Campements urbains et autres enjeux liés à l'itinérance

Dossier itinérance – Un centre d’hébergement d’urgence bientôt à Ahuntsic

Publié le 13 février 2024
CATÉGORIES Vie de quartier
AUTEUR Loubna Chlaikhy
Journaliste à l’Initiative de journalisme local (IJL)


Des personnes itinérantes passent l’hiver dans des conditions difficiles. Un nouveau refuge d’urgence ouvrira à l’automne 2024, qui pourra leur offrir temporairement un toit. (Photo: Philippe Rachiele, JDV)

Le tout premier centre d’hébergement d’urgence pour personnes en situation d’itinérance devrait voir le jour en octobre 2024 à Ahuntsic. Ce projet est porté par le milieu communautaire depuis plusieurs années. Il pourrait enfin bientôt devenir réalité.

Les refuges d’urgence offrent un hébergement à court terme, pour quelques nuits tout au plus, aux personnes en situation d’itinérance. Un lieu où dormir au chaud, prendre une douche, un repas… Faire une pause.

Jusqu’à présent, aucun établissement de ce genre n’existe à Ahuntsic-Cartierville. Les itinérants doivent donc se rendre dans un autre arrondissement, dans le centre d’hébergement de L’amour en action de Montréal-Nord (lamourenaction.org), ou encore celui du Refuge du Cœur de l’Île, l’Abri de Villeray (info@refugecdi.com), situé à Villeray. Il y a également le centre de jour (mais sans hébergement) du Projet ado communautaire en travail de rue, le PACT de rue, dans Villeray.

Cette situation pourrait changer d’ici quelques mois.

Un appel à projets

À Ahuntsic-Cartierville, «les besoins sont grandissants, donc on travaille fort pour lancer ce projet d’ouverture d’un refuge d’urgence en octobre 2024. Un appel à projets a été lancé par la Santé publique, et Comité itinérance et travail du sexe d’Ahuntsic-Cartierville de l’arrondissement va déposer un dossier», explique René Obregon-Ida, directeur de l’organisme communautaire RAP Jeunesse, qui intervient auprès des itinérants.

RAP Jeunesse n’ayant pas de mandat pour gérer ce type de structure, c’est le Refuge du Cœur de l’Île qui en prendra la direction. Cet organisme est en effet spécialisé dans la création et l’administration de ressources d’hébergement pour les personnes vivant une situation d’instabilité résidentielle.

Les deux organismes, ainsi que les acteurs du Comité itinérance et travail du sexe d’Ahuntsic-Cartierville, cherchent un site pour loger ce tout premier refuge d’urgence de l’arrondissement.

Opposition?

Si acteurs sociaux et institutions publiques se réjouissent d’ores et déjà qu’un tel projet puisse voir le jour, ils s’attendent toutefois à avoir des opposants. En septembre dernier, l’annonce de l’implantation de 18 logements sociaux destinés à des jeunes, Héberjeune, rue Péloquin près du métro Henri-Bourassa, avait créé la polémique. Certains résidents du quartier se sont en effet mobilisés, en vain, pour tenter de faire avorter le projet.

La population en situation d’itinérance étant souvent victime de préjugés créant des inquiétudes, dont certaines peuvent s’avérer légitimes, on peut imaginer que ce nouveau projet ne sera pas à l’abri de la critique.

La création de solutions d’hébergement d’urgence est toutefois une nécessité indéniable dans un contexte de crise du logement qui pousse chaque jour de nouvelles personnes dans la précarité.

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"Texet complet : "Les villes n’ont pas toutes la même tolérance à l’égard des campements

Les villes n’ont pas toutes la même tolérance à l’égard des campements


Photo: Adil Boukind, Le Devoir
Un campement de personnes sans-abri dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, une ville où au moins 460 campements de fortune ont été démantelés l’an dernier.

Jeanne Corriveau
19 février 2024
Société

Les campements de sans-abri font désormais partie du paysage urbain dans de nombreuses villes du Canada. Dans plusieurs d’entre elles, notamment à Montréal, les autorités démantèlent de façon quasi systématique ces regroupements de tentes, alors qu’ailleurs, des municipalités prônent la tolérance. C’est notamment le cas à London et Saskatoon, où, plutôt que de chasser les campeurs, on tente d’améliorer leurs conditions de vie.

La semaine dernière, la défenseure fédérale du logement, Marie-Josée Houle, a réclamé la fin immédiate des démantèlements de campements et demandé au gouvernement fédéral un plan national pour s’attaquer à cette question, qu’elle décrit comme « une crise des droits de la personne ».

Dans le cadre de son enquête, Marie-Josée Houle a constaté que, dans bien des villes au pays, les policiers étaient rapidement dépêchés sur les lieux des campements pour y faire disparaître les tentes, mais sans proposer de réelle solution de rechange pour loger les campeurs. « Même en l’absence de recours excessif à la force, le démantèlement d’un campement est un acte intrinsèquement violent », soulignait-elle. Elle souhaite qu’avec un plan national, tous les gouvernements du pays veillent à ce que les personnes vivant dans des campements aient accès aux produits de première nécessité, non seulement pour « survivre », mais aussi pour « vivre dans la dignité ».

L’automne dernier, Le Devoir avait d’ailleurs relevé que plus de 4200 campements avaient été démantelés dans les cinq plus grandes villes du pays. À Montréal, au moins 460 campements de fortune ont été démantelés l’an dernier, rapportait La Presse . À l’opposé, Longueuil continuera de faire preuve de tolérance en s’appuyant sur la Charte canadienne des droits et libertés et la jurisprudence qui stipulent que, si une Ville ne peut loger toutes les personnes itinérantes, elle ne peut démanteler les campements.

Des approches différentes

Ailleurs au Canada, les stratégies diffèrent aussi d’une ville à l’autre, a observé Marie-Josée Houle. Plutôt que de démanteler les campements, la Ville de London, en Ontario, a mis sur pied des équipes mobiles pour faire le lien entre les services sociaux et les campeurs afin que ceux-ci puissent avoir accès aux soins de santé, a constaté Mme Houle. La municipalité a même installé des toilettes portables et des stations de lavage à proximité des campements. Cette approche empathique suscite toutefois les critiques de citoyens, qui reprochent à la Ville de normaliser ces campements, rapportait le Globe and Mail en novembre.

À Saskatoon, le chef du Service de sécurité incendie prône aussi la tolérance. Au-delà des inspections effectuées pour s’assurer de la sécurité des installations, les équipes déployées par le service visitent les campements de façon régulière afin de mettre en contact les itinérants avec les services sociaux et le service d’aide au logement. Cela n’a tout de même pas empêché les autorités de démanteler, en novembre dernier, un camp où un feu s’était déclaré.

À (RE)LIRE

À Halifax, en Nouvelle-Écosse, les autorités n’autorisent pas la présence des campements, mais elles permettent aux occupants de rester dans leurs abris de fortune jusqu’à ce qu’un logement adéquat ait été trouvé et leur ait été offert.

Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal déplore l’attitude rigide des autorités montréalaises. « On vise directement la dignité et la sécurité des campeurs quand on les force à se déplacer et à aller se cacher encore plus loin dans un campement qui, espèrent-ils, ne sera pas démantelé », estime Jérémie Lamarche. À lui seul, l’arrondissement de Ville-Marie a été le théâtre de 420 démantèlements en 2023, rappelle-t-il. « C’est plus d’un démantèlement par jour. »

La crise du logement que traverse le pays est étroitement liée à celle de l’itinérance, souligne François Gosselin, directeur général d’Ensoleilvent, un organisme de Drummondville. « Si on veut régler le problème de l’itinérance, il faut arrêter de se casser le “bécik”. Il faut que les gens aient un logement », résume-t-il. « En attendant, peut-on au moins laisser le monde dans leur tente ? »

Quand les tribunaux s’en mêlent

À plusieurs reprises au cours des dernières années, les tribunaux ont été appelés à se prononcer sur la question des campements. En 2008, la Cour supérieure de la Colombie-Britannique avait conclu que les villes ne pouvaient par règlement interdire aux itinérants de s’abriter la nuit afin de protéger leur vie et leur sécurité lorsqu’elles ne sont pas en mesure d’offrir un nombre suffisant de places en refuge, rappelle Marie-Ève Sylvestre, doyenne et professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. D’autres décisions ont suivi, notamment à Vancouver, à Waterloo et à Kingston.

Mme Sylvestre estime que le rapport de Marie-Josée Houle, qui invoque le droit international en faveur du droit à un logement adéquat, va alimenter les recours devant les tribunaux. « Je pense que c’est un appui de taille pour ces litiges. Ça va renforcer les arguments qui sont présentés devant les tribunaux et qui essaient de mettre un terme aux démantèlements. »

La cause impliquant la Ville de Saint-Jérôme sera importante, dit-elle, d’autant qu’au Québec, aucune décision sur le fond n’a été rendue par les tribunaux dans ces dossiers. Elle déplore cependant ce recours aux tribunaux. À la lumière des jugements rendus ailleurs au Canada, les villes auraient dû renoncer aux mesures punitives, croit-elle.

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Reportage sur la fermeture prochaine du refuge à l’ancien hôpital Hôtel-Dieu

L’implication que tolérer les campements est un choix « empathique » et juste est drôle, étant donné que ces campements sont associés à la mort de leurs résidents – suite à des incendies, à la consommation de drogues sans surveillance et à la maladie. Et du froid. Les résidents perdent des membres, les camps sont utilisés comme opérations de vol de vélos. Est-ce vraiment ce que nous préconisons ? Ces camps où les sans-abri se débrouillent seuls sont des bidonvilles modernes, ce qui est inhumain et injuste.

Je continuerai à insister sur ce point car je n’ai pas encore vu une seule ville en Amérique du Nord qui ait amélioré sa situation d’itinérance en promouvant ces campements.

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Est-ce que ce sujet devrait fusionner le fil avec « Enjeux de l’itinérance »? Les deux sujets étaient beaucoup plus spécifiques au moment d’être créé, mais plus maintenant.

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Nouvelle reprise par La Presse

Le changement dans le message du CIUSSS en quelques semaines est alarmant. Basiquement, ils ne veulent plus remplacer ces places, celles-ci étant “temporaires pendant la COVID”.

Pourtant, la crise de l’itinérance s’est accentuée. Et on peut bien débattre sur les problématiques qu’engendrent les refuges, ces 190 places, ce sont 190 personnes qui vont juste… ne plus avoir de place, et être dans la rue en permanence. Leur condition va se détériorer, et ça va juste empirer les choses pour tout le monde.

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Le ministre Carmant dit que les 190 personnes seront toutes relocalisées

Texte complet : Le refuge de L’Hôtel-Dieu réduira «progressivement» sa capacité

Le refuge de L’Hôtel-Dieu réduira «progressivement» sa capacité


Photo: Ryan Remiorz, La Presse canadienne
Contrairement à d’autres refuges, le pavillon Le Royer de L’Hôtel-Dieu possède des chambres, ce qui lui permet d’accepter les couples et les animaux de compagnie.

Florence Morin-Martel
18 h 52
Société

La capacité du service d’hébergement d’urgence de L’Hôtel-Dieu de Montréal sera « diminuée progressivement », a affirmé mardi le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant. À terme, les quelque 190 itinérants qui s’y trouvent seront « tous » relocalisés ailleurs, a-t-il assuré.

Cette transition éventuelle était « prévue », car le refuge chapeauté par la Mission Old Brewery et la Mission Bon Accueil avait été ouvert de façon temporaire dans le contexte de la pandémie, a précisé l’élu. « [Les gens seront relocalisés] soit auprès des organismes qui vont avoir levé la main pour faire la transition, soit vers du logement accompagné avec des programmes d’hébergement », a-t-il détaillé.

En tout, l’endroit compte six étages, dont un dédié uniquement aux femmes, et peut accueillir de 185 à 190 personnes. Contrairement à d’autres refuges, le pavillon Le Royer de L’Hôtel-Dieu possède des chambres, ce qui lui permet d’accepter les couples et les animaux de compagnie. « C’est donc un environnement qui a ses “pour”, mais c’est aussi très gros. Ce n’est pas l’idéal », soutient la porte-parole de la Mission Old Brewery, Marie-Pier Therrien.

Sans avoir eu de « confirmation officielle » par rapport à la date, l’organisme travaille actuellement en fonction d’une diminution progressive de la capacité du refuge à compter du 31 mars prochain, indique Mme Therrien.

Il s’agit également du jour où le financement alloué au projet prendra fin. « Mais ça n’arrive pas comme une surprise. On a toujours su que le financement allait jusque-là », soulève-t-elle.

Nouveaux services

En début d’année, la Mission Old Brewery a fait des soumissions dans le cadre d’appels d’offres pour le développement de services d’hébergement d’urgence. Ces procédures ont été lancées par le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Au printemps 2024, ce dernier fera l’acquisition du bâtiment de L’Hôtel-Dieu, qui appartient pour l’instant au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). « Le changement de propriétaire et le départ anticipé des organismes communautaires de ces lieux ne sont pas liés », soutient toutefois Geneviève Paradis, conseillère aux relations médias du CIUSSS.

Elle affirme également qu’il est encore « trop tôt » pour annoncer quelle sera la vocation future des pavillons de l’Hôtel-Dieu. Différentes possibilités sont actuellement envisagées.

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Texte complet : Fermeture du refuge de l’Hôtel-Dieu | Plusieurs petits refuges devraient être préconisés plutôt qu’un seul gros

Fermeture du refuge de l’Hôtel-Dieu | Plusieurs petits refuges devraient être préconisés plutôt qu’un seul gros


PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
L’entrée du refuge de l’Hôtel-Dieu de Montréal

Le réseau de la santé voudrait voir plusieurs refuges de taille modeste accueillir les 190 sans-abri hébergés à l’Hôtel-Dieu de Montréal, qui fermera dans les prochains mois.

Mis à jour hier à 6h00
PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD
Équipe d’enquête, La Presse

La présence d’autant de personnes vulnérables dans l’ancien hôpital, rue Saint-Urbain, rendait la cohabitation difficile avec le voisinage.

« Ce qu’on voudrait, c’est avoir des masses critiques de places un peu plus petites, pour favoriser une meilleure intégration dans les voisinages et favoriser, à l’intérieur de ces endroits-là, une dynamique de proximité », a affirmé, en entrevue avec La Presse, Vincent Lehouillier, le PDG du CIUSSS Centre-Sud. C’est l’organisation du réseau de la santé mandatée pour la lutte contre l’itinérance à Montréal.

« On a reçu déjà plusieurs propositions des organismes », a-t-il continué, affirmant que ces emplacements potentiels se trouvaient dans le même « grand secteur » que l’Hôtel-Dieu. « On est en train d’analyser ça, on espère être capables de retenir des projets dans les prochaines semaines et amorcer la transition. » Des travaux pourraient être nécessaires dans ces nouveaux sites.

Le refuge de l’Hôtel-Dieu a été ouvert en juillet 2021, en pleine pandémie, de façon temporaire. Il s’agissait d’abord d’un lieu pour accueillir les sans-abri qui devaient s’isoler pour cause de test positif à la COVID-19. L’endroit est ensuite devenu un refuge d’urgence général, l’un des plus gros à Montréal.

Mardi dernier, le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, a confirmé que le refuge allait graduellement fermer dans les prochains mois. « C’est quelque chose de prévu », a-t-il dit dans un couloir de l’Assemblée nationale. « La capacité va être diminuée graduellement et tout le monde va être relocalisé. […] On ne veut pas que personne ne retourne à la rue, ça, c’est clair », a-t-il ajouté.

L’entente de financement qui permet à deux organismes communautaires (la Mission Old Brewery et la Mission Bon Accueil) de faire fonctionner le refuge de l’Hôtel-Dieu arrive à échéance le 31 mars prochain. Du financement intérimaire du CIUSSS du Centre-Sud permettra de maintenir les lieux ouverts jusqu’à la fin de la transition.

De nouveaux occupants pour l’Hôtel-Dieu

En parallèle de la fermeture graduelle du refuge de l’Hôtel-Dieu, l’organisation de M. Lehouillier est en processus pour acquérir l’ancien hôpital des mains du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), qui veut s’en défaire.

Les lieux ne redeviendront pas un hôpital, mais pourraient tout de même accueillir des patients du réseau de la santé, a révélé le PDG.

« On voudrait y relocaliser plusieurs de nos activités cliniques », a expliqué Vincent Lehouillier. « Le CIUSSS a plus de 200 adresses physiques sur l’île de Montréal et on a peut-être 40 % de nos locaux qui sont en location, beaucoup auprès d’entreprises privées. »

Il a ajouté : « Ce ne sera pas une mission hospitalière, mais ça va être des services autour des services sociaux, des services de réadaptation et certains services administratifs aussi.»

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Plusieurs petits refuges sont mieux qu’un gros refuge, certes. Mais un gros refuge est mieux qu’aucun. Espérons qu’ils arriveront à ouvrir ces fameux petits refuges avant la fermeture de l’Hotel-Dieu

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Le Journal des voisins poursuit sa série d’article sur l’itinérance. Celui-ci porte sur les personnes aînées qui se retrouvent dans cette situation

Texte complet : Vieillir dans la rue

Dossier itinérance – Vieillir dans la rue

Publié le27 février 2024
Vie de quartier
Camille Vanderschelden
Journaliste de l’Initiative de journalisme local (IJL)


Itinérance à Montréal. (Photo: Toma Iczkovits, collaboration spéciale)

Les aînés, eux-mêmes touchés par la crise du logement et l’inflation, ne sont pas à l’abri de l’itinérance. Celle-ci vient par ailleurs les affecter différemment, notamment par un manque de ressources adaptées à leurs besoins.

Selon une étude menée par l’Université de Montréal en 2018, pas moins de 38 % des personnes en situation d’itinérance seraient âgées de 50 ans et plus. Si la définition commune des aînés concerne plutôt les 65 ans et plus, notons que l’espérance de vie dans la rue n’est pas la même. Au Québec, les hommes vivent jusqu’à 81 ans et les femmes jusqu’à 84 ans.

Dans la rue, les personnes itinérantes décèdent bien en deçà de cette moyenne puisque leur espérance de vie moyenne n’excède pas 39 ans, selon une donnée avancée en 2021 par Valérie Bourgeois-Guérin, professeure du département de psychologie à l’Université de Montréal. Vivre dehors entraîne en effet de nombreux problèmes de santé, accentuant ce phénomène. Notre hiver particulièrement rude ne fait qu’empirer la tendance.

Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) témoigne par ailleurs d’une recrudescence des personnes âgées dans la rue. «L’itinérance a de nombreux visages, mais on voit vraiment un changement dans l’âge des personnes qu’on observe dans la rue actuellement», confirme Maryane Daigle, organisatrice communautaire au RAPSIM.

Plus vulnérables

Les personnes âgées vivent en effet les mêmes problématiques que le reste de la population. Elles sont elles aussi touchées par la crise du logement, l’inflation et les nombreuses mauvaises surprises de la vie. Les raisons pour lesquelles elles se retrouvent en situation d’itinérance sont donc les mêmes (perte d’emploi, de logement, violence conjugale, etc.).

En 2018, le département de psychologie de l’Université de Montréal a publié une étude des problématiques de santé chez les itinérants. Celle-ci a montré que des maladies, telles que l’Alzheimer ou l’arthrite, surviendraient de 10 à 15 ans à l’avance chez ces personnes. Les conditions de vie, déjà difficiles, s’empirent alors.

Un constat que partage largement RAP Jeunesse, seul organisme communautaire d’Ahuntsic-Cartierville dédié aux personnes en situation d’itinérance. «La grande majorité des personnes qui fréquentent nos services ont 45 ans ou plus. On observe un vieillissement de plus en plus important ces dernières années. Depuis que je suis arrivé à RAP Jeunesse, en 2020, quatre personnes sont mortes de leurs conditions de vie à moins de 60 ans…», déplore René Obregon-Ida, directeur de l’organisme.

Le dernier décès connu remonte à trois mois à peine. Un itinérant de 68 ans, sans famille, a fini par mourir seul à l’hôpital après avoir été admis aux urgences. Un drame qui risque de devenir de plus en plus fréquent sans établissements adaptés à cette population particulièrement fragile.

En outre, les personnes âgées et itinérantes sont d’autant plus susceptibles d’être victimes de vols et d’agressions, car elles sont plus vulnérables. Les conditions de vie en refuge ne sont pas non plus adaptées à leurs besoins.

Dormir sur un lit de camp n’est jamais facile, mais devient d’autant plus problématique pour les aînés. De plus, les refuges offrent souvent des hébergements situés en sous-sol, lieux généralement humides et froids.

Un manque de ressources en gériatrie

Tous les intervenants des ressources d’aide aux personnes itinérantes s’accordent pour le dire: les centres d’hébergement doivent être adaptés aux besoins des aînés. Aujourd’hui, seule la Maison du Père, un organisme de résidence pour les hommes âgés de la rue, offre des solutions pour cette catégorie d’âge à Montréal.

Située dans le Vieux-Montréal, cette résidence propose en effet dix lits de soins aigus (dont les soins palliatifs et d’oncologie). La Maison du Père constitue également le seul centre d’hébergement entièrement adapté aux personnes à mobilité réduite. Depuis le 20 décembre 2023, quelque 20 lits se sont ajoutés en hébergement d’urgence pour les aînés aux problèmes de santé chroniques.

Les coûts des soins ne cessent d’augmenter depuis la pandémie, rendant complexe l’assurance de pouvoir les dispenser aux aînés itinérants. La Maison du Père reçoit une aide gouvernementale qui permet de couvrir 26 % des soins dispensés à la résidence. Or, ce soutien gouvernemental n’a augmenté que de 1,8 % en 2023. «Cette subvention ne suit finalement pas l’augmentation des coûts des soins», conclut Manon Dubois, directrice du développement à la Maison du Père.

Maryane Daigle souligne également que «certains itinérants ont vécu des traumatismes lors de soins hospitaliers», rendant complexes d’autres visites possibles. Les soins de proximité sont donc priorisés à l’heure actuelle pour les personnes aînées et itinérantes.

À Ahuntsic-Cartierville, des infirmiers du CIUSSS du Nord-de-l’Île visitent par exemple le centre de jour de RAP Jeunesse tous les mardis, de 9 h à 14 h. Là, les itinérants peuvent retrouver les premiers soins pour, notamment, traiter coupures et autres blessures.

Les infirmiers offrent également un accompagnement sur place, pour l’inscription au régime de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Les ressources en gériatrie sont cependant inexistantes pour les itinérants, au sein de notre arrondissement.

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Histoire triste rapportée par la Presse

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Suite de l’histoire de la famille sous l’autoroute

Et du journal local, reportage sur le refuge à Verdun qui a remplacé celui du Complexe Guy-Favreau

Un prêtre campe dehors

Trois rangées soigneusement alignées de minuscules refuges, chacun doté d’une porte bleu vif verrouillable, sont installées et occupées dans une banlieue tranquille d’Halifax, alors que le gouvernement provincial déploie progressivement ce qu’il présente comme un élément important de sa solution à l’itinérance.

Résumé

Itinérance Le premier quartier d’abris préfabriqués sorti de terre dans la banlieue d’Halifax

PHOTO KELLY CLARK, LA PRESSE CANADIENNE

Jim Gunn, membre du conseil d’administration de Beacon House Shelter

(Halifax) Trois rangées soigneusement alignées de minuscules refuges, chacun doté d’une porte bleu vif verrouillable, sont installées et occupées dans une banlieue tranquille d’Halifax, alors que le gouvernement provincial déploie progressivement ce qu’il présente comme un élément important de sa solution à l’itinérance.

Publié hier à 16h11

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Michael Tutton La Presse Canadienne

Debout près de l’entrée fermée de cette communauté, Jim Gunn, membre du conseil d’administration de Beacon House Shelter, décrit les abris préfabriqués cubiques de 70 pieds carrés (6,5 mètres carrés) – portant le nom de la société américaine qui les fabrique – comme une solution temporaire.

« Notre plus grande préoccupation est que ces logements ne deviennent jamais et ne soient jamais perçus comme permanents, mais il n’y a pas de logements abordables », a expliqué l’éducateur à la retraite lors d’une récente visite de la propriété à Lower Sackville, environ trois semaines après son ouverture. « Ces refuges resteront ici jusqu’à ce que nous trouvions un autre endroit où les gens pourront aller. »

La province suit l’exemple de Kelowna, en Colombie-Britannique, et de 124 autres sites en Amérique du Nord, en introduisant des unités assemblées à partir de panneaux isolés en fibre de verre. Ils sont fabriqués par Pallet Shelter Inc., une entreprise sociale à but lucratif basée à Everett, dans l’État de Washington, qui a maintenant déployé environ 5000 abris en Amérique du Nord et s’est développée au Canada.

L’installation de 630 000 $, qui comprend 19 unités de couchage, des toilettes séparées et une buanderie, fait partie de l’achat de 7,5 millions de dollars par la province de 200 abris préfabriqués. La Nouvelle-Écosse affirme qu’elle est le premier gouvernement provincial à effectuer un tel achat auprès d’un fabricant américain.

Dans les premières semaines qui ont suivi l’annonce du projet de Lower Sackville pour un terrain à côté du refuge existant de Beacon House, l’organisation à but non lucratif et son conseil d’administration croyant ont été confrontés à des réactions négatives. Des pétitions en ligne se sont opposées au site et environ 170 personnes ont assisté à une réunion publique au cours de laquelle certaines ont critiqué son emplacement à proximité d’une école et d’un centre de loisirs communautaire.

« Je suis vraiment inquiet, parce que nous voulons être de bons voisins », a déclaré M. Gunn, ajoutant que son groupe est déterminé à changer les perceptions du public.

Parmi ses messages clés : il existe un système de soutien pour les résidents de la nouvelle communauté, financé annuellement par 900 000 $ de la province. Cela comprend deux aides au logement dans le refuge voisin – dont un travailleur social – et un conseiller en santé mentale disponible trois fois par semaine. Une équipe de bénévoles issus de groupes religieux et communautaires prépare les repas pour les résidents.

Jim Gunn note également que les personnes sélectionnées pour emménager dans les unités doivent « être capables de vivre de manière responsable et respectueuse » et doivent signer un accord comprenant 38 règles et des avertissements de retrait potentiel si les normes de la communauté ne sont pas respectées.

Lorsque La Presse Canadienne a visité les lieux, Beacon House n’a autorisé aucune entrevue avec les résidents, et les efforts visant à joindre les résidents par l’intermédiaire de groupes de soutien indépendants ont échoué.

Susciter le changement des deux bords

Amy King, co-fondatrice de Pallet, a avancé lors d’un entretien téléphonique qu’elle s’attend à ce que l’opposition de la communauté se transforme en soutien à mesure qu’elle observe les résultats.

« En général, les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Mais nous disposons également de nombreuses données intéressantes provenant de sites montrant une réduction de la criminalité, jusqu’à 30 % », dans les quartiers où de tels abris sont installés, a-t-elle souligné.

Mme King a insisté sur le fait que les mesures de sécurité, y compris une clôture grillagée, sont conçues pour protéger les résidents et non pour les enfermer.

« C’est un mythe répandu, l’idée selon laquelle les personnes sans abri se livrent à des activités criminelles. […] La grande majorité est victime de comportements prédateurs-toxicomanie, prostitution, etc. – amenés à leur porte en raison de leur vulnérabilité », a-t-elle expliqué. Mme King dit que le nom de l’entreprise est basé sur la définition de « palett » comme un matelas de paille, qui, selon elle, évoque des personnes « sorties de leur situation actuelle et orientées vers quelque chose de mieux ».

Nikki Greer, présidente du groupe à but non lucratif qui soutenait les résidents d’un campement de tentes à Lower Sackville, a déclaré en entrevue que seuls deux de ses anciens résidents demeurent dans les maisons Pallet.

Elle estime que la proximité d’une ligne de bus et l’accès à la nourriture sont des aspects positifs, mais elle s’inquiète de savoir si le soutien existant est suffisant pour les personnes qui « dorment dans la rue » depuis des années. « Un soutien supplémentaire est nécessaire pour ces personnes… J’aimerais simplement que nous ayons plus de soutien pour lutter contre les causes profondes de l’itinérance », a-t-elle indiqué.

Suzanne Ley, directrice de l’aide au revenu au ministère provincial des Services communautaires, a déclaré lors d’un entretien téléphonique que les quartiers Pallet sont considérés par la province comme « des unités de transition permettant aux gens de se remettre sur pied ».

Lorsqu’on lui a demandé combien de temps les gens vivraient là-bas, Mme Ley a répondu que cela dépendrait de la disponibilité des logements. « Nous espérons que les gens pourront accéder rapidement à un logement, déménager et ouvrir l’espace à d’autres », a-t-elle déclaré.

Le prochain site d’abris préfabriqués de la province sera à Kentville, une ville de la vallée de l’Annapolis comptant une population d’environ 6000 habitants, où 20 des unités seront installées à côté d’un bâtiment provincial dans la ville. Cependant, Mme Ley n’a pas encore de réponse quant à savoir si les 200 logements seront tous en place dans la province avant l’hiver prochain, affirmant que son équipe est toujours à la recherche d’emplacements appropriés et d’autres partenaires comme Beacon House.

Jim Gunn dit que même si son groupe est heureux d’aider les itinérants, il espère que les structures – qui peuvent être facilement démontées et déplacées – ne seront pas sur la propriété durant des décennies. « Nous craignons que la période temporaire soit plus longue que nous le souhaitons », a-t-il raconté.

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à CityNews

Quebec ombudsman finds Montreal shelter lacked staff and resources

“We turn no one away,” said James Hughes, president and CEO of Old Brewery Mission, after a report from Quebec’s ombudsman found Montreal’s Hôtel-Dieu shelter lacked staff and resources to serve all residents’ needs. Gareth Madoc-Jones reports.

Dans La Presse

À Saint-Jérôme, des emplois de 3 ou 4 heures seront offerts aux personnes en situation d’itinérance. La paie est donnée à la fin du quart de travail.

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Wow, super intéressant comme projet. Hâte de voir les résultats

Les groupes d’experts qui travaillent dans le secteur communautaire n’a pas réussi à contrôler l’état des campements sur la côte ouest, qui sont devenus des lieux de overdose, de maladie et de mort. Ils ne feront pas mieux ici.

Il n’existe aucune preuve tangible que tolérer les campements est la solution humaine, cela ne sert qu’à donner aux gens le sentiment d’avoir moralement raison.

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