J’ai assisté à la conférence de presse de l’aspirante mairesse Soraya Martinez Ferrada où elle présentait les engagements de son parti en matière d’infrastructure cyclable.
Elle qui se décrit comme la candidate « anti-chicane » a commencé par un appel à en finir avec la polarisation entre les usagers de la route. Elle a rapidement par la suite opté pour la stratégie classique de faire de la petite politique sur le dos des cyclistes. Sa proposition phare était un audit complet de toutes les pistes cyclables dans les 100 premiers jours de son mandat afin d’identifier celles qui doivent être « revues et sécurisées ». En gros, aucune vision, aucun projet, juste un grand inventaire pour masquer le vide. Une aspirante mairesse incapable de nommer les axes manquants, de proposer un réseau structurant, ou de voir plus loin que le prochain point facile à marquer.
L’équipe d’Ensemble Montreal (que je ne peux pas identifier car la page semble m’avoir bloqué? Alba, peux-tu y remédier stp?) sait qu’un discours trop anti-vélo leur nuirait. Oui, il y a de la grogne face aux changements urbains récents. Mais il n’y a pas que des mécontents. Et dans les campagnes municipales ailleurs, on voit qu’être ouvertement anti-cycliste est une stratégie perdante.
Résultat, on évite le coup frontal et on passe par ce qu’on appelle un message codé. C’est un discours qui semble anodin pour le grand public, mais qui envoie un signal clair à un groupe précis. Ici, il s’adresse aux électeurs irrités par les nouvelles pistes cyclables, tout en leur offrant un certain confort moral. Ce public peut ainsi se dire qu’il ne s’oppose pas aux vélos par principe, mais qu’il défend un prétendu équilibre ou « gros bon sens ».
La conférence de presse avait lieu devant un commerce où le mot « auto » apparaissait bien en vue en arrière-plan. L’endroit était choisi près d’une piste cyclable toute neuve qui, comme toutes les autres nouvelles pistes partout à travers le monde, suscite des plaintes. Elle s’est assurée d’être entourée de commerçants mécontents, annoncés à l’avance dans son avis aux médias.
Pour une candidate anti-chicane, on dirait qu’elle en cherche.
Après la conférence, je lui ai demandé si l’audit inclurait aussi les rues et les trottoirs. Sa réponse m’a surpris. Elle a affirmé que l’ensemble du réseau routier serait visé, alors que son communiqué ne parlait que des pistes cyclables. Tout laissait croire qu’elle improvisait sur le moment pour mieux paraître, puisque cette ouverture ne semble pas faire partie de la position réelle ou de la stratégie de son parti. Pour moi, cela ressemble surtout à un gaspillage de ressources et à un objectif irréaliste à atteindre entre le 3 novembre 2025 et le 11 février 2026.
Depuis, je me pose toujours les mêmes questions. Qui fera ces audits? Qu’est-ce qui sera analysé exactement? S’agit-il vraiment de prioriser la sécurité des cyclistes ou seulement de calmer les mécontents? Si c’est la sécurité, que fera-t-on des pistes bidirectionnelles dangereuses et saturées comme celles sur Rachel, Berri ou de Maisonneuve? Combien de temps faudra-t-il pour les sécuriser? Combien de consultations?
En fin de compte, tout cela ressemble à un bel exemple de signal discret qui rassure un public réticent au vélo, tout en entretenant une division qu’on prétend vouloir faire disparaître. Il y a pourtant tellement d’autres enjeux cruciaux pour Montréal. La candidate ferait mieux de ne pas utiliser le vélo comme arme électorale. Les élections municipales ne peuvent pas se réduire à un référendum sur les pistes cyclables. La ville mérite un vrai débat, complet et respectueux, pas des tactiques pour attiser les conflits entre usagers.
Ajout : il y a Frédéric Bataille de l’organisme Ahuncycle qui était à la conférence de presse aussi.