de 10 millions de dollars, avec une pointe à 35 millions en 2020.

Et rien ne permet de croire que cette tendance va s’inverser, au contraire, car lors des prochaines années, les périodes de sécheresse devraient se faire de plus en plus nombreuses, changements climatiques obligent. C’est ce que conclut, entre autres, le groupe de recherche Ouranos, qui prédit des impacts sur la qualité nutritive et la quantité des récoltes.

Des investissements massifs pour économiser l’eau

Francis Desrochers a donc fait le pari d’anticiper en multipliant depuis quelque temps les initiatives pour économiser son eau. Il prend exemple notamment sur les agriculteurs californiens, maintenant habitués à rationner cette précieuse ressource en raison du climat ardent de leur région.

Comme de nombreux producteurs au Québec, il a investi plusieurs centaines de milliers de dollars dans de gigantesques rampes d’arrosage. Désormais, environ 75 % de ses surfaces cultivées sont irriguées avec ces engins.

La plus longue rampe fait 400 mètres de long et lui a coûté près de 100 000 $. Mais le jeu en vaut la chandelle, nous explique-t-il, parce qu’elle est d’une précision chirurgicale : il peut doser au millimètre cube près la quantité d’eau à asperger sur ses plantations.

Francis Desrochers a peu irrigué ses cultures en 2022, contrairement aux deux années précédentes.

Photo : Vincent Rességuier

Avec l’agronome Carl Boivin, il tente tout de même d’améliorer l’efficacité de ces rampes afin d’éviter l’évaporation, qui peut représenter 50 % des volumes d’eau utilisés pour l’arrosage.

M. Boivin, qui est chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), n’est pas un néophyte dans le domaine. Il mène de front plusieurs projets dans différentes régions, dont celui-ci, pour préparer l’agriculture québécoise au réchauffement climatique.

« Nous, on travaille à diminuer non seulement le stress hydrique de la culture mais aussi le stress du producteur pour qu’il puisse prendre les décisions les plus rationnelles possibles. »

— Une citation de Carl Boivin, agronome

Spécialiste de la gestion de l’eau, Carl Boivin explore des manières de récupérer l’eau de pluie et d’optimiser les techniques d’irrigation. À cette fin, il a mis au point des balises pour mesurer les besoins d’hydratation des plants de pommes de terre ou des fraisiers, une façon d’éviter le gaspillage.

Chez Francis Desrochers, par exemple, des tensiomètres insérés dans le sol sableux aident à déterminer avec précision le début et la fin de l’arrosage. Ils ont aussi permis d’établir qu’au-delà de 20 millimètres, le sol ne retient pas l’eau, qui est alors perdue pour ses cultures.

Avec l’aide de Francis Desrochers et de plusieurs producteurs, Carl Boivin mène aussi des expériences sur l’adaptation des plants de pommes de terre aux changements climatiques. L’objectif? Sélectionner des variétés qui s’accommodent de la sécheresse tout en étant agréables au palais et résistantes aux manipulations.

La tâche n’est pas aisée, car il faut trouver l’équilibre entre aptitudes génétiques et impératifs de commercialisation.

L’eau, une ressource à partager

Cependant, tous les efforts déployés pour économiser l’eau risquent de se révéler insuffisants. En effet, la ressource va probablement faire défaut dans certaines régions en période de sécheresse.

La directrice générale d’Eau-Secours, Rébecca Pétrin, est même convaincu que dans un avenir proche, l’eau sera au cœur de conflits d’usage.

Plus on attend, plus les conflits seront graves, anticipe-t-elle. C’est pourquoi elle estime qu’il faut rapidement s’attaquer à réduire la consommation de certains secteurs industriels. Plus vite on mettra en place des mesures pour cibler les gros consommateurs, plus vite on va régler certains conflits avant qu’ils aient lieu, soutient-elle.

Eau-Secours, qui milite pour la protection et la gestion responsable de l’eau, appelle à cet effet le gouvernement du Québec à donner l’heure juste sur l’utilisation industrielle et commerciale de la ressource.

Jusqu’à présent, les quantités d’eau utilisées par les entreprises ne sont pas rendues publiques. Les données sont protégées par le secret commercial, une décision gouvernementale soutenue cette année par un jugement de la Cour du Québec.

Toutefois, selon Rebecca Pétrin, cette information devrait être rendue publique afin qu’ait lieu un débat ouvert sur le partage de la ressource. Cela permettrait de choisir les secteurs qu’on veut voir fleurir au Québec et de limiter l’accès à l’eau de certains secteurs qu’on juge moins prioritaires, fait-elle valoir.

« Si, pour le Québec, c’est important de développer une souveraineté alimentaire, eh bien, peut-être qu’on devrait garder des quotas d’eau pour ceux qui alimentent directement le marché québécois. »

— Une citation de Rebecca Pétrin, Eau-Secours

Francis Desrochers, qui utilise l’eau d’une rivière, s’attend à devoir partager la ressource non seulement avec ses voisins producteurs mais aussi avec la population et les industries.

Il a d’ailleurs participé à des débats préliminaires sur les conflits d’usage dans sa région.

Lors des discussions, raconte-t-il, l’assemblée a pris conscience du fait que localement, les surfaces de pelouse irriguées sont supérieures à celles des cultures maraîchères.

Je n’ai rien contre le gazon, s’amuse le cultivateur, mais en tant que société, il va falloir s’asseoir ensemble et faire des choix.

Vincent Rességuier (accéder à la page de l’auteur)

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C’est demain qu’entre en vigueur l’interdiction des sacs de plastique

Finis les sacs de plastique à Montréal


PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
Les sacs de plastique à usage unique seront interdits à Montréal dès mardi.

Dès mardi, les sacs de plastique à usage unique auront disparu du paysage montréalais.

Publié à 0h00
Isabelle Ducas
LA PRESSE

C’est du moins ce que prévoit la réglementation sur l’interdiction des sacs d’emplettes en plastique de la Ville de Montréal, qui entre en vigueur après avoir été adoptée en septembre 2021.

Ce règlement touche les 19 arrondissements et s’appliquera dans les commerces de détail et les restaurants, y compris ceux qui offrent des plats à emporter et des livraisons à domicile.

Plusieurs commerces de la métropole, notamment les grands détaillants d’alimentation, ont déjà arrêté d’offrir des sacs de plastique il y a plusieurs mois, avant même le début de l’interdiction, fait remarquer Stéphane Lacasse, vice-président des affaires publiques de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ).

« Nos consommateurs sont rendus là, souligne-t-il. Plusieurs utilisent des sacs réutilisables, et il y a toujours l’option d’utiliser des sacs en papier au besoin. Comme nos clients ont déjà l’habitude, on pense que ça va se faire facilement. »

Sac réutilisables

Les commerçants s’assurent aussi d’avoir des sacs réutilisables en bonne quantité pour les clients qui veulent en acheter, dit M. Lacasse.

Les sacs d’emballage, utilisés pour transporter des denrées alimentaires (comme les fruits et les légumes) jusqu’à la caisse, demeurent toutefois autorisés.

L’ADAQ avait été consultée par la Ville de Montréal avant l’adoption du règlement. Stéphane Lacasse espère que, plutôt que d’imposer des amendes aux contrevenants, les inspecteurs municipaux seront en mode « information » lors de l’entrée en vigueur des nouvelles règles.

Les entreprises prises à distribuer des sacs de plastique pourraient recevoir une amende de 200 $ à 1000 $, et jusqu’à 2000 $ en cas de récidive.

Lors de l’adoption de cette mesure, l’administration de la mairesse Valérie Plante avait souligné qu’en plus d’être une nuisance visuelle, les sacs en plastique perdus ont des impacts importants sur les écosystèmes terrestres et marins, puisqu’ils peuvent prendre jusqu’à 1000 ans pour se décomposer.

Meilleur recyclage

Les pellicules plastiques contaminent également la qualité des ballots de papier dans les centres de tri, fait-on valoir. Leur bannissement aura donc un impact important dans l’amélioration de la qualité du papier trié et permettra ainsi un meilleur recyclage local, alors que la métropole traverse une crise en raison de problèmes à ses centres de tri.

« Alors que Montréal s’apprête à accueillir la COP 15 sur la biodiversité, ce geste permettra également de mieux protéger nos milieux naturels. La lutte contre les changements climatiques est l’affaire de toutes et de tous et nous espérons que ce geste fort puisse outiller les autres municipalités à emboîter le pas », a déclaré Valérie Plante, par voie de communiqué.

« La majorité des sites d’enfouissement seront pleins d’ici une dizaine d’années. La réduction à la source est donc une des clés majeures pour atteindre notre objectif et nous invitons tous les commerçants à emboîter le pas et à encourager leur clientèle à faire ses emplettes munie de sacs réutilisables, une pratique économique et écologique », a renchéri la responsable de la transition écologique et de l’environnement au sein du comité exécutif, Marie-Andrée Mauger.

Lors de la deuxième phase du règlement, qui s’appliquera à compter de mars 2023, il sera interdit de distribuer huit articles en plastique à usage unique à Montréal, compostable ou non, dans les commerces alimentaires et les restaurants. Cela comprendra les plateaux (sauf ceux pour la viande et le poisson), les assiettes, les contenants et leurs couvercles, les tasses ou les verres et leurs couvercles, les bâtonnets, les pailles et les ustensiles.

EN SAVOIR PLUS

16 %
Proportion de sacs en plastique qui sont récupérés.

VILLE DE MONTRÉAL

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Reportage au Téléjournal 18h sur des solutions pour s’adapter aux changements climatiques.

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La transition énergétique à plein régime

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Jérôme Pelletier, PDG de BBA

Jean-Philippe Décarie

Jean-Philippe Décarie La Presse

Les entreprises manufacturières de tous les secteurs industriels s’impliquent de plus en plus dans la transition énergétique en recherchant des solutions pour réduire au minimum leur empreinte environnementale. Ce que constate de façon probante la firme d’ingénierie BBA, spécialisée dans les ressources naturelles et l’énergie, qui anticipe que la décarbonation est devenue l’enjeu économique prioritaire des 15 prochaines années.

Publié à 6h30

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BBA est une firme québécoise méconnue qui compte 1200 spécialistes dans 15 bureaux au Canada et un à Santiago, au Chili, et dont le siège social, situé à Mont-Saint-Hilaire, abrite 350 ingénieurs.

Mardi soir, la firme BBA, en association avec Polytechnique et le consortium SAF+, s’est illustrée à la 20e édition des Grands Prix du génie-conseil québécois en remportant le Prix visionnaire pour l’année 2021.

« On a intégré la technologie développée par Polytechnique dans un processus industriel qui permet de transformer le CO2 produit par l’entreprise pétrochimique Parachem pour le combiner avec de l’hydrogène et en faire du carburant d’aviation durable dans une usine-pilote de Montréal-Est », résume Jérôme Pelletier, PDG de BBA.

Ce carburant de substitution pour remplacer le kérosène est moins polluant et permet de capter le CO2 d’une entreprise de pétrochimie qui autrement serait émis dans l’atmosphère.

BBA et le consortium SAF+ (pour sustainable aviation fuels) entreprendront prochainement le développement et la construction d’une usine capable de produire 30 millions de litres de carburant durable d’ici 2026. Le consortium SAF+ est soutenu par d’importants acteurs de l’industrie aéronautique québécoise, notamment Transat et Airbus.

La décarbonation du secteur de l’aéronautique est devenue une priorité pour les manufacturiers de l’industrie et les exploitants de lignes aériennes, tout comme les constructeurs de jets d’affaires qui doivent à tout prix verdir le privilège que s’offrent les mieux nantis de la planète pour réaliser leurs déplacements solitaires.

Bombardier a d’ailleurs déjà commencé à utiliser de façon plus systématique les carburants d’aviation durables à ses installations de Saint-Laurent, où elle réalise les tests de vol de ses nouveaux appareils. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui tenait son assemblée générale à Montréal mardi, a aussi mis en tête de ses priorités la décarbonation de l’industrie aéronautique mondiale.

L’enjeu de l’heure

La construction de l’usine pilote de Montréal-Est n’est pas le premier projet de captation et de recyclage de gaz à effet de serre auquel est associée BBA. La firme de génie a participé il y a quelques années au développement et à la construction d’une unité de captage de carbone de la société CO2 Solution à l’usine de Produits forestiers Résolu à Saint-Félicien.

Cette unité a été mise sur pied pour purifier les émissions de CO2 des cheminées industrielles de l’usine de pâtes et les utiliser dans le complexe attenant de la firme Serres Toundra, qui produit des concombres à grande échelle.

BBA a aussi été associée à la mise sur pied de l’usine de production de biocarburant de la société montréalaise Enerkem à Edmonton.

On travaille avec des entreprises qui innovent et qui proposent des solutions tout à fait révolutionnaires. On doit les aider à rendre leurs projets réalisables et opérables à une échelle industrielle.

Lyne Ricard, directrice générale chez BBA

La spécialiste du développement de projets donne en exemple la collaboration entre BBA et la société Carbon Engineering de Squamish, en Colombie-Britannique, qui veut mettre au point une technologie de captage de carbone directement dans l’air, sans l’aspirer d’une cheminée industrielle.

« On travaille à la réalisation de cette technologie, à son application industrielle. La concentration de CO2 dans le ciel n’est pas la même au Texas qu’au Canada. Il faut purifier le CO2, le déshumidifier avant de pouvoir le transformer », explique Mme Ricard.

Jérôme Pelletier souligne, pour sa part, que toutes les entreprises de tous secteurs confondus – mines, métaux, pétrochimie, foresterie, utilités publiques… – cherchent à réduire leur empreinte.

Très impliquée dans le secteur minier au Québec, où l’entreprise a notamment réalisé toute l’ingénierie du projet de Mine Malartic et celle de la mine de fer du lac Bloom, BBA constate aujourd’hui que tous ses clients veulent trouver le moyen de réduire leurs émissions de CO2, avec le passage du diésel au gaz naturel et ultimement à l’hydrogène.

« On le fait aussi chez nous, où on a décidé d’effacer toutes nos émissions carboniques depuis la fondation de l’entreprise il y a 42 années. On a décidé de devenir net zéro. On réduit les déplacements entre nos bureaux et les voyages chez nos clients en utilisant les nouvelles technologies. On a adopté un mode de travail hybride avec deux jours au bureau.

« C’est un projet qui mobilise d’une façon ou d’une autre nos 1200 employés, mais c’est aussi une réalité chez nos clients qui demandent à nos employés de les aider à réduire leur propre empreinte », observe le PDG.

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Changement climatique : des décisions courageuses vont devoir être prises


Michelle MacInnis ramasse des débris sur sa propriété près de Merigomish dans le comté de Pictou en Nouvelle-Écosse.
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / DARREN CALABRESE

Radio-Canada
Publié à 4 h 58

Chaque événement météorologique extrême force la main des communautés. Elles devront prendre des décisions de plus en plus implacables pour se protéger contre les assauts de la nature, affirme un climatologue interrogé quelques jours après le passage de l’ouragan Fiona sur le Canada atlantique.

Fiona, avec des vents d’ouragan qui ont parfois dépassé les 170 km/h, a secoué samedi l’Île-du-Prince-Édouard, les Îles-de-la-Madeleine, le sud-est du Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. Elle a causé à travers la région dégâts, dommages, inondations et pannes d’électricité qui devraient persister jusqu’au début octobre.

On tire de plus en plus de leçons d’événements tels que Fiona, a dit Alain Bourque dans une entrevue mercredi au Téléjournal Acadie. Mais c’est comme si les politiques publiques étaient quelque chose comme 10 ans en arrière par rapport à l’ampleur des changements climatiques qui se matérialisent sous nos yeux un peu partout.

Climatologue et météorologue ayant longtemps travaillé à Environnement Canada, M. Bourque est aujourd’hui directeur général d’Ouranos, un organisme à but non lucratif. Ce consortium basé au Québec se décrit comme un pôle d’innovation et de concertation pour une société plus résiliente et mieux adaptée à un climat en constante évolution.

Chaque tempête de cette envergure alarme les élus, mais on part de loin, dit-il. On prend des décisions de plus en plus courageuses en lien avec la gestion des zones côtières qui sont de plus en plus à risque, mais ce n’est pas encore assez, estime M. Bourque.

« La majorité des décideurs ont de la difficulté à imaginer ce qui s’en vient au cours des prochaines décennies, et ça va être pire. »

— Une citation de Alain Bourque, météorologue et climatologue

Pas de raison pour s’installer près des côtes

Selon Alain Bourque, aussi démoralisant que cela puisse être, il n’y a plus vraiment de raisons rationnelles, en 2022, pour s’installer sur le bord de l’eau, dans une zone inondable. Ou même dans des zones qui ne sont pas à risque, mais qui sont proches des zones à risque, ajoute-t-il.

Il faut prévoir pour un futur qui est déjà à nos portes, prévient-il : C’est évident que les zones qui sont proches à risque vont devenir à risque.

La perception des gens, qui depuis toujours tendent à converger vers les cours d’eau, est tenace, admet-il. Les gens sont habitués à vivre proches des zones côtières, reconnaît M. Bourque.


À Robichaud, dans Beaubassin-Est, des chalets et des roulottes ont été déplacés sur plusieurs mètres par la tempête.
PHOTO : RADIO-CANADA / PASCAL RAICHE-NOGUE

« Mais il faut bien réaliser que le passé n’est plus garant du futur. Il va falloir, malheureusement, se méfier de l’océan, qui va gagner la bataille face aux terres fermes. »

— Une citation de Alain Bourque, météorologue et climatologue

Selon M. Bourque, il importe donc de penser différemment à la façon dont nous occupons le territoire. Il faut repenser les infrastructures, la façon que c’est bâti, les toitures de maison, et cetera, construire plus solide. Chaque province doit faire ses devoirs et revoir, notamment, ses codes du bâtiment, avance-t-il.

Retraits préventifs et relocalisations

Un des énormes défis est la transition en matière de développement économique qui doit s’opérer dans la société, martèle le scientifique.

S’il est possible dans certains cas de construire des infrastructures plus robustes pour résister aux vagues et aux ondes de tempête, on doit se rendre à l’évidence qu’il faut renoncer à certains secteurs précis.


Photo aérienne prise directement au-dessus d'une région côtière. On voit la terre rouge, de l'eau brune et les débris de bâtiments endommagés par l'ouragan.
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Vue aérienne de Morell, à l’Île-du-Prince-Édouard, le 27 septembre.
PHOTO : CBC / SHANE HENNESSEY

Très bientôt, maintenir des chalets et d’autres structures en zone côtière ne fera pas de sens d’un point de vue économique. Il en coûtera rapidement plus cher pour entretenir des habitations sans cesse assaillies par le temps, et dont la valeur de revente s’effondre.

Dans certains cas, le retrait préventif des résidents de certains secteurs va s’imposer. À défaut de quoi, il faudra malheureusement, dit-il, relocaliser les gens lorsqu’ils auront subi trop de dommages à la suite d’une tempête majeure ou d’un ouragan comme Dorian ou Fiona.

On ne pourra pas juste reconstruire, résume Alain Bourque. Il va falloir parfois prendre la décision de relocaliser.

« C’est les payeurs de taxes de l’ensemble des provinces qui vont payer pour ça. Alors il va falloir faire des choix difficiles. »

— Une citation de Alain Bourque, météorologue et climatologue

Le climatologue comprend que des politiciens soient réticents à prendre des décisions qui pourraient susciter de fortes réactions émotives chez les électeurs. À certains endroits, on s’y résigne néanmoins.


Deux habitations lourdement endommagées à French River, à l’Île-du-Prince-Édouard, le 25 septembre, au lendemain du passage de Fiona.
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / BRIAN MCINNIS

En Angleterre, par exemple, on a pris des décisions beaucoup plus radicales, de carrément repenser l’aménagement d’un village, pour déplacer le cœur d’un village un petit peu plus à l’intérieur des terres. Changer les routes, aussi. Plutôt que de passer le long des zones côtières avec les routes, plutôt passer à l’intérieur des terres, affirme Alain Bourque.

C’est des discussions qui, je crois, devront devenir de plus en plus incontournables. Tant qu’à les avoir dans 5, 10 ans, aussi bien les avoir dès maintenant. Ça va nous coûter moins cher, et ça va nous permettre de prendre des décisions plus durables, et pour le long terme, conclut-il.

Avec les renseignements de Karine Godin

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Protection de la biodiversité |Une décision de la Cour suprême qui pourrait changer la donne


PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Dans sa décision rendue jeudi, la Cour suprême a rejeté la demande d’appel de Mascouche. La municipalité contestait un jugement rendu par la Cour d’appel du Québec, qui lui ordonnait de verser une compensation financière à une citoyenne, Ginette Dupras, pour expropriation déguisée.

La Cour suprême du Canada a rejeté la demande d’autorisation d’appel logé par la Ville de Mascouche dans une affaire d’expropriation déguisée. Une décision qui pourrait être lourde de conséquence pour les villes qui souhaitent protéger la biodiversité sur leur territoire.

Publié à 12h12
ÉRIC-PIERRE CHAMPAGNE
LA PRESSE

Dans sa décision rendue jeudi, la Cour suprême a rejeté la demande d’appel de Mascouche. La municipalité contestait un jugement rendu par la Cour d’appel du Québec, qui lui ordonnait de verser une compensation financière à une citoyenne, Ginette Dupras, pour expropriation déguisée.

Selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ), « ce jugement illustre l’importance de revoir le plus rapidement possible le cadre légal pour assurer une meilleure protection juridique des municipalités lorsqu’elles utilisent leurs pouvoirs d’urbanisme pour favorise la protection des milieux naturels ».

Dans un communiqué de presse, Nature Québec a indiqué que « cette décision est lourde de conséquences pour la protection des milieux naturels ». L’organisme demande « une correction rapide du cadre juridique. « Le maintien de la décision de la Cour d’appel du Québec confirme que des règlements de zonage servant à protéger des milieux naturels d’intérêt peuvent exposer les municipalités à devoir indemniser les propriétaires privés qui perdent la possibilité de faire un développement résidentiel sur leur terrain. »

Un terrain acheté pour 1 $ en 1976

L’affaire débute en 1976, quand Ginette Dupras achète de sa tante un lot boisé d’environ 10 hectares pour la somme symbolique de 1 $ à Mascouche. À l’époque, 30 % du terrain est zoné « conservation », alors que la réglementation permet un usage « résidentiel » pour les 70 % restants.

Mme Dupras et son conjoint, André Bergeron, ne visiteront le terrain que 32 ans plus tard, soit en 2008, au moment où ils s’informent auprès de la Ville de Mascouche de son potentiel d’utilisation. C’est là qu’ils apprennent que le zonage a été modifié deux ans plus tôt et que leur terrain est dorénavant entièrement zoné « conservation », révèle un jugement de la Cour d’appel du Québec.

Avant 2008, la propriétaire avait tout de même autorisé la Ville dès 1985 à aménager une piste de ski de fond sur son terrain. Par la suite, au début des années 2000, Mascouche a créé un parc à proximité et un tronçon de piste cyclable a été aménagé sur ledit terrain, où les chiens seront autorisés par la municipalité en 2015, sans le consentement de sa propriétaire. Entre 2008 et 2015, les discussions se poursuivent pour permettre à Mascouche de racheter son lot.

En 2015, Ginette Dupras fait évaluer son terrain, qui est alors estimé à 4,5 millions de dollars. Mascouche refuse d’acheter le terrain à ce prix. La propriétaire intente finalement une poursuite pour expropriation déguisée en 2016. Dans une décision rendue en août 2020, la juge Judith Harvie de la Cour supérieure lui donne raison, et condamne la Ville à lui verser une indemnité de 436 000 $.

Les deux parties sont alors insatisfaites de la décision et portent l’affaire en appel. Ginette Dupras conteste l’indemnité qui lui est consentie. La Ville de Mascouche, elle, juge qu’il n’y avait pas lieu de conclure à une expropriation déguisée.

Dans une décision rendue le 16 mars dernier, la Cour d’appel du Québec donne encore raison à Mme Dupras et retourne l’affaire devant la juge Harvie, afin qu’elle réévalue à la hausse le montant de l’indemnité. La Cour conclut que bien que le nouveau règlement de zonage soit valide, il constitue une expropriation déguisée.

« Les municipalités du Québec qui adoptent validement un règlement destiné à protéger les milieux naturels [milieux humides ou boisés] sur leur territoire devront-elles indemniser tout propriétaire foncier se disant lésé du fait qu’il ne peut plus construire d’immeubles ? » C’est la question posée par les avocats Jean-François Girard et Steve Cadrin dans la demande d’autorisation d’appel déposée à la Cour suprême, le 13 mai dernier.

Comme elle le fait toujours, la Cour suprême n’a pas donné les motifs de son refus.

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Je ne suis pas sûr de saisir l’ampleur de la relocalisation qu’il suggère. L’enjeu me semble complètement différent si on parle d’un déplacement de 1-2km à l’intérieur des berges vs relocaliser l’entièreté des Îles de la Madeleine.

Exploitation du lithium : maximiser les retombées tout en protégeant l’environnement

Un métal prisé mondialement dans l’électrification des transports, le lithium présente un double défi pour le prochain député d’Abitibi-Ouest, qui devra maximiser les retombées de son exploitation tout en protégeant l’environnement.

Vue aérienne de la mine Lithium Amérique du Nord, à La Corne. (archives)

Photo : Gracieuseté Sayona Québec

Martin Guindon (accéder à la page de l’auteur)

Martin Guindon

Martin Guindon

Publié à 5 h 58

Deux projets miniers sont en développement dans la région d’Amos : la relance de Lithium Amérique du Nord à La Corne et le projet Authier Lithium, toujours au stade de l’évaluation environnementale, à La Motte. Leur propriétaire, Sayona, s’est engagé auprès du gouvernement à faire la deuxième transformation du lithium au Québec dès 2025.

Les bureaux de Sayona Québec, à La Motte.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Pour le préfet de la MRC Abitibi, Sébastien D’Astous, il est primordial que cette deuxième transformation se fasse sur son territoire.

Pour nous, on est un chef-lieu intéressant. Le minéral est sur notre site, alors on souhaite qu’il y ait des retombées économiques, de la deuxième et de la troisième transformation. En fait, on veut qu’il y ait le plus de transformation possible chez nous pour qu’on puisse ne pas être juste une région de ressources qui s’en vont à l’extérieur pour être traitées. On veut vraiment que les retombées soient chez nous. C’est quelque chose qu’on va marteler dans les prochains mois, affirme-t-il.

Sébastien D’Astous, préfet de la MRC Abitibi (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Le vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Centre-Abitibi et président de l’Institut canadien des mines (ICM) section Amos, Robert Cloutier, abonde dans le même sens. Il voit aussi d’un bon œil que la région se positionne avantageusement dans la filière lithium, dont Québec fait la promotion.

L’Abitibi pourrait grandement contribuer à la solution pour la diminution des gaz à effet de serre, c’est certain. Non seulement ça, ces projets-là, au bout du compte, vont aider à structurer encore plus la région et permettre de développer la deuxième et la troisième transformation. Ça va amener plus de savoir, aider à développer nos écoles, nos universités. Au niveau socio-économique, c’est gagnant, croit-il.

Robert Cloutier, président de l’ICM section Amos et vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Centre-Abitibi

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Des préoccupations environnementales

Rodrigue Turgeon, co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine et avocat en environnement, émet toutefois plusieurs bémols sur l’exploitation du lithium dans la région.

D’abord, il est de ceux qui croient que puisqu’ils sont interreliés, les projets de Sayona, en incluant celui de Tansim au Témiscamingue, doivent faire l’objet d’une évaluation environnementale globale.

Sayona souhaite relancer le projet à La Corne, mais il n’est pas trop tard pour le gouvernement d’exiger que l’ensemble des impacts sur ces différents projets, finalement sur ce grand projet global, soient considérés au même moment avant la relance des activités. Ce qui est craint, c’est qu’une fois le projet commencé, la compagnie utilise un argument économique pour forcer la main du gouvernement à autoriser l’exploitation d’autres gisements dans le futur, fait-il valoir.

Rodrigue Turgeon, co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine (archives)

Photo : Radio-Canada

S’il reconnaît le rôle que peut jouer le lithium dans la transition énergétique via l’électrification des transports, il croit qu’il faut aussi prendre en compte les impacts de son extraction, surtout quand les gisements sont situés à proximité d’eskers ou de moraines, qu’il faut protéger à tout prix.

Selon M. Turgeon, on ne peut prétendre produire des batteries vertes si l’extraction du lithium et des autres minéraux stratégiques ne respecte pas l’environnement.

Tout le monde reconnaît que le lithium peut avoir une utilité pour lutter contre la crise climatique. C’est simplement de le faire de manière intelligente et de reconnaître les impacts engendrés sur le territoire par l’extraction du lithium lorsqu’il est emprisonné dans la roche, dans le Bouclier canadien comme c’est le cas ici. Ces impacts sont très grands sur le territoire. Sur la planète, on retrouve du lithium dans d’autres formations géologiques qui peuvent être moins nocives sur l’environnement. Il s’agit de prendre des décisions consciencieuses à cet égard-là, croit-il.

Les candidats à l’élection en Abitibi-Ouest souhaitent que la deuxième et la troisième transformation du lithium se fasse dans la région. (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pousser la transformation ici

Ces préoccupations environnementales trouvent un écho auprès d’Alexis Lapierre, candidat de Québec solidaire. Il estime que tout le débat entourant les projets de Sayona a démontré les limites du régime minier, qu’il faut réformer. Selon lui, tous les projets doivent être assujettis à l’examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Toutefois, il reconnaît que le lithium est un métal d’avenir et que le Québec devrait bénéficier au maximum des retombées si les projets sont conformes aux normes en vigueur.

On pense qu’il faut que l’État soit partie prenante ou actionnaire dans les projets d’exploitation des minéraux stratégiques. C’est aussi un moyen qu’on se donne pour financer la deuxième et la troisième transformation. Donc, on veut exploiter le lithium, les minéraux stratégiques, et après ça, on veut les transformer et se rendre jusqu’aux batteries. Il faut que ce soit fait au Québec. On est déjà des leaders en production de pièces d’aéronautiques, de véhicules, il faut qu’on soit capable de produire nos batteries au Québec si on a ces ressources-là, affirme-t-il, tout en plaidant pour un plus grand retour des redevances minières dans la région.

Alexis Lapierre, candidat de Québec solidaire dans Abitibi-Ouest (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Le candidat libéral Guy Bourgeois rappelle pour sa part que le projet Authier Lithium est toujours dans le processus d’évaluation et qu’il faudra démontrer son acceptabilité sociale devant le BAPE. Mais si tout va de l’avant comme prévu, La Corne sera bien positionnée selon lui pour accueillir les autres étapes de transformation du lithium.

C’est le projet le plus avancé au Québec. On sait qu’il y a beaucoup de discussions avec des joueurs américains. C’est une propriété australienne, donc de ce côté-là, il y a une préoccupation que ça puisse être transformé au Québec le plus possible, et idéalement en Abitibi-Témiscamingue. Parce que si on veut viser la suite, on ne peut pas avoir la troisième transformation quand on ne fait pas la deuxième. De ce côté-là, on veut pouvoir le pousser, surtout qu’il y a un deuxième gisement à proximité. Ils ont aussi des gisements dans le Nord-du-Québec et ils regardent du côté du Témiscamingue. Logiquement, où est le centre? Il est ici. Donc, pourquoi amener ça plus loin, souligne-t-il.

Guy Bourgeois, candidat du Parti libéral dans Abitibi-Ouest (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Son parti s’est aussi engagé à hausser le retour des redevances sur les ressources naturelles dans les régions où elles sont exploitées.

Priorité : acceptabilité sociale

Pour sa part, la députée sortante et candidate caquiste Suzanne Blais fait confiance au processus d’évaluation en place et l’acceptabilité sociale des projets demeure sa priorité. Elle souhaite elle aussi que la deuxième et la troisième transformation du lithium puissent se faire dans la région.

Suzanne Blais, députée sortante et candidate de la Coalition avenir Québec (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

On sait que l’Abitibi-Témiscamingue est un coin de pays où il y a des métaux stratégiques, alors il faut travailler avec ces métaux-là, mais tout en préservant nos belles richesses. Entre autres, quand je dis nos plus belles richesses, c’est nos eskers. Si on fait allusion au projet Authier Lithium, Sayona est présentement au BAPE, alors on les laisse faire leur travail. Et North American Lithium, qui vient de démarrer avec de nouveaux actionnaires [Sayona], ça va bien, et on espère qu’il y ait une deuxième et troisième transformation qui se fasse en région, soutient-elle.

Le candidat du Parti québécois Samuel Doré reconnaît avoir un préjugé favorable envers l’industrie minière, comme pour les deux autres piliers de l’économie régionale, soit la forêt et l’agriculture. Il fait confiance au BAPE pour aider à bonifier les projets, mais il prévient qu’il faut d’abord obtenir l’acceptabilité sociale. Il faut aller chercher le plus large consensus possible, selon lui.

Samuel Doré, candidat du Parti québécois dans Abitibi-Ouest (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Et il faut réduire les risques pour l’environnement au maximum. Je dis au maximum parce que, est-ce qu’on atteindra le risque zéro? Le risque zéro n’existe pas. Oui, il faut être conscient qu’il y aura des répercussions sur l’environnement. Je pense qu’on est capable de faire des projets intelligents. Je pense que l’industrie aussi a beaucoup évolué avec le temps et qu’en général, elle prend les moyens pour avoir les impacts les moins importants possibles sur notre environnement, estime Samuel Doré.

« Conférence financière canadienne » de Bloomberg Pleins feux sur les énergies renouvelables

PHOTO REGIS DUVIGNAU, ARCHIVES REUTERS

Le secteur des énergies renouvelables amorce un cycle de développement et d’investissement d’une ampleur sans précédent en lien avec la crise de l’énergie en Europe et la bonification des objectifs de décarbonation de l’économie.

Le secteur des énergies renouvelables amorce un cycle de développement et d’investissement d’une ampleur sans précédent en lien avec la crise de l’énergie en Europe et la bonification des objectifs de décarbonation de l’économie. C’est ce qui ressort des discussions entre des dirigeants de grandes entreprises de l’énergie jeudi à la dernière journée de la Conférence financière canadienne Bloomberg.

Publié à 11h00

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Martin Vallières

Martin Vallières La Presse

Plus solides que jamais

« Nos perspectives d’affaires dans les énergies renouvelables sont plus solides qu’elles ne l’ont jamais été auparavant, avec un pipeline de projets en développement accéléré totalisant quelque 35 gigawatts en ajout de capacité d’ici quelques années », a indiqué Wyatt Hartley, chef de la direction financière et directeur associé en énergies renouvelables chez Brookfield Asset Management.

Ce conglomérat torontois détient pour 67 milliards d’actifs en énergies renouvelables, qui totalisent 21 gigawatts de capacité de production.

« Cette conjoncture très favorable pour les énergies renouvelables s’appuie sur trois facteurs principaux », a indiqué M. Hartley, lors de la conférence canadienne de Bloomberg.

« La compétitivité économique et financière des énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire s’affirme de mieux en mieux, a indiqué Wyatt Hartley. Enfin, la sécurisation de sources d’énergies renouvelables qui peuvent réduire la dépendance de fournisseurs externes prend beaucoup d’importance avec ce qui se produit en Europe [en raison de l’invasion russe en Ukraine]. »

Début d’une « décennie fantastique »

« Quand on voit le gouvernement de la plus grande économie du monde aller de l’avant avec un grand programme d’incitatifs financiers et fiscaux pour amplifier le développement des énergies renouvelables, comme vient de le faire l’administration Biden aux États-Unis, c’est un autre indice voulant que le secteur des énergies renouvelables amorce une “décennie fantastique” de croissance », a soutenu Jeff Norman, directeur exécutif du développement chez Algonquin Power, lors de la conférence canadienne de Bloomberg.

Cette entreprise valorisée à 10 milliards à la Bourse de Toronto gère 16 milliards en actifs de production et de distribution d’électricité de sources renouvelables en Amérique du Nord.

Du gaz naturel aux énergies renouvelables

« En tant que plus grand transporteur et distributeur d’énergie conventionnelle, nous croyons à la transition énergétique vers des énergies à faible émission et de sources renouvelables. D’ailleurs, nous y investissons depuis une dizaine d’années et nous prévoyons y investir au moins 5 milliards d’ici 2025 », a indiqué Vern Yu, vice-président exécutif et chef de la direction financière chez Enbridge, qui a annoncé jeudi l’acquisition de l’entreprise américaine Tri Global Energy, spécialisée en développement de projets d’énergie éolienne et solaire. Enbridge gère pour 172 milliards d’actifs en oléoducs pétroliers et gazoducs.

« Même en plein essor, le développement des énergies renouvelables s’annonce encore insuffisant pour répondre à la demande qui, par exemple, pourrait être suscitée par une électrification massive de l’économie », a souligné le chef financier d’Enbridge lors de la conférence canadienne de Bloomberg.

Transition compliquée dans les transporteurs

« L’électrification des véhicules automobiles est une solution de transition énergétique de plus en plus viable et accessible pour les consommateurs, mais ce n’est pas encore le cas parmi les transporteurs commerciaux et l’aviation », selon Marcel Teunissen, vice-président principal et chef de la direction financière chez Parkland Corporation. L’entreprise de Calgary gère 14 milliards d’actifs en raffinage et en distribution de produits pétroliers, dont le réseau d’essenceries Ultramar au Québec.

« La plupart de nos gros clients de carburants dans le secteur des transports et de l’aviation ont établi leurs propres objectifs de réduction de leurs émissions de carbone. Mais ils sont encore freinés dans leurs efforts par des préoccupations de compétitivité commerciale et financière », a indiqué M. Teunissen lors de la conférence canadienne de Bloomberg.