Densité et étalement urbain

Reportage au Téléjournal 18h

L’heure de la maison unifamiliale avec terrain est révolue, clament bien des urbanistes à quelques semaines de connaître la nouvelle politique de Québec sur l’aménagement du territoire. La CAQ, selon eux, doit à tout prix miser sur la densification pour contrer l’étalement urbain et les enjeux environnementaux et économiques sont énormes. Pourtant, le ministre François Bonnardel en a inquiété plusieurs il y a quelques semaines en affirmant que la densification n’était qu’une mode. Le reportage de Jean-Sébastien Cloutier.

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Il était également au Tj 18h ce soir à Radio-Canada:

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=382777027213004&id=100064421300312&m_entstream_source=timeline

J’ai nettement préféré la position de la mairesse de Chamby, Alexandra Labbé, que celle du maire de Saint-Bruno, Ludovic Grisé Farand.

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Oui et d’ailleurs la vision de Chambly pour le développement de son centre-ville est assez exceptionnelle. Un très bel exemple d’urbanisme.

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Le mot de la mairesse en latin est une touche originale :joy:

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C’est un lorem ipsum. Donc évidemment une erreur des graphistes!

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Je trouve ça vraiment rafraîchissant qu’on entende ce qu’ont a dire les maires de plus petites villes dans le reportage de Radio-Canada, et surtout au sujet de la fiscalité municipale et de l’impact que ça a même sur des petits villages. C’est l’argument le plus convaincant pour la densité à mon avis.

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Saint-Jérôme « On veut densifier notre centre-ville »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Élu en novembre 2021, le maire de Saint-Jérôme, Marc Bourcier, est en faveur de la densification de sa ville.

Pendant que certaines villes souhaitent que la densification se fasse loin du noyau urbain, comme Saint-Bruno-de-Montarville, qui veut préserver le caractère « villageois » de son centre-ville, d’autres municipalités prennent le taureau par les cornes pour encadrer le développement et contrer l’étalement.

Publié à 5h00

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Suzanne Colpron

Suzanne Colpron La Presse

C’est le cas de Saint-Jérôme, dans les Laurentides, où, lundi soir, le maire Marc Bourcier et le conseil municipal ont adopté à l’unanimité, lors d’une séance extraordinaire, une résolution musclée qui imposera une contribution financière aux promoteurs et qui encadrera le développement immobilier à venir.

« La gare intermodale est près du centre-ville, explique le maire en entrevue avec La Presse, dans les rues de la ville de 81 000 habitants. Avec la densification, on veut que les gens se déplacent à pied ou à bicyclette pour obtenir des services, aller au théâtre, au restaurant. »

Notre vision est à l’opposé de [celle de] Saint-Bruno. Nous, on veut densifier notre centre-ville, qui en a bien besoin. On veut qu’il prospère.

Marc Bourcier, maire de Saint-Jérôme

La résolution votée lundi soir marque, selon lui, « un tournant majeur pour Saint-Jérôme ».

« Le résultat mènera vers une meilleure équité fiscale entre les citoyens. Il est temps, pour notre ville, d’adhérer pleinement aux principes de densification de la trame urbaine existante pour contrer l’étalement urbain et diminuer la pression sur les milieux naturels », a-t-il expliqué lors de la séance extraordinaire.

Au cours des cinq prochaines années, Saint-Jérôme compte prioriser des projets immobiliers qui vont répondre aux objectifs suivants : revitaliser et développer son centre-ville, développer un « Quartier de la santé », des secteurs industriels et commerciaux, des projets permettant de boucler les rues existantes et ceux situés sur des terrains desservis par les infrastructures existantes. Ces mesures vont permettre à la Ville de « définir son carré de sable ».

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Immeubles résidentiels en construction à Saint-Jérôme

Un nouveau règlement prévoit par ailleurs une contribution de 2500 $ par nouveau logement qui sera payée par le promoteur. Pour le non-résidentiel, ce sera 10 $ par mètre carré de plancher habitable.

« On encadre les développements à venir pour les générations futures, souligne le maire. On définit le carré de sable où les joueurs vont pouvoir jouer. En fait, on délimite l’endroit où doit se faire la densification. Après ça, on délimite l’endroit où doit se développer le Quartier de la santé de Saint-Jérôme. On délimite aussi l’endroit où il doit y avoir des industries et des commerces. »

Fini, le Far West

M. Bourcier est conscient que cela ne plaira pas à tout le monde.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Marc Bourcier, maire de Saint-Jérôme

Il y a des promoteurs qui ne seront pas contents. Mais on vivra avec ça parce qu’il est temps que le Far West se termine à Saint-Jérôme et qu’on pense aux générations futures. On s’en allait nulle part et ça créait des problèmes de circulation. On a 63 000 voitures pour 81 000 personnes. C’est de l’auto, ça !

Marc Bourcier, maire de Saint-Jérôme

Enseignant à la retraite, Marc Bourcier s’était fait élire sous la bannière péquiste lors de l’élection partielle tenue à la suite de la démission de Pierre Karl Péladeau dans la circonscription de Saint-Jérôme, en 2016. Battu par la Coalition avenir Québec en 2018, il s’est retourné vers la politique municipale à un moment où la ville était secouée par des scandales. Après une victoire nette, en novembre 2021, où il a fait élire 10 conseillers, il a dissous le parti qu’il avait fondé et siège maintenant comme maire indépendant.

« On a 12 conseillers, note-t-il. Ils sont libres de penser, de voter comme ils veulent, il n’y a pas de ligne de parti. Mais tous les conseillers sont d’accord avec cette orientation-là. C’est unanime. »

Il faut dire que Saint-Jérôme dispose d’atouts urbains qui peuvent faciliter une densification réussie, avec son cégep, son hôpital, une antenne de l’Université du Québec en Outaouais, un théâtre, une cathédrale et plusieurs restaurants et bars. La ville est, de surcroît, traversée par une rivière et est le point de départ de la longue piste cyclable du P’tit train du Nord, qui voit passer 250 000 cyclistes chaque été.

Dans Une ville bien ordinaire, Robert Charlebois chantait : « Puis le monde de Saint-Jérôme, surtout le monde ; Parce qu’y a du monde à Saint-Jérôme ; Une chance ; Du bon monde quand ils trouvent ; Parce que l’ouvrage est rare à Saint-Jérôme ; Faut qu’ils travaillent ».

« Ça a changé, rappelle le maire Bourcier, qui a passé toute sa vie dans cette ville. Il y a un engouement pour nos terrains industriels. On est capables de prioriser les industries du côté technologique et en électrification des transports parce que c’est là qu’on s’en va. On veut que les Laurentides soient une zone d’innovation. »

En savoir plus

  • 19 %

Croissance de la population de Saint-Jérôme depuis 2001, soit un taux supérieur à la moyenne québécoise de 12 %.

Source : Ville de Saint-Jérôme

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Bonne nouvelle que de plus en plus de villes emboîtent finalement le pas. C’est rafraîchissant et encourageant!

Je trouve ça par contre un peu injuste qu’on s’acharne sur le cas de Saint-Bruno. Il est vrai selon moi que l’on peut pas aborder la densification dans une banlieue qui est un village à la base, que lorsque c’est historiquement une ville. La morphologie d’un centre villageois est très différente que celle d’un centre-ville.

Ce qu’on peut imaginer et espérer comme densification dans le centre-ville de Saint-Jean, Saint-Jerome ou Saint-Hyacinthe n’est pas comparable à ce qui se prête à Saint-Bruno ou Marieville, par exemple.

En plus, je vois d’un bon œil que les Promenades Saint-Bruno est ses abords soient destinés à une sérieuse densification. C’est présentement une grande mer d’asphalte mal organisée où on s’y perd même en voiture.

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Saint-Bruno serait très capable de faire de la densification douce dans son noyau villageois. Le problème, c’est que son maire ferme la porte à tout ce qui a plus de deux étages et qu’il utilise de la désinformation pour se justifier (personne ne veut vivre dans des tours, surtout pas des tours de 4 étages…)

C’est ça la beauté de la densification, elle peut s’adapter au contexte. Saint-Jérôme a de belles opportunités parce que son centre-ville est plus concentré, plus fort et bien desservi par les transports en commun. Personne ne s’attendrait à la même politique à Saint-Bruno, mais ce serait bien qu’on ait droit à quelque chose.

Et oui, les Promenades c’est bien et le développement autour aussi, mais on est pas obligé de se limiter là.

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J’avais aussi vu que le développement à Saint-Bruno était sur des terrains libres et non une transformation du centre commercial, mais je peux me tromper.

Ce qui est dommage avec l’emplacement cest de couper le développement du centre-ville.

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Le problème du développement dense aux Promenades St-Bruno et non au centre de la ville, c’est que l’ensemble des services municipaux se trouvent au centre-ville (piscine, aréna, école secondaire, centre communautaire, etc.), de l’autre côté de 2 autoroutes, et que la ville ne démontre pas d’intérêt à dédoubler ces services ou à les déménager dans le quartier dense.

Comme tout le monde qui va déménager dans le quartier des Promenades aura certainement une auto, ils vont la prendre pour faire les 8km de trajet qui les séparent du centre-ville au lieu de se taper 30 minutes d’autobus. Et donc le “noyau villageois” devient donc rapidement congestionné et en manque de stationnement.

Il faut densifier autour des services, ça me semble évident et St-Jérôme l’a compris. Comme ça la nouvelle population des quartiers densifiés n’a pas autant de besoins en transport motorisé et la ville peut absorber cette augmentation de densité plus facilement.

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Tu as parfaitement raison. C’est ça faire du développement durable, mais ce ne sont pas tous les maires qui le comprennent. En agissant ainsi ils desservent leur propre population au profit d’une minorité de nymbies à courte vue.

C’est quand même spécial de critiquer la désinformation et de mentionner que la porte est fermée à tout ce qui a plus de 2 étages dans le même paragraphe. Allez lire sa lettre ouverte, la porte n’est pas fermée. Il préfère pouvoir accorder un étage supplémentaire en contrepartie de concession des promoteurs la où c’est souhaitable.

63 000 chars pour 81 000 habitants, ayoye…Tant mieux pour Saint-Jérôme, qui connaît une croissance quand même assez rapide. Je suis pas mal sûr que d’ici 10-20 ans elle aura aisément atteint 100 000 habitants.

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C’est vrai partout au Québec: on peut présenter un projet qui déroge au plan d’urbanisme. Rien n’empêche de présenter une tour de 200 mètres avec une porcherie comme couronnement sur Gilford dans le Plateau. Mais finalement, le plan d’urbanisme dicte la forme que prend le quartier, tout le reste n’est qu’une dérogation incertaine.

Pour passer un projet, ça veut dire plaire aux élus, et de potentiellement déclencher des consultations et des mesures référendaires par la population. C’est évident que cela va refroidir sérieusement les constructeurs. La seule densité garantie pour leur projet, c’est deux étages, et il y a des risques que ce soit la seule chose acceptée, par les élus ou la population.

Le plan d’urbanisme devrait refléter la forme urbaine désirée, le reste c’est du bonus. Atteindre cet idéal en forçant des projets dérogatoires systématiquement, je doute fort que ça fonctionne. On n’a jamais vu ça à Montréal; des secteurs où les hauteurs étaient très faibles au centre-ville, ça s’est développé quand les hauteurs ont été rehaussées, et pourtant il y avait probablement plus d’argent à aller chercher là qu’à Saint-Bruno.

Il ne faut pas oublier que le changement de zonage a revu les hauteurs permises à la baisse, donc ça donne le ton pour tout promoteur qui voudrait se mouiller avec un projet particulier.

En lien avec la vidéo de Not Just Bikes au sujet de l’analyse d’Urban3

Car-dependent suburbia is subsidized by productive urban places. That’s why American cities are broke. But how bad is it, and who is subsidizing who?

Urban3 is a consulting company that helps cities better understand the economic impact of development. They have worked with many American cities to better understand and visualize the costs of development, and uncover which properties are productive, and which are not. Some municipalities have been willing to share that information, and it has provided a fascinating glimpse into the financial problems caused by sprawling car-centric suburban development.

https://www.urbanthree.com/

On a maintenant l’analyse pour la région de Montréal

Le texte est trop long à recopier, donc à lire ici :

Revenus fonciers au km²

Revenus fonciers par m² par habitant

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Le casse-tête de la densification urbaine

Il n’y a pas assez de nouveaux logements pour répondre à la demande grandissante en habitation. Des villes comme Granby et Lévis font preuve de créativité pour stimuler leur construction.

Marc-André Sabourin
1 juin 2022


llustration : Catherine Gauthier pour L’actualité

Des logements, la ville de Granby en a besoin, et ça presse ! Le taux d’inoccupation des appartements locatifs y était ce printemps de 0,1 %. À titre de comparaison, il était de 3 % à Montréal en 2021, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, le seuil où il devient difficile, voire impossible de se loger.

« Ça nous préoccupe beaucoup », dit la mairesse Julie Bourdon, qui, dès le mois de mai, a mis sur pied un comité d’urgence pour s’assurer qu’aucune famille n’allait se retrouver à la rue avec ses meubles le 1er juillet.

La pénurie ne touche pas que le marché locatif. Selon l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec, si l’appétit des acheteurs se maintient, il faudrait quatre fois plus de maisons en vente pour que le marché soit à l’équilibre.

La situation est semblable dans la quasi-totalité des régions, ce qui a contribué à faire exploser le prix médian des maisons individuelles de 22 % en un an : au premier trimestre de 2022, il s’établissait à 415 000 dollars. La construction a beau se maintenir à un niveau historique, « l’offre ne répond pas à la demande », résume Jean-Philippe Meloche, professeur agréé d’urbanisme à l’Université de Montréal.

La solution, sur papier, est simple : bâtir plus de maisons, condos et appartements locatifs. Le gouvernement fédéral, qui souhaite doubler le rythme annuel de construction pour atteindre 400 000 logements neufs par an d’ici 2031, a annoncé une enveloppe de 5,5 milliards de dollars dans son dernier budget afin d’accélérer les mises en chantier résidentielles.

Hélas ! Jean-Philippe Meloche peut énumérer de nombreuses raisons pour lesquelles sortir le chéquier ne suffira pas à résoudre le problème.

Il y a le manque de main-d’œuvre et les difficultés d’approvisionnement en matériaux. Il y a « la protection des grenouilles » et autres enjeux environnementaux qui, bien que légitimes, retardent, complexifient ou empêchent la réalisation de projets. Mais il y a surtout la principale entrave : la réglementation municipale.

« Dans la plupart des régions, il est interdit de construire autre chose que de l’unifamilial, déplore le professeur Meloche. Même pas du multigénérationnel. » Ce n’est pas à coups de maisons à étage, même tassées comme des sardines dans les nouveaux lotissements, que la pénurie va se résorber.

Changer le zonage municipal pour autoriser la construction de multilogements en hauteur, préférablement dans les secteurs déjà occupés pour éviter l’étalement urbain, ne coûterait pourtant rien. Sauf que, politiquement, ce serait du suicide pour bien des maires et mairesses, souligne l’expert. Des tours d’habitation dans un quartier de maisons individuelles à étage, ce n’est pas du goût de bien des résidants.

Même chose pour la conversion de sous-sols en appartements, qui serait, selon Jean-Philippe Meloche, la mesure la plus efficace pour augmenter le nombre de logements « dès demain matin ». Si bien des municipalités ne permettent pas cette avenue, c’est parce que la personne qui loue un sous-sol « n’a pas le même profil que celle qui achète une maison. Souvent, la réglementation est là pour des raisons discriminantes : s’assurer que les riches vivent avec les riches, et que les pauvres restent avec les pauvres. »

La Ville de Granby a opté pour une solution à mi-chemin. En s’inspirant de Vancouver et de Toronto, elle a modifié le zonage l’automne dernier afin d’autoriser la construction d’une « unité d’habitation accessoire » sur le terrain d’une maison existante — imaginez un grand cabanon ou un garage, en réalité un studio habitable à l’année par un parent, ou loué pour générer un revenu d’appoint. « L’objectif est de faire de la densification douce », dit la mairesse Julie Bourdon, qui espère que la mesure permettra d’ajouter des logements rapidement. Aucun citoyen ne s’en est encore prévalu, mais il y a eu quelques demandes d’information.

Si l’incapacité du marché à répondre à la demande continue de pousser les prix à la hausse, cela mènera à une « adaptation douce » des habitudes d’habitation.

Outre cette solution « douce », il existe des efforts plus directs. Granby a fait don en mai d’un terrain d’une valeur de 1,3 million de dollars à l’office d’habitation de la région, qui souhaite y bâtir 90 logements abordables. Elle fournira par ailleurs une aide financière de 1,3 million de dollars pour la création d’une coopérative d’habitation de 28 appartements.

Les groupes qui militent pour le droit au logement revendiquent depuis des années l’utilisation de terrains et d’immeubles publics excédentaires afin que des habitations y soient construites. Et ce, tant au niveau municipal que provincial et fédéral. Le Conseil du Trésor du Canada a récemment entrepris un « examen » pour déterminer si certains édifices fédéraux, moins fréquentés par les fonctionnaires depuis l’adoption de politiques de télétravail, pourraient être convertis en logements abordables. Les résultats se font toujours attendre.

À cela s’ajoute une enveloppe financière de 300 millions, annoncée dans le dernier budget, pour aider les propriétaires immobiliers à transformer eux aussi en appartements des bureaux devenus vacants depuis l’arrivée de la pandémie.

Parfois, changer la vocation d’un immeuble est une avenue semée d’embûches. Par exemple dans le cas de l’usine Bow Groupe de plomberie, à Granby, qui fabrique des tuyaux de plastique. En 2023, l’entreprise déménagera dans le quartier industriel, un lieu beaucoup plus approprié à ses activités que la zone résidentielle où elle se trouve actuellement.

La Ville veut en profiter pour densifier le quartier en ajoutant jusqu’à 306 logements dans des immeubles à deux étages, ce que permet le zonage. Aucun promoteur n’a encore manifesté son intérêt, mais déjà, lors d’une assemblée publique de consultation en mars, plus de 60 citoyens sont venus faire part de leurs inquiétudes — perte d’intimité, augmentation de la circulation, quartier « défiguré ». Beaucoup auraient préféré un nouveau parc. « Les gens sont d’accord avec le principe de la densification, dit la mairesse. Mais quand ça s’approche de chez eux, ils ont des questions et c’est normal. »

Le phénomène du « pas dans ma cour » peut facilement faire dérailler un projet. « L’importance de l’acceptabilité sociale est souvent sous-estimée », affirme David Leblond, directeur général d’Humaco Stratégies, un promoteur immobilier de Lévis. « Si un projet ne respecte pas le milieu, ça peut occasionner des ralentissements majeurs. »

David Leblond donne l’exemple d’un changement de zonage décrété par la Ville de Lévis, il y a quelques années, qui a inspiré Cocité Lévis, un complexe de 1 200 logements avec bureaux et locaux commerciaux, en bordure du pont Pierre-Laporte. « Dès le jour 1, on avait une consultante dont le rôle était de discuter avec le voisinage pour s’assurer qu’il n’y avait pas de fausse information concernant le projet. Il n’y a pas eu de pression sur personne, et on a réussi à maintenir une relation de bon voisinage. »

Ce chantier de 415 millions, qui a commencé en 2020, devrait se terminer en 2027… si tout se passe comme prévu. L’un des défis de David Leblond est « l’augmentation des coûts de construction », à un moment où la capacité de payer des acheteurs sera limitée par la hausse des taux d’intérêt amorcée par la Banque du Canada. « Arrimer les deux est de plus en plus difficile. »

Si l’incapacité du marché à répondre à la demande continue de pousser les prix à la hausse, cela mènera à une « adaptation douce » des habitudes d’habitation de la population, croit le professeur Jean-Philippe Meloche. Il donne l’exemple de Vancouver, où, malgré les prix vertigineux, la quasi-totalité de la population parvient à se loger. Les Vancouvérois cohabitent, subdivisent des logements, restent chez leurs parents. « On en parle peu, car les gens n’aiment pas ça, mais ça fait partie de la réalité. »

Cet article a été publié dans le numéro de juillet-août 2022 de L’actualité, sous le titre « Tout un chantier ! ».

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Entrevue avec la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, sur la densification

Repenser la densification urbaine à Longueuil

06 juin 2022 - Rémi Leroux,

Élue l’automne dernier sur un programme qui vise « l’exemplarité environnementale » de la Ville de Longueuil, Catherine Fournier, accompagnée de son équipe, a déjà lancé plusieurs chantiers afin de répondre à l’urgence climatique. Rencontre avec la nouvelle mairesse de 30 ans, bien décidée à relever les défis environnementaux d’une grande ville de banlieue.

Les villes de banlieue, qui peinent encore aujourd’hui à contrer l’étalement urbain, doivent adopter de nouvelles approches pour améliorer le cadre de vie de leurs habitants tout en contribuant à l’action climatique. Quelles sont celles que vous privilégiez à Longueuil ?

L’urgence climatique impose aux municipalités d’avoir des approches complémentaires aussi bien sur le plan de la protection des milieux naturels, du verdissement et du développement des transports actifs et collectifs que de la densification de l’habitat. Nous n’avons plus le choix. L’un de nos engagements principaux durant la campagne était la protection de plus de 1500 hectares de milieux naturels.

On le sait, les milieux naturels nous rendent des services écologiques tellement importants, en filtrant notre air, en contribuant à abaisser la température ambiante, en captant les gaz à effet de serre… Préserver les boisés et les milieux humides est le geste numéro un que peuvent poser les villes. Et nous sommes très chanceux, à Longueuil, car même si notre territoire est très étalé, les milieux naturels que nous avons ont une valeur écologique moyenne à élevée.

Le sujet de l’heure, la densification urbaine, semble également incontournable. Comment vous y attaquez-vous à Longueuil ?

Il y a des enjeux importants d’acceptabilité sociale lorsqu’on parle de densification. Elle doit se faire dans le respect des identités locales, de l’identité des quartiers, de l’intégration architecturale. Notre responsabilité, c’est aussi de nous assurer d’avoir les infrastructures pour recevoir cette densification. Dans l’arrondissement de Saint-Hubert, de nombreux triplex ont été construits ces dernières années, ce qui a fait augmenter la population du secteur. Or, cela s’est répercuté sur le débit d’eau potable aux heures de pointe et a créé du mécontentement de la part des habitants.

Les gens pensent souvent que la densification, ce sont de grandes tours de condos. Certains quartiers peuvent s’y prêter, comme le quartier du métro. Mais là encore, si les services et les infrastructures ne suivent pas, ça ne fonctionnera pas. Dans les quartiers déjà bâtis, on peut faire de la densification différemment, de la densification « douce ».

En ce moment, la réglementation des villes n’est pas adaptée et ne favorise pas, par exemple, le logement bi- ou multigénérationnel ou la construction de logements d’habitation accessoires. Pourtant, dans le Vieux-Longueuil, par exemple, il y a des gens qui ont de très grands terrains et qui pourraient construire des logements accessoires, des minimaisons. Ce sont des pistes que nous allons explorer, notamment lors du Sommet pour l’habitation qui se tiendra en août prochain, que je coorganise avec mon collègue et maire de Laval, Stéphane Boyer.

Le nouveau Plan d’urbanisme de Longueuil 2021-2035 a été adopté avant votre arrivée. Il aborde en surface les solutions de densification. Est-ce contraignant ?

On peut faire des ajustements, des changements de zonage, par exemple. Sans refaire l’exercice, qui est un travail de longue haleine, on peut tourner autour, contribuer à l’enrichir pour qu’il soit encore plus fidèle à nos orientations. Accroître l’offre de logements disponibles et favoriser la mixité sociale, densifier le territoire, développer les services et le transport collectif…

Pour moi, l’urgence climatique et la crise de l’habitat ont manifestement des débouchés communs, des pistes de solution partagées, et c’est notre responsabilité de déterminer les plus efficaces et de les mettre en œuvre.

Ce n’est qu’en augmentant et en diversifiant l’offre de transport qu’on fera reculer l’auto solo.
— Catherine Fournier, mairesse de Longueuil

Sur le territoire de votre municipalité, très étendu, le défi du transport collectif est également central…

Nos villes, les grandes banlieues, ont été construites autour de l’auto solo. On souhaite aujourd’hui que les gens aient le choix entre prendre leur auto, leur vélo, les transports en commun, marcher, mais aussi qu’ils réfléchissent à se départir, par exemple, d’une de leurs deux voitures. Ce n’est qu’en augmentant et en diversifiant l’offre de transport qu’on fera reculer l’auto solo.

En même temps, nous devons composer avec le déficit structurel de financement du transport collectif, surtout après deux ans de pandémie et d’effondrement de la fréquentation. Veut-on simplement remonter la pente prépandémie ou créer de l’offre supplémentaire ? Certains tarifs ont dû être augmentés dans le cadre de la refonte tarifaire de l’ARTM [Autorité régionale de transport métropolitain].

Même si la majeure partie de l’augmentation est assumée par les municipalités, une petite part revient aux usagers. On s’entend que ce n’est pas idéal quand tu veux promouvoir l’utilisation des transports en commun, que ça n’envoie pas forcément le bon signal. Mais la réalité budgétaire est aussi à prendre en compte.

Durant la campagne, vous vous êtes également engagée à dresser un inventaire des gaz à effet de serre (GES) de la Ville de Longueuil…

Longueuil n’a pas d’objectifs de réduction de ses GES. Pour s’en fixer, encore faut-il avoir le portrait précis des émissions que nous générons. C’était un engagement, et la réalisation de l’inventaire est en cours. Nous avons également adhéré au printemps à la campagne internationale « Objectif zéro », qui vise la mise en œuvre d’un plan d’action climatique inclusif et résilient vers la carboneutralité, basé sur les pratiques les plus efficaces désignées par la science.

Nous allons également mettre en place et adopter cette année, grâce à l’appui du Centre québécois du droit de l’environnement, une charte verte qui va définir les droits environnementaux des citoyens, mais aussi la responsabilité de la Ville.

Finalement, en ce qui concerne la participation citoyenne, nous avons créé des comités consultatifs. De nombreuses villes en ont depuis longtemps, mais ce n’était pas le cas de Longueuil. Nous avons en particulier créé le Comité consultatif en environnement, pour lequel nous avons reçu de nombreuses candidatures de citoyennes et citoyens qui ont le goût d’aider la Ville dans ses prises de décision. Cela témoigne de l’intérêt de la population pour les questions environnementales.

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Finalement, la CAQ est revenu sur sa décision et veut maintenant contrer l’étalement urbain. :upside_down_face:

Aménagement du territoire Andrée Laforest veut limiter l’étalement urbain


PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE | Dans sa politique, Mme Laforest dit vouloir « adopter des formes d’aménagement qui permettent de contrer la perte de milieux naturels et de territoires agricoles ».

(Québec) Après s’être fait critiquer par les maires, le gouvernement Legault affirme désormais qu’il veut limiter l’étalement urbain.

6 juin 2022 | Publié à 13h54 | CAROLINE PLANTE | LA PRESSE CANADIENNE

Lundi, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a présenté la première Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire.

Celle-ci s’articule autour de quatre axes, et vise notamment à « orienter la croissance urbaine vers des milieux déjà dotés d’infrastructures et de services publics, […] limitant ainsi l’étalement urbain ».

À la mi-avril, le ministre des Transports, François Bonnardel, avait créé une commotion dans le milieu municipal en qualifiant la densification urbaine de « mode ».

Il avait par ailleurs ouvert la porte à des ensembles résidentiels dans la région agricole de Bellechasse avec son projet de tunnel Québec-Lévis.

Le 12 mai dernier, le maire de Québec, Bruno Marchand, a déploré que la Coalition avenir Québec (CAQ) normalise l’étalement urbain. Il l’a accusée de tenir un discours « populiste ».

Selon lui, la CAQ ne prend pas la pleine mesure de l’urgence climatique.

Dans sa politique, Mme Laforest dit vouloir « adopter des formes d’aménagement qui permettent de contrer la perte de milieux naturels et de territoires agricoles ».

Elle vise aussi à « planifier des territoires capables de mieux s’adapter aux conséquences des changements climatiques en favorisant la préservation des milieux naturels et de la biodiversité ».

Son objectif est également d’« accroître l’offre de logements de qualité, accessibles et abordables », et de « diversifier l’offre des moyens de transport, particulièrement les transports collectifs ».

La Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire est le fruit d’un travail de collaboration entre la ministre Laforest et sa collègue, la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

Près de 4500 personnes ont participé à la consultation sur l’aménagement du territoire, y compris le milieu municipal, la société civile, des scientifiques, ainsi que des membres des Premières Nations.

Le gouvernement promet de déposer « rapidement » un plan de mise en œuvre de la politique, afin de coordonner les actions des ministères, des municipalités, des MRC et des groupes de la société civile.

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