(Montréal) Une vidéo virale montrant le manque d’espace pour les jambes dans les avions WestJet suscite des inquiétudes quant à la sécurité et au confort du personnel et des passagers.
Résumé
Les chiffres de la société de données aéronautiques Cirium montrent que le volume des vols entre le Canada et les États-Unis a chuté de plus de 14 % au quatrième trimestre par rapport à l’année précédente chez les cinq plus grands transporteurs canadiens — Air Canada, WestJet, Porter Airlines, Air Transat et Flair Airlines.
La Floride, la Californie et le Nevada ont connu certaines des plus fortes baisses de capacité des transporteurs canadiens, le volume des vols vers Las Vegas ayant diminué d’un tiers par rapport à l’année précédente.
Les passagers s’étant tournés vers des destinations plus lointaines, les compagnies aériennes ont augmenté le nombre de vols vers les Caraïbes et l’Amérique du Sud, de 36 % au cours du dernier trimestre et de 45 % au cours du trimestre actuel.
Le nombre de vols intérieurs et de voyages vers l’Europe et l’Asie a également augmenté par rapport à 2024, les compagnies aériennes s’étant empressées de réorganiser leurs réseaux.
L’ancien professeur en transports Jacques Roy affirme que le désintérêt des Canadiens pour les voyages aux États-Unis, déclenché par la guerre tarifaire et les politiques sociales du président Donald Trump, pose néanmoins un problème pour les compagnies aériennes au nord de la frontière, qui devront désormais faire face à une concurrence accrue à l’étranger et au niveau national.
«Il s’agit d’une réaction naturelle de la part des voyageurs canadiens, qui tentent de profiter du soleil dans d’autres destinations», souligne-t-il.
Une réorganisation qui pourrait durer
Rien n’indique non plus un retour à la normale. Les horaires des compagnies aériennes canadiennes montrent une baisse de 15 % du volume des vols au cours des trois premiers mois de cette année par rapport à 2025, alors que les gens avaient déjà commencé à se détourner des voyages vers un pays dont le dirigeant tenait des propos belliqueux à l’égard de son voisin du nord.
Le volume des vols à destination de l’Arizona devrait baisser de plus de 20 % au premier trimestre par rapport à l’année dernière. Pour la Floride, le recul devrait atteindre près de 19 %.
«Les compagnies aériennes espéraient que ce ne serait qu’un feu de paille (…) et que les destinations ensoleillées retrouveraient leur popularité d’ici le quatrième trimestre», explique John Gradek, professeur de gestion aéronautique à l’Université McGill.
Cela ne s’est pas produit. «Et le premier trimestre ne s’annonce pas beaucoup plus prometteur.»
Selon Cirium, la baisse enregistrée au premier trimestre s’élève à près de 850 000 sièges.
«Nous ne voyons aucun signe indiquant que cette tendance va changer dans un avenir proche, nous prévoyons donc de nouvelles réductions de notre réseau transfrontalier en 2026», indique Julia Kaiser, porte-parole de WestJet, dans un courriel.
Du côté positif, l’engouement des Canadiens pour les voyages aériens hivernaux persiste, malgré des destinations plus lointaines et parfois plus coûteuses.
Au cours des derniers mois, Air Canada a lancé plus d’une douzaine de nouvelles liaisons et plusieurs nouvelles destinations dans les Caraïbes et en Amérique du Sud — Rio de Janeiro, Guatemala et Carthagène, en Colombie, entre autres.
Certaines destinations balnéaires ont connu une forte augmentation de la demande. Face à cette évolution, WestJet a multiplié le nombre de ses vols vers Punta Cana, en République dominicaine, pour atteindre 1018 au dernier trimestre, contre 320 à la même période de l’année précédente.
Le volume des vols canadiens vers Cancún, au Mexique, a bondi de 35 %, et vers l’Amérique centrale de près d’un tiers. Ce trimestre, ils devraient bondir de 104 % pour les Bahamas, de 36 % pour le Brésil et de 28 % pour Aruba, selon Cirium.
«Les Canadiens se déplacent et essaient différentes destinations», observe M. Gradek.
«Pas catastrophique»
Mark Galardo, chef des affaires commerciales d’Air Canada, souligne que le ralentissement du tourisme vers les États-Unis n’est «pas catastrophique», la baisse du nombre de vols vers les États-Unis s’étant stabilisée à environ 10 % pendant la majeure partie de l’année dernière et jusqu’en 2026.
«Nous constatons une stabilisation. La situation ne s’est pas aggravée», indique-t-il lors d’un entretien téléphonique.
Pendant ce temps, les Américains continuent d’affluer au Canada par avion. Selon Statistique Canada, leur nombre a augmenté de plus de 6 % en glissement annuel pour atteindre 448 000 en octobre. Et les résidents des deux pays continuent de se rendre sur le territoire de l’autre pour faire escale lors de vols vers l’Europe et l’Asie, ce qui soutient la demande.
L’engouement des Canadiens pour les voyages en Europe n’est que partiellement lié à l’aversion des touristes pour les États-Unis, ajoute M. Galardo.
«Nous constatons une forte croissance de la demande vers les destinations de loisirs européennes», note-t-il. D’où les nouvelles liaisons vers la Grèce, l’Italie, la France, l’Espagne et le Portugal.
Aux États-Unis, la compagnie aérienne a remplacé ses avions par des appareils plus petits, réduit la fréquence des vols vers les aéroports des États du sud et même supprimé quelques liaisons, précise-t-il.
Pour sa part, Porter a dû opérer un virage radical l’année dernière dans le contexte d’une expansion rapide de sa flotte qui reposait en grande partie sur la croissance des marchés américains.
Il y a un an, plus de 40 % de son volume de vols provenait de voyages aux États-Unis, contre un peu plus d’un quart aujourd’hui, selon Andrew Pierce, vice-président de la planification du réseau.
La troisième compagnie aérienne du pays n’exploitait aucune liaison au-delà du Canada et des États-Unis en janvier 2025; ce mois-ci, elle en exploitera environ 500, vers Cancún et Puerto Vallarta au Mexique, ainsi que vers le Costa Rica et les îles Caïmans.
«Nous sommes nouveaux dans une grande partie de cette région du monde, mais c’est exactement le bon moment pour répondre à la demande», conclut M. Pierce.