Quand on entreprend une discussion et qu’on a immédiatement l’impression que notre interlocuteur sonne faux, ça n’augure généralement rien de bon.
Mardi dernier, juste avant que le Québec plonge dans les festivités de la Saint-Jean et dans une éclipse médiatique, Tennis Canada a annoncé la mise en marche du plus grand projet immobilier de son histoire : la construction d’un stade couvert au parc Jarry.
Les plans sont faits, les appels d’offres ont même été lancés. Mais en ce qui concerne les informations réellement importantes, bonne chance! C’est comme si on présentait une pièce de théâtre de marionnettes derrière un écran de fumée.
[…] Depuis plusieurs années, les dirigeants de Tennis Canada préparaient donc le terrain et l’opinion publique. Ils répétaient ad nauseam que la modernisation des installations et l’aménagement d’un toit au-dessus du court central s’avéraient nécessaires pour répondre aux normes de l’ATP et de la WTA. Ce n’était pas faux.
Mardi dernier, donc, le chat est finalement sorti du sac : Tennis Canada veut construire un stade flambant neuf de 14 000 places équipé d’un toit. La fédération canadienne veut par ailleurs aménager des courts extérieurs et intérieurs supplémentaires sur le site du parc Jarry.
[…] Le hic, par contre, c’est que le langage utilisé par les dirigeants de Tennis Canada pour présenter leur projet a visiblement été peaufiné pour éviter de parler des vraies affaires. Comme si la transparence n’était pas essentielle dans un dossier aussi délicat.
Le premier éléphant dans la pièce, c’est que Tennis Canada est lentement en train de prendre le contrôle d’un des espaces verts les plus importants de Montréal, et ce, au détriment de la population. La fédération est un locataire expansif, et les citoyens commencent à en avoir ras le pompon.
Au début des années 1980, les installations de Tennis Canada au parc Jarry consistaient en un court central aménagé dans l’ancien stade de baseball et quatre courts secondaires. Nous sommes maintenant rendus à une occupation de 20 acres sur lesquels on retrouve 15 courts intérieurs, 10 terrains extérieurs et deux stades. L’an passé, près de 300 000 spectateurs ont assisté au tournoi.
Dans son annonce de mardi, Tennis Canada a mentionné qu’il faudra faire disparaître un terrain de baseball adjacent au complexe de tennis pour construire son nouveau stade. La fédération continuera donc de gruger du terrain qui appartient à la population. En s’emparant du site du terrain de baseball, Tennis Canada accaparera probablement plus du quart de la surface du parc Jarry.
Cet endroit, rappelons-le, est l’un des espaces verts les plus précieux de Montréal. C’est un lieu de rencontre, de pratique sportive et de détente pour une population qui n’a pas accès à grand-chose pour jouer dehors.
Ce n’est pas tout. À proximité des installations de tennis, il existe depuis plus de 50 ans une magnifique piscine de 50 mètres qui fait la joie de la population. Mais pour accommoder Tennis Canada, la Ville a l’intention de la faire disparaître. On aménagera plutôt deux bassins de 25 mètres à la place d’un stationnement situé près de la rue Jarry.
En langage de fonctionnaires, la relocalisation de la piscine est déguisée en création d’un pôle aquatique. Mais en vrai, ça dit aux citoyens d’aller se faire voir ailleurs, au bord de la rue. En ce qui concerne la disparition du terrain de baseball, la directrice générale de l’Omnium Banque Nationale, Valérie Tétreault, promet que Tennis Canada financera la construction d’un nouveau terrain, mais ailleurs dans l’arrondissement.
[…] À un certain moment, les élus montréalais devront donc décider qui ils représentent. Tennis Canada ou les citoyens?