C’est fou pareil, il est payé pour un texte d’un tel registre. Comme lecteur (et donc le client), je me sens floué. Je retourne le plat dans la cuisine, pour reprendre une de ses images.
Le solde migratoire est négatif depuis maintenant quelques années.
Il n’y a pas 2 façons de qualifier cela: c’est un mensonge assumé. Il tente de convaincre qu’il y a une corrélation entre ce phénomène et Projet Montréal.
Ce tableau remonte jusqu’à 2001. Il y a 25 ans. Pas un seul solde positif. Le dernier montant à -24 000 est banal par rapport à ce qu’on voit sur cette période.
Institut de la statistique du Québec prédit que 200 000 personnes quitteront Montréal d’ici 2030.
Ce n’est pas ce que dit le chiffre. Mario Dumont n’est même pas capable d’utiliser le bon mot pour décrire le cœur de son article. C’est la population qui va baisser de 200 000. C’est le résultant des entrants et des sortants, ce n’est pas le nombre de personnes qui va quitter Montréal.
Une telle erreur mérite une correction.
On voit bien que c’est une projection de population. Pas les départs du solde migratoire.
Mais sérieusement, il n’y a pas de façon plus claire et convaincante que de sacrer son camp et aller vivre ailleurs.
Bon, nous savons que Mario Dumont ne fait pas la différence entre la population totale et les départs. Mais son point est que le mouvement de population totale est la mesure du succès de la mairie. Regardons donc ce que Valérie Plante a accompli sur ce point:
On va prendre le chiffre de 2016 comme départ, elle a été élue en 2017: 1 722 322. La dernière évaluation pour 2024 est à 1 945 359.
Une augmentation de 223 037 personnes. Valérie Plante doit être la meilleure mairesse de l’univers!
Il va même rester plus de gens à Montréal après cette baisse qu’avant son arrivée!
À ce point, ce n’est pas un “angle mort” de l’argumentation de Mario Dumont, mais un trou noir galactique: la baisse n’est pas arrivée encore. Elle va arriver après le départ de Valérie Plante, et qui sait, celui de PM selon le résultat des élections.
Si Gilbert Thibodeau gagne les élections de Montréal, ça va être la faute de la méchante droite pas fine? Les prédictions ne vont pas changer.
Alors si les gens quittent une ville, peut-on aussi penser que cela signifie quelque chose?
Oui, bien sûr, pourquoi ne pas faire une recherche sur ces raisons, avec des intervenants, des experts, des données sur le marché immobilier, les sondages sur la raison des départs?
Pour la baisse à venir, on mettra le blâme sur la baisse des seuils d’immigration.
Ce n’est mettre un blâme, c’est citer un fait, de l’ISQ:
À plus court terme, soit d’ici 2030, les deux territoires pourraient toutefois enregistrer une baisse de population respective de – 9,2 % et de – 3,3 % en raison principalement de la réduction attendue du nombre d’immigrants temporaire (voir encadré p.5)
Source
Comme si on acceptait qu’il faut de nouveaux arrivants pour maintenir le niveau de population sachant que les gens établis iront en banlieue.
On l’accepte depuis que je suis né, littéralement, pourquoi ça change là?
D’ailleurs, il a une influence importante entre les seuils d’immigration et le solde migratoire interrégional. L’auteur l’aurait su s’il avait lu les quelques pages du document à l’origine de sa chronique :
Cet ajustement prévoit une baisse progressive des taux de sortie de Montréal et de Laval de 2025 à 2035, qui atteignent – 20 % par rapport à la moyenne 2015-2024 en 2035 dans le scénario Référence, et – 40 % dans le scénario Faible.
Jusqu’à -40% dans le scénario Faible.
Source
Et la conclusion de la chronique:
Ah oui! La banlieue, cette horreur quétaine passéiste affreuse décrite par la bien-pensance montréalaise.
Mario Dumont ne connait pas la banlieue. Son développement a drastiquement changé depuis longtemps. Ça, c’est ce qui se construit à Laval, ville de banlieue dynamique:
Source
Son image de la banlieue, dont il tente de tourner en dérision la critique, ne se construit même plus depuis longtemps. Le “quétaine” est rejeté par les banlieues elles-mêmes, et ça se reflète dans la construction. Ce n’est pas compliqué pourquoi: ce n’est pas soutenable. Un mur reste un mur.
Et encore une fois, les critiques de la forme urbaine des banlieues sont soutenus par des experts: des urbanistes, des gens en santé publique, même des économistes. On peut bien rejeter la science quand elle ne va pas son affaire, la réalité ne change pas. Cet angle de critique ne peut jamais se dissocier du rejet de la science…
Nous avons plusieurs panneaux de secteurs en périphérie à Mtl du Futur, il devrait venir y jeter un coup d’œil, regarder c’est quoi la banlieue contemporaine.
J’ai mis plus d’effort à écrire ce message ici que Mario Dumont a pris pour faire sa chronique. Et il a été payé. Pas moi, pour corriger avec sources ses erreurs. S’il veut me verser son cachet pour la chronique pour avoir fait sa job à sa place, je ne dis pas non.