L’indice de la qualité de l’air du Québec sévèrement critiqué
Si les épisodes de mauvaise qualité de l’air font l’objet d’alertes et de mise en garde, l’indice utilisé par le ministère de l’Environnement du Québec est jugé désuet et imprécis. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin
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David Rémillard | Profil | Radio-Canada)
Publié à 4 h 00 HNE
L’indice de la qualité de l’air (IQA) utilisé par le ministère de l’Environnement du Québec est jugé imprécis et désuet. Des groupes citoyens et le député solidaire Sol Zanetti réclament une réforme afin d’offrir un meilleur portrait des risques auxquels la population est exposée.
La source de cette offensive provient de la Capitale-Nationale, en particulier d’organismes et de citoyens ayant milité pour une meilleure qualité de l’air en Basse-Ville de Québec ces dernières années.
Le projet RevolvAir, la Table citoyenne Littoral Est et le Mouvement pour une ville zéro déchet ont décidé d’unir leurs forces pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un manque de fiabilité de l’IQA.
L’indice du Québec compile les données provenant des stations de mesure de la qualité de l’air du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), réparties aux quatre coins de la province.
Le niveau de contamination de l’air y est classé selon trois catégories : bon (vert), acceptable (jaune) ou mauvais (rouge). Les résultats sont imbriqués dans une carte interactive mise à la disposition de la population, qui peut s’y référer pour s’informer quotidiennement de la qualité de l’air dans un secteur donné.
La qualité de l’air est mesurée dans les stations officielles du gouvernement du Québec. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Flou et trop optimiste
Les détracteurs de l’indice en ont contre le manque de précision de l’IQA.
La catégorie acceptable poserait particulièrement problème. Dans ce palier, la qualité de l’air est acceptable pour la majorité des citoyens et il y a peu de risques pour la santé, peut-on lire dans le tableau de l’index québécois, sans autre mention ou suggestion de santé publique.
Acceptable pour qui?, demande Guillaume Simard, enseignant au collégial et cofondateur des plateformes LimoilAir et RevolvAir. L’indice ne donne pas beaucoup d’informations sur les dangers ou les risques par rapport à la santé, dénonce l’ingénieur logiciel.
Selon lui, la catégorie acceptable est trop vague, voire optimiste, et ne permet pas aux personnes plus vulnérables de faire des choix éclairés selon leurs activités.
Si la qualité de l’air est sur le point d’être mauvaise, qu’on est vers la fin de l’acceptable, on va dire que c’est acceptable. Mais dans cinq minutes, ça peut passer à mauvais de façon assez radicale, explique-t-il, dénonçant l’absence de gradation plus précise et étoffée.
Guillaume Simard est le concepteur et cofondateur de la plateforme RevolvAir. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Félix Duchesne
Place à l’interprétation
Le terme modéré serait à préconiser, suggère-t-il. Il est plus neutre et met davantage en garde sans pour autant être alarmiste. Il indique que des précautions doivent être prises, contrairement à “acceptable”, qui donne l’impression que la situation ne nécessite pas d’attention particulière.
En plus de minimiser les risques, l’indice actuel laisserait place à une interprétation trop subjective. Il peut être interprété de différentes manières selon le contexte et les individus, ce qui ne favorise pas une compréhension uniforme de l’état de la qualité de l’air, poursuit Guillaume Simard.
Même dans la catégorie où l’air est jugé mauvais à respirer, le pire des trois paliers au Québec, on affirme que la population en général ne devrait pas ressentir d’effets significatifs sur sa santé, ajoutant que les groupes à risque (jeunes enfants, aînés, personnes atteintes de maladies cardiaques ou respiratoires) pourraient être affectés.
La qualité de l’air a un impact notable sur la santé humaine, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin
L’IQA du Québec ne précise pas à partir de quel seuil la population générale devient elle aussi à risque de vivre des complications liées à une dégradation de la qualité de l’air. Plusieurs études ont pourtant démontré l’impact de la pollution de l’air sur les décès prématurés et les risques sur la santé globale des individus.
Au Québec, l’air a notamment atteint des seuils malsains au cours de l’été en raison de la fumée provenant de feux de forêt.
Quand on va sur un site du gouvernement, on s’attend à avoir une information de qualité, qui nous protège. Actuellement, au Québec, il faut se tourner vers d’autres sources.
Une citation de Guillaume Simard, cofondateur des plateformes LimoilAir et RevolvAir
Outre l’échelle utilisée, les organismes dénoncent également des enjeux méthodologiques. Ils ont constaté, entre autres, que les particules fines PM10 n’étaient pas prises en compte dans le calcul de la qualité de l’air au Québec, même si elles représentent des risques pour la santé humaine. Quant aux PM2,5, encore plus fines, elles sont calculées selon une moyenne des trois dernières heures, et non à l’heure. Cette façon de faire lisse les résultats, dénoncent-ils, en plus de ne pas permettre un suivi en temps réel.
De l’inspiration au Canada et aux États-Unis
Guillaume Simard et ses acolytes ont épluché les indices utilisés dans d’autres juridictions afin de les comparer à l’IQA du Québec. Ils ont constaté que plusieurs pays avaient des échelles plus complexes et qui leur semblent plus précises.
Le Canada a pour sa part développé la cote air santé (CAS). Elle comprend une gradation de 11 niveaux, chacun fondé sur les risques pour la santé. Le tableau annexé à la CAS propose des mesures de prévention à prendre, en fonction de la qualité de l’air enregistrée. On y sépare le grand public des populations à risque.
La CAS est utilisée par d’autres provinces et territoires, dont l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique, mais pas le Québec. Ce serait pourtant la voie à suivre, selon M. Simard, puisque les termes sont plus spécifiques et transmettent clairement le degré de risque pour la santé, tout en restant informatifs.
La qualité de l’air est influencée par les activités humaines, notamment par le soulèvement de poussières (ex : transport), le chauffage au bois et les procédés industriels. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Aux États-Unis, la plateforme gouvernementale AirNow possède six niveaux. Après les classements bon et modéré, Guillaume Simard souligne la présence de la catégorie suivante, à savoir malsain pour les groupes sensibles. À nouveau, les organismes réclamant la réforme vantent un système plus clair.
Dans les niveaux plus élevés de pollution de l’air, AirNow établit des risques pour la santé en fonction de trois seuils, soit malsain, très malsain et dangereux. Les risques qui y sont associés ne sont pas réservés aux groupes sensibles, contrairement au Québec.
Le même principe s’applique avec l’indice ATMO, en France, comptant lui aussi six niveaux, passant de bon à extrêmement mauvais.
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Réforme et comité indépendant
Le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, appuie sans réserve la proposition de réforme présentée par les trois organismes issus de sa circonscription.
Après avoir entendu les préoccupations énoncées, l’élu conclut lui aussi que l’indice porte à confusion et paraît laxiste. Est-ce qu’on accepte l’inacceptable?, s’interroge-t-il, reprenant les arguments liés au classement utilisé par le Québec.
Une façon plus rigoureuse de calculer la qualité de l’air pourrait à son avis permettre de mieux agir en prévention et ainsi de réduire les coûts en soins de santé qui y sont associés. Le système actuel, croit-il, encourage l’immobilisme en ayant recours à une terminologie trop avantageuse. L’IQA dore la pilule pour que ça ait l’air plus acceptable, tranche-t-il.
M. Zanetti plaide pour la création d’un comité indépendant chargé de réviser l’indice de la qualité de l’air, lequel pourrait notamment se baser sur ce qui se fait ailleurs dans le monde. Il suggère d’utiliser les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé pour établir de nouvelles façons de faire.