Économie verte

Contenants consignés : Québec lance une série de projets pilotes


Dès la fin de l’an prochain, toutes les bouteilles, canettes ou contenants de boisson de plus de 100 ml seront désormais consignés au Québec. | PHOTO : RADIO-CANADA / GENEVIÈVE PROULX

Radio-Canada | Stéphane Bordeleau | 17 août 2021, 13 h 26 | Mis à jour à 14 h 13

Le gouvernement du Québec, qui s’apprête à élargir l’an prochain la consigne à tous les types de contenants de boisson, met sept projets de collecte à l’essai pour déterminer la meilleure façon de récupérer les 4 milliards de contenants consignés qu’il prévoit recycler chaque année.

Ces sept projets-pilotes installés dans six villes de la province seront maintenus au moins jusqu’en janvier prochain autant dans des milieux urbains que dans des régions plus éloignées.

Le but de l’opération, selon le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques Benoit Charrette, est non seulement de déterminer quel système de récupération sera le plus pratique et le plus performant, mais également d’étudier la façon de les adapter aux besoins des régions dans lesquels ils seront implantés.

C’est à partir de ces sept projets-là qu’on déterminera quel type de système est le plus efficace dans tel ou tel type de milieu. L’industrie, au moment où on se parle, travaille déjà à son plan de déploiement.

Benoit Charrette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Rappelons que le 30 janvier 2020, le gouvernement Legault a annoncé qu’il élargira dès 2022 le système de consigne à toutes les bouteilles et canettes, y compris les bouteilles d’eau, de vin et de spiritueux. Les contenants de carton multicouche seront inclus dans un deuxième temps.

D’ici la fin 2022, tous les contenants de verre, de plastique ou de métal de 100 millilitres à 2 litres feront bientôt l’objet d’une consigne de 10 ¢, sauf les bouteilles de vin et de spiritueux, dont la consigne sera de 25 ¢.

En modernisant le système de consigne au Québec, qui n’a pas changé depuis 1984, le ministre Charrette espère récupérer plus de 4 milliards de contenants par année, soit le double de ce qui est actuellement récupéré et recyclé.

Sept projets à l’essai

Afin de déterminer la meilleure façon de s’y prendre, le gouvernement, en collaboration avec Recyc-Québec, les détaillants, les embouteilleurs et la Société des alcools, a mis à l’essai sept projets de récupération à Montréal, Terrebonne, Mont-Laurier, Trois-Rivières, Granby et Châteauguay.

Les installations sont en fonction depuis le 31 juillet et le resteront au moins jusqu’en janvier.

Si certains font appel à l’installation de nouveaux systèmes de récupération automatisés dans les commerces ou dans des points de dépôt prévus à cet effet, d’autres, en revanche, mettent à contribution l’expertise d’organismes d’économie sociale.

Les systèmes mis à l’essai ne sont par ailleurs pas destinés qu’aux citoyens, explique la PDG de Recyc-Québec, Sonia Gagné. À Granby, notamment, un centre de dépôt aménagé dans le stationnement d’un grand détaillant offrira aussi des services de récupération aux hôtels, bars et restaurants de la région.

Une seule machine pour tous les types de contenants


Les nouvelles machines de récupération accepteront désormais tous les types de contenants consignés d’une façon simple et rapide, promet Québec. | PHOTO : RADIO-CANADA / OLIVIER LEFEBVRE

L’élargissement de la consigne à tous ces nouveaux contenants a également donné lieu au développement de nouvelles machines qui remplaceront bientôt les traditionnelles gobeuses situées dans les épiceries qui n’acceptent que les canettes et les bouteilles de boissons gazeuses.

Les nouvelles machines de récupération pourront désormais recevoir tous les contenants consignés sans exception, et en grande quantité.

Peu importe le type de contenant qui est consigné […] il peut être déposé dans la même machine. C’est la machine elle-même qui va faire le tri avec un lecteur optique, assure le ministre Charrette.

Une des craintes qui nous était partagée lors de l’étude de projet de loi […] c’était la complexité du système. On voulait éviter que ce soit pour les consommateurs un chemin du combattant pour ramener ces contenants, ajoute Benoit Charrette.

Des objectifs ambitieux


Recyc-Québec projette de récupérer 90 % des contenants consignés d’ici 2030. | PHOTO : RADIO-CANADA

En ce qui concerne le retour des contenants consignés, le système actuel permet de récupérer environ 71 % des contenants visés par une consigne, selon Sonia Gagné de Recyc-Québec. Or, avec la consigne élargie, l’organisme s’est fixé pour objectif d’en récupérer au moins 75 % d’ici 2025 et 90 % en 2030.

On améliore la portée de la consigne et le système sera plus cohérent pour le consommateur. Si c’est un contenant de boisson, il est consigné.

Sonia Gagné, PDG de Recyc-Québec

Est-ce que les entreprises qui recyclent ces matières seront en mesure d’absorber une telle augmentation des retours de contenants et d’en faire des matières d’une qualité industrielle acceptable dès 2022?

Oui, assure le ministre de l’Environnement, le système est préparé en fonction de cet échéancier-là et en fonction de la quantité anticipée de contenants. Donc oui, à la fin de l’année 2022, on devra et on sera prêts pour recueillir tous ces contenants-là en retenant toujours la voie la plus simple pour les consommateurs.

Plus de 14 millions de dollars ont d’ailleurs déjà été investis dans 42 projets pour développer davantage de débouchés pour les matières recyclées et la prise en charge des contenants qui seront bientôt consignés, explique de son côté Sonia Gagné.

Selon Mme Gagné, tout le monde attendait la modernisation du système de consigne qui n’a pas vraiment évolué depuis près de 40 ans au Québec.

Selon des études menées pour le compte de Recyc-Québec, 93 % des citoyens sont favorables à la modernisation du système de consigne et mieux encore, 91 % des ménages québécois auraient l’intention de retourner leurs contenants dans le cadre d’un système efficace de consigne élargie.


Autre article:

Des projets pilotes pour moderniser le système de consigne - La Presse

Des projets pilotes pour moderniser le système de consigne


PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE | Les entreprises de boissons seront les futures responsables du système modernisé. La réforme définitive de la consigne débutera d’ici la fin de l’année 2022.

(Montréal) Québec a annoncé mardi le démarrage de sept projets pilote pour moderniser le système de consigne actuellement en vigueur à travers la province en faisant participer les acteurs du commerce de détail.

Publié le 17 août 2021 à 11h32 Mis à jour à 12h45 | MAYSSA FERAH | LA PRESSE

Ces nouveaux projets pilotes seront en cours sous peu dans les villes de Granby, Châteauguay, Trois-Rivières, Mont-Laurier, Terrebonne et Montréal.

Les entreprises de boissons seront les futures responsables du système modernisé. La réforme définitive de la consigne débutera d’ici la fin de l’année 2022.

« La modernisation de la consigne est un virage essentiel qui permettra notamment d’améliorer le recyclage du verre, une préoccupation de longue date de la SAQ. Nous invitons donc nos clients situés à proximité de l’un ou l’autre des projets pilotes à y rapporter leurs contenants, qu’ils soient consignés ou en voie de l’être », a expliqué Marie-Hélène Lagacé, vice-présidente affaires publiques, communications et responsabilité sociétale de la Société des alcools du Québec

L’un des projets pilote sera situé à la SAQ Dépôt de Terrebonne. L’établissement pourra récupérer les bouteilles de vins et spiritueux, mais aussi tous les autres contenants de boisson.

Les citoyens pourront retourner leurs contenants soit directement chez les détaillants participants, équipés des plus récentes technologies. Une autre alternative permettra de déposer les contenants dans des centres de dépôt prévus à cet effet.

« Avec nos projets d’élargissement de la consigne, de modernisation de la collecte sélective, de valorisation de la matière organique et d’économie circulaire, nous avançons vers notre objectif d’une société sans déchets », a expliqué en point de presse le ministre de l’Environnement Benoit Charrette.

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Excellent! En simplifiant la collecte on devrait éliminer beaucoup de déchets qui trainent le long des routes et dans les parcs, de même que les terrains vacants, etc. Ce sera en même temps une source de revenus supplémentaires pour certaines personnes qui se donneront la peine de les ramasser dans l’espace public. :grinning:

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Lion Électrique « Terrebonne devient le centre névralgique de nos centres d’expérience »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Le Centre d’expérience de Terrebonne est situé dans un complexe de 48 000 pi2 doté notamment d’un parc de bornes de recharge, de quatre portes de garage pour le service, ainsi que de bureaux.

Lion Électrique a ouvert publiquement mardi les portes de son centre d’expérience à Terrebonne. Les invités ont pu visiter les installations et essayer les véhicules lourds 100 % électriques de l’entreprise.

Publié le 8 septembre 2021 à 7h00

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Richard Dufour

Richard Dufour La Presse

Ces installations représentent une étape importante dans la croissance de Lion, soutient la direction.

Quatre autres centres de services du même genre ouvriront dans les prochaines semaines : au Vermont, en Virginie, au Minnesota et au Tennessee. Ça portera à 12 le nombre de centres d’expertise de Lion en Amérique du Nord. « Et d’autres encore sont à venir », dit le président fondateur de Lion, Marc Bédard.

Certaines activités du siège social de Saint-Jérôme ont été transférées au centre d’expertise de Terrebonne, notamment celles liées à la télémétrie.

Le site de Terrebonne, dans les Basses-Laurentides, est en fonction depuis trois mois, mais Lion attendait que tout soit en place avant de procéder à une présentation officielle. Une soixantaine d’employés y travaillent. Ce nombre est appelé à passer à une centaine dans les prochains mois, et peut-être encore davantage par la suite.

« Ça devient le centre névralgique de tous nos centres d’expérience en Amérique du Nord. Ce n’est pas seulement un autre centre, mais le noyau de nos centres d’expertise », dit Marc Bédard.

« Toute l’expérience électrique est ici en un seul endroit », précise le grand patron de Lion.

L’établissement se veut le quartier général de l’écosystème Lion pour les ventes et le service après-vente.

Les installations de Terrebonne agissent aussi comme un centre de distribution de pièces de rechange. On y fait également de l’entretien préventif, des mises à jour et l’inspection des véhicules avant livraison aux clients. On y trouve un parc de recharge (une dizaine de bornes de différentes puissances) et on y fait de la formation et des essais routiers.

Lion, qui exploite à Saint-Jérôme une usine de fabrication d’une capacité de 2500 véhicules par an, a annoncé au printemps la construction d’une usine de batteries et d’un centre d’innovation à Mirabel qui prévoit produire des batteries dès la seconde moitié de 2022. En mars, Lion avait aussi annoncé la construction d’une usine de construction de véhicules près de Chicago qui devrait produire ses premiers véhicules selon un échéancier similaire.

Action sous pression

Au sujet de la tendance baissière de l’action de Lion en Bourse, Marc Bédard a parlé d’un marché « extrêmement volatil ». « Souvent sans raison », dit-il.

« Il y a des entreprises qui arrivent avec de nouvelles annonces tous les jours. C’est comme une guerre de sensationnalisme. J’ai décidé qu’on n’embarquait pas là-dedans. On se concentre sur le moyen et le long terme en travaillant très fort tous les jours. L’action a malheureusement reculé. La valeur du titre à court terme n’est pas ce qui me motive. Je me concentre sur la réalisation de notre plan. »

Le titre de Lion a clôturé en repli de 1 %, à 15,06 $, mardi à Toronto. L’action avait rapidement grimpé à 28 $ peu après son inscription en Bourse au printemps.

250 km

Les autobus électriques ont une autonomie allant jusqu’à 250 km avec une seule charge. Pour les camions lourds de Lion, cette autonomie est de 400 km.
https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-09-08/lion-electrique/terrebonne-devient-le-centre-nevralgique-de-nos-centres-d-experience.php

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Hydrocarbures Québec va fermer les livres

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Installations servant aux forages exploratoires dans l’île d’Anticosti, en 2012

Des milliards de pieds cubes de gaz naturel dans les basses-terres du Saint-Laurent, des millions de barils de pétrole dans le sous-sol de la Gaspésie, dans l’île d’Anticosti : des gisements potentiels qui, depuis deux décennies, alimentent un débat fébrile et drainent des sommes considérables. Ce sera bientôt terminé. Gaz ou pétrole, ils vont rester où ils se trouvent, sous le sol.

Publié le 15 septembre 2021 à 5h00

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Denis Lessard

Denis Lessard La Presse

Le gouvernement Legault va annoncer cet automne la fin de la saga : il n’y aura plus d’exploration pour de l’énergie fossile sur le territoire québécois.

L’annonce se prépare depuis des mois. Selon les informations obtenues par La Presse, Québec sait déjà qu’on lui servira un argument de poids sur un plateau d’argent : le comité sur le suivi du Plan pour une économie verte remettra sous peu son rapport au ministre de l’Environnement, Benoit Charette. Or, ces spécialistes vont recommander qu’on coupe court à ces efforts pour découvrir du gaz et du pétrole, une opération néfaste pour l’environnement et économiquement non rentable.

À la Coalition avenir Québec (CAQ), on prévoit déjà que l’environnement sera au centre de la campagne électorale de l’automne 2022. On voudra aussi se prémunir contre les attaques prévisibles de Québec solidaire, perçu comme un adversaire de plus en plus efficace – libéraux et péquistes peinent à se doter d’un plan de match aussi distinctif que celui du parti de gauche. Québec solidaire a d’ailleurs inscrit au feuilleton de l’Assemblée nationale, mardi, un projet de loi interdisant la recherche et la production d’hydrocarbures. Cette intention avait été annoncée au caucus du parti la semaine dernière, à Sherbrooke.

Une rentabilité remise en doute

Un rapport percutant publié il y a quelques jours, une étude britannique dans Nature, estimait que le Canada devait laisser inexploité 84 % du pétrole contenu dans les sables bitumineux pour contribuer à l’atteinte des cibles quant au réchauffement climatique.

De plus, la rentabilité des ressources estimées est mise en doute – le prix du gaz, surtout, reste bas, compte tenu des surplus dans l’Ouest et ailleurs sur la planète. Le Québec peut miser sur son hydroélectricité, un avantage important pour entrer de plain-pied dans ce qui, prévoit-on, sera la prochaine grande avancée dans le secteur énergétique : l’hydrogène.

Le Québec consomme annuellement 7 milliards de mètres cubes de gaz et environ 128 millions de barils de pétrole. En 2015, cette consommation, importée en totalité, avait coûté 7 milliards aux Québécois, 86 % du déficit de la balance commerciale du Québec.

La réflexion sur la conclusion de cette odyssée s’est accélérée avec de toutes récentes poursuites d’une société privée, Ressources Utica, qui s’est adressée à la Cour supérieure pour être dédommagée pour les investissements qu’elle a consentis, surtout pour le projet Galt, près de Gaspé. Un premier recours avait été déposé l’an dernier pour contester le refus de Québec d’autoriser la prospection pour ce projet.

Le ministre de l’Énergie au cœur de la partie

Selon Utica, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a contredit l’avis de ses fonctionnaires quand il a déclaré devant le tribunal qu’il mettrait son veto à tout projet qui présenterait un risque, même minime, à l’environnement hydrique. Le Ministère avait dans un premier temps donné le feu vert, estimant que la proximité du forage, à moins d’un kilomètre d’un cours d’eau intermittent, ne constituait pas un risque réel pour l’environnement. En septembre, dans son nouveau recours, Utica relève qu’en imposant une absence absolue de risques, Québec interdit dans les faits toute prospection sur 97 % de son territoire.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles

Québec doit jongler avec les risques de poursuites judiciaires par les entreprises qui exigeront une compensation pour être ainsi expropriées. Déjà, dans les officines gouvernementales, on fait valoir que les dédommagements couvrent généralement les investissements consentis, mais ne tiennent pas compte des bénéfices théoriques qui auraient découlé de l’exploitation du gisement – cela a été le cas, par exemple, quand Québec a exproprié les producteurs d’amiante. Aussi les évaluations fluctuent énormément : de 3 à 5 milliards si on tient compte des recettes théoriques, autour de 500 millions si on se rapproche des efforts consentis.

Au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, on a déjà travaillé à un projet de loi spécial pour contourner ces recours judiciaires et régler au plus bas coût possible. Le gouvernement Legault est cependant inquiet des conséquences de sa décision sur les investissements étrangers. Utica, qui avait avalé Junex et Gaspé Énergies, est puissamment appuyée par des intérêts britanniques et autrichiens.

29 : Nombre de puits de gaz de schiste forés dans la formation schisteuse d’Utica de 2006 à 2010 Source : Ressources naturelles Canada

17 798 : Nombre de barils extraits du puits Galt 4 près de Gaspé, en 2016. Il s’agit du puits qui a eu la plus importante production de l’histoire du Québec

Source : Junex
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2021-09-15/hydrocarbures/quebec-va-fermer-les-livres.php

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Bien qu’il s’agit ici d’une nouvelle à saveur économique, la CDPQ se veut ainsi être perçue comme étant un peu plus verte. :seedling:

Toutefois, je trouve leur échéancier beaucoup trop… loin, afin d’être carboneutre ( “d’ici 2050” !). :roll_eyes:

Lutte aux changements climatiques | La Caisse passe à la vitesse supérieure


PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE | Dans sa nouvelle stratégie, la Caisse prévoit utiliser la carotte et le bâton pour atteindre un nouvel objectif, soit rendre son portefeuille carboneutre d’ici 2050. En plus d’accroitre ses investissements verts, elle consacrera 10 milliards à aider les entreprises les plus polluantes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a rendu public hier un plan de match plus ambitieux pour lutter contre les changements climatiques qui confirme son intention de sortir de la production de pétrole d’ici 2022.

Publié le 28 septembre 2021 à 10h00 | HÉLÈNE BARIL | LA PRESSE

Dans sa nouvelle stratégie, la Caisse prévoit utiliser la carotte et le bâton pour atteindre un nouvel objectif, soit rendre son portefeuille carboneutre d’ici 2050. En plus d’accroitre ses investissements verts, elle consacrera 10 milliards à aider les entreprises les plus polluantes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

L’« économie verte est construite avec des matériaux qui nécessitent une décarbonation, souligne la Caisse de dépôt, en donnant l’exemple d’une d’éolienne dont la base est en ciment, la tour en acier, les pales en fibre de verre, qui contient aussi du cuivre et de l’aluminium.

« Nous sommes tous concernés par la situation climatique, et on ne peut plus seulement l’aborder avec les mêmes moyens qu’il y a quelques années, a déclaré Charles Emond, président et chef de la direction de la CDPQ. L’urgence d’agir nous pousse à aller plus loin, plus vite ».

Les déposants, les entreprises dans lesquelles la Caisse investit et les communautés devraient bénéficier de la nouvelle approche, selon M. Émond.

La Caisse veut sortir d’une façon « ordonnée » du secteur de la production pétrolière d’ici 2022, qui compte actuellement pour 1 % de son portefeuille d’investissement, soit 4 milliards de dollars. L’intention est de ne pas contribuer à l’augmentation de l’offre de pétrole, fait-elle valoir. Par contre, la Caisse entend conserver ses investissements dans le transport de gaz et de pétrole, comme Colonial Pipeline aux États-Unis. Au total, ces investissements en infrastructures représentent près de 2 % du portefeuille de la Caisse, soit 8 milliards.

Comme autres objectifs, la Caisse veut augmenter de 36 milliards à 54 milliards les actifs verts dans son portefeuille de 390 milliards d’ici 2025 et de réduire l’intensité carbone de son portefeuille de 30 %.

La Caisse veut aider les entreprises les plus polluantes, mais encore essentielles à la transition énergétique, à améliorer leur bilan environnemental. Dix milliards seront investis à cette dans les entreprises qui auront pris des engagements vers le net-zéro. Les mines, les plastiques, les carburants alternatifs et les engrais sont les secteurs visés par cette mesure.

La Caisse a déjà lié une partie de la rémunération de ses gestionnaires à l’atteinte d’objectifs climatiques et elle s’engage à faire évaluer ses progrès chaque année par un audit externe.


La Caisse tournera le dos au pétrole d’ici la fin de 2022

Article complet


Le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Émond. | PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Radio-Canada | Mathieu Dion | 28-09-2021 | 10 h 20 | Mis à jour à 10 h 48

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) s’est engagée mardi à liquider ses actifs dans le secteur pétrolier d’ici la fin de 2022, ce qui représente présentement 1 % de son portefeuille d’investissements ou 4 milliards de dollars. Sa stratégie climatique présentée mardi prévoit aussi la fin de tout investissement dans de nouvelles constructions d’oléoducs.

La Caisse a refusé de mentionner spécifiquement les entreprises visées, mais des entreprises canadiennes comme Suncor et Canadian Natural Resources travaillant dans les sables bitumineux de l’Alberta risquent d’écoper considérant la nature de leurs activités pétrolières.

Si le fonds institutionnel dit ne pas vouloir contribuer à l’augmentation de la production de pétrole, il entend demeurer investi dans les infrastructures de transport d’hydrocarbures comme les pipelines et l’industrie gazière, soit l’équivalent de 7 milliards de dollars.

L’intensité carbone du portefeuille de la Caisse devra également être réduite de 60 % par rapport à son niveau de 2017. Fin 2020, elle avait déjà atteint le seuil de 38 %.

Pour décarboniser son portefeuille, les investissements futurs devront notamment être moins intenses en carbone. D’ailleurs, la rémunération variable de ses équipes est désormais liée aux cibles climatiques.

D’ici 2025, la CDPQ triplera ses investissements dans des actifs dits verts, par rapport à 2017, pour un total de 54 milliards de dollars.

Il s’agit entre autres de participation à des projets de mobilité durable et immobiliers certifiés, ou dans de nouveaux secteurs comme l’hydrogène, les batteries et la capture du carbone.

Une enveloppe de 10 milliards de dollars est aussi prévue pour contribuer à la décarbonisation de secteurs plus émetteurs en carbone (matériaux, transport et agriculture).

Crise du recyclage « On a sorti la tête de l’eau » au Québec

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Ballots compressés prêts à la revente au centre de tri de Récup Estrie, à Sherbrooke

Le prix des matières recyclables sortant des centres de tri est à la hausse, mais l’industrie n’est pas à l’abri d’autres difficultés, prévient Recyc-Québec

Publié le 11 octobre 2021 à 5h00

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Jean-Thomas Léveillé

Jean-Thomas Léveillé La Presse

La « crise du recyclage » se résorbe, au Québec.

Fini, le temps où les centres de tri devaient payer pour se départir de certaines matières recyclables, qui ont recommencé à valoir quelque chose dans les derniers mois.

Le prix moyen des fibres, qui regroupe les différentes catégories de papiers et de cartons, a retrouvé en juillet son prix d’avant le début de la « crise », montrent les plus récentes données de la Société québécoise de récupération et de recyclage, Recyc-Québec.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Prix moyen de la tonne de fibres (toutes catégories confondues)

La valeur des ballots de fibres s’est ainsi établie à 160,45 $ la tonne, un prix qui ne s’était pas vu depuis la mi-2017, quand la Chine avait annoncé avec six mois de préavis la fermeture de ses frontières à différents types de matières résiduelles, dont certains papiers.

L’Inde, qui a hérité d’une grande partie de ces matières, a aussi fermé ses frontières deux ans plus tard.

Ces décisions ont semé la consternation dans les pays occidentaux, qui étaient nombreux à exporter leurs matières recyclables, souvent de piètre qualité, pour lesquelles il n’existait pas de débouchés locaux.

Les papiers et cartons de bonne qualité, bien triés, ont continué de trouver preneur, mais les « papiers mélangés », une catégorie fourre-tout, ont commencé à s’accumuler dans nombre de centres de tri, qui ont même dû payer pour s’en départir.

C’est notamment ce qui est arrivé à Rebuts solides canadiens (RSC), filiale de la multinationale française TIRU, dont la faillite au début de 2020 avait causé une vague d’inquiétude dans les quelque 80 municipalités québécoises desservies par ses quatre centres de tri, dont celui de Longueuil.

Lisez l’article « Matières recyclables : le Groupe TIRU en faillite »

« Ç’a été le message clair qu’il fallait faire évoluer le système ; on était rendus là », a indiqué à La Presse Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente à la performance des opérations chez Recyc-Québec, qui constate que la tempête est maintenant passée.

« On a sorti la tête de l’eau, c’est évident, croit-elle. On est capables de voir à l’horizon. »

Amélioration forcée

Comme les fibres sont les matières dominantes dans les bacs de récupération des ménages québécois, la chute des prix de ces matières a été un coup dur pour l’industrie, qui a été contrainte de se moderniser.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente à la performance des opérations chez Recyc-Québec, en 2018

On a travaillé sur deux aspects principaux : améliorer la qualité des matières triées et trouver des débouchés au Québec.

Sophie Langlois-Blouin, vice-présidente à la performance des opérations chez Recyc-Québec

Cette modernisation a d’ailleurs porté ses fruits pour la Régie de récupération de l’Estrie (Récup Estrie), qui avait fait la manchette en 2020 quand des conteneurs de papiers mélangés en route vers l’Inde lui avaient été retournés, en raison de leur taux de contamination par d’autres matières trop élevé.

Lisez l’article « Crise du recyclage : des conteneurs “contaminés” renvoyés à Sherbrooke »

L’installation de deux systèmes de tri optique – un investissement de 2,8 millions de dollars, dont 500 000 $ provenant de Recyc-Québec – a permis à l’organisation d’engranger les profits au lieu de payer pour se départir de ses fibres.

« Dès le départ, dans les jours qui ont suivi, on a commencé à recevoir 50 $ la tonne, et c’est parti en flèche », alors que Récup Estrie devait auparavant payer jusqu’à 92 $ la tonne pour s’en départir, a raconté à La Presse le président de l’organisme, Pierre Avard.

Un an après l’installation des équipements, le prix des fibres vendues par Récup Estrie oscille autour de 160 $ la tonne et a généré des revenus de 1,4 million, soit la moitié de l’investissement initial.

La modernisation a notamment permis à Récup Estrie de séparer des autres fibres le carton léger, comme celui des boîtes de céréales et de biscuits, et d’ainsi créer une nouvelle catégorie, la « cartonnette », qui se vend à meilleur prix que les papiers mélangés dans lesquels il se retrouvait auparavant.

Effet de la pandémie

Si la tempête est passée, l’industrie n’est pas forcément tirée d’affaire pour autant, prévient Sophie Langlois-Blouin.

« Je ne pense pas qu’on est à l’abri d’autres baisses des prix », dit-elle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Un travailleur de Récup Estrie procède au chargement de ballots compressés.

Entre autres parce que la remontée des prix est aussi attribuable à la pandémie, estiment les acteurs du secteur, qui évoquent la rareté de certaines matières, comme le papier de bureau, combinée à l’augmentation de la demande pour certains produits, comme le papier de toilette.

« Les gens se sont mis à commander en ligne, ça prend bien des boîtes de carton ; ça a eu un effet à la hausse sur le prix des matières », illustre Grégory Pratte, responsable des affaires publiques chez Tricentris.

Les restrictions à la fréquentation des commerces ont aussi entraîné un afflux massif dans les centres de tri de contenants en aluminium consignés, ce qui a généré d’importants revenus, ajoute-t-il.

La fermeture des marchés asiatiques à certaines matières recyclables et la pandémie ont par contre favorisé l’apparition de débouchés locaux pour les matières sortant des centres de tri, ce qui réduit donc la dépendance aux marchés étrangers.

Avant la pandémie, 70 % de la matière était recyclée à l’extérieur du Québec. Maintenant, on tourne autour de 80 % de recyclage local au Québec. C’est sûr que ça change complètement la game.

Grégory Pratte, responsable des affaires publiques chez Tricentris

L’enjeu des plastiques

Malgré l’amélioration de la situation des fibres, l’industrie de la récupération fait face à un autre défi de taille, celui des plastiques, dont certains types contaminent les autres matières et, même lorsque triés, sont difficiles à vendre.

Les sacs donnent notamment des maux de tête à Récup Estrie.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Pierre Avard, président de Récup Estrie

On a beaucoup de tonnes entreposées parce qu’on n’a pas de preneur.

Pierre Avard, président de Récup Estrie

La modernisation de la collecte sélective, qui doit entrer en vigueur progressivement en 2022 et qui prévoit une responsabilité accrue des producteurs de ces matières, devrait permettre d’améliorer la situation, croit Sophie Langlois-Blouin.

« Il faudrait peut-être aller jusqu’à interdire ou restreindre [certaines matières], notamment les emballages pour lesquels il n’y a pas de débouchés, qu’on n’est pas capables de recycler », dit-elle, évoquant les sachets autoportants, dans lesquels sont vendues soupes, sauces et compotes, ou encore les sacs de croustilles.

« Si on veut vraiment avoir un impact plus durable, il faut réduire à la source, dit-elle. C’est par là que ça va passer au cours des prochaines années. »

16 $ : Prix moyen de la tonne de papiers mélangés en 2019 et 2020

101,91 $ : Prix moyen de la tonne de fibres, toutes catégories confondues, en février 2021, pour la première fois au-dessus de la barre des 100 $ depuis septembre 2017

45 $ : Prix moyen par tonne pour les sacs et pellicules de plastique en 2020

Source : Recyc-Québec
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2021-10-11/crise-du-recyclage/on-a-sorti-la-tete-de-l-eau-au-quebec.php

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Le Québec, champion du bio

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Au Québec, la superficie des terres agricoles vouées au biologique est passée de 49 000 hectares en 2015 à 106 000 hectares en 2020, selon le rapport annuel du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV).

L’engouement des consommateurs québécois pour les produits bios est entendu par les agriculteurs d’ici. La superficie des terres consacrées à l’agriculture bio a doublé en cinq ans, si bien que le Québec est maintenant responsable de la moitié de la production canadienne. Et les producteurs peinent à répondre à la demande…

Publié le 11 novembre 2021 à 5h00

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Alice Girard-Bossé

Alice Girard-Bossé La Presse

Deux fois plus de terres qu’il y a cinq ans

L’industrie du bio explose au Québec, qui abrite maintenant près la moitié de la production canadienne. Or, même si la superficie de terres de cultures biologiques a doublé en cinq ans dans la province, les producteurs peinent toujours à répondre à une demande sans cesse croissante.

Au Québec, la superficie des terres agricoles vouées au biologique est passée de 49 000 hectares en 2015 à 106 000 hectares en 2020, selon le rapport annuel du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV).

En 2015, le gouvernement du Québec s’était pourtant donné 10 ans pour doubler la superficie de production biologique. L’ambitieux défi a donc été relevé beaucoup plus vite que prévu, dès 2019. « On est surpris de la vitesse à laquelle ça s’est fait », lance Alain Rioux, coordonnateur de la Filière biologique du Québec, organisation vouée au développement du secteur biologique québécois.

Et les consommateurs n’y sont pas étrangers. Ils « accordent de plus en plus d’importance aux valeurs telles que la santé et l’environnement », explique la PDG du CARTV, Pascale Tremblay.

Un véritable engouement

La proportion des Québécois qui mettent 30 % ou plus de produits biologiques dans leur panier d’épicerie est passée de 11,5 % en 2011 à 26,7 % en 2020, selon les chiffres de la Filière biologique du Québec.

« La courbe du biologique ne fait qu’augmenter depuis 30 ans, tant chez les consommateurs que chez les producteurs », soutient Pierre-Antoine Gilbert, enseignant et coordonnateur du programme Gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Victoriaville.

« Ce n’est pas juste une mode, c’est là pour de bon », renchérit Caroline Halde, professeure au microprogramme en agriculture biologique à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

Le Québec en tête

C’est désormais au Québec qu’il y a le plus de fermes certifiées bios, selon des chiffres fournis par Mme Halde.

Près de 10 % des entreprises agricoles québécoises sont certifiées biologiques. Les autres provinces canadiennes sont à environ 3 ou 4 %.

Caroline Halde, professeure au microprogramme en agriculture biologique à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval

À peu près 50 % de l’industrie biologique canadienne se retrouve au Québec, renchérit M. Rioux. La province est le premier producteur mondial de sirop d’érable, de canneberges et de bleuets biologiques.

L’acériculture, soit la culture des érables, représente la plus grande proportion du secteur biologique au Québec. Bien que 45 % du sirop d’érable produit au Québec soit biologique, ce n’est pas encore suffisant pour répondre à la demande criante.

« Les transformateurs sont toujours à la recherche de producteurs acéricoles pour augmenter leur volume en sirop biologique », indique M. Rioux.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La ferme biologique Agri-Fusion, en Montérégie

Entraide et défis

L’entraide et la coopération entre producteurs agricoles expliquent en partie ce leadership québécois. « Plus il y a de producteurs biologiques, plus ça encourage les autres à le devenir. Il y a aussi de la coopération et beaucoup de mentorat entre producteurs agricoles », indique Mme Halde.

La stratégie de croissance du secteur biologique du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a également porté ses fruits, croit Mme Halde. Les producteurs biologiques ont pu profiter de mesures financières incitatives, ce qui a « réduit le risque financier des fermes et donné confiance à beaucoup de producteurs pour faire le saut vers le biologique », soutient-elle.

De nombreuses ressources ont également été investies dans la recherche et l’innovation du secteur.

Malgré les ressources à la disposition des producteurs, les fermes biologiques ne répondent pas à la demande grandissante, soutient Mme Halde.

La demande des consommateurs pour les aliments biologiques est vraiment là, mais la production agricole biologique n’arrive pas à suivre. On a déjà beaucoup de fermes biologiques, mais il en faudrait plus.

Caroline Halde, professeure au microprogramme en agriculture biologique à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval

« Le Québec doit importer beaucoup de produits biologiques, parce qu’on n’en fournit pas assez », ajoute-t-elle. La valeur des importations de produits biologiques au Canada atteignait 789 millions de dollars en 2019, selon un rapport d’Exportation et développement Canada (EDC). Près de la moitié des importations canadiennes d’aliments biologiques étaient des produits d’horticulture, comme la laitue, les épinards, les fraises, les pommes ou les raisins, en provenance des États-Unis.

Un avenir prometteur

L’engouement pour le bio se fait aussi sentir sur les bancs d’école, ce qui laisse présager une croissance continue de la production pour les années à venir.

Au Cégep de Victoriaville, qui offre le seul diplôme d’études collégiales en agriculture biologique, la hausse du nombre d’inscriptions est frappante.

En 2008, on avait 30 admissions dans chacun de nos profils. En 2021, on en a eu 152.

Pierre-Antoine Gilbert, enseignant et coordonnateur du programme Gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Victoriaville

Des jeunes de partout au Québec s’y retrouvent. « On a des personnes qui arrivent de l’Outaouais, de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick. La moyenne d’âge tourne autour de 25 ans.

« Il y a souvent des retours aux études, des réorientations de carrière, des personnes qui avaient des maîtrises et des doctorats », énumère M. Gilbert.

La situation est similaire au microprogramme en agriculture biologique à l’Université Laval. « On a vu une augmentation du nombre d’étudiants. On a même des étudiants hors programme qui viennent suivre les cours du microprogramme », indique Mme Halde. Elle a aussi observé un intérêt grandissant chez les étudiants au baccalauréat en agronomie pour apprendre les bases de l’agriculture biologique.

64 %

Proportion des Québécois qui consomment régulièrement des produits biologiques

Source : La Filière biologique du Québec

2683

Nombre de producteurs biologiques au Québec

11 161

Nombre de produits certifiés biologiques québécois (par exemple, la farine de La Milanaise, le fromage de la Fromagerie L’Ancêtre, les huiles de Maison Orphée…)

Source : Bio Québec

Le saut vers le biologique

PHOTO FOURNIE PAR LE DOMAINE DES CÔTES D’ARDOISE

Le Domaine des Côtes d’Ardoise

Depuis cinq ans, des centaines de producteurs ont fait le passage de l’agriculture conventionnelle à la biologique. Un processus qui demande du temps, de la patience et beaucoup de conviction.

Le Domaine des Côtes d’Ardoise, plus vieux vignoble du Québec, a obtenu sa certification 100 % biologique au mois de septembre, après trois années de démarches. « C’était dans ma nature profonde de passer au biologique », déclare Henry-Alain Drocourt, directeur général du domaine, qui se dit ravi de sa décision.

Dans les dernières années, le vigneron s’est beaucoup documenté sur les pesticides et sur les maladies qu’ils peuvent engendrer. « Ça m’a sensibilisé », dit-il.

Effrayé par la quantité de pesticides sur les aliments, il a décidé de faire le saut vers le biologique. « Pendant les trois dernières années, on agissait comme si on était bios, mais on ne pouvait pas encore marquer “bio” sur nos produits. »

À partir de la récolte de 2021, le domaine produira des vins 100 % biologiques, notamment avec du riesling, du chardonnay, du gamay et du gewurztraminer.

Il y a énormément de demande. La clientèle nous demande souvent des vins bios, nature ou sans sulfites.

Henry-Alain Drocourt, directeur général du Domaine des Côtes d’Ardoise

Conviction

La ferme biologique Agri-Fusion, en Montérégie, est une des pionnières dans le milieu. Elle a fait le saut vers la culture biologique en 2003. Aujourd’hui, sa culture s’étend sur 3000 hectares. On y cultive principalement du maïs, du soya, du blé, des pois, des haricots, des carottes et de l’épeautre.

Gilles Audette, président-directeur général de la ferme, est fier de nous faire visiter ses cultures. « C’est la plus grande ferme biologique du Québec », s’exclame-t-il. Derrière lui, les champs s’étalent à perte de vue, tandis que les employés s’affairent à la récolte du maïs.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Gilles Audette, président-directeur général de la ferme biologique Agri-Fusion, en Montérégie

L’homme se définit comme un producteur bio par conviction. « Les pesticides, c’est un gros problème. Le biologique est beaucoup plus sain pour l’environnement », dit-il.

La culture biologique, ce n’est pas de tout repos, prévient l’agriculteur.

Le bio, c’est plus exigeant. Il n’y a pas une journée sans que l’on soit dans le champ. Ça demande beaucoup d’implication.

Gilles Audette, PDG de la ferme Agri-Fusion

Sur le plan de la production végétale, les grands défis techniques résident dans le contrôle des mauvaises herbes.

« On doit faire le désherbage mécanique de différentes cultures jusqu’à quatre fois pendant la saison et on a besoin d’environ sept machines pour le faire », explique-t-il.

« La qualité a un prix »

Pour remplacer l’usage des pesticides, les producteurs biologiques doivent avoir des pratiques agricoles de rechange, ce qui entraîne des coûts supplémentaires. C’est en partie ce qui explique les coûts souvent plus élevés des aliments biologiques.

« Ça coûte plus cher, parce que c’est moins industrialisé et que ce sont des produits de qualité. La qualité a un prix. C’est vrai dans les vêtements, dans les autos, et aussi dans la nourriture », affirme M. Audette.

Le matériel nécessaire est également plus coûteux. « Les engrais qu’on utilise en bio peuvent être de quatre à cinq fois plus chers que les engrais qu’on utilise en agriculture ordinaire. L’agriculteur ne se met pas plus d’argent dans les poches, mais ça coûte plus cher à produire », indique Pierre-Antoine Gilbert, enseignant et coordonnateur du programme Gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Victoriaville.

« Quand j’ajoute du sucre [au moût de raisin], je ne peux pas utiliser du sucre ordinaire, je dois utiliser du sucre biologique, et c’est environ trois fois plus cher », illustre M. Drocourt.

Malgré les coûts supplémentaires, l’adaptation et les nombreux défis, les agriculteurs sont unanimes : le biologique, ça vaut le coup.

https://www.lapresse.ca/actualites/2021-11-11/agriculture/le-quebec-champion-du-bio.php

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Il y a truc qui me gène dans l’article et quelques recherches me l’ont confirmé: on ne parle pas en grandeurs absolues mais en relatives.

Il est certain que la superficie des terres agricoles bio a doublé au Québec.

Par contre, quand on dit qu’au Québec il y a le plus de fermes bio, à 10%; c’est un peu trompeur car le Qc est connu pour avoir de petites entreprises agricoles.
Et quand on dit que 50% de l’industrie bio se trouve au Québec, on parle des producteurs seulement? Des transformateurs aussi? En valeur, en nombre de produits, en tonnage?

Car si on regarde d’autres données, par exemple ceci:

On voit bien que le nombre d’entreprises bio au Qc est énorme par rapport aux autres provinces:
image

Mais que la superficie des terres bio est faible. Je veux bien qu’elle ait doublé au Qc en 5 ans; mais ca resterait inférieure en superficie à nombre d’autres provinces… Mais gardons en tête que l’élevage bio demande beaucoup d’espace.
image

Je ne sais pas trop si on peut qualifier le Québec de champion du bio simplement à partir de ce qui est présenté dans l’article.

Pourtant dans l’article leur base de calcul sont plutôt claires… 10% des fermes sont bio, superficie d’augmentation au Québec, etc.

Seule la phrase “50% de l’industrie bio se situe au Québec” est plus ouverte à interprétation. Chose certaine, je ne crois pas que ce calcul est fait sur la base de la superficie.

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Planète bleue, idées vertes De la bouteille de vin au comptoir de bar

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Ensemble de terrasse élégant et, surtout, écologique

Partout au Québec, le verre des bacs de recyclage est souvent utilisé pour recouvrir les sites d’enfouissement. Partout ? Non ! Dans son cabanon à Longueuil, Patrice Gauvin recycle ses bouteilles de vin pour les transformer en comptoir de bar, de cuisine et en dessus de table. Un plaisir pour les yeux, et pour l’environnement.

Publié le 15 novembre 2021 à 7h00

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Lila Dussault

Lila Dussault La Presse

Une fois le vin bu, la bouteille se retrouve généralement dans un bac de recyclage, où elle est contaminée par d’autres matériaux. Son parcours risque alors d’aboutir dans un dépotoir comme matière de recouvrement, plutôt que d’être recyclée.

Ce sont 78 000 tonnes de verre qui ont ainsi fini leur vie dans un site d’enfouissement en 2018, selon les chiffres les plus récents de Recyc-Québec. C’est l’équivalent du poids de 460 baleines bleues ! Pourtant, huit Québécois sur dix mettent bien leurs contenants de verre au recyclage.

Consultez les chiffres les plus récents de Recyc-QuébecConsultez l’information sur la consigne sur le site de Recyc-Québec

L’élargissement de la consigne au Québec devrait donner un coup de barre à ces chiffres, mais elle n’entrera pas en vigueur avant la fin de 2022.

D’ici là, Patrice Gauvin, Longueuillois et ingénieur de formation, a décidé de prendre le problème par le goulot : il transforme ses bouteilles de vin en comptoir de cuisine. Le tout grâce au « plus petit atelier de recyclage de verre au monde », construit à même son cabanon du Vieux-Longueuil.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Patrice Gauvin et son fils Rafaël attablés sur leur terrasse, à Longueuil

J’étais tanné de mettre mes bouteilles de vin dans le bac vert, sachant qu’elles finiraient au dépotoir. Je me suis donc mis dans la tête de les recycler directement chez moi.

Patrice Gauvin

Des meubles 100 % écolos

Pour atteindre l’atelier de recyclage, il faut passer par la terrasse chaleureuse et bien aménagée de Patrice Gauvin. L’originalité des meubles attire d’emblée le regard. On y retrouve un foyer, des petites tables, un bistro avec des chaises hautes, un barbecue et un comptoir. Toutes les surfaces sont lisses, d’une jolie couleur bleutée avec un aspect minéral. Quand on y regarde de plus près, on réalise soudain que l’effet coloré et texturé vient des paillettes de verre, visibles à travers la surface. Ces meubles sont en réalité faits de bois de palette récupéré chez RONA… et de verre recyclé.

3/3

Le nombre de bouteilles de vin nécessaires à la fabrication des meubles varie en fonction du projet. Le comptoir du bar, par exemple, a requis 30 bouteilles. Patrice Gauvin a aussi fabriqué des comptoirs de cuisine pour sa sœur, un meuble-lavabo et diverses tables pour des amis. Depuis 2017, il estime avoir récupéré 1600 bouteilles de verre, qui auraient autrement terminé leur vie au dépotoir. Bouteilles qui n’ont pas toutes été bues à la maison, précise Patrice Gauvin ! Famille et amis ne se sont pas fait prier pour l’aider à accumuler le précieux matériau.

Verre précieux

L’idée est venue à Patrice Gauvin il y a quatre ans, lorsqu’il a découvert Precious Plastic, un concept développé aux Pays-Bas qui permet à des individus de recycler leur propre plastique pour le réutiliser. « Je trouvais leurs machines assez compliquées, et ça coûtait cher », remarque Patrice Gauvin, adepte de la réutilisation. Il a alors décidé d’aller de l’avant avec la même idée, mais pour le recyclage de verre.

Entrer dans l’atelier, d’une superficie de 2 mètres carrés, c’est découvrir un espace où tout a une fonction. Ou deux, ou trois.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Patrice Gauvin concasse le verre de ses bouteilles de vin au moyen d’un broyeur qu’il a fabriqué.

Ici, une cuve, récupérée chez un ami, sert à laver les bouteilles et à en retirer les étiquettes. Là, un broyeur de verre a été fabriqué à partir du boîtier d’une mini centrale électrique héritée de son père, et d’un moteur pris chez son frère. Grâce à ce broyeur, les bouteilles amorcent leur transformation, passant de leur format initial à des pépites colorées.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Verre broyé dans l’atelier de Patrice Gauvin

Une fois broyé, le verre est mélangé à du béton et à des additifs, dans une recette très précise que Patrice Gauvin diffuse sur YouTube, grâce à son fils Rafaël, 15 ans et caméraman. « J’ai envie que le savoir qu’on développe soit accessible à tout le monde », explique-t-il.

Regardez les vidéos sur YouTube

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Des bouteilles en attente d’être broyées

Viennent ensuite les étapes du moulage, du polissage et du séchage, réalisées sur une seule table de travail multifonction. Étant donné l’exiguïté de son atelier, Patrice Gauvin a dû construire une table vibrante (pour faire sortir les bulles d’air des pièces moulées) sur roulettes, qui cache aussi une minuscule centrale de traitement des eaux. Ici, la nécessité a réellement été mère de l’invention. « Si j’avais eu accès à de l’eau courante, je n’aurais jamais fait ça ! », résume-t-il.

« Ce que je trouve intéressant dans mon concept d’atelier de recyclage de verre, c’est qu’il est extrêmement petit, mais tout à fait complet, affirme Patrice Gauvin, avec une pointe de fierté. Je consomme une bouteille de vin à la maison et je la sors de l’atelier en comptoir ou en table en verre recyclé ! »
https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2021-11-15/planete-bleue-idees-vertes/de-la-bouteille-de-vin-au-comptoir-de-bar.php

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C’est juste que ‘‘le Québec, Champion du bio’’ sous-entend bien que le Québec est premier dans le domaine; alors qu’un seul facteur est clairement établi pouvant l’appuyer, le nombre d’installations.

Pour moi, “50% de l’industrie bio se situe au Québec” c’est du pipeau; sauf si on ne considère que le nombre d’installations bio (producteurs, transformateurs et détaillants). Ou peut-être en nombre de SKUs.
Si c’est en dollars, on a des produits agricoles à très très haute valeur.

On indique aussi que 64% des québécois achètent des produits bio de manière régulière (hebdomadairement??), ce qui mettrait le Québec dans la moyenne canadienne (66%), pas champion non plus.

Un titre moins ‘‘putaclic’’ aurait été le Québec, un grand du bio, ou même le Québec, un champion du bio.

Bref, je m’agace certainement trop vite pour ce genre de nouvelles :smiley:

Pour moi ce qui compte n’est pas cet instantané qui décrit la situation actuelle, mais la tendance à long terme qui se poursuivra. Ici on semble vouloir faire une ouverture dans le dossier de la protection du territoire agricole afin de favoriser de plus petites exploitations là où la demande l’exige, sans pour autant perdre le contrôle en favorisant involontairement l’étalement urbain.

475 millions sur trois ans Québec dévoile sa stratégie pour verdir l’aluminium

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le gouvernement a dévoilé la Stratégie québécoise de l’aluminium (SQDA) 2021-2024. Ci-haut, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

Québec va investir près de 475 millions $ sur trois ans pour aider l’industrie de l’aluminium à devenir plus efficace et réduire son empreinte environnementale.

Publié le 16 novembre 2021 à 15h22

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Stéphane Rolland La Presse Canadienne

Le gouvernement a dévoilé la Stratégie québécoise de l’aluminium (SQDA) 2021-2024, mardi, à Saguenay. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, estime que le plan amènera des investissements totaux de près de 2,5 milliards dans l’industrie.

« Avec notre contribution, on veut générer plus d’un milliard d’investissements dans la modernisation et la croissance de nos actifs de production d’aluminium primaire et plus de 400 millions $ dans la transformation de l’aluminium, précise-t-il en conférence de presse dans une usine d’EPIQ Machinerie. On veut aussi doubler la valeur des exportations de nos équipementiers d’ici 2025. »

Il ne faut pas s’attendre à une augmentation de la capacité de production, prévient toutefois le ministre en entrevue. En ce moment, il croit qu’il vaut mieux stimuler les investissements technologiques « pour faire plus de volume avec les mêmes équipements ».

« On ne verra pas beaucoup de nouvelle capacité, prévoit-il. On l’a vu avec les Chinois qui ont réduit leur production, ce qui a fait en sorte que ça l’a augmenté le prix de la commodité. »

Le gouvernement veut aussi encourager les activités de transformation au Québec et les exportations. « Plus on va convertir l’aluminium au Québec, plus on va créer de la richesse pour la société. »

Le ministre Fitzgibbon aimerait d’ailleurs qu’il se consomme plus d’aluminium au Québec. « Pourquoi pas ? On promeut déjà le bois d’ici. L’aluminium fait ici, ça serait peut-être intéressant qu’on puisse mieux le valoriser avec une plus grande utilisation. »

La stratégie gouvernementale répond aux demandes de l’industrie, croit Éloϊse Harvey, chef de la direction d’EPIQ Machinerie. Elle rappelle que les équipementiers en aluminium avaient réalisé un mémoire comportant six recommandations pour soutenir le développement de l’industrie. Toutes ses recommandations ont été prises en compte, affirme-t-elle. « On a été entendu. »

L’annonce a aussi été bien accueillie par le syndicat Unifor, qui représente des travailleurs dans plusieurs installations de RioTinto Alcan ainsi que chez plusieurs sous-traitants du géant de l’aluminium. « Il s’agit d’une bonne nouvelle particulièrement pour la deuxième et troisième transformation, ce que nous avions demandé lors des consultations. On voit que le gouvernement a tenu compte des consensus de la région, il faut s’en réjouir », commente le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, dans un communiqué.

Un aluminium plus vert

Un axe important de la stratégie gouvernementale est d’encourager la réduction de l’empreinte carbone des alumineries, grâce à l’hydroélectricité et aux investissements dans la technologie.

L’industrie de l’aluminium québécoise a à la fois la particularité d’être moins polluante qu’ailleurs, mais elle demeure une importante émettrice de gaz à effet de serre (GES) de la province.

En 2018, la production d’aluminium était le procédé industriel qui émettait le plus de gaz à effet de serre dans la province à 4,7 millions de tonnes en équivalent dioxyde de carbone, selon le plus récent Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre.

Grâce à l’hydroélectricité, l’industrie a tout de même une empreinte carbone inférieure aux concurrents internationaux. Au Québec, la production d’une tonne d’aluminium émet l’équivalent de deux tonnes de GES. En Europe, ce ratio est de 16 tonnes tandis qu’il est de 30 tonnes en Chine.

M. Fitzgibbon admet que le terme « vert » est parfois galvaudé, mais il souligne que beaucoup d’efforts sont déployés par les principaux acteurs de l’industrie au Québec pour réduire son empreinte environnementale.

Le centre de recherche et de développement industriel ELYSIS tente de développer un aluminium sans carbone. La coentreprise détenue conjointement par Alcoa et Rio Tinto a annoncé au début du mois qu’elle avait réussi à atteindre un seuil industriel de production. Elle espère que sa technologie sera disponible pour commercialisation en 2024.

« Je suis très enthousiaste à l’idée que si cette technologie se déploie commercialement, ça va permettre au Québec d’être probablement le premier qui va vraiment faire un aluminium vert, qui va être carboneutre », se réjouit le ministre.
https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2021-11-16/475-millions-sur-trois-ans/quebec-devoile-sa-strategie-pour-verdir-l-aluminium.php

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Un petit pas pour réduire les contenants à usage unique

Des restaurateurs se tournent vers les contenants consignés pour emporter


La coopérative Retournzy lancera un projet pilote de contenants consignés dans une quinzaine de restaurants de la rue Notre-Dame, dans l’arrondissement Le Sud-Ouest, à Montréal.
Photo : Radio-Canada / Olivier Bachand

Olivier Bachand
à 17 h 46

Dès lors que la Ville de Montréal compte bannir le plastique à usage unique en 2023, plusieurs projets pilotes prennent naissance dans les restaurants de la métropole pour offrir des contenants réutilisables aux clients qui commandent des plats à emporter.

Certains établissements ont même déjà implanté leur propre système de contenants consignés. C’est le cas du café La graine brûlée*,* rue Sainte-Catherine. Depuis plus d’un an, les clients y reçoivent leurs commandes dans des contenants en verre.

On a des contenants pour des salades, des repas chauds, des soupes. Ce sont tous des plats que les gens peuvent apporter à la maison et mettre au four, au lave-vaisselle, au micro-ondes, explique la copropriétaire Marie-Eve Koué.

La consigne, qui varie de 1 $ à 6,50 $ selon la taille du récipient, est ajoutée à la facture des clients. Ils sont remboursés quand ils rapportent le contenant.

L’initiative a été bien accueillie, dit Marie-Eve Koué. Elle estime que seulement un client sur 10 est mécontent de cette façon de faire. Je pensais qu’il y aurait vraiment plus de résistance. Puis ça me fait vraiment plaisir de voir que les gens adhèrent à ce point-là.

Dans le cadre de son règlement annoncé l’été dernier, la Ville de Montréal interdira la distribution de pailles, d’ustensiles et de contenants en plastique et en polystyrène à compter de mars 2023.

Les restaurateurs pourront se tourner vers des contenants recyclables et compostables, mais plusieurs projets pilotes visent à franchir un pas de plus : offrir des contenants réutilisables dans une perspective zéro déchet.

Tester des solutions de rechange

L’organisme La vague, dont la tasse consignée a déjà été adoptée dans 400 cafés du Québec, souhaite reproduire ce succès avec des contenants offerts en restaurant.

Quatre modèles de récipients consignés au coût de 7 $ seront testés au cours des prochains mois. Une trentaine d’établissements de l’arrondissement de Lachine, de la MRC de Roussillon et de la MRC de Lotbinière participeront au projet pilote.

L’objectif, c’est de remplacer 30 % des commandes à emporter vers le réutilisable, explique la cofondatrice de La vague, Aurore Courtieux-Boinot. J’ai bien hâte de connaître l’opinion des commerçants par rapport à différentes options. Dès qu’il y en a une qui nous satisfait, on va passer une grosse commande et rendre ça disponible partout au Québec.

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L’organisme La vague testera quatre contenants consignés dans le cadre d’un projet pilote chez une trentaine de restaurateurs.
Photo : La Vague

La coopérative Retournzy veut quant à elle offrir un service clés en main aux restaurateurs. Ses contenants en acier inoxydable seront consignés au coût de 8 $. Les clients pourront ensuite les rapporter dans un établissement du réseau.

Nous, on collecte les contenants sales qui sont chez les restaurateurs, on les amène dans nos centres de lavage, on les lave, on les assainit et on les redistribue, explique France Gosselin, une des cofondatrices de Retournzy.

Un projet pilote réunissant une quinzaine de restaurateurs de la rue Notre-Dame, dans l’arrondissement Le Sud-Ouest, sera lancé cet hiver.

Ça prend effectivement une masse critique de restaurateurs pour créer ce réseau-là et qui font en sorte que c’est facile de ramener les contenants pour les utilisateurs finaux, ajoute Mme Gosselin.

Christophe Coltey, un des cofondateurs de la coopérative, testera lui aussi le système de consigne dans son restaurant, Caribou Gourmand, situé boulevard Saint-Laurent, dans le Mile-End.

Au tout départ, on espère avoir 20-25 % de clients qui vont embarquer, et vraiment, on a peut-être un objectif ambitieux, mais on voudrait aller jusqu’à 75 % assez rapidement, envisage M. Coltey.

Un système d’emprunt, comme à la bibliothèque

Et il n’y a pas que la consigne… Un système d’emprunt de contenants qui fonctionne avec une application mobile et un code QR sera testé à partir de cette semaine dans plusieurs restaurants du Plateau-Mont-Royal.

Tu n’as qu’à les retourner comme des livres à la bibliothèque en 14 jours et nous on les ramasse, on les lave et on les retourne aux commerces, explique Mishel Wong, la fondatrice de l’entreprise Bo.

Le code QR unique à chaque contenant permettra de savoir quel utilisateur a un contenant en sa possession. L’application mobile lui enverra un message pour lui rappeler de rapporter son contenant au bout de deux semaines, s’il ne l’a toujours pas fait.

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Des fraises du Québec toute l’année

PHOTO PASCAL RATTHÉ, LA PRESSE

« Avec Ferme d’hiver, on va pouvoir avoir des fraises toute l’année de façon constante, », explique Alain Brisebois, président et chef de la direction de l’entreprise

Se procurer des paniers de fraises du Québec au supermarché entre octobre et juin pourra devenir monnaie courante. L’entreprise Ferme d’hiver vient tout juste d’inaugurer sa toute première installation, qui lui permettra de produire 180 000 kilos par année, grâce à une technologie unique au pays. Le convoité fruit rouge cultivé en hiver se trouvera au cours des prochains mois dans plus d’une vingtaine de supermarchés IGA. L’objectif à long terme : remplacer 10 % des importations de fraises.

Publié le 20 novembre 2021 à 7h00

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Nathaëlle Morissette

Nathaëlle Morissette La Presse

« Il s’importe chaque année au Canada 130 millions de kilos de fraises de la Californie, du Mexique, de la Floride », souligne Alain Brisebois, président et chef de la direction de Ferme d’hiver. « La fraise est un produit que le consommateur aime. Il est habitué à goûter une fraise savoureuse l’été et, dès qu’arrivait le mois de septembre, malheureusement, on était pris avec une fraise qui traverse le continent au complet. »

« Notre mission est d’amorcer une production entre septembre et juin pour offrir une solution avec une fraise produite localement sans pesticides chimiques. »

Ainsi, dans une pièce de 575 mètres carrés, sans fenêtre, se trouvent 11 rangées comptant chacune 5000 plants de fraises. Ceux-ci sont éclairés par des tuyaux lumineux de 1200 watts. Ils reçoivent ainsi 16 heures d’ensoleillement par jour. À travers les fruits en devenir, des bourdons se promènent d’un pot à l’autre. Voilà le concept de Ferme d’hiver.

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La différence entre une serre et une unité de production comme celle de Ferme d’hiver ? « La serre a besoin du soleil. On ne peut pas mettre 14 plants l’un par-dessus l’autre, le soleil ne se rendra pas. Ce que nous, en vertical, on peut faire, parce que le soleil, qui est la lumière DEL, est en face du plant », explique M. Brisebois.

Pour mener à bien son projet, l’entreprise conclut des partenariats avec des producteurs maraîchers en serre. Dans ce cas-ci, il s’agit des Serres Vaudreuil. « L’ensemble de l’énergie utilisée pour les lumières des fraises est récupérée en chaleur pour réchauffer la serre du maraîcher », souligne Yves Daoust, fondateur et chef des opérations de Ferme d’hiver.

Ainsi, contrairement aux fraises déjà produites en serre l’hiver, comme le fait notamment Savoura, l’unité de Ferme d’hiver permet de produire plus, dans un espace plus restreint, expliquent les deux hommes derrière le projet. Et ils pourront fournir des fraises de façon constante et permettre au consommateur de les retrouver, semaine après semaine.

D’autres projets de Ferme d’hiver comme celui de Vaudreuil devraient voir le jour au cours des prochaines années. Veut-on en venir à remplacer les fraises étrangères sur les rayons l’hiver ? « On n’a pas cette prétention, répond M. Brisebois, car 130 millions de kilos, c’est beaucoup. Notre modèle d’affaires est plus d’environ 10 % de cette production. Donc, on se retrouve avec un produit qui est de plus grande qualité. Notre prétention est plus d’offrir une solution de rechange : un fruit cueilli et consommé 24 heures plus tard. C’est incomparable à une fraise qui a passé une semaine à traverser le continent. »

Demande des supermarchés

Actuellement, le produit appelé Fraise d’hiver est vendu dans deux magasins IGA. Au cours des prochains mois, on croit pouvoir en fournir 25. L’entreprise a conclu une entente avec Sobeys (IGA). D’autres marques seraient également intéressées.

« La demande n’est pas problématique. Notre défi, c’est de bâtir la capacité de production. On veut le faire le plus possible sur le territoire du Québec. On a accès à des taux électriques intéressants. On a des maraîchers de grande qualité. »

« Je veux les avoir parce que c’est du local, et plus ça va, plus les gens demandent du local », a affirmé Samuel Lauzon, directeur des opérations pour les magasins IGA Famille Déziel, interrogé en marge de l’inauguration. « Avec Ferme d’hiver, on va pouvoir avoir des fraises à l’année de façon constante. Le but, c’est que le client soit capable de toujours retrouver la fraise du Québec. La demande est très forte en produits du Québec, l’hiver encore plus parce qu’il n’y a pas grand-chose [dans les fruits et légumes]. »

Actuellement, le produit se vend de 5,99 $ à 6,99 $ pour un format de 850 ml.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, LA PRESSE

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Présent à l’occasion de l’inauguration vendredi, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a visité l’unité de production et vanté les mérites du projet. « Dans le développement économique du Québec, régional particulièrement, on pense à différents secteurs : le “fait au Québec”, on pense à l’autosuffisance alimentaire, on est à 50 % au Québec, et à l’innovation. L’innovation, c’est la clé de voûte pour que l’on comble notre écart de richesse avec l’Ontario et les États-Unis. Une innovation comme ça, ça va [inciter] des jeunes très sensibles aux changements climatiques à venir travailler dans une entreprise comme celle-là. Alors, ça [touche] beaucoup de vecteurs de croissance, même si c’est un petit projet. »

Investissement Québec est également partenaire dans l’aventure.
https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-11-20/agriculture/des-fraises-du-quebec-toute-l-annee.php

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Moi je suis prêt à manger des fraises du Québec à l’année. Je n’attends que la technologie pour pouvoir en profiter en tout temps. Emmenez-moi cette fraise près de chez moi en hiver et je serai ravi d’y gouter et de la consommer.

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Content de voir l’entreprise de Brossard prendre de l’expension.
Ce qui est drôle est qu’il y a un IGA tout près et il n’offre pas ces fraises qui poussent à coté !

C’est abolument génial de voir toute cette innovation. Le Québec est un endroit assez incroyable pour ça!

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Effectivement il y a un vent de dynamisme qui souffle sur la société québécoise et les entreprises, dans un esprit d’optimisme rarement vu dans notre chère société distincte. :smiley:

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Hydrogène Le Québec en voie de rater le bateau


PHOTO FOURNIE PAR JEAN-ERICK PASTIER |
Les installations d’Air Liquide, à Bécancour

L’hydrogène vert pourrait devenir une mine d’or pour le Québec, mais à moins d’investir rapidement, ce dernier se fera doubler par les pays qui ont déjà commencé à développer cette filière comme l’Allemagne et l’Australie.

Publié le 24 novembre 2021 à 6h00 | HÉLÈNE BARIL | LA PRESSE

Il y a urgence d’agir, estime une étude réalisée par l’antenne montréalaise de la firme Boston Consulting Group (BCG), que La Presse a pu obtenir. « Le Québec n’investit pas suffisamment dans ce marché et court le risque de rater une belle occasion d’agir », résume Simon-Pierre Monette, associé et directeur général du bureau de Montréal et un des auteurs de l’étude.

Depuis le début de l’année, la filière de l’hydrogène est en ébullition au Québec. La multinationale Air Liquide a investi pour doubler sa production à Bécancour. Hydro-Québec a annoncé un investissement de 200 millions pour construire une usine de production d’hydrogène à Varennes, et une coentreprise formée de Greenfield Global et de l’allemande Hy2gen investira aussi à Varennes dans la production d’hydrogène vert.

De son côté, le gouvernement du Québec a annoncé pour l’automne une première stratégie québécoise de production d’hydrogène vert.

« C’est encourageant de voir ces projets, mais on peut en faire plus », explique Simon-Pierre Monette. L’hydrogène vert sera indispensable à la transition énergétique et permettra aux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES), comme l’acier et le transport lourd, de se libérer des énergies fossiles.

Boston Consulting Group prévoit que, d’ici 2040, le marché de l’hydrogène vert pourrait atteindre 290 milliards à l’échelle mondiale. À elle seule, l’Amérique du Nord pourrait représenter jusqu’à 21 % de la demande annuelle estimée entre 40 et 146 mégatonnes en 2040, des chiffres qui pourraient encore augmenter.

Des pays comme l’Allemagne et l’Australie sont en train de se positionner sur ce marché en devenir. « Le Québec est positionné de façon unique et il doit en profiter parce que son avantage risque de s’atténuer », dit Simon-Pierre Monette.

Le temps presse, selon lui, parce que la fenêtre qui s’offre au Québec ne dépasse pas 10 ans. « Ça peut sembler généreux, mais ça ne l’est pas, parce que ce type de projet met du temps à se concrétiser. »

Il faut investir non seulement dans la production d’hydrogène vert, mais aussi dans ses usages. « Il faut stimuler la demande en même temps qu’on l’alimente. »

Les atouts du Québec sont multiples, selon BCG.

De l’énergie propre et disponible

La disponibilité d’énergie propre est un des atouts principaux du Québec pour devenir le leader du secteur de l’hydrogène vert. En plus de produire de l’hydrogène qui se distingue des autres issus des énergies fossiles, il est possible de développer tout un secteur d’avenir dans les produits dérivés et dans la technologie et l’équipement pour produire et distribuer l’hydrogène. Le Québec peut jouer un rôle dans toute la chaîne de valeur, estime BCG, qui donne l’exemple du secteur ferroviaire.

« Il existe aussi une réelle occasion pour le Québec de soutenir l’H2 dans le secteur ferroviaire en investissant le long de la chaîne de valeur, de la conception du moteur de la locomotive à l’infrastructure de ravitaillement, en passant par le service et l’entretien des trains. »

Un prix très bas

L’hydrogène vert coûte plus cher à produire que l’hydrogène issu du gaz naturel ou du charbon. Le surcoût se situe entre 1,50 $ et 2 $ le kilogramme dans la production d’ammoniac, illustre l’étude de BCG. Le prix de l’hydrogène vert devrait baisser de 30 % à 60 % au cours des 10 prochaines années, grâce à la diminution du coût des énergies renouvelables.

Déjà, le Québec peut produire de l’hydrogène vert à un coût inférieur de 50 % comparativement à l’Ontario et aux États voisins de la Nouvelle-Angleterre.

Le coût de production de l’hydrogène vert au Québec, estimé à 3 $ le kilo, est aussi compétitif à l’échelle mondiale, où les coûts de production se situent entre 3 $ et 6,55 $ le kilo.

Proximité des marchés

L’hydrogène se transporte par camion ou par pipeline, mais à un coût élevé. Le Québec peut profiter de sa proximité avec des marchés où la demande sera forte. Les aciéries et les raffineries en utiliseront de plus en plus. L’Ontario, l’État de New York et la Nouvelle-Angleterre devraient consommer jusqu’à 150 000 tonnes d’hydrogène vert par année d’ici 2030, estime BCG. Ça représente 300 millions de dollars.

La proximité des marchés les plus intéressants est un avantage important parce que le transport d’hydrogène sur une distance de 1000 kilomètres peut en faire augmenter le coût de 50 %, illustre BCG.

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