Sur un autre sujet
Les dos d’âne ne tuent personne
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Cuma Kaya, père d’une piétonne happée mortellement, veille sur le lieu de l’accident survenu le 22 juin dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.
Marie-Eve Fournier
LA PRESSE
Avez-vous déjà entendu parler d’un octogone en aluminium rouge, au bout d’un poteau, ce qu’on appelle communément un « arrêt-stop », qui avait provoqué la mort d’un piéton ?
Publié à 0h54 Mis à jour à 5h00
Tout est possible, mais règle générale, ces panneaux font plutôt partie de l’arsenal classique de protection de ceux qui déambulent dans les rues. Avec les dos d’âne, les trottoirs, les saillies, les arbres, les îlots centraux et les intersections surélevées. Pourtant, on tergiverse et on attend parfois trop longtemps avant d’en ajouter, comme s’ils présentaient un quelconque danger ou d’énormes inconvénients.
L’exemple le plus récent provient du quartier Saint-Michel. On n’y trouve pas de panneau d’arrêt à l’intersection de la rue Bélair et de la 22e Avenue. Même si une garderie s’y trouve. Même si des citoyens inquiets pour leur sécurité en réclament l’installation depuis des années.
Vous connaissez l’adage : ce qui devait arriver… arriva.
Le 22 juin, une étudiante de 22 ans y a été percutée par un camion lourd. Dilan Kaya s’en allait à pied chez Tim Hortons acheter des cafés glacés. Son père lui avait donné 20 $ qu’elle n’a jamais eu le temps d’utiliser. Son corps a été déchiré devant la garderie, sur les grosses lignes jaunes qui marquent le passage pour piétons sur l’asphalte.
C’était il y a 27 jours. Depuis, son père, Cuma Kaya, habite pratiquement sur les lieux. À côté d’une photo de sa fille qui a péri, de bougies et de fleurs, l’homme d’origine turque attend que les policiers viennent lui expliquer ce qui s’est passé.
Il est furieux de n’avoir aucune nouvelle de qui que ce soit, m’a-t-il répété à maintes reprises. « Je veux que quelqu’un de sérieux vienne me voir ! »
Lisez l’article « Piétonne happée dans Saint-Michel : des signaux d’alerte, un drame et un père inconsolable »
En lisant le récit des évènements, le cœur en miettes pour cet homme handicapé et inconsolable, j’avais immédiatement pensé à la petite Mariia Legenkovska. L’Ukrainienne de 7 ans est morte happée par un véhicule en décembre dernier, en se rendant à son école du quartier Ville-Marie, dans des circonstances similaires.
Dans ce voisinage aussi, les citoyens trouvent que les voitures roulent trop vite. Craignant le pire, ils ont multiplié les démarches auprès de la Ville pour faire apaiser la circulation. Ils ont demandé, pendant des années, l’ajout de saillies de trottoir et des dos d’âne. Sans succès.
Lisez l’article « Piétons happés : victimes de la fluidité »
Et dans les deux quartiers, les résidants ont montré du doigt les automobilistes qui cherchent – impatients et pressés – des raccourcis parce que leur itinéraire usuel ne fonctionne plus en raison de travaux routiers. Cela les amène à emprunter des rues résidentielles, sans forcément adapter leur conduite à cet environnement.
Devant ces deux histoires similaires de vies fauchées, il nous faut des réponses. On a besoin de comprendre comment des années de démarches citoyennes peuvent aboutir… à rien.
Je doute que des citoyens multiplient les courriels et les appels téléphoniques pour réclamer des mesures d’apaisement de la circulation automobile totalement inutiles et dénuées de gros bon sens. Quand un parent doit gérer les lunchs, les entraînements de soccer et les devoirs, et qu’il prend le temps de contacter sa ville tout en sachant que ses chances d’être entendu sont minces, c’est que le message doit être important.
Peut-être qu’en écoutant trop les citoyens, on installera un ou deux octogones rouges superflus. Deux ou trois dos d’âne moyennement nécessaires. Peut-être. Mais quelle est la pire chose que cela pourrait provoquer ?
On peut prendre trois ans pour réfléchir à l’aide médicale à mourir ou la grossesse pour autrui, ce sont des enjeux de société complexes et clivants. Mais ce délai est inadéquat lorsqu’il est question d’installer des objets pour réduire la vitesse dans une rue résidentielle dont le coût n’est pas faramineux. D’ailleurs, c’est possible de faire très vite. Nous en avons la preuve les lendemains de drames quand la signalisation apparaît subitement sur les lieux.
Hélas, la décision d’installer un simple panneau d’arrêt serait devenue fort complexe en raison de la Loi sur les ingénieurs entrée en vigueur en septembre 2021. « Il faut maintenant un plan de marquage scellé par un ingénieur, plan qui découle lui-même d’une analyse de circulation coûteuse effectuée par un ingénieur en circulation », a expliqué sur Facebook le conseiller municipal Sylvain Ouellet en réagissant au texte de La Presse sur la mort de Dilan Kaya survenue dans son district de François-Perrault.
L’administration municipale a d’ailleurs mandaté SNC-Lavalin pour évaluer la possibilité d’ajouter des arrêts, dont certains dans la rue Bélair.
Mariia et Dilan frappent l’imagination parce qu’elles avaient toute la vie devant elles. Mais des dizaines de piétons meurent chaque année sur les routes du Québec et le dernier bilan n’est pas encourageant. À la mi-juin, la SAAQ nous apprenait que 79 piétons ont perdu la vie en 2022, ce qui représente une augmentation de 23 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes (64 morts).
Le parc automobile change, mais l’aménagement des rues ne s’adapte pas au même rythme.
Si la tendance se maintient, il ne se vendra plus de voitures au Québec en 2028, calcule la Chaire en énergie de HEC Montréal. En 2021, les VUS, fourgonnettes et camionnettes représentaient déjà 71 % des ventes de véhicules. Ces véhicules plus lourds, plus hauts et dont la surface d’angle mort est plus étendue laissent beaucoup moins de chances de survie aux piétons lors de collisions.
Lisez l’article « État de l’énergie au Québec en 2023 : la voiture disparaît, le VUS domine »
Les villes doivent donc prendre tous les moyens pour agir en conséquence et pour réagir rapidement aux demandes de citoyens.
L’arrêt-stop de trop fera moins de dommage que celui qui manque.
https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2023-07-19/les-dos-d-ane-ne-tuent-personne.php
La publication du conseiller Sylvain Ouellet
Texte complet
Vous avez été nombreux à m’écrire en fin de semaine à la suite de l’article de La Presse paru ce samedi concernant la piétonne happée mortellement à l’intersection Bélair et 22e Avenue il y a 3 semaines. Ce drame a ébranlé toute la communauté et plusieurs citoyens, notamment ceux de la rue Bélair, ont exprimé leur colère face à ce drame qui aurait pu être évité.
https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2023-07-15/pietonne-happee-dans-saint-michel/des-signaux-d-alerte-un-drame-et-un-pere-inconsolable.php
Malgré que j’aie parlé pendant 30 minutes au journaliste jeudi dernier, il n’est resté qu’une petite citation de ma part dans l’article, ma citation est exacte et n’a pas été prise hors contexte, par contre, je tenais à partager avez-vous tous les autres points dont j’ai parlé avec le journaliste et d’autres réflexions, car pour moi aussi ce drame a été profondément bouleversant. Je tiens aussi à offrir mes condoléances à la famille de Mme Caya.
D’abord un peu de contexte historique.
Quand je me suis présenté pour la première fois comme candidat pour François-Perrault c’était pour l’élection de 2013. En fait, il y a près de 10 ans jour pour jour, je m’apprêtais à faire du porte-à-porte, ce que je fis sans arrêt pendant 3 mois, 5 jours et 5 soirs par semaine jusqu’à l’élection. J’ai rencontré des centaines de citoyens et citoyennes et la préoccupation #1 était l’apaisement dans leur rue. Ça tombait bien car c’était également un engagement fort de ma campagne, de même que pour le parti Projet Montréal, pour lequel je me présentais. J’avais moi-même constaté que pratiquement aucun apaisement de circulation n’avait été fait dans notre arrondissement contrairement à ce qui s’est fait entre 2009 et 2013 dans Rosemont et sur Le Plateau lors des premiers mandats respectifs de François Croteau et Luc Ferrandez. Sur une note très personnelle, il faut savoir aussi que lorsque j’étais enfant, ma grand-mère a été happée mortellement par un automobiliste dans François-Perrault alors qu’elle sortait à pied de l’épicerie au coin de Jean-Talon et Molson, alors disons que l’apaisement de la circulation j’avais ça à coeur surtout que j’élevais mes propres enfants dans le même quartier.
Lors de mon premier mandat en 2013-2017, Mme Anie Samson était mairesse de l’arrondissement. Même si on n’était pas du même parti politique, Mme Samson avait beaucoup de qualités, mais je déplorais beaucoup son approche très timide côté apaisement de la circulation. On a bel et bien mis quelques dos d’âne dans les rues locales bordant nos parcs et nos écoles primaires et on a peint en jaune les zones de 5 mètres pour dégager les intersections puisque le stationnement y est déjà interdit dans le Code de la route du Québec. On a également construit une poignée de saillies de trottoir, non seulement entièrement en béton mais surtout d’une taille ridiculement petite, comme par exemple celle au coin sud-ouest des rues Everett et Sagard: alors que les nouvelles construites sur Le Plateau dans la même période transformaient radicalement leurs rues.
Toujours dans ce premier mandat, je me suis battu sans succès contre la reconstruction à l’identique du boulevard Saint-Michel malgré la présence d’intersections dangereuses et de nombreux corridors scolaires. J’avais aussi demandé d’ajouter un feu de circulation à l’intersection Jean-Talon et Des Écores, où se trouve la sortie secondaire du métro D’Iberville; ça m’aura pris au final 6 ans pour ajouter un simple feu! Le développement du réseau cyclable à l’époque était également ridicule, que des lignes de peinture au sol, des bandes cyclables dans des zones à risque d’emportierage et des bandes qui doivent traverser les six voies de la rue Jean-Talon à des intersections sans feu de circulation. Mais le pire à mon avis était l’ajout de nouveaux panneaux d’arrêt aux intersections. La conseillère de Villeray à ce moment, Mme Elsie Lefebvre, avait réussi à obtenir de nombreux panneaux d’arrêt via un projet-pilote de la Ville-Centre au grand dam d’Anie Samson. Les trois autres conseillers avions protesté car nous avions aussi plein d’intersections dangereuses à sécuriser. Suite à ces pressions, Mme Samson nous alloua un maigre dix intersections par district où rajouter des panneaux d’arrêt. Pourquoi dix? Pourquoi seulement dix? J’ignore la logique mais ça n’a permis de régler que les situations les plus urgentes, notamment pour sécuriser les nouvelles bandes cyclables qui passaient par des intersections non sécurisées.
Pendant mon deuxième mandat, en 2017-2021, le dossier de l’apaisement de la circulation est enfin devenu une vraie priorité. On a renforcé l’équipe de circulation à l’arrondissement, on a abaissé les limites de vitesse dans nos rues, on a ajouté plusieurs dos d’âne et saillies sur des rues problématiques même sans école ou parc, on a planifié les pistes cyclables sur Villeray, la 1ère Avenue et le passage à niveau De Castelnau/Ogilvy et j’ai fait également modifier les plans de reconstruction du boulevard Crémazie pour mieux sécuriser le passage scolaire de la 6e Avenue qui passe sous La Métropolitaine. De plus, on a fait un projet d’apaisement novateur dans le quadrilatère Crémazie, 6e Avenue, Jean-Talon et D’Iberville. Pour la première fois, l’arrondissement évaluait les problématiques de circulation d’un secteur entier, plutôt que rue par rue, et on est arrivé avec un plan d’ensemble d’apaisement pour le secteur, y compris la fermeture de rues ou l’inversion du sens de la circulation. C’est d’ailleurs ce modèle d’analyse sectorielle qui fut retenue pour régler les nombreuses demandes d’apaisement de la circulation accumulées depuis des années. Le secteur de Parc Extension fut le premier, le plan d’apaisementest en déploiement en ce moment; le secteur de Villeray est maintenant en analyse suite à la consultation citoyenne et ceux de François-Perrault et Saint-Michel sont prévus pour cet automne. Malheureusement, ce mandat fut aussi marqué par la Covid qui a tout ralenti, ainsi que de nombreux chantiers majeurs qui ont à la fois demandé beaucoup d’efforts de coordination à notre petite équipe de circulation, mais également créé de nouveaux problèmes. Je parle ici notamment du méga chantier du SRB Pie-IX ainsi que le chantier au métro D’Iberville qui a fermé l’axe D’Iberville à la hauteur de Jean-Talon jusqu’à la semaine dernière. De nombreux efforts ont dû être déployés pour sécuriser les abords de ces chantiers car trop souvent, les automobilistes et les camions ne suivent aucunement les détours officiels.
Depuis le début de mon troisième et actuel mandat, 2021-2025, la nouvelle mairesse Laurence Lavigne Lalonde a dès le début voulu accélérer davantage le dossier de l’apaisement de la circulation et des pistes cyclables pour enfin sécuriser les déplacements à pied et à vélos partout dans l’arrondissement. Même si on avance très vite du côté des pistes cyclables, une nouvelle règle de la Loi sur les ingénieurs est venue considérablement limiter le pouvoir des élus pour l’ajout de panneaux d’arrêt. En effet, le conseil d’arrondissement ne peut plus unilatéralement décréter l’ajout de panneaux d’arrêts comme s’en est prévalu en masse l’arrondissement Rosemont-La Petite Patrie entre 2009 et 2021. Il faut maintenant un plan de marquage scellé par un ingénieur, plan qui découle lui-même d’une analyse de circulation coûteuse effectuée par un ingénieur en circulation. Notre équipe de circulation à l’arrondissement étant très petite, on a demandé à une firme d’ingénierie externe de nous aider à évaluer plusieurs intersections problématiques préalablement identifiées par les élus et les fonctionnaires.
Dans le cas de la rue Bélair, j’avais demandé l’ajout de panneaux d’arrêt à la 12e Avenue et la 18e Avenue. Pour une raison que je n’arrive toujours pas à comprendre, la firme a jugé nécessaire d’en ajouter à la 12e Avenue, mais pas à la 18e Avenue malgré les préoccupations des citoyens du secteur, notamment les parents qui ont des enfants se rendant à l’école primaire Sainte-Bernadette-Soubirous. Il faut dire que la rue Bélair a une configuration très particulière avec ses nombreuses intersections décalées. Il s’agit du résultat du développement non concerté entre l’ancienne Cité de St-Michel (fusionnée à la Ville de Montréal en 1968) et du quartier Rosemont, car les deux côtés de la rue Bélair étaient dans la Cité de St-Michel alors que les deux côtés de la rue Bélanger étaient dans Rosemont… Comme la grille de rues est plus serrée du côté St-Michel, on arrive avec toutes ces intersections décalées. Il s’agit d’une situation unique à Montréal et les moyens habituels d’apaisement de la circulation ne fonctionnent pas toujours bien dans ce type de configuration.
Le bureau de projet du SRB Pie-IX a également mis en place des mesures temporaires et permanentes d’apaisement de la circulation dans les rues voisines à Pie-IX. Ce projet qui se terminera ENFIN cet automne a connu de nombreuses phases et de nombreux changements de configuration depuis 2019. Visiblement, les efforts déployés n’auront pas été suffisants pour épargner la vie de cette jeune femme. Mais au-delà de ce drame précis, la prolifération du nombre absolu de véhicules, qui sont de surcroît de plus en plus hauts, lourds et puissants comme les VUS et les picks-up sont une très mauvaise nouvelle pour la sécurité des piétons et des cyclistes. Pourquoi Transport Canada autorise-t-il des camions avec d’aussi grands angles morts à circuler sur nos routes? Pourquoi Québec n’exige-t-il pas des camions lourds leurs traces GPS afin de s’assurer qu’ils restent sur le réseau de camionnage officiel? Pourquoi les applications mobiles encouragent les véhicules à prendre des raccourcis dans les rues résidentielles en se foutant complètement de la hiérarchie du réseau routier et des chemins de détour officiels? Enfin, je ne comprends pas la réticence historique du Gouvernement du Québec à installer des radars-photos en milieu urbain, notamment en zones scolaires, alors qu’on sait que c’est une solution très efficace et surtout effective 24/7.
Du côté de l’arrondissement, nous allons tenter d’utiliser nos pouvoirs limités pour voir si on pourrait ajouter à court terme d’autres mesures d’apaisement de la circulation dans le secteur. Il est également possible que la géométrie atypique de la rue Bélair nécessite d’appliquer des mesures musclées comme couper carrément le transit à plusieurs intersections entre Saint-Michel et Pie-IX. J’espère que vous serez nombreux cet automne à participer à la vaste consultation publique pour l’apaisement et la sécurisation du district François-Perrault, incluant la rue Bélair, car plus vous serez ambitieux et plus il sera facile pour nous d’implanter des mesures ambitieuses qui font rarement consensus…
Ceci est ma dernière publication du mois de juillet car je m’apprête à partir en voyage afin de recharger mes batteries; l’automne s’annonce intense, notamment en ce qui concerne le futur plan d’apaisement de la circulation pour François-Perrault. Pour rappel, le prochain conseil d’arrondissement se tiendra le mardi 5 septembre à 18h30.
Bon été 
P. S. Pour les curieux, voici la liste des intersections où j’ai pu faire rajouter des panneaux d’arrêt lors de mon premier mandat. Ce fut un choix déchirant car limité à seulement dix :
-Chabot et Tillemont
-Des Écores et Everett
-Des Écores et L-O David
-1e Avenue et Everett
-1e Avenue et L.-O. David
-6e Avenue et Villeray (l’intersection la plus au sud près du terrain de soccer de l’école JFK)
-Michel-Ange/Villeray et 12e Avenue
-François-Perrault et Musset (côté nord du parc)
-17e Avenue et L.-O. David
-20e Avenue et Everett