QUÉBEC DISPARUE | Le célèbre traversier Pilot, en 1905
Le traversier vu du quai de Lévis, vers 1905. (Archives Ville de Québec N000818)
À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.
Construit en 1884, le Pilot est l’un des premiers traversiers qui osent braver les glaces, entre Québec et Lévis. N’exagérons rien. Le Pilot peut effectuer la traversée si les glaces ne sont pas trop imposantes. Autrement, les passagers doivent se préparer à vivre toute une aventure.
Les navires de l’époque n’ont rien à voir avec les brise-glaces modernes. Peu importe les promesses, des compagnies gèrent les traversiers…
À plusieurs reprises, le Pilot est emporté par les glaces. Le 6 février 1908, vers minuit, il doit ramener une centaine de personnes à Lévis, après un concert de l’orchestre symphonique de New York.
La traversée s’annonce périlleuse. La marée baisse. L’amoncellement de glace apparaît considérable. Advienne que poura. Le Pilot se risque tout de même.
La situation se complique tout de suite après le départ. Coincé dans un immense champ de glace, le traversier ne réussit pas à rejoindre Lévis. Il est entrainé par le courant. Au bout de quelques minutes, il réussit à s’immobiliser près du quai Gilmour, à cinq kilomètres de l’objectif.
Furieux, plusieurs passagers descendent sur les glaces pour rejoindre la rive. Les autres préfèrent passer le reste de la nuit à bord du navire. À l’aube, le Pilot repart en direction du quai de Lévis. Il arrive à destination vers 6h30 du matin.
Deux traversiers plus robustes, le Queen et le Polaris, font aussi la navette entre Québec et Lévis. Après la mésaventure du 6 février, les passagers s’interrogent. Pourquoi avoir utilisé le faible Pilot pour faire la traversée? Mystère et boule de gomme.
Quelques années plus tard, le petit traversier connaît une fin dramatique. En 1910, le navire est réaffecté dans le Bas-du-Fleuve. Il effectue la traversée entre Saint-Siméon et Tadoussac. Avec tous les risques que cela comporte.
Le 18 janvier 1916, le Pilot est entrainé par les glaces. Les passagers réussissent à débarquer sur l’île Rouge, entre l’embouchure de la rivière Saguenay et l’île Verte. Sur place, ils trouvent des réserves de nourriture dans la maison du gardien du phare. Ils peuvent même allumer le phare pour signaler leur présence.
Le navire aura moins de chance. Échoué sur des récifs, il sera vite renversé et broyé par les glaces. Une triste fin pour le traversier que l’on surnommait le «brise-glaçons»…


















