Ville de Québec - Photographie et archives

Résumé

QUÉBEC DISPARUE | L’îlot Dorchester en 1948

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

7 avril 2025 à 04h00

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Un cliché de l’îlot Dorchester photographié en 1948. (Archives Ville de Québec N002679)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

Durant des décennies, l’endroit fait partir d’un petit quartier connu sous le nom d’îlot des Tanneurs. En 1948, on y remarque plusieurs cordonniers et un certain nombre de fabricants de chaussures. Quelques tanneries s’y trouvent encore. On les repère facilement à leur odeur.

À une certaine époque, à la jonction des rues Saint-Vallier et Dorchester, on raconte que l’odeur de cuir en décomposition est si forte qu’elle donne envie de vomir.



Des bottes pour les soldats

Revenons à notre photo de 1948. Sur la gauche, après la maison qui affiche une publicité peinte de «Photogravure artistique ltée», on voit l’imposante manufacture de chaussures A. E. Marois. Durant les deux guerres mondiales, l’usine fabrique les bottes des soldats canadiens. À plein régime, elle produit 4000 paires de bottes par jour.

Le temps passe. Au début des années 1970, l’industrie de la chaussure est quasiment disparue. Le quartier Saint-Roch agonise. Mais qu’à cela ne tienne. Le gouvernement du Québec voit grand. Il veut faire de sa capitale une ville futuriste, couverte d’autoroutes et de gratte-ciel.

Tout le secteur est démoli à la va-vite pour faire place à la future autoroute de la Falaise. Un projet mégalomaniaque. Éléphantesque. Imaginez un peu. Une autoroute surélevée à six voies qui chevauchera la falaise pour relier le centre-ville à… l’aéroport!

Sur le coup, on dit que même les bétonnières sont émues. Snif! Elles n’en demandaient pas tant!

Finalement, l’autoroute ne sera jamais construite. Mais pour l’îlot Dorchester, il est déjà trop tard. Dans Saint-Roch, on démolit d’abord et on se pose des questions ensuite. Résultat? L’îlot n’est plus qu’un champ de ruines. Il va le rester très longtemps.

Stationnement à ciel ouvert

Depuis 50 ans, l’îlot Dorchester est occupé par un stationnement à ciel ouvert. Plus hideux, tu meurs.



Mais voilà que l’endroit mal-aimé fait soudain parler de lui. Un promoteur veut y faire pousser une tour de 17 étages, comprenant un hôtel de luxe. Les citoyens apparaissent divisés. La Ville prend le parti du promoteur. Comme d’habitude.

Au risque de passer pour un affreux nostalgique, je m’ennuie de l’édifice en forme de pointe de tarte que l’on aperçoit sur la photo de 1948, au coin des rues Saint-Vallier et Dorchester. Un mini-flatiron dans le secteur? Depuis 50 ans, on n’a pas rêvé beaucoup mieux…

Sources: Québec Urbain et Ministère de la Culture et des Communications.

D’habitude, Le Soleil est parfait pour retrouver le point de vue d’origine, mais là ils sont dans le champ. La photo ancienne a été prise au coin de la rue Saint-Vallier alors que leur vidéo a été pris au coin de Arago.

Le bon point de vue ressemblerait plus à ça :

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Bonne observation, j’essayais de comprendre les importantes différences. Je viens d’en faire l’observation au Soleil il y a quelques minutes. Espérons qu’ils corrigeront l’erreur rapidement.

Oui, étrange que personne n’ait remarqué cela. Je trouve aussi que le journaliste n’est pas très objectif. Il exprime clairement son opposition au nouveau projet, ce qui n’a pas sa place dans ce type d’article qui ne devrait pas être une simple opinion. J’aurais préféré un peu plus de recherche photographique, car l’autre immeuble derrière, avec la petite tourelle (juste devant la fabrique), a l’air magnifique et je ne l’avais jamais vue dans les anciennes photos auparavant. Je me demande ce que c’est… Quelques photos d’époque auraient été bienvenues ! Ceci étant dit, ils ont bien détruit le patrimoine de Saint-Roch dans les années 60-70 !

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Résumé

QUÉBEC DISPARUE | Beauport en 1953

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

19 mai 2025 à 04h00

Vue de Beauport il y a plus de 70 ans (Archives Ville de Québec, Collection Michel Bédard N083227)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

La photo de 1953 pourrait s’intituler «Beauport avant les grandes transformations». Au centre, on remarque l’Église de la Nativité-de-Notre-Dame-de-Beauport, plusieurs fois reconstruite après des incendies. Elle peut servir de point de repère.

Jusqu’à la fin des années 1940, la croissance de Beauport se concentre autour de l’avenue Royale. Partout ailleurs, l’agriculture reste dominante. Mais le changement arrive. À l’est, de nouvelles constructions poussent le long de la rue Duchâtel. Entre 1947 et 1950, une trentaine de maisons préfabriquées y sont apparues.



Ce n’est qu’un début. Beauport commence à peine sa métamorphose. En 1950, la ville compte 5390 habitants. En 1975, elle va en dénombrer 55 300. En l’espace d’une génération, la population sera multipliée par 10.

Au bas de la photo d’époque, on aperçoit le boulevard Sainte-Anne. Ouvert en 1941, il mène au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. La voie s’appelle d’abord le boulevard d’Orléans, puis le boulevard Desroches, avant d’être baptisée boulevard Sainte-Anne…

Très vite, la construction du boulevard bouleverse la vie sur les berges du fleuve. Durant les années 1920 et 1930, les familles aisées s’y faisaient construire des maisons d’été. Pour profiter du calme et du paysage. Un peu jaloux, les gens du Beauport «d’en haut» les surnommaient même «les rapportés».

Avec l’arrivée d’une voie rapide, les activités se multiplient le long du fleuve. La population augmente. Des motels apparaissent. L’Église s’inquiète. Elle surveille tout particulièrement une plage appelée le «Phare Everell», où les gens s’amusent un peu trop à son goût.

En 1949, les deux curés de Beauport déposent une requête auprès du premier ministre Maurice Duplessis. Ils veulent que la plage cesse de présenter du cinéma, de la danse et de la lutte. Ils réclament aussi que l’on punisse «toute infraction à la loi des liqueurs» et «à la sanctification du dimanche».

Apparemment, les autorités ne sont pas trop pressées d’intervenir. En page 18 du Soleil du 21 juillet 1949, le «Phare» annonce encore un grand gala de lutte. Le combat principal, qui débute à 20 heures, oppose Luc «le rude» Milhomme à Fred «le dur» Mitchell.



On s’y donne rendez-vous?

Sources: Société historique de Québec et Histoire de raconter, la villégiature à Beauport, 2006.

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QUÉBEC DISPARUE | Le boulevard Laurier en 1969

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

2 juin 2025 à 04h00

Vue aérienne du boulevard Laurier en 1969 (Archives Ville de Québec, Fonds W.B. Edwards Inc. Droits réservés Ville de Québec. N024287)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

Le boulevard Laurier est un enfant des bouchons de circulation! À la fin des 1930, le chemin Saint-Louis concentre tout le trafic qui circule entre la ville et le Pont de Québec. Il ne suffit plus à la tâche. Les fins de semaine, les automobilistes se plaignent que la circulation y devient trop dense!

Pour résoudre le problème, on construit «la voie Sir Wilfrid Laurier», bientôt surnommée le «boulevard Laurier». La nouvelle route est complétée en 1954, malgré les problèmes posés par un terrain marécageux à la hauteur de ce qui deviendra le CHUL…



L’ouverture du boulevard marque le début du développement effréné de Sainte-Foy. Les maisons poussent comme des champignons dans les paroisses de Saint-Charles Garnier, de Saint-Yves et de Saint-Denys-du-Plateau.

Partout, l’automobile triomphe. Entre 1940 et 1954, le nombre de véhicules immatriculés dans la région passe de 15 500 à 60 200!

Le long du boulevard Laurier, on voit apparaître de grands bâtiments à l’architecture hétéroclite. L’édifice Murdock (1961). L’édifice Le Delta (1966). Le futur édifice de la SSQ (1968). Mais c’est l’arrivée des centres commerciaux qui marque un changement d’époque. Un vrai.

Les nouveaux venus bouleversent les habitudes de consommation. Le «magasinage» devient plus facile, grâce aux nombreux stationnements. En 1969, les stationnements extérieurs occupent quatre fois plus d’espace que les commerces!

Pour la petite histoire, on notera que Place Ste-Foy voit le jour en 1957, à l’initiative de la compagnie Steinberg. Cette dernière veut implanter une nouvelle formule à travers tout le Québec. Un centre commercial avec comme noyau un supermarché.

Au début, le «Centre d’achats Sainte-Foy» se limite à un supermarché Steinberg. Quelques boutiques s’ajoutent l’année suivante. Mais il faut attendre 1964 pour qu’il devienne un centre commercial intérieur, c’est-à-dire avec un toit.



Revenons à la photographie de 1969. Sur le boulevard Laurier, juste en face du centre commercial, les habitués reconnaîtront l’ancien édifice de Radio-Canada, surnommé le «bungalow». La société d’État y produira ses émissions jusqu’en 2004.

Comme d’habitude, nous gardons le meilleur pour la fin. En 1969, la construction du futur pont Pierre-Laporte bat son plein. Malgré tout, on craint qu’il ne suffise pas. L’année précédente, le rapport Vandry-Jobin sur les déplacements dans la région avait donc suggéré la construction d’un troisième pont, entre Québec et Lévis.

L’histoire ne se répète pas. Mais il lui arrive de bégayer.

Source: Michel Lessard, Sainte-Foy, l’art de vivre en banlieue au Québec, Les Éditions de l’homme, 2001.
Résumé

QUÉBEC DISPARUE | Le cinéma Princesse en 1975

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

9 juin 2025 à 04h00|

Mis à jour le9 juin 2025 à 09h24

3 minutes

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Le cinéma Princesse, sur la rue Saint-Joseph, en 1975. (Archives Ville de Québec, Fonds Gérard Donnelly N400059)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


La rue Saint-Joseph, dans le quartier Saint-Roch, a longtemps été surnommée la «Broadway de Québec». On y trouvait de grands magasins à rayons comme le Syndicat, Paquet, Laliberté ou Pollack. Sans parler des théâtres et des cinémas.

Pour la petite histoire, c’est sur la rue Saint-Joseph que s’est déroulée la première représentation cinématographique à Québec, le 30 septembre 1896. Une nouveauté que la publicité présentait comme «la plus grande merveille du monde».



On raconte que les spectateurs n’ont pas été déçus. Imaginez! Ils voyaient pour la première fois des images qui bougent! Certains prenaient peur! D’autres avaient un mouvement de recul en apercevant des chevaux qui galopaient vers la caméra!

Vers la banlieue

En juillet 1975, le temps a passé. La «Broadway de Québec» n’a plus le lustre d’antan. Le quartier Saint-Roch a perdu la moitié de ses résidents en l’espace d’une génération! Le magasinage s’est déplacé vers la banlieue. Le cinéma aussi…

Pendant longtemps, chaque cinéma de la basse-ville possédait ses spécialités. Pour sa part, le Princesse présentait surtout des westerns et des films américains de série B. Mais la baisse de clientèle ne pardonne pas, malgré les programmes doubles et les billets réduits à 50 cents! [2,90 $ en argent de 2025]

Laissé à l’abandon durant quelques mois, le Princesse sera finalement démoli en août 1975.

Signe des temps, le cinéma voisin a été rebaptisé le Midi-Minuit. Il s’est aussi reconverti dans les films pornos. À l’été 1975, il présente un film intitulé Allons, enlève ta robe. Un navet qui n’est pas passé à l’histoire!

Aujourd’hui, le Midi-Minuit a repris son nom d’origine: l’Impérial. Reconverti en salle de spectacle, il reste l’un des derniers témoins de la grande époque de la «Broadway de Québec». Nos respects à ce vénérable survivant!

Sources: L’Électeur, 29 septembre 1896, p. 4 et Yves Berger, «Aller aux vues» dans la Capitale, Cap-aux-Diamants, No 38, été 1994.

Résumé

QUÉBEC DISPARUE | Le théâtre Crystal en 1911

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

7 juillet 2025 à 04h08|

Mis à jour le7 juillet 2025 à 06h53

Le théâtre Crystal, sur la rue Saint-Joseph, en 1911. (Collection iconographique de la Ville de Québec N001809)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

Le théâtre Crystal voit le jour durant une période faste pour le théâtre à Québec. De 1900 à 1911, une quinzaine de théâtres émergent, incluant les théâtres d’été.

En 1911, la façade du Crystal explose d’optimisme et de motifs inspirés de la nature. Un classique de ce que l’on surnommera avec nostalgie «La Belle époque».



La Belle époque? Une période où la vie était rude, mais que l’on jugera tout même préférable aux catastrophes qui ont suivi.*

Le Crystal n’est pas seulement un lieu de théâtre. Il propose aussi du cinéma et du cirque. Un véritable feu roulant. Durant la semaine du 20 août 1911, par exemple, le public peut voir quatre films, des jongleurs, une troupe de 12 chiens savants et un contorsionniste dont on vante la grande «distinction».

Inutile de le cacher. Le préféré de la foule reste «Shorty Edwards», que l’on décrit comme un «nain prodige». La publicité de l’établissement parle d’une programmation de «première classe». Mais nous comprenons que certains lecteurs puissent avoir des doutes…

Quelques jours plus tard, le 28 août, le Crystal connaît un succès retentissant avec le spectacle de l’homme fort Hector Décarie. Quelques années plus tôt, Décarie a défié le légendaire Louis Cyr. Ce dernier lui a gracieusement cédé sa couronne de champion…

Le critique du Soleil raconte la fin du spectacle. «Le dernier tour de force du programme n’était pas une chose ordinaire, écrit-il. Dix hommes se placèrent sur une plate-forme que Décarie souleva sur son dos. Le poids total devait être d’environ 1800 livres. [820 kg]»

«Décarie peut faire encore beaucoup mieux; nous avons déjà constaté cela plus d’une fois», conclut le critique sur une note énigmatique.



Le Crystal va continuer ses activités jusqu’à la fin des années 1920. Il sera ensuite remplacé par le cinéma Le Pigalle, dont l’édifice sera démoli durant les années 1990. En 2002, il a été remplacé par le bâtiment actuel du Théâtre La Bordée. À l’arrière, on trouve désormais une murale géante. Un clin d’œil à l’histoire très chargée des lieux…

* On pense à la Première Guerre mondiale de 1914-1918, à la grippe espagnole de 1917-1919 et la grande crise économique de 1929.
Sources: Christian Beaucage, Le théâtre à Québec au début du XXe siècle, Nuit Blanche Éditeur, 1996 et Le Soleil, 28 août 1911, p. 10.
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Résumé

QUÉBEC DISPARUE | Les livreurs de Brunet dans les années 1930

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

4 août 2025 à 04h14

Des livreurs de Brunet sur Saint-Joseph au milieu des années 30 (Fournie par Henri Rhéaume)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil. Jocelyn Riendeau)

Avouez qu’ils ont fière allure, les livreurs de la pharmacie Brunet, sur leurs motocyclettes Harley-Davidson. Le standard, c’est le standard. Beau temps mauvais temps, il semble que le complet et la cravate soit de rigueur!

À l’époque, la pharmacie Brunet de la rue Saint-joseph promet un service rapide dans toutes les parties de la ville. Autant dire que pour les livreurs, la tâche ne doit pas être de tout repos. Au milieu des années 1930, malgré l’augmentation rapide du nombre de véhicules, il n’y a même pas encore de feu de circulation dans les rues de Québec!



Vérification faite, les premiers feux de circulation seront installés en 1937, sur les rues Dorchester et de la Couronne! En attendant, les policiers qui font la circulation sont de plus en plus débordés. Dépassés par les événements.

Heureusement pour nos livreurs, la ville de Québec est moins étendue qu’aujourd’hui. La moitié des 135 000 habitants se concentrent dans la Basse-Ville. À l’ouest, les habitations deviennent rares après le quartier Belvédère. Au nord, elles se terminent à Limoilou.

Pour la petite histoire, notons que le fondateur de la pharmacie, Wilfrid-Étienne Brunet, a acheté le terrain de la rue Saint-Joseph en 1872 pour la coquette somme de 3000 $ (environ 80 000 $ en argent d’aujourd’hui).

L’année suivante, il fait bâtir sur les lieux un édifice de style Second empire. Le summum pour l’époque.

Un siècle plus tard, en 1987, la bannière Brunet a été rachetée par McMahon Distributeur pharmaceutique, une filiale de Metro. Mais la succursale de la rue Saint-Joseph constituerait la plus ancienne pharmacie du Québec toujours en activité, dans le même édifice.

Quand la pharmacie ouvre ses portes, en 1873, la reine Victoria règne sur l’Empire britannique. La Russie est dirigée par le tsar Alexandre II. Et un tailleur du Nevada vient d’obtenir un brevet pour un nouveau pantalon de travail renforcé avec des rivets métalliques: le blue-jean.

Remerciements à M. Henri Rhéaume pour cette photo tirée des archives de son père, qui fut un employé de Brunet durant plus de 40 ans.

Sources: Rénald Lessard, Wilfrid-Étienne Brunet, fondateur des pharmacies Brunet, Cap-aux-Diamants, Vol. 4. No. 4, Hiver 1989 et Le Soleil, 24 mars, 1934, p. 4.

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La Capitale

QUÉBEC DISPARUE | La porte du Palais en 1860

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

3 novembre 2025 à 04h01

Un aperçu de la porte du Palais il y a plus de 150 ans (Archives Ville de Québec N010222)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

(Le Soleil/Jocelyn Riendeau)

Construite en 1830, la porte du Palais était considérée comme l’une des plus belles de Québec. Elle avait la forme d’un arc de triomphe. On disait même qu’elle s’inspirait de l’une des portes de… Pompéi, la ville romaine engloutie par une éruption volcanique en l’an 79.

Reste qu’à l’époque de la photo, en 1860, la porte du Palais n’est pas seulement une décoration. Des soldats habitent juste à côté, dans le corps de garde. Chaque soir, elle est fermée et verrouillée avec de gros battants. Comme toutes les autres portes de Québec!



Personne ne peut entrer ou sortir de la ville avant le lever du jour! La place forte de Québec est prête à repousser les envahisseurs!

En 1871, la garnison britannique quitte la ville. Dès lors, les portes ne sont plus gardées. Elles deviennent inutiles. En plus, elles apparaissent trop étroites. Elles nuisent à la circulation des calèches et des autres attelages.

Très vite, la démolition des portes va commencer…

Quelques voix s’élèvent pour préserver la porte du Palais. Mais le chroniqueur Arthur Buies ne cache pas sa satisfaction. Il se moque «des gens qui regrettent l’infect corps de garde et la misérable porte du Palais, qui laissait à peine passer une voiture péniblement traînée par un cheval haletant, essoufflé, morfondu.»

Et vlan dans les dents!

Au fil des ans, la reconstruction de la porte du Palais a souvent été évoquée. Tout comme celle de la porte Hope, sur la côte de la Canoterie. Reconstruites sous des formes moins encombrantes, les deux portes permettraient une promenade ininterrompue de deux kilomètres sur les remparts.



En 1992, le gouvernement conservateur de Bryan Mulroney avait même débloqué un budget de plusieurs millions de dollars pour le projet. Une promesse balayée par sa cuisante défaite électorale, l’année suivante.

Depuis, il n’apparaît pas exagéré de dire que la porte s’est refermée…

Sources: Jean-Marie Lebel, Le Vieux-Québec, Guide du promeneur, Septentrion, 2015 et Le Soleil, 22 janvier 1992, p. B-9.
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Le magnifique édifice de style Beaux-Arts du boulevard Langelier, dans le quartier Saint-Sauveur — que, étrangement, je ne connaissais pas même s’il se trouve à quatre coins de rue de la maison de mes grands-parents. Dommage que la Ville ait décidé d’enlever la tour en 1955 au lieu de la rénover… mais l’édifice demeure malgré tout un chef-d’œuvre! Et j’adore les chroniques de Québec disparue dans Le Soleil , qui redonnent vie à ces trésors oubliés.

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QUÉBEC DISPARUE | La rue Saint-Joseph en 1901

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

24 novembre 2025 à 04h05

Vue de la rue Saint-Joseph en 1901 (Archives Ville de Québec N016400)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

Au début du XXe siècle, la rue Saint-Joseph s’impose comme la grande artère commerciale de Québec. On la surnomme «le boulevard du commerce». Ou même «la Broadway de Québec», en exagérant un peu. Imaginez! Les vitrines de plusieurs grands magasins restent illuminées toute la nuit. Une merveille!

En l’espace d’une génération, le nombre de commerces a doublé dans le secteur. À l’endroit le plus dense, on trouve plus de 125 magasins dans un rayon de 500 mètres. Incluant 11 vendeurs de chaussures, 10 boutiques de vêtement et sept marchands de tabac.



En 1901, la rue accueille le nouveau magasin d’aubaines E.P. Charlton & Co., où toutes les marchandises se vendent cinq ou 10 cents. Plus tard, le commerce deviendra une succursale de la chaine 5-10-15. L’ancêtre de Dollorama et des Magasins à un dollar.

La «Broadway de Québec» est indissociable du progrès technique. Le tramway électrique y a fait ses débuts. C’est aussi là que se déroule la première séance de cinéma à Québec. Sans oublier une nouveauté révolutionnaire du magasin Paquet: l’ascenseur!

Sur place, il se passe toujours quelque chose. En 1901, un certain Édouard Beaupré, alias le géant Beaupré», s’y donne en spectacle. Le phénomène de 20 ans mesure 2,52 mètres (8 pieds et deux pouces). Cruel, le journal L’Événement prévient ses lecteurs que «le petit garçon» n’est pas «d’une beauté».

Revenons à notre photo de 1901. À droite, juste à côté du magasin Myrand & Pouliot, on aperçoit l’édifice du magasin Le Syndicat, avec sa façade inspirée d’une maison vénitienne. À partir des années 1930, Le Syndicat va connaître une expansion fulgurante. Il avale ses voisins pour devenir l’un des plus grands magasins de Québec.

Au loin, sur la rue Saint-Joseph, on aperçoit un attelage de cheval. Il s’agit probablement d’un «banneau», utilisé pour ramasser la neige. L’automobile reste encore une curiosité. À Québec, la première a été aperçue en 1896. Et le véhicule était tombé en panne!

Les sceptiques s’en donnent alors à cœur joie. Ils ne prédisent pas beaucoup d’avenir à cette invention, même si elle atteint la vitesse vertigineuse de 29 km/h. Selon eux, il y a trop de cotes et de neige à Québec pour ce genre de machine!

Sources: Société historique de Québec et L’Événement, 12 octobre 1901, p. 8.

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> # Il y a 100 ans, le Château Frontenac était ravagé par un incendie

Reconstruire… en 127 jours

Les dommages sont limités à l’aile Riverview, mais ils sont tout de même considérables. À l’époque, on les évalue à plus de 750 000 dollars, selon M. Caron.

Les dommages au toit de l’aile Riverview étaient bien visibles.

Photo : Photo BAnQ, J. W. Michaud, 1926

En date de 2025, ça équivaut à plus de 13 millions de dollars, selon l’outil de la Feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada (nouvelle fenêtre).

Résumé

Le 14 janvier 1926, des clients du Château Frontenac à Québec jouent au billard lorsqu’une odeur de fumée leur traverse les narines. C’était le début d’un incendie qui a complètement ravagé l’aile Riverview, la plus ancienne de l’hôtel. Retour 100 ans en arrière.

Il est environ 17h30 quand les flammes prennent naissance dans une chambre du cinquième étage. Les deux hommes qui jouaient au billard alertent la réception, qui appellera ensuite les pompiers, explique l’historien spécialisé dans la Ville de Québec, Jean-François Caron.

Les pompiers vont arriver rapidement et on va se rendre compte que c’est assez important, raconte-t-il. On va sonner une alarme générale. Tous les pompiers de la ville vont s’en venir.

Un camion de pompier devant le Château Frontenac lors de l’incendie du 14 janvier 1926.

Photo : Archives de la Ville de Québec

Le feu se propage rapidement. Pendant ce temps, la direction de l’hôtel, inquiète, affrète un train pour faire venir des pompiers de Montréal, qui vont ramasser au passage des pompiers à Trois-Rivières qui vont arriver sur place, poursuit M. Caron. Déjà, les pompiers de Québec avaient pris le contrôle de la situation.

AILLEURS SUR INFO : Surprise en orbite : la microgravité modifie la relation entre virus et bactéries

Vers 23 h, le brasier est maîtrisé, mais on l’arrose jusqu’aux petites heures du matin. Résultat, le Château est recouvert de glaçons. Heureusement, aucun décès n’est rapporté.

De nombreuses personnes ont assisté à l’incendie.

Photo : Archives de la Ville de Québec, Fonds Raymond Villeneuve

La scène se déroule sous les yeux de nombreuses personnes. On a été obligé de faire venir beaucoup, beaucoup de policiers pour contrôler la foule des curieux. On dit qu’il y avait des milliers de personnes qui avaient couru pour voir le feu, ajoute l’historien. Il fallait contrôler la foule.

L’incendie de 1926 a fortement endommagé le Château Frontenac.

Photo : Archives de la Ville de Québec, Collection Yves Beauregard

Reconstruire… en 127 jours

Les dommages sont limités à l’aile Riverview, mais ils sont tout de même considérables. À l’époque, on les évalue à plus de 750 000 dollars, selon M. Caron.

Les dommages au toit de l’aile Riverview étaient bien visibles.

Photo : Photo BAnQ, J. W. Michaud, 1926

En date de 2025, ça équivaut à plus de 13 millions de dollars, selon l’outil de la Feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada (nouvelle fenêtre).

L’intérieur de l’aile a été complètement détruit.

Photo : Archives de la Ville de Québec, Fonds Thaddée Lebel

Rapidement, le propriétaire de l’époque, le Canadien Pacifique, reconstruit la partie détruite par le brasier. On avait les plans originaux de Bruce Price, l’architecte original du Château Frontenac, indique Maxime Aubin, le directeur marketing au Fairmont Le Château Frontenac.

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Le délai de construction : 127 jours! C’est moins de six mois pour reconstruire une grande partie du Château, précise-t-il.

Évidemment, c’est le Château Frontenac. On veut qu’il garde sa signature unique, sa réputation de meilleur hôtel au monde donc on en profite aussi pour rehausser son faste et sa magnificence, souligne M. Aubin.

De gauche à droite, la salle de lecture avant et après l’incendie puis en 2026 (bar 1608).

Photo : Radio-Canada / Archives de la Ville de Québec, Fonds Thaddée Lebel / Radio-Canada

C’est pendant la reconstruction que la salle Champlain, là où se trouve actuellement le restaurant du même nom, voit le jour et que la salle de lecture est remplacée par le bar 1608. L’esprit des lieux a été conservé après la reconstruction : les poutres au plafond, la colonne centrale, les deux foyers latéraux, poursuit le directeur marketing.

Une question sans réponse

Cent ans plus tard, un mystère entourant l’incendie demeure. Quelle en est la cause?

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Encore aujourd’hui, on ignore complètement les causes de l’incendie, répond Jean-François Caron.

Ça demeure une cause inconnue, dit aussi Maxime Aubin. La chambre d’où l’incendie serait parti était inoccupée, donc mystérieux.

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QUÉBEC DISPARUE | Les bancs de neige dans Limoilou en 1943

Les imposants bancs de neige de 1943! (Archives Ville de Québec N001908)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

Résumé

20 mars 1943. Sur l’avenue Maufils, dans le quartier Limoilou, une souffleuse Sicard creuse péniblement une tranchée pour permettre aux voitures de circuler. La merveille a été inventée par l’agriculteur québécois Arthur Sicard, en 1925. Il aurait eu l’idée en observant le fonctionnement d’une moissonneuse-batteuse!

En l’espace de quelques années, la souffleuse révolutionne complètement le déneigement. Elle parvient à broyer 12 tonnes de neige à la minute! Grâce à elle, les transports connaissent un essor fulgurant. La route entre Québec et Montréal reste ouverte durant tout l’hiver, à partir de 1929. Une nouvelle ère commence!



En 1943, environ 7600 kilomètres de route sont déneigés à travers le Québec. Vingt fois moins qu’aujourd’hui! À l’époque, les souffleuses sont encore rares. Sans parler des camions. À plusieurs endroits, la neige est transportée dans des «banneaux» tirés par des chevaux.

Après une importante chute de neige, les souffleuses disponibles se concentrent sur les grandes artères. Le déneigement des rues secondaires peut prendre plusieurs jours. Et encore. Souvent, on ne déblaye qu’un passage en plein centre.
L’hiver 1942-1943 est très enneigé. La région de Québec reçoit 450 centimètres de neige. Durant la première semaine du mois de mars, il tombe 56 centimètres [22 pouces]. De quoi constituer des bancs de neige assez monstrueux.

Aujourd’hui, sur l’avenue Maufils, le paysage hivernal a changé. Une bonne partie de la neige est ramassée. Même lors de l’hiver record de 2007-2008, on peut présumer que la taille des bancs de neige est restée modeste…

Soyez gentils. Si vous voyagez dans le temps, n’allez surtout pas révéler aux déneigeurs du 20 mars 1943 que le printemps est encore loin. En fait, il tombera 35 centimètres de neige à la mi-avril. Et même à ce moment-là, le général Hiver n’aura pas dit son dernier mot.

Québec aura droit à 15 centimètres de neige, le 3 mai 1943.



Pourvu que la Sicard ne tombe pas en panne!

Sources: Michel Roy, Le génie inventif d’Arthur Sicard, Continuité, Hiver 1994 et Société historique de Québec et Le Soleil, 27 février 1943, p. 1 et 2.

QUÉBEC DISPARUE | Le secteur de la Traverse vers 1950

Le secteur de la traverse à Québec, il y a plus de 70 ans (Archives Ville de Québec N025866)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

Résumé

(Le Soleil/Jocelyn Riendeau)

À l’époque, beaucoup de commerces du secteur sont encore reliés aux activités du Port. Sur la place, tout près de la traverse, on remarque l’École de la marine, le Bureau du service du pilotage et trois réparateurs de chaloupes. Sans oublier deux tavernes, deux épiceries et un hôtel.

On devine que l’on devait y croiser plusieurs marins!



Pour reprendre les mots de la Société historique de Québec, le quartier est «en transition». Dix ans plus tard, en 1962, la restauration de la maison Chevalier (à gauche) va donner le signal de grands changements. Presque tous les habitants du quartier devront quitter les lieux.

Durant les années 1960 et 1970, une partie du secteur sera reconstruit dans ce que l’on surnommait «le style français du XVIIIe siècle». Un style plus ou moins inventé, qui ressemble un peu à un décor de poupée, mais dont les touristes raffolent…

Au centre de la photo de 1950, on remarque la place du marché Champlain. Un grand espace où l’on a installé une patinoire. L’endroit était jadis occupé par l’édifice des Halles Champlain, un grand marché public de trois étages.

Le magnifique édifice a été démoli en 1910, pour faire place à une gare pour le chemin de fer.

Sauf que la gare sera finalement construite en 1915, plus à l’est, au bas de la côte du Palais. Oups! On a tout démoli pour rien!

Que doit se répéter le barbare avant de partir en guerre? «Je dois toujours me souvenir qu’il faut piller avant de tout brûler.» Et que devrait se répéter le promoteur avant de redessiner la ville? «Je dois toujours me souvenir qu’il faut réfléchir avant de démolir quelque chose.»



Aujourd’hui, l’ancien espace de l’édifice des Halles est occupé par un stationnement. Mais l’idée de reconstruire le bâtiment ressurgit périodiquement. Le dernier projet en date est celui annoncé en septembre 2022 par le gouvernement de la CAQ.

Le gouvernement en avait même tiré une vidéo remplie de visions «Oumf» et d’effets «Wow», pour reprendre le jargon des relations publiques. Mais très peu de gens avaient pris l’affaire au sérieux…

Inutile de dire que le projet est disparu sans laisser de traces. Pour reprendre l’expression consacrée, il n’a fait que pelleter des nuages dans l’air du temps…

Source: Société historique de Québec

https://memoireenpartage.ca/fr/image/4924/vue-aerienne-du-vieux-quebec?source=theme

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Ici vécut: William Bertram Edwards, au 879, rue Saint-Jean

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l’histoire de la ville. William Bertram Edwards, ou W. B. Edwards (1880-1944), a laissé derrière lui des centaines de photographies aériennes, qui illustrent l’évolution de Québec au 20e siècle.

William Bertram (W.B.) Edwards (1880-1944) a tenu un studio de photographie dans l’immeuble du 875-879, rue Saint-Jean, possiblement entre 1919 et 1925. La photo de W.B. Edwards aurait été prise en 1917, dans le tout premier studio, sur la rue Buade.

Crédit photo: Simon Bélanger + Archives du studio Edwards (Wikimedia Commons)

Le nom de W. B. Edwards s’est récemment invité dans l’actualité, alors qu’on apprenait que le photographe Pierre Lahoud offrait à la Ville de Québec une partie de son fonds d’archives, qui comprend environ 4 5000 photos aériennes de la ville de Québec et de ses environs.

«L’acquisition des images de Pierre Lahoud vient enrichir les archives de la Ville de Québec en matière de photographies aériennes récentes. Le plus important fonds d’archives à la Ville de Québec montrant des vues aériennes est celui de W. B. Edwards Inc. couvrant la période de 1937 à 1990», peut-on lire dans un communiqué de la Ville de Québec.

Ainsi, Pierre Lahoud s’inscrit un peu dans la lignée du travail effectué avant lui par William Bertram Edwards et son entreprise familiale.

Par ailleurs, en 2016, il avait participé à un livre mettant son propre travail en relief avec celui de cette famille qui l’a précédé dans les cieux de Québec.

Couverture du livre Québec vue des airs – Edwards et Lahoud – 1936-2016.
Crédit photo: Simon Bélanger

D’immigrant à photographe

En 1880, William Bertram Edwards voit le jour dans le Leicestershire, en Angleterre. Là-bas, il pratique le métier d’imprimeur. W.B. Edwards effectue un premier voyage vers Montréal en 1907, une expérience qu’il répétera à quelques reprises.

Vers 1911-1912, W. B. Edwards s’installe définitivement au Canada, d’abord du côté de Montréal. Avec un associé, il dirige un studio de photographie sur la rue McGill College.

Résumé

W.B. Edwards s’enrôle ensuite dans l’armée au cours de la Première Guerre mondiale. Il devient le photographe officiel de la base militaire de Valcartier, près de Québec. D’ailleurs, lorsqu’il ne travaille pas sur la base, il profite de ses temps libres pour découvrir la ville de Québec.

En 1917, il s’établit de façon définitive dans la capitale. Il ouvre alors un premier studio de photographie sur la rue Buade (aujourd’hui rue De Buade).

Le 25 avril 1917, il épouse Ella Feeny, à Huntingdon.

Plusieurs déménagements

Deux ans plus tard, grâce aux profits amassés dans son premier studio, W.B. Edwards peut se permettre d’en ouvrir un dans un autre secteur de la Ville, soit au 217, rue Saint-Jean (aujourd’hui 875-879, rue Saint-Jean). Il conserve même temporairement son local initial de la rue Buade.

W. B. Edwards demande à son beau-frère Joseph Feeny de l’assister comme photographe. Celui-ci travaillera longtemps pour l’entreprise, s’occupant de tâches techniques et de travail en laboratoire.

De 1925 à 1943, le studio se déplace encore, se trouvant cette fois au 225, rue Saint-Jean (aujourd’hui 869-871, rue Saint-Jean).

Ce bâtiment du 869-871, rue Saint-Jean, aurait abrité le studio de photo W.B. Edwards de 1925 à 1943.
Crédit photo: Simon Bélanger

Puis, un dernier déménagement amène l’entreprise au 259, rue Saint-Jean (aujourd’hui 819, rue Saint-Jean). Elle y demeure de 1943 jusqu’à la fermeture, en 1992.

Le dernier studio W.B. Edwards a eu pignon sur rue au 819, rue Saint-Jean, jusqu’en 1992.
Crédit photo: Simon Bélanger

Dans le studio, on retrouve une chambre noire d’utilisation courante, ainsi que deux pièces aménagées pour développer des photos panoramiques.

Par ailleurs, W.B. Edwards privilégie ses caméras traditionnels aux modèles portatifs, en plus des négatifs de verre de grand format plutôt que la pellicule souple. Et il connait peu l’usage de films en couleurs, qui s’invitent sur le marché en 1942, deux ans avant son décès.

Un patrimoine photographique inestimable

Au long de sa carrière, W.B. Edwards travaille majoritairement comme photographe commercial, prenant des commandes pour le gouvernement et des entreprises privées. Ses prises de vue permettent d’illustrer l’évolution du paysage de Québec à travers les années.

Parmi les contrats majeurs obtenus, notons que la compagnie Price lui demande de prendre des images des différentes phases de construction de l’édifice à son nom, qui compte 18 étages et qui abrite la résidence officielle du premier ministre du Québec.

On lui doit aussi une série de clichés montrant les travaux d’agrandissement de l’Hôtel-Dieu de Québec, en 1930.

W.B. Edwards a également immortalisé l’incendie de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré en 1922, de même que la construction de la nouvelle église entre 1923 et 1929.

Il illustre d’autres lieux incontournables de Québec grâce à son appareil : château Frontenac, pont de Québec, plaines d’Abraham, etc. Edwards publie d’ailleurs certaines images sous forme de cartes postales.

Construction du réservoir d’eau sous les plaines d’Abraham, en 1931.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (W. B. Edwards - photo recadrée)

À vol d’oiseau

Même s’il produit plusieurs photos en studio et qu’il prend des clichés dans la ville, W.B. Edwards développe rapidement un goût pour les vues panoramiques. Il réalise plusieurs panoramas urbains.

Vue aérienne du Congrès eucharistique, plaines d’Abraham, juin 1938.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (W. B. Edwards - photo recadrée)

En 1937, il loue un avion pour prendre des photos des arrondissements de Québec et leurs environs. Les premières photos du studio W.B. Edwards sont prises depuis un avion biplan, exposant le photographe et le pilote à l’air libre, ainsi qu’à la vitesse du vent et de l’avion. Plus tard, deux des enfants de William Bertram Edwards (Maurice et Austin) privilégieront l’hélicoptère ou le Cessna.

Dirigeable R-100, survolant le Vieux-Québec le 1er 1930.. Photo prise du Parlement.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (W. B. Edwards - photo recadrée)

Le studio fonctionne à plein temps. 4 à 6 employés ramassent 200 à 300 rouleaux de films par semaine, qu’on doit rapidement développer et imprimer. Et en plus des commandes au studio, il existe des points de vente dans la ville, où les clients déposent les films et viennent chercher les photos.

En plus d’être un photographe aguerri, W.B. Edwards s’implique dans de nombreuses activités sociales, culturelles et communautaires, en plus d’être un membre actif de la société irlandaise. Il est membre du Club Rotary, des Chevaliers de Colomb et de la Holy Name Society de la paroisse Saint-Patrick.

Cérémonie pour célébrer le 300e anniversaire de fondation de l’Hôtel-Dieu de Québec, en 1939.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (W. B. Edwards - photo recadrée)

Edwards est également membre du comité exécutif de l’Association des Scouts de Québec, de la Chambre de commerce et du Club des vétérans de l’armée et de la marine.

Sur cette photo de juillet 1936, on aperçoit notamment le président américain Franklin D. Roosevelt, son épouse Eleanor et le premier ministre canadien William Lyon MacKenzie King.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (W. B. Edwards - photo recadrée)

Une entreprise familiale

En plus de son beau-frère Joseph, W.B. Edwards compte aussi, pendant un certain temps, sur l’aide de son épouse Ella.

Celle-ci répond aux clients et prépare les factures. Toutefois, avec quatre enfants (Walter, Austin, Maurice et Gertrude), elle doit rapidement se concentrer sur les tâches familiales.

Le roi Georges-VI et la reine Elizabeht, en 1939, sur la rue Saint-Jean, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (W. B. Edwards - photo recadrée)

Pendant un certain temps, la famille Edwards vivra dans le domicile familial situé au 33, boulevard Saint-Cyrille (aujourd’hui boulevard René-Lévesque). Cette demeure fut démolie en 1966, pour laisser place au Grand Théâtre de Québec.

William Bertram Edwards s’éteint le 15 avril 1944, à l’âge de 66 ans. Ella Feeny le suit dans la tombe en octobre 1960.

Suite au décès du paternel, les enfants reprendront le flambeau. Walter travaille comme photographe pour The Gazette, le quotidien anglophone montréalais. De leur côté, Austin, Maurice et Gertrude offrent leurs services au Quebec Chronicle Telegraph. Austin et Gertrude s’occupent du studio jusqu’à sa fermeture en 1992.

Parmi les principaux clients qui ont subsisté à travers le temps, notons entre autres les institutions religieuses, qui ont continué de faire affaire longtemps avec la famille Edwards.

Des archives qui s’envolent en fumée

En 1965, par une journée extrêmement froide, un incendie se déclare dans le restaurant d’un immeuble où on entreposait les négatifs du studio.

L’eau et la fumée détruisent alors des centaines de boîtes contenant des clichés du studio W.B. Edwards.

Toutefois, en raison du nombre élevé de clients, il a été possible de mettre la main sur plusieurs photographies. D’ailleurs, lors de la fermeture du studio en 1992, les archives photographiques se retrouvent dans divers fonds d’archives.

Les Archives de la Ville de Québec ont finalement fait l’acquisition du Fonds de la famille Edwards, permettant ainsi l’accès à 2 063 négatifs originaux, datés entre 1936 et 1991.

Martin Edwards, petit-fils de W.B. et fils d’Austin, a aussi conservé une certaine partie de la collection familiale.

Au total, le studio W.B. Edwards aura laissé derrière plus d’une centaine de milliers de photographies de la ville de Québec, de ses habitants et de ses événements marquants.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources

DÉSY, Louise. «Une tradition vivante. Le studio W. B. Edwards», Cap-aux-Diamants, 1987, vol. 3, no 2, p. 25-28.

EDWARDS, Martin. «W. B. Edwards honoured by city», Quebec Chronicle Telegraph, juin 1999.

Généalogie du Québec et d’Amérique française. «Ella Feeny».

LAHOUD, Pierre. «V pour Victoire», Magazine Continuité, no 170, automne 2021.

LAHOUD, Pierre et France CAISSIES. Québec vue des airs : Edwards et Lahoud : 1936-2016, Les Éditions GID, Québec, 2017, 165 p.

LÉGARÉ, Denyse et Paul LABRECQUE. «W. B. Edwards, photographe aérien», Ville de Québec, Archives.

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QUÉBEC DISPARUE | Le Parlement de la côte de la Montagne en 1875

La côte de la Montagne en 1875 (Archives Ville de Québec N022266)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

De 1859 à 1883, le Parlement est installé dans un édifice construit à la hâte, au sommet de la côte de la Montagne. Le bâtiment est mal adapté au travail des élus. Et pour cause! À l’origine, il a été conçu pour servir de bureau de poste!

Un brin perfide, le chroniqueur Arthur Buies qualifie l’endroit «de bergerie en écorce d’épinette»!
La vie politique n’est pas de tout repos. En mars 1873, lors d’une élection partielle à Québec, plusieurs bureaux de vote sont saccagés. Et le chapeau haut de forme d’un candidat est transpercé par une balle tirée par un adversaire!

Ô misère! À Québec, le travail de député n’a rien de très valorisant. Les élus touchent à peine 500 $ [environ 13 500 $ en argent de 2026]. Les députés de l’extérieur de la région doivent se loger à leurs frais. Par mesure d’économie, ils habitent souvent chez des parents ou des amis.

La construction du Parlement actuel commence en 1877. On parle du «chantier du siècle». Mais les travaux sont perturbés par une grève, un incendie et… deux attentats à la bombe. Bref, l’édifice n’est pas complété lorsque le bâtiment de la côte de la Montagne est détruit par un incendie, le 19 avril 1883.

Les députés siégeront dans des locaux inachevés jusqu’à l’inauguration officielle du nouveau Parlement, en 1886.

Selon la Société historique de Québec, le site de la côte de la Montagne reste jonché de débris calcinés durant des années. En 1889, on le transforme en parc public. Ce dernier est surnommé le «Jardin Frontenac». Mais le nouveau Château Frontenac, situé tout près, trouve que cela prête à confusion.

En 1908, l’endroit est rebaptisé le «Jardin Montmorency».

Aujourd’hui, le parc Montmorency s’impose comme un lieu surchargé d’histoire. Il s’étend même sur une partie de la première terre cultivée par des colons français, Louis Hébert et Marie Rollet, à partir de 1617.

Pas si mal, pour un endroit où Samuel de Champlain devait chasser la perdrix, au moment de la fondation de Québec…

Sources: Société historique de Québec et Gaston Deschênes, Le Parlement de Québec, Histoire, anecdotes et légendes, Éditions MultiMondes, 2005.

La ville de Québec qui aurait pu exister

(Infographie Le Soleil)

1er de 2 — Depuis 100 ans, l’histoire de la ville de Québec déborde de grands projets qui n’ont jamais vu le jour. Plusieurs font sourire. Certains font rêver. D’autres font grincer des dents. Êtes-vous prêts à imaginer un ange de 46 mètres de haut, un cégep qui chevauche une autoroute et un Disneyland «made in Quebec»? Sans oublier «Le Phare», le gratte-ciel qui devait réinventer Sainte-Foy? Mesdames et Messieurs, voici la ville de Québec qui aurait existé, si…

Le siège des Nations Unies sur les Plaines (1945)…

Résumé

Rencontre au sommet à Québec le 19 août 1943. Sur la photo, on voit à l’arrière le premier ministre du Canada de l’époque Mackenzie King et son homologue de la Grande-Bretagne Winston Churchill. À l’avant, le président américain Franklin D. Roosevelt et le gouverneur général du Canada, Alexander Cambridge. Une esquisse du Palais des Nations Unies sur les Plaines d’Abraham publiée dans Le Soleil du 9 juin 1945. (Infographie Le Soleil, source archives La Presse Canadienne et BANQ)

Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Québec se retrouve brièvement au centre du monde. En 1943 et 1944, elle accueille deux grandes conférences stratégiques avec le premier ministre Winston Churchill et le président Franklin D. Roosevelt. (1)

Chaque fois, la machine à rumeurs s’emballe. On raconte que la pape viendra se réfugier à Québec, pour échapper aux fascistes. Un chauffeur de taxi se vante d’avoir aperçu Staline, le chef des Soviets, qui circulait en ville. Incognito. Il a reconnu sa grosse moustache de morse!



Plus pragmatique, le maire de Québec, Lucien Borne, entend profiter de l’attention du monde. En juin 1945, il lance une campagne pour que le futur siège des Nations Unies s’établisse à Québec. (2) Borne parle du projet à Churchill, qui ne désapprouve pas l’initiative…

Le maire fait dessiner une esquisse d’un «Palais des Nations». (3) Le «Palace» occupe une partie des plaines d’Abraham. À l’avant, une allée «monumentale» relie le chemin Saint-Louis au chemin Sainte-Foy. Elle est agrémentée de grands hôtels, d’ambassades, de bassins et de jeux d’eau.

Qui dit mieux? Paris et ses Champs-Élysées n’ont qu’à bien se tenir!


La «Genève d’Amérique» (1945-1949)

Le réalisateur Alfred Hitchcock à Québec en compagnie du maire Lucien Borne, en 1952 (Infographie Le Soleil, source archives Ville de Québec N002774)

En juillet 1946, New York obtient le siège des Nations Unies. Déception pour Québec. Mais qu’à cela ne tienne. La ville se veut «la Genève d’Amérique». Une plaque tournante de la diplomatie. Ce n’est que partie remise.

À l’époque, un expert de l’université d’Oxford propose même que la ville devienne la capitale de l’Empire britannique. Selon lui, Londres est devenue trop vulnérable à des attaques aériennes. (4)

Très vite, le maire Lucien Borne fait son deuil du siège des Nations Unies. Il vise plutôt le siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Après tout, c’est à Québec que la FAO a été fondée, en août 1945, avec 600 délégués provenant de 32 pays. (5)



Hélas. En 1949, les Nations Unies choisissent d’établir la FAO à Rome. Un coup dur. À qui la faute? Le maire Borne aime présenter sa ville comme une cité moderne. Une ville ouverte sur le monde. Mais vu de l’extérieur, Québec reste une bourgade de province étouffée par le clergé et les grenouilles de bénitier.

Au moment même où Québec tente de séduire les Nations Unies, des citoyens font tout pour empêcher la construction d’une synagogue dans le quartier Montcalm. Le bâtiment est même la cible d’un incendie criminel.

Un autre exemple? À l’été 1952, le cinéaste Alfred Hitchcock tourne à Québec La loi du silence. Le film est présenté en première mondiale à Québec, le 12 février 1953. (6) Hitchcock assiste à la représentation. Mais durant la projection, il constate avec horreur que le «Bureau de la censure» a retiré deux minutes et 37 secondes au film!

Furieux, Hitchcock jure de ne jamais revenir «dans cette maudite ville catholique». (7)


La Mère de toutes les autoroutes (1969)

Les fameuses bretelles inachevées de l’autoroute Dufferin-Montmorency, au moment de leur démolition, en 2007. (Infographie Le Soleil, source Patrice Laroche/Archives Le Soleil)

En février 1969, des experts dévoilent leur vision de la ville de Québec du futur. Fait cocasse, la publication de leur rapport est retardée au dernier moment. Le Soleil révèle que le document était rédigé dans un français «abominable». Il faut tout réécrire en catastrophe! (8)



Peu importe. Le rapport Vandry-Jobin voit grand. Il voit loin. Il prédit que la région comptera un million d’habitants vers l’an 2000. La construction des autoroutes Duplessis, de la Capitale et Henri-IV ne suffira pas.

Pour affronter l’an 2000, les experts veulent construire plus d’autoroutes. Toujours plus d’autoroutes. En fait, ils proposent d’ajouter 80 kilomètres de voies rapides en 20 ans. (9) Le centre-ville sera haché, découpé et transpercé de partout, tel un gros saumon dans un restaurant de sushis.

L’épine dorsale du futur réseau s’appelle l’autoroute de la Falaise. «La mère de toutes les autoroutes» aura six voies de largeur. Elle reliera Beauport à l’aéroport en circulant au-dessus de la falaise. Entre la Haute-Ville et la Basse-Ville.

Les planificateurs ne peuvent contenir leur joie. Imaginez! Une autoroute sur pilotis va enfin trancher l’agglomération en deux! Avec un peu d’imagination, on aura l’impression d’être à Boston* ou à Trois-Rivières!

À la fin, les rêves de mégapole futuriste ne se réaliseront qu’à moitié. Trop chers. Trop démesurés. Trop de gens à évincer. L’autoroute de la Falaise ne verra jamais le jour.

Durant 30 ans, le symbole de cette orgie de béton restera deux bretelles d’autoroute qui se terminent dans la falaise. Elles devaient aboutir dans un tunnel qui n’a jamais été construit! (10)


Un Cégep Garneau très aérien (1969)

Un croquis du projet du Cégep Garneau dans un méga complexe «de prestige», publié dans L’Action-Québec du 6 novembre 1972. (Infographie Le Soleil, source BANQ)

Dès sa première année d’existence, en 1969, le Cégep Garneau songe à déménager. Il envisage même brièvement de s’établir sur le parc des Braves!

Pourquoi s’inquiéter? À l’époque, le service d’urbanisme de Québec collectionne les idées géniales. En 1971, il imagine le futur Cégep Garneau… au-dessus de l’autoroute Dufferin, en plein centre-ville. (11)



L’établissement chevauchera la falaise, «à mi-chemin entre la Haute-Ville et la Basse-Ville». Il fera partie d’un vaste complexe comprenant un centre sportif avec une piscine, un aréna, un centre culturel, une galerie de boutiques, des restaurants et la gare Centrale d’autobus.

N’oublions pas le stationnement géant. La cerise sur le sundae. Au début, il doit compter 4500 espaces! (12)

Bon. D’accord. Le Cégep Garneau n’a pas été consulté! Mais est-ce bien nécessaire? Euphorique, le service d’urbanisme prédit que le projet transformera le Cégep en établissement «de prestige». Qui pourrait refuser un pareil honneur?

Juché sur la falaise, le mégacomplexe de 14 étages sera relié au monde par une série de passerelles, d’escaliers roulants et de viaducs. Au début, son coût est évalué à 34,8 millions $. Un an plus tard, la facture a bondi à 50 millions $.

Le cégep de prestige prend des allures d’éléphant blanc. Finalement, le ministre des Finances du Québec, Raymond Garneau, donne le coup de grâce en 1974. Il juge le projet «trop gros». «Non rentable». Il ne dit pas «délirant», mais on le trouve bien poli. (13)


Une Grande Place «à l’européenne» (1988)

Le site de la Grande Place de Saint-Roch en 1971 (Infographie Le Soleil, source archives Ville de Québec N402847)

Le rêve d’une grande place «à l’européenne» refait surface à intervalles réguliers. Juste assez souvent pour qu’on ne l’oublie pas. Comme le monstre du loch Ness.

En 1948, la Commission municipale d’urbanisme envisage de raser un pan entier du Vieux-Québec. Elle veut créer une immense place entre le Château Frontenac, la Basilique, l’hôtel de ville et la cathédrale anglicane. (14)

La Commission estime que le quartier en sortirait plus «aéré». Un beigne, c’est beau. Mais le centre d’un beigne, c’est encore mieux.

En 1988, l’idée d’une grande place «à l’européenne» ressurgit dans le quartier Saint-Roch. (15) À l’époque, le secteur choisi ressemble à une zone bombardée. Des dizaines d’immeubles y ont été démolis. Ils ont fait place à un grand terrain vague où flottent les papiers gras.

Tassez-vous de là! La Grande Place ne craint pas la démesure. Deux tours de 25 étages. Des hôtels. Un centre commercial. 350 appartements de luxe. Un stationnement de 2600 places. L’ensemble veut accueillir 300 000 visiteurs par semaine. Il croit pouvoir siphonner 20 % du chiffre d’affaires des centres commerciaux de la banlieue.



Vous ai-je dit que des passerelles s’étendront vers la haute-ville? Et qu’un métro de surface reliera le mastodonte au quartier Limoilou?

Entre nous, la Grande Place fait autant penser à la vieille Europe qu’un vaisseau spatial fait songer à une prairie où trottinent des bisons. De plus, les promoteurs semblent débarquer d’une autre planète. Le premier jour, le projet est présenté totalement en anglais! (16)

À l’automne 1989, après des mois de controverses, la Grande Place devient l’un des grands enjeux de la campagne municipale. Elle n’y surviendra pas.


Think big: le rêve d’un gratte-ciel emblématique (2016)

La maquette du projet original du Phare, présentée en 2015 (Infographie Le Soleil, source Le Groupe Dallaire)

Dès 1906, à la veille du 300e anniversaire de Québec, le gouverneur général Albert Grey propose de construire l’Ange de la Paix. Une statue d’un peu plus de 46 mètres de haut, sur les Plaines, à l’endroit où Wolfe et Montcalm se sont affrontés. (17)

Pourquoi un peu plus de 46 mètres? Simple. L’Ange doit dépasser la Statue de la Liberté de quelques centimètres! Depuis le fleuve, il sera visible à des kilomètres à la ronde! New York peut aller se rhabiller.

Curieusement, l’Ange de la Paix est vite oublié. Mais le rêve d’un édifice emblématique ne disparaît pas. Il se transforme. À partir de 1972, le Complexe G devient l’immeuble le plus haut de la ville. Sauf qu’il ne fait pas l’unanimité. Il manque de prestige.

En 2009, le maire Régis Labeaume explose. (18) «Le G n’est pas beau, explique-t-il. La seule façon de régler notre problème, c’est de le faire oublier. […] Il faut avoir trois ou quatre [gratte-ciel] autour [pour le cacher].»

Les années passent. En 2016, le maire Régis Labeaume croit tenir sa tour emblématique, à l’entrée des ponts, du côté de Sainte-Foy. Surnommé «Le Phare», le projet initial prévoit quatre tours, dont la plus haute s’élèvera sur 65 étages.

Think big! Le Phare culminera à 250 mètres! (19) Soixante-deux mètres de plus que la place Ville-Marie à Montréal. Il s’imposera comme le gratte-ciel le plus haut à l’est de Toronto!

Malgré l’appui enthousiaste du maire, Le Phare se heurte à toutes sortes de problèmes. La COVID-19 bouleverse le monde des immeubles de bureaux. Le projet d’une tour de 65 étages sera abandonné en juillet 2020.




Un Disneyland «made in Québec» (2016)

Un plan du parc thématique qui était projeté sur le site de l’ancien zoo et un aperçu des boules de Noël géantes contenant chacune une salle à manger. (Infographie Le Soleil, source archives Le Soleil)

De tous les projets grandioses qui ont failli voir le jour à Québec, le parc thématique «Ainsi la vie» occupe une place à part. Dévoilé en 2016, «Ainsi la vie» veut transformer les terrains de l’ancien zoo en parc «à la mesure des Disneyworld de ce monde». (20)

Les chiffres donnent le vertige. 400 000 visiteurs par année. Cinq phases s’étalant sur 25 ou 30 ans. À la fin, le parc couvrira deux kilomètres carrés. Deux fois plus grand que les plaines d’Abraham. Coût estimé? 750 millions $. (21)

La première phase comprend:

  1. Un «Colisée» de 7500 places proposant des combats médiévaux;
  2. L’Hôtel de glace en hiver;
  3. Un insectarium de 10 000 insectes avec une volière;
  4. Le Fort Bravoure, un circuit d’entraînement de type militaire.

Je vous fais grâce des manèges, des restaurants et des trois petits trains qui vont permettre aux visiteurs de traverser le site. Le clou du spectacle sera un édifice de 30 étages en forme de sapin. Un mastodonte décoré de 24 boules de Noël géantes contenant chacune une salle à manger.

Attendez. Ce n’est pas fini. On s’en voudrait d’oublier la Porte du nord, une grande sphère où il neigerait en permanence. Même en été.

Stop. Arrêtez tout. Inutile de continuer. Le projet est rejeté par la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq). La Sépaq, qui gère les terrains de l’ancien zoo, ne croit pas à la solidité du montage financier. Elle juge les chiffres trop optimistes. (22)

Le Disneyland du nord disparaît aussi vite qu’il est apparu. Un météore dans le ciel de Québec.

L’accélérateur de piétons et autres merveilles (1969 à nos jours)

Une maquette de l’escalier monumental proposé par le maire Jean-Paul L’Allier en 2003 et l’un des nombreux projets de monorail imaginés au fil des ans. (Infographie Le Soleil, source archives Le Soleil et MGV Québec)

«Avec le temps, va, tout s’en va», chante Léo Ferré. Qui se souvient encore de la fièvre du monorail suspendu, à la fin des années 1960? Deux lignes sont alors envisagées. La première doit relier Beauport à Cap-Rouge, en passant par le centre-ville. La seconde se rend jusqu’à Notre-Dame-des-Laurentides. (25)

Parmi les grands oubliés de l’histoire, on remarque aussi le trottoir roulant d’un kilomètre de long qui devait circuler sous le Vieux-Québec, vers 1970. «L’accélérateur de piéton» faisait partie d’un vaste réseau de tunnels qui devait permettre à Québec de rivaliser avec le Montréal souterrain.

D’accord. On se souvient mieux de l’escalier monumental proposé par le maire Jean-Paul L’Allier, en 2003. Située dans le quartier Saint-Roch, la «place de France» comprend un parc, des bassins d’eau et un grand escalier à pallier. (23)

Au début, il semble que la France payera les coûts du projet. En guise de cadeau pour le 400e anniversaire de Québec, en 2008. Très vite, les choses se compliquent. L’opposition dénonce un projet pharaonique. Élitiste. De plus, il faut démolir plusieurs bretelles d’autoroutes. Cela fait grimper la facture. (24) La place de France est abandonnée.

Faut-il le répéter? L’histoire de la ville de Québec déborde de projets mort-nés. Impossible de les nommer tous. Mais il serait dommage de conclure sans un mot sur le projet de certains péquistes, avant le référendum de 1995.

Ceux-là rêvent de rebaptiser la capitale de leur nouveau pays «Québec-sur-mer»…


Épilogue: le Poisson d’avril de 2008

Le 1er avril 2008, le maire Régis Labeaume invente un canular impliquant une cavité située sous l’autoroute Dufferin-Montmorency. (Infographie Le Soleil, source archives Le Soleil)

Après tant de projets plus ou moins grandioses, comment distinguer le vrai et le faux?

Le 1er avril 2008, le jour du Poisson d’avril, le maire Régis Labeaume annonce une grande nouvelle, sur les ondes de la radio de Radio-Canada. (26) Dans une cavité située sous l’autoroute Dufferin-Montmorency, la ville s’apprête à installer une immense fondeuse à neige.

La fondeuse va générer une chute d’eau tiède, le long de la falaise. Les passants pourront s’y baigner à l’année! Pour calmer les opposants, M. Labeaume précise que l’eau de la chute ne sera pas fluorée!

Il s’agit bien sûr d’un poisson d’avril. Plusieurs auditeurs mordent à l’hameçon. Ils sont nombreux à communiquer avec Radio-Canada pour manifester leur désaccord. Mais le plus incroyable, c’est qu’un petit nombre de gens tiennent à signaler qu’ils appuient le projet.

Qui s’en étonnera? À Québec, l’histoire nous apprend que rien n’est vrai, mais que tout est possible…

*Boston a «enterré» cette autoroute à grands frais, entre 1991 et 2007.

Le 14 mars, ne manquez pas la seconde partie de cette série, qui traitera de l’histoire sans fin d’un lien direct entre Québec et Lévis.


Notes:
(1) Les conférences de Québec de 1943 et 1944: Le Canada tenu à l’écart, Le Soleil, 2 mai 1998, p. A-17.
(2) Un projet de Palais des Nations-Unies sur les Plaines d’Abraham, Le Soleil, 9 juin 1945, p. 8.
(3) L’ONU à Québec, Société historique de Québec, 24 octobre 2018.
(4) La cité de Québec deviendrait le centre de l’Empire anglais, Le Soleil, 21 décembre 1944.
(5) Denis Racine, La création de la FAO en 1945, Cap-aux-Diamants, Numéro 124, 2016.
(6) Première mondiale du film La loi du silence [I Confess] au Capitol et au Cartier, Le Soleil, 12 février 1953, p. 26.
(7) Souvenirs d’une première mondiale, Le Journal de Québec, 23 mars 2023.
(8) Le rapport Vandry reparaît à la surface, Le Soleil, 12 octobre 1968.
(9) Samuel Venière, Les autoroutes: véritable épine dorsale du système routier québécois, Cap-aux-Diamants, Numéro 111, automne 2012.
(10) Les bretelles inutiles de l’autoroute Dufferin-Montmorency seront démolies, Radio-Canada, 28 avril 2006.
(11) Le nouveau Cégep F.-X. Garneau serait construit au-dessus de l’autoroute Dufferin, Le Soleil, 27 novembre 1971.
(12) Le complexe de la Falaise est évalué à $37,800,000, Le Soleil, 6 novembre 1972.
(13) Le projet du complexe de la Falaise avorte, Le Soleil, 17 avril 1974.
(14) Vaste place projetée par l’Urbanisme entre le Château et l’Hôtel de ville, Le Soleil, 6 octobre 1948, p. 3.
(15) Le projet de la «grande place»: un aménagement à l’européenne, Le Soleil, 16 juin 1988.
(16) Saint-Roch, une histoire populaire, La rénovation urbaine.
(17) De l’Ange de la Paix au Phare, les rêves grandioses de Québec, Le Devoir, 2 mars 2015.
(18) La laideur du G à masquer, Le Soleil, 4 juillet 2009.
(19) Le Phare est-il le projet «exemplaire» attendu? Le Soleil, 3 mars 2019.
(20) «On ne peut laisser aller un projet aussi prometteur» - Perry Wong, Charlesbourg Express, 2 mars 2016.
(21) L’extravagant projet de Perry Wong pour l’ancien zoo, Le Soleil, 19 février 2016.
(22) La SEPAQ refusera le parc thématique, Le Soleil, 18 février 2016.
(23) Place de France L’Allier défend son projet, Le Soleil, 3 septembre 2003.
(24) Le maire L’Allier abandonne le projet place de France, Le Soleil, 17 septembre 2004.
(25) Monorail pour desservir Québec: Il y a trop de municipalités à consulter (le maire Lamontagne), Le Soleil, 19 février 1969.
(26) Poisson d’avril 2008: un grand cru! Le Soleil, 2 avril 2008.
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