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Nemaska Lithium Des signaux rouges ont été ignorés par Québec

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
Le projet phare de la filière québécoise des batteries, qui a reçu 1,2 milliard de fonds publics, a dû lever le pied en mars pour son projet de transformation à Bécancour dans l’espoir de freiner les dépassements de coûts.
(Québec) Avant les ratés de Northvolt, il y avait déjà des signaux rouges pour l’autre grand projet phare de la filière batterie, Nemaska Lithium, mais ils ont été ignorés par le gouvernement, révèle un rapport de la commissaire au développement durable.
« En 2023, dans un avis sectoriel concernant un investissement de 250 millions de dollars […] réalisé dans un projet minier et de transformation de minéraux critiques, le ministère des Ressources naturelles a soulevé des risques importants susceptibles d’avoir des impacts considérables, notamment sur les coûts et les échéanciers du projet », révèle la commissaire au développement durable dans son rapport annuel.
L’avis a toutefois été renversé. « Des considérations liées par exemple à la volonté de développer la filière batterie ont influencé la modification de la recommandation dans l’avis sectoriel », note Janique Lambert.
L’entreprise n’est pas nommée, mais on peut deviner qu’il s’agit de Nemaska Lithium. Le Conseil des ministres avait donné le feu vert à une injection de capitaux de 250 millions le 24 mai 2023.
Nemaska Lithium ambitionne de produire de l’hydroxyde de lithium – essentiel dans la fabrication des batteries lithium-ion pour véhicules électriques – en transformant le lithium extrait de la mine de Whabouchi, à environ 300 kilomètres de la baie James. Ce projet est l’une des cartes du gouvernement Legault pour attirer des fabricants de cathodes – qui représentent environ 40 % du coût d’une batterie – au Québec.
Des centaines de millions de plus
Le projet a connu depuis d’importants ratés, des retards, et des dépassements de coûts importants. Malgré tout, le robinet des fonds publics continue de couler.
« Depuis cet investissement [de 250 millions], le ministère des Ressources naturelles a recommandé à son ministre d’appuyer sans condition trois demandes d’investissement supplémentaire totalisant environ 672 millions de dollars pour ce même projet, alors que des risques importants sont toujours soulevés dans ses avis sectoriels », écrit la commissaire Janique Lambert.
Pourquoi Québec est-il allé de l’avant malgré l’avis défavorable ? C’est qu’en 2023, le ministère de l’Économie et Investissement Québec sont intervenus.
À la suite de ces « échanges », le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) a produit un avis favorable, assorti « de conditions à respecter afin d’atténuer certains des risques qu’il avait soulevés ».
Le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) est revenu à la charge, tout comme Investissement Québec. « Après de nouveaux échanges, des intervenants du MEIE ont demandé de retirer les conditions de la recommandation de l’avis sectoriel », note la commissaire. De fait, ces conditions ont disparu de l’avis. À la fin de ce processus, la députée conservatrice Maïté Blanchette Vézina, qui était alors ministre des Ressources naturelles, « a émis un avis favorable sans condition pour la demande d’investissement ».
Dans son rapport, la commissaire estime que l’avis du Ministère doit être appuyé sur une « analyse des risques liés aux aspects de gestion ainsi qu’aux dimensions technologiques, techniques, commerciales du projet minier et de transformation ».
Les dépassements de coûts se sont produits
Dans le cas de Nemaska, l’avis de 2023 semble prémonitoire. Le projet phare de la filière québécoise des batteries, qui a reçu 1,2 milliard de fonds publics, a dû lever le pied en mars pour son projet de transformation à Bécancour dans l’espoir de freiner les dépassements de coûts.
En décembre 2025, c’était le volet minier qui se retrouvait sur la glace, plus de six ans après le début des travaux dans le Nord-du-Québec. Un peu moins de 100 employés de Nemaska Lithium se sont alors retrouvés en congé forcé. Au complexe de Whabouchi, à environ 280 kilomètres au nord-ouest de Chibougamau, les employés et les sous-traitants ont déjà reçu l’ordre de démobiliser le chantier pour plier bagage.
La mine de Nemaska Lithium à Whabouchi
Le cas de Nemaska n’est pas unique. Depuis 2020, les avis sectoriels du MRNF ont été livrés pour des dizaines de demandes qui ont mené à des investissements totalisant plus de 1 milliard de dollars. « Malgré l’importance de ces montants, le MRNF balise peu son processus d’élaboration des avis sectoriels », note la commissaire.
« Gambling minier »
Durant cette période, il a produit 19 avis, qui « contiennent tous une recommandation favorable à la demande d’investissement », alors que « 12 d’entre eux soulèvent des risques susceptibles d’avoir un impact important sur le projet ».
La Coalition Québec meilleure mine a salué les révélations faites par la commissaire. « La bulle des minéraux dits critiques et stratégiques éclate. […] Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) se fait complètement avoir par le lobby minier et balaie les préoccupations des communautés locales », a souligné son porte-parole, Me Rodrigue Turgeon, dans un communiqué de presse.
« Les contribuables sont en colère de devoir payer en plus à coup de centaines de millions de dollars les erreurs dogmatiques du gouvernement dans son gambling minier », ajoute Me Turgeon.
De son côté, la députée de Québec solidaire Alejandra Zaga Mendez parle d’une situation « extrêmement grave ». Elle demande au gouvernement de s’expliquer sur la façon dont ces investissements de centaines de millions de dollars ont été réalisés.

