Mine de rien, lorsqu’on passe d’une plateforme de 10 à 27 mètres, le sport change radicalement. La transition de Labadie est donc impressionnante. Et ce, même pour un double médaillé d’argent olympique.
« Mentalement, c’est toute une charge qui augmente, commente Alexandre Despatie, en entrevue avec La Presse. Tu ne peux pas avoir de moment d’inattention. Des fois, on passait de 3 à 5 mètres, et je sentais que c’était une énorme différence. »
Avant la tenue des séances d’entraînement, vendredi, Alexandre Despatie a grimpé jusqu’à la plateforme de 27 mètres. Il est allé jusqu’au bout, s’est penché, s’est imaginé sauter.
Résumé
Red Bull Cliff Diving De Despatie à Labadie, la passation du plongeon
PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE
Charles-Antoine Labadie lors de la séance d’entraînement, vendredi
C’était une journée de première pour Charles-Antoine Labadie. Premier plongeon en milieu naturel. Première présence au circuit Red Bull Cliff Diving. Et surtout, première rencontre avec son idole, l’ex-plongeur Alexandre Despatie.
Publié hier à 22h14


Éric Martel La Presse
« C’est génial qu’une de mes idoles vienne me voir plonger, a commenté Labadie, à la fin de la journée d’entraînement. Il y a quelques années, c’était le contraire. »
Si Labadie plonge, c’est parce qu’il a admiré Despatie le faire, il y a plus de 12 ans. Vers l’âge de 6 ans, Labadie a été initié au plongeon. Il rejoint ensuite le club CAMO via un programme de sport-études en quatrième année du primaire. Ce n’est que vers l’âge de 13 ans qu’il fait ses débuts en plongeon de haut vol.
PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE
Charles-Antoine Labadie
Mine de rien, lorsqu’on passe d’une plateforme de 10 à 27 mètres, le sport change radicalement. La transition de Labadie est donc impressionnante. Et ce, même pour un double médaillé d’argent olympique.
« Mentalement, c’est toute une charge qui augmente, commente Alexandre Despatie, en entrevue avec La Presse. Tu ne peux pas avoir de moment d’inattention. Des fois, on passait de 3 à 5 mètres, et je sentais que c’était une énorme différence. »
Avant la tenue des séances d’entraînement, vendredi, Alexandre Despatie a grimpé jusqu’à la plateforme de 27 mètres. Il est allé jusqu’au bout, s’est penché, s’est imaginé sauter.
PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
Alexandre Despatie
Ça m’a fait réaliser la complexité de ce sport-là. Ce qu’ils font, c’est complètement fou.
Alexandre Despatie
Alexandre Despatie n’a effectué un saut de 25 mètres qu’une seule fois. « J’étais en vacances, avec quelques bonnes bières froides. Je pense que vous comprenez le scénario », partage-t-il, en riant.
Peu importe l’état dans lequel il se trouvait, Despatie demeure un plongeur émérite. Malgré cela, au lendemain de sa cascade, il ressentait une douleur importante aux côtes.
« Pourtant, je n’avais atterri qu’un tout petit peu sur le côté. C’est la preuve que dans le sport, la marge de manœuvre est minime. Un mauvais saut peut devenir rapidement catastrophique, sachant qu’on entre dans l’eau entre 75 et 80 km/h. »
PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE
Un plongeur à l’entraînement
Ambiance festive
Les différences entre les sports dépassent l’ordre technique. Au plongeon de haut vol, la foule participe. Elle se fait sentir lorsque les athlètes s’élancent.
« Ici, c’est le party, tout le monde est très relax, note Alexandre Despatie. Ça vient avec un côté spectacle qui est assez unique. »
Despatie a aussi eu la chance de compétitionner en plein air à Montréal, au parc Jean-Drapeau. « C’était beau, mais ça reste la structure plus conventionnelle que l’on connaît : le sifflet, le silence, l’eau claire. Ce n’est vraiment pas ce que vivra Charles-Antoine : il va pouvoir plonger devant des dizaines de milliers de spectateurs. »
PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE
L’ambiance lors des épreuves du Red Bull Cliff Diving est bien différente de celle des compétitions de plongeon olympique.
L’attitude des plongeurs diffère aussi. En haut vol, il est fréquent de voir les participants se filmer sur la plateforme pour alimenter leurs réseaux sociaux juste avant de performer.
On est bien loin des Jeux olympiques d’Athènes en 2004, lors desquels Alexandre Despatie devait se rendre dans un centre informatique pour consulter ses courriels, tout au long de la compétition.
« Les plongeurs ici ont une capacité irréelle à compartimenter les choses dans leur tête. Avant les plongeons, ça jase, ça joue sur son téléphone, ça salue la foule. Et tout d’un coup, toutes les portes se ferment dans leur tête, et ils arrivent à performer. C’est fascinant. »
Avec toutes les distractions sur place, Alexandre Despatie n’a qu’un conseil pour Charles-Antoine Labadie : profiter du moment présent. Lorsqu’il revisite ses 14 années de carrière, il réalise que celles-ci se sont déroulées en un claquement de doigts.
Occasion de briller
Malgré les beaux moments qu’il vivra, Charles-Antoine Labadie doit garder la tête froide. Les deux prochains jours de compétition seront déterminants. Participer à une épreuve du Red Bull Cliff Diving représente une chance inouïe pour lui. Avec une bonne performance, il pourrait être invité de nouveau sur le circuit en 2025. Son rêve ultime serait d’y devenir une figure comme plongeur permanent.
Labadie n’aura pas eu le luxe de miser sur plusieurs semaines de préparation mentale en vue de l’épreuve, puisqu’il a appris qu’il en ferait partie il y a une semaine et demie. Son équipe avait envoyé un portfolio incluant les vidéos de ses plus récents plongeons, en espérant que cela lui permette de se frayer un chemin jusqu’à la compétition.
Les juges n’ont qu’à bien se tenir, parce que Labadie, le plus jeune participant, compte ajouter un degré de difficulté aux sauts présentés dans sa candidature.
Mes objectifs pour cette compétition ne sont pas par rapport à ma position au classement. Ils sont par rapport à moi : je veux faire quatre bons plongeons.
Charles-Antoine Labadie
Les grands esprits se rencontrent. Son idole, sans même aborder le sujet avec lui, perçoit la situation de la même manière.
« Je ne pense pas qu’il soit là pour gagner : il n’est pas rendu là encore, décortique Alexandre Despatie. Il doit surtout regarder ce que les autres font et rapatrier cela avec lui. J’espère que la compétition sera une belle étincelle qui lui permettra d’accomplir des choses encore plus extraordinaires. »