Ville de Québec - Photographie et archives

Tout sur les photos et documents d’archives de la Ville de Québec et sa région.


:camera: - La place Jacques-Cartier en 1943 (Archives Ville de Québec N001682)

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Chronique

Le déneigement d’autrefois s’invite sur des photos inédites de Québec

Un album de photos exceptionnel débusqué aux Archives nationales

Québec en hiver, en 1909-1910. Le ballet des déneigeurs déchargeant la neige dans le fleuve était courant devant le marché Champlain.

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-036

Catherine Lachaussée (accéder à la page de l’auteur)

Catherine Lachaussée

Publié hier à 20 h 28

Mettre la main sur des photos inédites de Québec, c’est comme trouver un trésor. Imaginez tomber sur un album! Celui que vient de retracer une archiviste de BAnQ dans l’un de ses fonds, en plus d’offrir un précieux aperçu de l’hiver 1909-1910, permet une incursion inattendue dans une opération déneigement typique du temps!

L’album est assez petit : environ 20 centimètres par 30. Mais son contenu est inestimable. Sous la couverture de cuir noir, collées directement sur les pages, on découvre 141 photos montrant Québec sous la neige, dont plusieurs scènes magnifiques. Selon la technicienne en documentation Catherine Lavoie, il est probable qu’aucune n’ait jamais été diffusée à ce jour.

Légué par madame Avery Stanyar, une résidente du village de Buckingham, en Outaouais, l’album fait partie du fonds de la Literary and Historical Society of Quebec, qui s’était donné pour mission de documenter l’histoire de Québec au 19e siècle. Ses archives ont été confiées à BAnQ, en 1984.

Un banneau à neige dans le secteur de la rue Mont-Carmel, avec le parlement au loin

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-003

Si l’on a de bonnes raisons de croire que les images remontent à l’hiver 1909-1910, on n’est sûr ni de leur date précise ni de l’identité du photographe. S’agit-il de madame Stanyar, ou plutôt de son époux, débarqué avec son appareil lors d’un séjour dans la capitale? Une chose est sûre : la ville était en plein déneigement quand les photos ont été prises!


Des chargements de neige en direction du dépôt des Plaines d'Abraham, situé le long des fortifications
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L’un des dépôts à neige de la ville était situé le long des fortifications, à l’entrée des Plaines d’Abraham

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-060

Des méthodes tout droit sorties du 19e siècle

Les banneaux à neige tirés par un cheval, en vedette sur plusieurs des images, prouvent qu’en 200 ans, la façon de déneiger n’a guère changé à Québec : une bonne pelle, une grosse dose de courage et un modeste attelage faisaient l’affaire.

On comprend que le déneigement pouvait s’étirer sur près d’une semaine après chaque tempête, avec la différence qu’à l’époque, les gens faisaient preuve de beaucoup de compréhension envers les déneigeurs. Leur travail semblait plutôt héroïque!

Parmi les nombreux dépôts à neige de la ville, on en trouvait un situé le long des fortifications, directement sur les plaines d’Abraham. Délimité par de modestes barrières de bois, le secteur tenait plus de la campagne que du parc urbain à l’époque.


Des passants près de la rue Saint-Jean, dont la porte avait été enlevée pour laisser passer le tramway électrique, en 1897
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Des passants sur la rue Saint-Jean, dont la porte avait été enlevée pour laisser passer le tramway électrique

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-054

Le chemin des piétons déneigé en priorité

La neige avait beau tomber, il en fallait plus pour décourager les piétons, prompts à se lancer dans les rues sitôt la tempête calmée. Les pelleteurs embauchés par la ville s’occupaient des trottoirs et des abords des maisons en priorité. Les artères les plus passantes faisaient toutes partie de leur liste, à commencer par celles où passait le tramway.

Leur travail n’était pas de tout repos. Lors d’une grosse tempête survenue en 1902, la neige était montée jusqu’aux enseignes des commerces de la rue Saint-Jean, ce qui avait obligé les pelleteurs à creuser une tranchée pour permettre aux commerçants de s’y rendre.

On salue au passage les élégantes du temps, stoïques dans la neige malgré leurs jupes encombrantes. Arpenter les rues en hiver leur demandait une bonne dose d’énergie.


Un convoi de neige sur la rue de la Barricade, en direction du fleuve pour y déverser sa neige
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Un convoi de neige sur la rue de la Barricade, en direction du fleuve

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-009

Un entretien très inégal

Même si la Ville s’occupait de faire déneiger ses artères les plus névralgiques, le plus souvent, en 1910, c’était encore aux citoyens de s’occuper du déneigement. Selon un règlement de la Ville datant de 1869 qui reprenait presque mot à mot celui des années 1820, la neige ou la glace devant les propriétés ne pouvaient dépasser un pied (30 cm) de haut.

Elle devait aussi être dégagée, ou tapée, jusqu’à la moitié de la rue, au plus tard 48 heures après chaque nouvelle bordée de neige.

Déroger à la règle pouvait entraîner une amende salée, ou même une peine d’emprisonnement. Le comité des chemins, responsable de l’état des rues, effectuait ses tournées régulièrement, et des citoyens mécontents n’hésitaient pas à dénoncer les propriétaires réfractaires dans les journaux.

Des banneaux en cours de chargement au loin, dans le secteur de la rue D’Auteuil

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-007

Dans les maisons de plusieurs étages, le pelletage de la rue incombait à l’occupant du rez-de-chaussée, et celui du haut s’occupait du toit. Libre à ceux qui le voulaient d’engager un déneigeur pour faire le travail. Reste qu’avec ce genre de méthode, le déneigement était très inégal d’une rue à l’autre. Et il pouvait être négligé au point d’en devenir dangereux.

En 1910, la majorité des citoyens réclamaient que la Ville s’occupe de ses rues non seulement l’été, comme elle le faisait depuis longtemps, mais aussi l’hiver. Un règlement permettait d’ailleurs que ce soit automatiquement le cas quand les ⅔ des résidents d’une rue le demandaient.

Il faudra quand même attendre jusqu’en 1919 pour que Québec décide enfin d’uniformiser son déneigement, alors que Montréal a commencé à le faire dès 1905.

La côte de la Montagne, dégagée après la tempête

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-070

Des contrats convoités pour déneiger le centre-ville

Pendant plusieurs siècles, la Ville ne s’est donc occupée de faire déneiger que quelques-unes de ses rues particulièrement passantes, situées dans les quartiers centraux. Mais l’ensemble des opérations était donné par contrat.

Une fois la liste des rues les plus passantes établie, on lançait un appel d’offres auprès de compagnies privées. Sous l’égide du comité des chemins, ces sous-traitants veillaient à l’ensemble des opérations, du recrutement des pelleteurs à l’achat et l’entretien du matériel.


Des passants dans l'escalier Baillairgé, impeccablement dégagé. Celui qu'on soupçonne être un pelleteur à pipe, au pied des marches, a bien fait son travail!
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Des passants dans l’escalier Baillairgé, et un pelleteur à pipe, qu’on devine en bas des marches

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-078

Plusieurs escaliers de la ville, dont le Casse-cou et le Baillairgé, situés sur la côte de la Montagne, faisaient aussi partie de la liste, mais le déneigement ne faisait pas de miracle. Ils restaient assez dangereux. Dans l’espoir de le rendre plus sécuritaire, des plaquettes de bois étaient fixées chaque hiver sur les marches de métal de l’escalier Baillairgé, ce qui n’empêchait pas les passants d’y chuter régulièrement.


Des charroyeurs occupés à déverser leur neige, directement dans le Saint-Laurent. Des banneaux bien remplis attendent leur tour, au milieu des chevaux placides
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Des charroyeurs occupés à décharger leur neige, directement dans le Saint-Laurent

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-066

Des chevaux exposés au danger

Les dépôts à neige avaient eu beau se multiplier à mesure que Québec prenait de l’expansion ou annexait ses voisines, la bonne vieille coutume consistant à déverser la neige dans le Saint-Laurent et la rivière Saint-Charles avait toujours cours en 1910. Une opération qui n’était pas sans risques pour les chevaux.

Pas un hiver ne passait sans que de pauvres bêtes culbutent à l’eau, après avoir reculé trop près du bord. Il arrivait qu’on en sauve, après des heures d’efforts, mais pas toujours. Même les dépôts situés sur la terre ferme comportaient leur part de danger. Il n’était pas rare de voir des chevaux et leur banneau tomber du haut d’une montagne de neige, parfois avec leur maître.


Le Château et la terrasse Dufferin sous la neige. On distingue les traces de la glissade, les sapinages posés pour la baliser, et des marcheurs au loin.
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Le Château et la terrasse Dufferin, toujours populaires

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-009

Des banneaux aux couleurs de Québec

Quelque part après que la Ville eut décidé de prendre en main son déneigement, en 1919, il semble que les banneaux de déneigement de la Ville de Québec ont été peints en bleu, comme sa flotte de camions d’aujourd’hui, avance l’historien Jean-François Caron.

L’auteur Roger Lemelin y fait écho, quand il décrit les chevaux attelés à des banneaux bleus qui, inlassablement, charroyaient la neige vers les dépotoirs, dans un texte évoquant sa jeunesse, en 1971.

Les banneaux de déneigement de Québec pourraient même être à l’origine d’une expression populaire : être bleu banneau, ce qui signifiait être bleu de rage!

Certains racontent aussi que Montréal avait peint les siens en rouge, à l’image des couleurs de la ville, une hypothèse qui reste à confirmer cependant.


Des enfants sur le point de faire le train en traîneau, au beau milieu de la circulation sur la rue des Remparts. Un conducteur de traîneau peine à retenir son cheval juste derrière, alors que les enfants concentrés sur le photographes ne semble pas du tout conscients du danger.
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Des enfants sur leurs traîneaux, sur la rue des Remparts

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-029

Québec, ville de côtes

La neige n’a pas que des inconvénients. Elle a toujours fait le bonheur des enfants. Chaque hiver, Québec était envahie par une armée de glisseurs urbains, au grand dam des piétons, qui ne savaient jamais quand un traîneau chargé d’enfants allait leur débouler entre les jambes.

Aucune côte n’était à l’épreuve des glisseurs, pas même les plus à pic. Sauvageau, d’Abraham, Lamontagne… on en voyait même s’élancer le long de l’escalier Baillairgé.

À l’instar des piétons, les chevaux en subissaient les conséquences.

Le problème était très ancien. Le premier règlement, signé par l’Intendant Bigot le 24 décembre 1748, interdisait déjà les côtes de Québec aux glisseurs, sous peine d’amende ou d’emprisonnement.

En 1910, malgré les plaintes récurrentes des piétons réclamant l’intervention de la police, un accident grave survenu près de la côte d’Abraham avait tout de même valu à deux jeunes de 13 et 15 ans de passer quelques jours derrière les barreaux, ce qui était assez courant à l’époque.


La côte d'Abraham sous un ciel neigeux, avec les toits des maisons chargés de neige, et un banneau remontant la côte sur une rue bien dégagée.
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Encore un banneau à neige, dans la côte d’Abraham cette fois

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-039

Un autre péril attendait les chevaux sur la côte d’Abraham. Responsable de dégager ses rails par ses propres moyens, la Compagnie électrique qui gérait le tramway expérimentait une nouvelle méthode en 1910 : un mélange de sel et de sable destiné à faire fondre la glace sur ses rails.

Mais l’épaisse bouillie qui se formait dans les rues quand le sel se mêlait à la neige posait un problème de taille aux chevaux, dont les fers n’avaient plus prise sur les pavés de pierre. Leur ascension dans la neige, déjà un sport extrême en soi, commençait à ressembler à un vrai chemin de croix.

Un citoyen, qui s’en est inquiété cet hiver-là, réclamait que la compagnie de tramway se contente des bonnes vieilles méthodes d’autrefois : la locomotive à balais, et les pelleteurs appelés en renfort quand la neige tombait trop dru.


La rue de la Couronne enneigée, avec des traîneaux, des banneaux à neige bien remplis et son tramway
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La rue de la Couronne, où passait le tramway au début du 20e siècle

Photo : BAnQ Québec / Literary and Historical Society of Quebec / P450D1-041

Deux tempêtes qui se démarquent

L’hiver 1909-1910 n’est pas passé à l’histoire comme l’un de nos plus neigeux. Au contraire, cette année-là, on a davantage parlé dans les journaux des tempêtes survenues dans l’est des États-Unis, ou des terribles inondations qui avaient dévasté la France. La pluie qui ne cessait de tomber, mêlée à la neige, avait fait déborder la Seine et dévasté Paris, causant des dommages dépassant le milliard de dollars.

Les journaux de la capitale évoquent cependant deux tempêtes importantes. L’une d’elle, survenue le 9 février, avait paralysé le tramway et fait dériver le traversier durant des heures, jusqu’à Saint-Joseph de Lévis. La neige avait ensuite continué de tomber sur la ville, pendant plusieurs jours.

Si l’on se fie à l’ensemble des 141 photos de l’album, il semble que ce soit celle-là qu’ait illustrée notre photographe. Sans qu’il s’en doute, ces quelques jours d’hiver passés dans la capitale lui auront permis de faire passer un précieux document à la postérité.

Sources:

  • Banque de journaux de BAnQ
  • Cahiers d’Histoire no 35 / La ville de Québec, histoire municipale
  • Catherine Lavoie, BAnQ
  • David Tremblay, Archives Ville de Québec

Catherine Lachaussée (accéder à la page de l’auteur)

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Chronique

Zoom sur la rue Saint-Jean en 1894

La rue Saint-Jean, photographiée par Victor Livernois à la fin du 19e siècle

Photo : BAnQ / Victor Livernois/ 1P456

Catherine Lachaussée (accéder à la page de l’auteur)

Catherine Lachaussée

Publié le 24 février 2023

Croquée à la fin du 19e siècle par Victor Livernois, membre d’une illustre famille de photographes de Québec, cette superbe photo de la rue Saint-Jean comporte un détail qui permet de la dater avec précision. Sauriez-vous dire lequel?

La photo, probablement prise d’une des fenêtres de l’édifice Livernois, occupé par l’entreprise familiale à l’époque, était officiellement datée d’avant 1897 quand je suis tombée dessus. Une précision intéressante, mais tout de même un peu vague.

L’ancienne porte Saint-Jean, en vedette au bout de la rue, a effectivement été détruite en 1897, pour laisser passer le tramway électrique. Apparemment, c’est sur cet indice qu’on s’était fié au moment d’archiver cette photo.

Mais un détail, passé inaperçu jusqu’ici, permet de la dater beaucoup plus précisément!


Image d'époque en noir et blanc, prise en hauteur, montrant la rue St-Jean en hiver, pleine de passants.
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La rue Saint-Jean déjà populaire au 19e siècle

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

1. Un premier bureau pour le Carnaval

Lorsque Québec a organisé le premier grand carnaval de son histoire, du 27 janvier au 3 février 1894, l’événement s’est avéré si ambitieux qu’il a entraîné l’ouverture d’un bureau temporaire.

Le bureau du carnaval de 1894, avec ses affichettes en vitrine. L’adresse correspond au 1190, rue Saint-Jean aujourd’hui.

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

Pour qu’il soit bien visible, on l’a logé dans un local vacant d’un des secteurs les plus fréquentés de la ville, au 10, rue Saint-Jean, là où se trouve l’hôtel du Vieux-Québec, aujourd’hui.

En plus de servir de lieu de réunion aux organisateurs, l’endroit servait de bureau de renseignement auprès du public. On y avait aussi installé le Comité du logement, dont le rôle était de jumeler les gens disposant d’une chambre ou d’un logement avec les touristes qui n’auraient pas trouvé de place dans l’un des hôtels de la ville. Un peu comme une sorte d’Airbnb du passé.

Ce bureau ne semble être resté en fonction que quelques semaines durant cette édition. Lors du grand carnaval suivant, en 1896, on en a rouvert un autre, mais sur la rue Saint-Louis, ce qui permet de conclure que cette photo a sans doute été prise dans les premières semaines de 1894.

La banderole posée au-dessus de la porte, où l’anglais s’affiche sans complexe devant le français, vous a peut-être sauté aux yeux. Inimaginable aujourd’hui, ce détail en dit long sur le chemin parcouru en ce qui a trait à l’affichage commercial à Québec.

Opération déneigement sur la rue Saint-Jean, avec l’aide d’un bon pic à glace!

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

2. Une opération déneigement sous haute surveillance

Les déneigeurs à l’œuvre sur la rue Saint-Jean semblent avoir fait un travail impeccable le jour de la photo. Tant mieux, parce qu’il semble que les organisateurs du Carnaval les avaient à l’œil.

Deux semaines avant l’ouverture de l’événement, ils avaient demandé à la Ville de s’assurer que les rues soient parfaitement grattées pour ne pas nuire aux déplacements durant la fête. L’état de Grande Allée, où deux voitures avaient peine à se croiser à cause de la neige accumulée, avait contribué à nourrir leurs appréhensions.

Il se peut qu’ils aient aussi eu en tête les déboires survenus lors du carnaval de 1883.

Cette année-là, on avait dû déneiger la terrasse Dufferin en catastrophe une fois la fête lancée, sous l’oeil réprobateur des journalistes.

Avec le recul, cet épisode vieux de 140 ans prend des allures étrangement prophétiques, alors que les ratés du déneigement survenus lors du dernier carnaval continuent de faire la manchette.

L’électricité déjà bien présente sur la rue

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

3. Les débuts de l’éclairage électrique

Les nombreuses lumières électriques alignées sur la rue Saint-Jean prouvent que l’électricité commençait déjà à s’imposer dans l’espace public en 1894, même s’il s’agissait encore d’une avancée toute neuve.

Après une première tentative infructueuse, durant l’hiver 1883, quelques expériences plus concluantes menées sur la côte de la Fabrique et la rue Saint-Jean avaient suivi, jusqu’à l’apothéose, quand la terrasse Dufferin avait été illuminée pour la première fois avec succès en septembre 1885.

Tout ça, grâce à un ingénieux résident de la rue Saint-Jean. Véritable sommité de la ville en matière d’électricité, Sigismund Mohr a longtemps occupé un vaste local situé du côté sud de la rue, à l’angle de la rue D’Auteuil. Au moment de la photo, il venait tout juste de succomber à une mauvaise grippe, à l’âge de 66 ans.

Une jolie bouilloire a servi d’enseigne au quincailler Samuel J. Shaw durant plusieurs décennies

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

4. Des enseignes créatives sur une rue élargie

Quand je lui ai montré la photo, l’historien Jean-François Caron a été particulièrement intéressé par l’enseigne en forme de bouilloire. Les quincailleries s’annonçaient souvent avec une bouilloire à l’époque. On voit des enseignes du même genre sur des photos de Londres jusque dans les années 1940, raconte-t-il.

Samuel J.Shaw occupait ces locaux depuis 1860. On peut d’ailleurs voir la même bouilloire sur son commerce, sur une autre photo datée de ces années-là.

La rue Saint-Jean vers 1865. La bouilloire est déjà visible en façade de la quincaillerie.

Photo : Musée McCord / W.Notman / 17501

Mais la rue semblait différente à l’époque, ce qui a permis à Caron de me rappeler qu’elle a été élargie de 15 pieds du côté sud, en 1889. Shaw en a d’ailleurs profité pour rénover sa bâtisse, et positionner sa bouilloire un peu plus haut.

On note aussi l’enseigne de Roumilhac, un Français spécialisé dans les alcools fins et les huîtres, très populaires à l’époque. Sur la gauche, on vendait des harmoniums. La rue Saint-Jean était une destination prisée des bourgeois à la fin du 19e siècle!

Mais tout le monde n’était pas aussi prospère. À quelques portes de là, le photographe Louis P. Vallée était en vente de fermeture au moment de la photo, et J. Deegan & Co. bradait des vêtements près des bureaux du carnaval, après avoir fait faillite durant l’été.

5. Les aventures de la statue de Wolfe

Avez-vous remarqué la drôle de statue de bois perchée sur un mur? Cette statue du général Wolfe a longtemps servi de point de repère dans la ville!

La statue de Wolfe d’autrefois, dans sa niche donnant sur la côte du Palais

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

Installée dans une niche, sur une maison située à l’angle de la côte du Palais, elle avait été sculptée par deux artisans, les frères Chaulette, à la demande du propriétaire, grand fan du général. Apparue vers 1780, elle vaudra à l’immeuble le surnom de maison du général Wolfe.

L’illustre statue n’a pas manqué de défrayer la chronique. Elle a été régulièrement jetée en bas de sa niche. Même son bras a fait jaser. Wolfe semblait pointer en direction de la chute Montmorency, où il avait essuyé une défaite contre les troupes françaises, en juillet 1759. On aurait préféré le voir pointer dans la direction contraire, vers les plaines d’Abraham, lieu de sa célèbre victoire.

La statue de Wolfe a aussi disparu de son socle pendant plusieurs mois, avant d’être retournée à son propriétaire par bateau. La Bell téléphone Company, devenue propriétaire des lieux et inquiète de la voir basculer de sa niche à cause du vent, a fini par la confier aux bons soins des administrateurs du Morrin Centre quatre ans après cette photo, en 1898.

Un seconde statue, installée en 1901, a dû être retirée à son tour dans les années 1960, après que son propriétaire eut reçu une lettre menaçant de mettre le feu à son immeuble s’il n’enlevait pas Wolfe de là.

Apparemment, personne n’a été tenté de remettre quoi que ce soit dans la niche après cet épisode.

La porte Saint-Jean de 1867. Elle sera démolie 30 ans plus tard pour laisser passer le tramway électrique, ses poteaux et ses fils.

Photo : BAnQ / Victor Livernois / 1P456

6. Une porte Saint-Jean pas si populaire?

À l’origine, la rue Saint-Jean ne comportait qu’une porte très étroite. Celle qui l’avait remplacée, en 1867, était censée rendre la circulation plus fluide, mais à la fin du 19e siècle, elle était surtout perçue comme un frein au développement urbain.

Il semble que même sa finition de pierre ne faisait pas l’affaire de tout le monde, s’amuse Jean-François Caron. Ses deux arches laissaient passer la pluie, qui tombait goutte à goutte sur la nuque des passants.

La Ville avait fait installer une structure d’appoint sous une des arcades pour tenter d’enrayer le problème. Sauf que l’on continuait de se faire mouiller sous l’autre!

Autant de facteurs qui expliquent pourquoi la destruction de la porte Saint-Jean au profit du tramway électrique ne semble pas avoir été perçue comme un si grand drame, en 1897. Ce qui ne serait sans doute pas le cas si on s’avisait de toucher à celle reconstruite en 1938, après la disparition du tramway.

À découvrir :

Zoom sur la côte de la Montagne vers 1910

Zoom sur les plaines d’Abraham en 1929

Sources :

  • Jean-François Caron, historien
  • L’odyssée de la statue du général Wolfe - Jean-Marie Lebel - Érudit
  • La Gazette de Québec - L’événement - L’Électeur - (BAnQ numérique)
  • Site de la Société historique de Québec
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ChroniqueZoom sur la colline Parlementaire en 1935

Vue aérienne de la colline Parlementaire de Québec, en juillet 1935

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Publié hier à 12 h 38 HNE

S’il suffisait d’une image pour comprendre à quel point la colline Parlementaire s’est transformée dans les années 1970, cette photo aérienne datant de 1935 serait parfaite. On y découvre non seulement les quartiers très denses qui entouraient le parlement autrefois mais aussi plusieurs détails intrigants sur les pelouses qui longent les fortifications.

Vue aérienne de la colline Parlementaire de Québec en juillet 1935.

Photo : WAYNE STATE UNIVERSITY LIBRARIES / DETROIT NEWS PHOTOGRAPH COLLECTION / UAV002691

Une image récente, captée dans le même secteur par le photographe aérien Pierre Lahoud, permet de découvrir un aménagement très différent, beaucoup plus aéré. Des rues et des espaces verts ont remplacé de nombreuses maisons d’autrefois. Plusieurs bâtiments et tours de béton ont aussi fait leur apparition.

Vue aérienne du même secteur en octobre 2023

Photo : Gracieuseté / Pierre Lahoud

Les modifications dans le paysage ne laissent aucun doute : la tournée s’annonce riche en anecdotes!

Et non, vous n’avez pas la berlue : sur la photo de 1935, on peut voir plusieurs terrains de tennis, installés directement en face du parlement, un premier détail qui mérite qu’on s’y attarde.

1. Des balles le long des fortifications

Les terrains de tennis longeant les fortifications devant le parlement

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Le tennis fait ses premiers adeptes en 1876 à Québec. Le sport venait alors tout juste d’être créé en Angleterre, et il se pratiquait sur gazon. Les jolies pelouses du parlement accueillent des courts dès cette époque, jusqu’à ce que les aménagements paysagers conçus par Taché, l’architecte du parlement, ne les obligent à migrer un peu plus loin, le long des fortifications.

Les courts de la rue Dufferin au début du 20e siècle

Photo : BAnQ / Collection Magella Bureau

À part une éclipse de quelques années au tournant du 20e siècle, ces courts de tennis ne bougeront plus jusqu’au début des années 1970. Le club sportif de l’Association des employés civils y a même présenté le tournoi de la Coupe Davis, en 1960 et en 1961, ce qui a dû être tout un spectacle.

2. Nos parlementaires à l’ombre des palmiers

Saviez-vous que le parlement avait ses propres serres autrefois? Elles se trouvaient juste à côté des tennis.

On pouvait compter plusieurs serres chauffées à côté des tennis. Elles resteront sur place jusqu’en novembre 1969. Une petite route permettait d’en faire le tour.

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

On y a longtemps cultivé toutes les fleurs servant à décorer le parlement et ses pelouses. Ces installations, aménagées entre 1914 et 1915, semblent aussi avoir servi à d’autres édifices gouvernementaux. On y a même fait pousser des palmiers à une époque. En 1966, ces plantes avaient aussi fait l’objet d’une exposition présentée au Musée de la province ( l’actuel MNBAQ ), dans le cadre du Festival du Printemps.

Une bonne quinzaine d’employés y travaillaient en 1935. Ces serres ont été remplacées par un stationnement à ciel ouvert à l’usage des fonctionnaires, à la fin des années 1960, avant que les courts de tennis ne soient engloutis à leur tour.

Ce stationnement plutôt moche - à ne pas confondre avec le stationnement d’Youville construit durant la même période - n’a heureusement pas survécu. Quant à la production de fleurs du parlement, d’abord relocalisée au Bois-de-Coulonge, elle semble avoir cessé au tournant des années 1980.

Les travaux sur la porte Saint-Louis, en juillet 1935

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

3. La porte Saint-Louis modifiée à cause du tramway

En juillet 1935, la porte Saint-Louis est en pleine réfection. La rue était devenue trop étroite pour que le tramway circule dans les deux sens. Le trottoir passait alors sous l’arche principale, rendant la rue plus étroite. Pour gagner de l’espace, il a donc fallu creuser une deuxième petite porte dans les fortifications, pour y déplacer le trottoir.

Photo : Gracieuseté / Jean-François Caron

Photo : Gracieuseté / Jean-François Caron

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La porte Saint-Louis avant 1935

Photo : Gracieuseté / Jean-François Caron

La porte Saint-Louis avant 1935

Photo : Gracieuseté / Jean-François Caron

Selon l’historien Jean-François Caron, cette photo est peut-être la seule montrant cette modification en cours sur la porte Saint-Louis.

4. La trace au sol de l’ancien aréna des Bulldogs

Décidément, le tennis était bien populaire sur la colline Parlementaire. En plus des courts du parlement, on peut en distinguer plusieurs autres, en retrait sur Grande Allée.

En retrait de Grande Allée, on peut voir la trace laissée par l’ancien aréna des Bulldogs. La superficie couvre plusieurs terrains de tennis.

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Tout indique que ces terrains occupaient le site de l’ancien aréna de patin de Grande Allée, où les Bulldogs ont remporté la coupe Stanley autrefois. Une hypothèse validée par l’historien des sports Marc Durand, qui pense comme moi que la trace des fondations du fameux Skating Rink, disparu dans un incendie en 1918, était encore visible au sol à l’époque.

La construction de l’édifice André-Laurendeau s’est poursuivie encore deux ans après cette photo.

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

5. Un parlement à l’étroit

Derrière le parlement, on peut voir l’édifice André-Laurendeau – le E – en pleine construction. Il ne sera terminé que deux ans plus tard, en 1937. On remarque sa structure très moderne, disparue par la suite sous sa façade beaux-arts, fait remarquer le consultant en architecture Martin Dubois.

Il était alors question de construire un autre édifice derrière, l’édifice F. Une idée abandonnée par la suite.

6. De belles bâtisses remplacées par un parc

Alors, vous demandez-vous, qu’est-il arrivé à toutes les maisons entassées derrière le parlement? Elles ont finalement été détruites pour faire place au parc de la Francophonie.

L’élégante caserne de pompiers numéro 9 faisait face à la rue Saint-Amable, devenue la rue Jacques-Parizeau.

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Parmi elles, on remarque la présence de l’ancienne caserne d’incendie no 9 de la rue Saint-Amable, un élégant édifice de style néo-renaissance, tout en brique, et construit par Staveley & Staveley, l’une des meilleures firmes d’architectes de l’époque.

La maison de Charles Langelier avec sa jolie tourelle, au 730, Grande Allée, faisait face aux pelouses du manège militaire.

Photo : Wayne State Université / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Elle a été rasée à la fin des années 1960, en même temps que la belle maison de Charles Langelier, le secrétaire de la province de Québec. Avec ses façades en pierre de taille, sa tourelle et sa toiture mansardée, cette maison située au 730, Grande Allée n’avait rien à envier aux belles demeures détruites pour faire place au complexe H de l’autre côté de la rue, souligne Dubois.

7. Un quartier contre un boulevard

Sur le côté du parlement, c’est aussi tout un quartier qui a disparu. On y trouve le boulevard René-Lévesque aujourd’hui.

Collé au parlement, on voit une partie du quartier très dense remplacé par le boulevard René-Lévesque aujourd’hui.

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Les travaux pour l’élargissement de cette artère majeure se sont faits en plusieurs étapes. Ils ont commencé en 1963, quand la rue qui longeait le parlement a été raccordée au boulevard Saint-Cyrille, devenu René-Lévesque en 1992. Mais en regardant cette image, on comprend que ce n’était qu’une question de temps avant que les expropriations ne s’enchaînent, tant le parlement était à l’étroit au milieu des maisons.

On voit beaucoup de vignes sur les murs du parlement de 1935!

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

8. Des murs couverts de vigne

Le parlement de la photo est couvert de vignes! C’était aussi le cas de l’hôtel de ville de Québec à l’époque. La mode est passée depuis.

Un regard sur les pelouses du parlement permet aussi de constater qu’en 1935, les statues y étaient rares. La statue d’Honoré Mercier, premier ministre du Québec de 1887 à 1891, est longtemps restée la seule aux alentours.

Elle avait été inaugurée en 1912. Il faut ensuite attendre 1977 pour voir celle de Duplessis apparaître, suivie de nombreuses autres à partir des années 1990.

L’usine Tranconstinental, en retrait de la ville, dans le secteur Saint-Sauveur. La bâtisse de droite existe toujours.

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

9. Des usines à Saint-Sauveur

Impossible de terminer ce tour d’horizon sans vous parler d’un détail bien caché dans le haut de la photo, qui n’a pas échappé à l’historien Jean-François Caron.

Ces usines, apparemment en plein champ, sont celles de la compagnie de chemin de fer Transcontinental. On y construisait notamment des locomotives. On y loge ensuite l’Arsenal Saint-Malo durant la Seconde Guerre mondiale. La fabrication de munitions prend alors la relève. La vocation du secteur n’a guère changé par la suite, puisqu’on y trouve le parc industriel Saint-Malo aujourd’hui. Le plus haut des deux bâtiments est d’ailleurs toujours debout.

Vue aérienne de la colline Parlementaire de Québec, en juillet 1935

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection / UAV002691

Un mystère pour finir?

Conservée à la Wayne State University, cette photo possiblement inédite fait partie des archives du Detroit News, un journal américain. Or, un petit mystère subsiste quant aux raisons qui ont amené un photographe de ce journal américain à survoler Québec et son parlement.

Il semble bien qu’un avion, nolisé par le Detroit News, était de passage à Québec cet été-là.

Chargé d’immortaliser le bateau Antonia, qui transportait les gagnants d’un concours commandité par le journal, il s’était posé au Bois-Gomin après avoir pris plusieurs photos du bateau et de la ville.

Le Antonia navigant sur le Saint-Laurent sous l’objectif des reporters du «Detroit News», le 7 juillet 1935

Photo : Wayne State University Libraries / Detroit News Photograph Collection

Sauf que le fameux avion du Detroit News était censé être reparti pour les États-Unis le 7 juillet. Or, la photo du parlement est datée du 13.

S’agit-il du même avion, revenu faire quelques photos supplémentaires? Et, si oui, pour quelle raison? Pour l’instant, la question demeure entière. Mais rien ne dit que la réponse ne finira pas par surgir un jour!

Sources :

  • Quebecenscia : Les débuts du tennis à Québec / Volume 29, no 3
  • La Coupe à Québec : Les Bulldogs et la naissance du hockey / Marc Durand ( Avec la collaboration de Jean Provencher )
  • BAnQ
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À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

Résumé

La Capitale

QUÉBEC DISPARUE | La place Jacques-Cartier, en 1943

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

1er juillet 2024 à 04h15

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La place Jacques-Cartier en 1943 (Archives Ville de Québec N001682)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Jocelyn Riendeau, Le Soleil)

Pendant longtemps, la place Jacques-Cartier s’impose comme le cœur palpitant du centre-ville de Québec. L’âme du quartier Saint-Roch. Jusqu’en 1911, on y trouve même un édifice des Halles et un marché très animés.

À l’époque, la place Jacques-Cartier est à la Basse-Ville ce que la place d’Youville est à la Haute-Ville. Les grands magasins de la rue Saint-Joseph sont situés juste à côté. Et tous les enfants de Québec savent que le père Noël débarque au grand magasin Paquet, vers la mi-novembre.



Faut-il parler d’histoire? En avril 1918, c’est ici que les émeutes de la conscription ont commencé. Le premier soir des troubles, la foule saccage le poste de police. Elle veut délivrer deux jeunes qui risquent d’être envoyés à la guerre…

À partir des années 1970, le quartier Saint-Roch fait naufrage. La place Jacques-Cartier n’est plus que l’ombre d’elle-même. En 1983, l’inauguration de la bibliothèque Gabrielle-Roy constitue une bonne nouvelle. Mais elle empiète sur l’espace. La place ne s’en remettra jamais.

Le coup de grâce est donné avec la construction de la tour Fresk, en 2015.

Aujourd’hui, la grande place publique est devenue une «placette». Même la statue de Jacques-Cartier s’est réfugiée à Cap-Rouge! Seuls les édifices situés au sud de la rue Saint-Joseph ont survécu à l’orgie de démolitions.

La disparition de la place Jacques-Cartier symbolise le fossé qui sépare encore la Haute-Ville et la Basse-Ville à Québec. Vous n’êtes pas d’accord? Alors posez-vous à la question suivante: aurait-on pu faire la même chose avec la place d’Youville?

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La Capitale

QUÉBEC DISPARUE | La place du Marché Champlain, avant 1910

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

22 juillet 2024 à 04h01

Le Marché Champlain entre 1908 et 1912 (Archives Ville de Québec N007169)

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(Jocelyn Riendeau, Le Soleil)

La carte postale présente la place du Marché Champlain avant sa démolition de l’édifice des Halles, en 1910. Elle offre une vue imprenable sur Québec. Mais elle ne dévoile pas tout. On ne voit guère la vie des alentours. On devine à peine les étals, les restaurants, les tavernes et les maisons de pension. En hiver, plusieurs «buvettes» s’installent tout près, à l’entrée du pont de glace qui se forme entre Québec et Lévis.

Si vous disposez d’une machine à voyager dans le temps, nous vous conseillons l’un des nombreux petits restaurants des environs. Plusieurs proposent des «repas à la minute». Les ancêtres du fast-food! Sur le bord des quais, ils sont parfois suspendus au-dessus de l’eau! On les surnomme des «débits de fèves au lard», des «bineries»…



Inutile de dire que les autorités n’aiment pas beaucoup les «bineries». Certaines cabanes vendent illégalement de l’alcool. On y trouve un gros baril de liqueur surnommé la «petite bière». La mixture coûte approximativement un sou le verre…

Vous n’avez pas de machine à voyager dans le temps? Pas grave. Pour vous consoler, nous proposons un jeu des trois erreurs, pour apprécier la métamorphose des lieux.


Voici trois réponses possibles…

  1. Le Château Frontenac apparaît méconnaissable. La Tour centrale n’apparaît pas avant 1924.

  2. À gauche, l’édifice des halles du marché Champlain est démoli en 1910. Il a été remplacé par des bâtiments de la gare fluviale et un stationnement.

  3. À droite, le quartier a été transformé. Au tournant des années 1970, plusieurs maisons ont été rasées pour faire place à des constructions de style «Nouvelle-France».

Source : Jean-Marie Lebel, Deux siècles de restauration à Québec, Cap-aux-Diamants, No 44, Hiver 1996.

Nous lançons une invitation à tous. Vous avez entre les mains des photos représentant une facette disparue de la ville de Québec? Un carrefour, un immeuble, un commerce, un boisé? Faites-nous-les parvenir. Montrez-nous vos trésors. Et même si vous ne trouvez plus les photos, n’hésitez pas à communiquer avec nous pour partager vos souvenirs.

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.

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QUÉBEC DISPARUE | Le village de Cap-Rouge en 1937

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

12 août 2024 à 04h00

Le village de Cap-Rouge en 1937 (Archives Ville de Québec, Fonds W.B. Edwards Inc. N019067)

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(Jocelyn Riendeau, Le Soleil)

Cap-Rouge — À l’époque, Cap-Rouge est redevenue un village un peu endormi. Le commerce du bois l’a déserté. Quelques peintres y séjournent, notamment Marc-Aurèle Fortin. Ceux-là apprécient la lumière, l’air pur, les maisons ancestrales et l’imprenable vue sur le fleuve…

Dans la région, Cap-Rouge est surtout connue pour son énorme viaduc de chemin de fer, alias le «tracel», qui vient du mot anglais trestle. La structure d’une longueur d’un kilomètre a été complétée en 1913. Mais elle n’a pas beaucoup été utilisée avant la fin de la construction du pont de Québec, en 1917.



Au début, le tracel ne fait pas l’unanimité. D’un côté, les modernes s’extasient devant une petite merveille du génie civil. De l’autre, les anciens s’indignent de voir les trains passer au-dessus du clocher de la vieille église.

Il faudra plusieurs décennies avant que Cap-Rouge se joigne au développement fulgurant des banlieues de Québec. Mais elle rattrapera vite le temps perdu. Entre 1960 et 1990, la population passera de 2000 à 15 000 habitants.


Aujourd’hui, le petit village est devenu un quartier cossu de la ville de Québec. Avec le tracel comme point de repère. La structure apparait passablement rouillée, à l’image de son grand frère, le pont de Québec. Mais ça, c’est une autre histoire…

Source : Société historique de Cap Rouge,

Je suis allé visiter Cap Rouge (gratuit) la semaine dernière et j’ai été impressionné par le fameux viaduc appelé le tracel qui surplombe le village ancien. Tout à côté il y a le site archéologique dans le parc Cartier-Roberval Google Search sur le plateau que rejoint l’autre bout de l’impressionnant viaduc.

Un belvédère suspendu passant dans un tunnel sous la voie ferrée nous offre une vue splendide des alentours et beaucoup de panneaux d’informations sur l’histoire des lieux. Le tout est complété par des sentiers de rando tout en haut et aussi des kilomètres longeant les berges du fleuve St-Laurent et rejoignant la Promenade de Champlain de l’autre côté des ponts.

Un site à découvrir pour ceux qui souhaitent sortir des circuits touristiques traditionnels.

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ChroniqueL’étonnante histoire de Sillery, en 10 anecdotes

Sillery mérite amplement son titre de « site patrimonial déclaré », décroché en 1964!

Le maire Gérard Guay devant l’ancien hôtel de ville de Sillery lors de l’inauguration de la ligne d’autobus reliant Sillery et Place d’Youville, probablement en 1961.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Sillery

Publié à 5 h 54 HAE

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Une présence autochtone très ancienne, une toponymie intrigante, une frontière déplacée en raison des plaines d’Abraham… L’histoire de Sillery est aussi riche que surprenante. En voici un aperçu à travers quelques anecdotes souvent passées sous le radar!

1. Le premier hôpital au nord du Mexique

La plaque souvenir rappelant la présence de l’Hôtel-Dieu, à Sillery.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Le secteur de la falaise de Sillery était fréquenté par les nations autochtones bien avant l’arrivée des Français. C’est pour cette raison que les Jésuites y ont installé leur mission, en 1637. Rester près des âmes à évangéliser était bien pratique.

Ce qui est moins connu, c’est que les Augustines aussi ont trouvé l’endroit parfait pour leurs desseins. En 1640, elles y ont construit le premier hôpital de Québec et de la Nouvelle-France, tout près de la mission des Jésuites, pile au pied de la côte à Gignac. Le premier hôpital au nord du Mexique!

Reproduction d’une œuvre, collection de l’Hôtel-Dieu.

Photo : BAnQ / Fonds Livernois Ltée, P122001 BAnQ

AILLEURS SUR INFO : Victoire des proches d’un homme qui a tout légué à sa fiancée qu’il n’avait jamais vue

Ce bâtiment de pierres rassurant, doté d’un jardin nourricier et d’une palissade de protection, a attiré plusieurs familles autochtones, qui s’y sont converties en grand nombre avant d’être décimées par la variole. En 1644, l’hôpital a été vendu et transformé en manoir, après que le gouverneur eut invité les Augustines à venir s’installer à Québec, un site plus facile à protéger des attaques iroquoises.

2. Des sentiers autochtones le long de la falaise

Les «charcottes» naturelles de Sillery, à l’ouest de la falaise.

Photo : Gracieuseté / Pierre Lahoud

Cette présence autochtone très ancienne explique que plusieurs des sentiers qui courent le long de la falaise de Sillery – les fameuses charcottes, une francisation du mot anglais shortcuts – sont sans doute plus vieux qu’on l’imagine.

Ces raccourcis abrupts ont été utilisés tout au long du 19e siècle par les ouvriers qui faisaient la navette entre leur maison et les chantiers navals situés le long du fleuve. Mais nombre d’entre eux ont sans doute été tracés par les Autochtones du temps où ils passaient de leur campement, érigé sur le cap, aux berges du fleuve qui grouillait alors d’anguilles.

Le sentier des Grands Domaines permet de découvrir une partie de ce qu’il reste de ce réseau, mais la section non aménagée des sentiers qui s’étend à l’ouest du Domaine Cataraqui permet d’imaginer de quoi ils avaient l’air à l’origine.

3. Une sépulture millénaire sous le boulevard Champlain?

Les travaux de construction du boulevard Champlain, en 1962

Photo : Archives Ville de Québec

On n’en parle plus guère aujourd’hui, mais les travaux de construction du boulevard Champlain entamés au début des années 1960 ont permis de découvrir une ancienne sépulture autochtone, au pied du cimetière Mount-Hermon. Ce qu’on y a trouvé témoignait d’une civilisation remontant à quelque 2500 ans, raconte l’historien Louis Vallée.

Malheureusement, l’archéologue appelé sur place n’a eu que très peu de temps pour travailler et n’a pu faire aucun relevé précis des lieux, la tombe ayant déjà été profanée par les ouvriers.

Le squelette qu’on a retiré était enveloppé dans une couverture de peau feutrée, et enterré avec une panoplie d’objets, dont un superbe collier de perles de cuivre à plusieurs rangs, qui donnaient une idée de l’envergure du guerrier qu’il était. Et il y avait deux sépultures. L’autre, il n’a pas eu le temps d’y toucher.

Une citation de Louis Vallée, président de la Société d’histoire de Sillery

Apparemment, on n’avait pas les mêmes considérations pour l’archéologie à l’époque.

Quelques heures plus tard, la voûte s’effondrait, et les travaux de voirie reprenaient aussi sec, coupant court à toute fouille supplémentaire. De nombreux objets, dont plusieurs poteries, ont ainsi disparu sous l’asphalte.

4. Sillery grugée par Québec… à cause des Ursulines!

Les Plaines, vers 1935, avec le musée encore neuf et l’ancienne prison. Le collège Mérici et son potager, en haut à gauche, marquent la limite de l’ancienne paroisse de Sillery.

Photo : Gracieuseté / Wayne Sate University

C’est peu connu, mais il semble que la conversion des plaines d’Abraham en parc public a eu un impact inattendu sur les limites de Sillery.

Quand le gouvernement fédéral de Wilfrid Laurier a décidé d’acquérir le vaste terrain des sports pour souligner les fêtes du tricentenaire, les Ursulines, qui en étaient propriétaires, ont accepté de le troquer contre la vaste propriété située à côté. Marchmont, où se dressent Mérici et les Jardins Mérici aujourd’hui, se trouvait alors aux limites de l’ancienne paroisse de Sillery.

La villa Marchmont vue de Grande Allée, durant la première moitié du 20e siècle. L’avant donnait sur le fleuve. Elle a été démolie pour faire place aux Jardins Mérici au début des années 1970.

Photo : Gracieuseté / Pôle culturel du Monastère des Ursulines

Restait un problème. Marchmont était encore en friche. On n’y trouvait ni conduites d’eau, ni tracé de rue, encore moins d’éclairage. À la demande des religieuses, l’urbanisation et la macadamisation du secteur ont donc été assumées par la Ville de Québec, qui s’est étendue d’autant. Il semble aussi que les Ursulines tenaient vraiment à rester à Québec plutôt qu’à Sillery. On n’a jamais trop su pourquoi, confirme l’historien Jean-Marie Lebel.

N’eût été cette transaction, survenue en 1901, les limites de Sillery s’étendraient sans doute jusqu’à la rue Bougainville aujourd’hui, plutôt que de se terminer aux environs de la rue Belvédère. Et son territoire engloberait toujours la côte Gilmour au grand complet.

5. La terre de Place Laurier dans la cour des Jésuites

Le «tas de terre à Racine» maintenant loti, dans le bas du parc Beauvoir.

Photo : Gracieuseté / Pierre Lahoud

Avez-vous déjà entendu parler du tas de terre à Racine? À l’époque où l’on a agrandi le stationnement du centre commercial Laurier, au début des années 1970, des montagnes de terre ont dû être déplacées. L’un des actionnaires du projet, Paul Racine, a eu l’idée de les déverser sur le terrain dont il était propriétaire, situé dans le parc Beauvoir, juste en bas du domaine des pères Maristes. Or la maison des Jésuites, classée par le ministère de la Culture en 1929, se trouvait juste à côté.

La butte formée derrière la maison des Jésuites, à droite sur la photo.

Photo : Gracieuseté / Pierre Lahoud

En peu de temps, la butte est devenue énorme. Un ancien cimetière autochtone, qui se trouvait dans la cour des Jésuites, a aussi été enterré au passage, souligne l’historien Jean-François Caron, bien au fait de la saga. L’affaire a fini par se retrouver devant les tribunaux.

Entretemps, la grosse butte s’était recouverte de végétation. Cinq maisons ont finalement été construites dessus, enterrant cette vieille histoire avec elles.

6. Des paroissiens moins riches qu’on l’imagine

Des ouvriers fiers du travail accompli, sur une énorme poutre de pin.

Photo : Archives Ville de Québec

Sillery a beau compter son lot de villas prestigieuses, elle a aussi un passé ouvrier. De nombreuses petites maisons en témoignent encore aujourd’hui. Il en reste plusieurs sur le chemin du Foulon et dans la côte de Sillery, ainsi que dans Bergerville, un quadrilatère compris entre le chemin Saint-Louis et l’ancien ruisseau Belleborne, canalisé pour devenir la rue Bergerville.

Maisons ouvrières de Sillery construites le long des chantiers, vers 1900

Photo : BAnQ / Fonds J.E. Livernois / P560,S1, P114

William Sheppard, l’un des barons du bois du temps, avait concédé ces terres à ses ouvriers, moyennant une rente annuelle. Un loyer qu’il a continué de prélever même après la vente de son domaine, précise l’historien Louis Vallée. Il avait conservé le quartier, qui s’appelait Sheppardville, à l’époque. C’était quand même lucratif. C’est beaucoup plus tard que tout a été vendu aux ouvriers.

Les noms de plusieurs rues du secteur Bergerville sont ceux des membres de la famille du baron du bois William Shepperd.

Photo : Gracieuseté / Jacques A. Fortin

Plusieurs des rues de ce secteur portent encore les noms des membres de sa famille. En plus de la rue Sheppard, on trouve au sud l’avenue Harriet (son épouse), Sarah (sa mère), les rues Charles, Maxfield (devenue Chanoine-Morel) et Charlotte (ses enfants), sans oublier l’avenue Laight, qui porte le nom de son gendre.

7. Une ancienne villa sous un presbytère

Une vue aérienne de Sillery, en 1945, avec son église dominant la falaise.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds W.B. Edwards Inc. / Tous droits réservés

L’église Saint-Michel profite peut-être d’un site exceptionnel sur la falaise de Sillery, mais le bâtiment demeure bien modeste si on le compare à d’autres églises du 19e siècle. Au début du projet, en 1848, les paroissiens n’avaient pas un rond. La structure d’origine a été montée avec des morceaux de bois de chantier récupérés. La pierre n’est venue qu’après, raconte Louis Vallée.

Le terrain avait été racheté à Patrick McInenly, un baron du bois en difficultés financières.

La villa a été transformée en chapelle. Puis quand les citoyens ont obtenu le droit de construire leur église, le presbytère a été construit sur la chapelle. L’ancienne villa de Sheppard est toujours en dessous.

Une citation de Louis Vallée, historien

L’église Saint-Michel-de-Sillery et son presbytère.

Photo : Gracieuseté / Jacques A. Fortin

Encore aujourd’hui, le décor est sobre : On a juste à regarder les vitraux. C’est du verre avec un petit peu de vitrail ajouté dessus, fait remarquer Vallée. Pour l’essentiel, on a récupéré des parties de décors dont d’autres églises se départissaient. Il en va ainsi du chœur, ainsi que des tableaux, rachetés lors de la modernisation de l’église de Château-Richer.

C’est aussi le premier endroit où l’on a chanté le fameux Minuit Chrétien en Amérique, à la Noël 1858, souligne son collègue Jean-François Caron. Quand même!

8. Le fantôme de Joe Malone

Joe Malone, dans son uniforme des Bulldogs

Photo : Gracieuseté / Pierre Lahoud

En marchant dans le secteur, on tombe aussi sur la maison natale du célèbre joueur de hockey Joe Malone, conquérant de la coupe Stanley avec les Bulldogs du Québec Hockey Club, en 1912 et en 1913. Elle se trouve tout près de l’église, au 1713, côte de Sillery.

La maison natale du joueur de Joe Malone, dans la côte de Sillery

Photo : Gracieuseté / Jacques A. Fortin

La famille y a vécu de 1890 à 1905, avant de déménager à Saint-Roch, puis dans Saint-Jean-Baptiste. La petite maison ouvrière est toujours là, mais rien ne rappelle son histoire, la plaque consacrée à Malone se trouvant plutôt dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Il est arrivé la même chose pour l’atelier du peintre Charles Huot, qui se trouvait sur la rue Maguire. Québec a fait ses plaques « Ici vécut» il y a longtemps, et Huot a la sienne sur la rue D’Auteuil. Mais la réalité, c’est que Malone est né à Sillery, et y a vécu jusqu’à ce qu’il se marie, raconte Vallée.

9. Le dernier repos d’un premier ministre marquant

La tombe de René Lévesque, au cimetière Saint-Michel

Photo : Gracieuseté / Jacques A. Fortin

Pour qui s’y intéresse, Sillery compte son lot de cimetières remarquables. Le Mount-Hermon et le Saint-Patrick, situés presque côte à côte le long de la falaise, sont absolument magnifiques. En comparaison, le cimetière Saint-Michel du boulevard René-Lévesque semble moins impressionnant, ce qui ne l’empêche pas de valoir le détour.

Parmi ses célèbres occupants, on compte le curé Maguire et le peintre Charles-Huot, sans oublier l’ex-premier ministre René Lévesque, qui repose près de sa mère, Diane Dionne.

La tombe de René Lévesque est toujours pleine de petits drapeaux, et parfois aussi de cigarettes. C’est un peu comme celle de Jim Morrison au Père-Lachaise. On lui rend un genre de culte.

Une citation de Louis Vallée, président de la Société d’histoire de Sillery

Détail amusant, c’est aussi à cause de l’emplacement du cimetière qu’on a créé la rue Maguire, rappelle Jean-François Caron.

Au 19e siècle, la côte de Sillery s’arrêtait au chemin Saint-Louis. Lors des funérailles, quand on partait de l’église, il fallait faire un détour interminable jusqu’au Bois-de-Coulonge pour se rendre au cimetière.

Une citation de Jean-François Caron, historien, co-auteur des Curiosités de Québec

La nouvelle rue a été créée grâce à une corvée de citoyens organisée par le curé Maguire, ce qui lui vaudra son nom au passage.

10. Un château d’eau oublié

Le «château d’eau de Sillery» vu du ciel, en 1949.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds W.B. Edwards Inc. / Tous droit réservés

Au sud du cimetière Saint-Michel, on remarque un parc minuscule courant le long de la rue Bourbonnière. C’est là que se dressait le château d’eau de Sillery autrefois. En fait, il s’agissait plutôt d’un gros réservoir. Mais son allure étrange – il était monté sur pattes comme un énorme insecte – en a vite fait une curiosité locale.

En 1980, Sillery a donné le choix à ses citoyens : reconstruire son usine de filtration, pour quelques dizaines de millions de dollars, ou se raccorder au réseau d’aqueduc de Québec pour un peu moins cher. Sillery puisait alors son eau dans le fleuve, alors que Québec buvait celle du lac Saint-Charles.

Le référendum qui avait suivi n’avait pas tardé à virer à la psychose, selon Louis Vallée.

Certains craignaient de s’empoisonner en continuant de boire l’eau du fleuve. D’autres disaient que l’eau de Québec était imbuvable ou que se connecter à son aqueduc, c’était le début de l’annexion!

Une citation de Louis Vallée, historien, président de la Société d’histoire de Sillery

Le raccordement au réseau de Québec l’a finalement emporté, et le château d’eau qui datait de 1945 a disparu du paysage après 35 ans de bons et loyaux services. Malgré quelques projets d’embellissement, le parc est resté vide depuis, aucun d’eux n’ayant jamais abouti. Quant à l’annexion appréhendée, elle finira par avoir lieu, mais 20 ans plus tard, lors des fusions municipales de 2002.

Sources :

  • Les historiens Jean-Louis Vallée et Jean-François Caron
  • Curiosités de Québec, tome 3
  • Découvrir Québec
  • Alyne Lebel / Érudit / Les propriétés foncières des Ursulines et le développement de Québec.
  • Archives de la Ville de Québec
  • Archives de BAnQ / Journal Le Soleil, L’Appel, Action Catholique
Résumé

QUÉBEC DISPARUE | L’avenue Saint-Sacrement, vers 1916

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

9 septembre 2024 à 05h00

La route Bell, dans le quartier Saint-Sacrement, en 1916 (Archives de la Ville de Québec N010751)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

Québec — Au début, la future avenue Saint-Sacrement n’est qu’une petite route de campagne qui relie le chemin Sainte-Foy au village de La Petite-Rivière (l’ancien nom de Duberger). Ouverte au milieu du XIXe siècle, on la surnomme la route des Bell, à cause des frères David et William Bell, deux hommes d’affaires des environs.

Les deux frères sont les propriétaires de la W. & D. Bell, une importante manufacture de poterie située près de la rivière Saint-Charles, à l’angle de l’actuel boulevard Hamel. Entre autres choses, elle produit les briques qui servent à bâtir les quartiers Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch et Saint-Sauveur.



Sur la falaise, en plein centre de la photo d’époque, on aperçoit la première église du Saint-Sacrement. En 1920, elle est déplacée pour faire place à l’énorme église actuelle. L’hôpital Jeffery Hale n’apparaît dans le paysage qu’au milieu des années 1950.

Le long de la route, l’usine de poterie des Bell ferme ses portes en 1932. La route fait ensuite l’objet d’importants travaux d’élargissement. En 1943, lorsqu’elle est rebaptisée l’avenue Saint-Sacrement, le secteur se transforme déjà. En haut de la côte, les nouveaux lotissements se multiplient. En bas, des commerces et des petites industries commencent à s’installer.

Ces dernières années, l’intersection de l’avenue Saint-Sacrement et du boulevard Charest avait mauvaise réputation. Elle se distinguait comme l’un des endroits où l’on dénombrait le plus d’accidents dans la ville de Québec. En 2017, l’installation d’un radar photo a peut-être contribué à réduire le problème.

Allez savoir. Jusqu’à tout récemment, le radar s’imposait comme le plus lucratif de Québec!

Source: Saint-Sacrement illustré
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QUÉBEC DISPARUE | Le restaurant Kerhulu en 1929

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

11 novembre 2024 à 04h00

À Québec, le restaurant français Kerhulu a longtemps fait rêver. (Archives Ville de Québec, Fonds Thaddée Lebel N017635)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


Québec — À Québec, le restaurant français Kerhulu a longtemps fait rêver. Sa table s’impose comme l’une des meilleures de la ville. Et on vient de loin pour déguster ses pâtisseries, notamment ses meringues et ses mokas, des petits gâteaux au café.

Le propriétaire, Joseph Kerhulu, n’est jamais loin. Il habite à l’étage. Dans sa salle à manger, des fresques représentent des vues de Paris. Et son menu s’inspire de la cuisine française traditionnelle. Tournedos Henri IV. Homard thermidor. Chateaubriand bouquetière. Coq au vin de Chambertin.
Plus tard, durant les années 50, des intellectuels opposés à Maurice Duplessis se donneront rendez-vous chez Kerhulu. Selon l’historien Jean-Marie Lebel, la grande Édith Piaf ne manque jamais d’y faire escale, lorsqu’elle vient chanter à Québec.

Revenons en 1929. Sur la côte de la Fabrique, juste à côté de Kerhulu, le magasin Simons existe déjà. On ne le voit pas sur la photo. Par contre, à droite de la Basilique, les lecteurs avec des yeux de lynx reconnaitront Holt Renfrew et la Librairie Garneau. Deux institutions.

Mine de rien, l’image date de la fin de l’automne 1929. Un moment fatidique. Quelques jours plus tôt, la Bourse de New York a connu une chute spectaculaire. Ce n’est qu’un début. En l’espace de trois ans, le Dow Jones va perdre 89 % de sa valeur.

Bientôt, toute l’économie mondiale plonge. Les faillites de banques et d’entreprises se multiplient. À travers le Québec, le taux de chômage passe de 5 % à 25 %. Même le transport en commun est touché. En l’espace d’un an, le tramway de Québec perd la moitié de sa clientèle.

La Grande Crise vient de commencer…

Source: Société historique de Québec
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QUÉBEC DISPARUE | Le pont de Québec au milieu des années 1950

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

18 novembre 2024 à 04h00

Le pont de Québec vers le milieu des années 1950 (Archives Ville de Québec, Fonds W.B. Edwards Inc. N019144)

À la d demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

Le paysage apparaît méconnaissable. Le pont de Québec semble bien solitaire au milieu de la forêt vierge. Seuls les pylônes d’une ligne électrique osent lui tenir compagnie.

Au loin, de l’autre côté du fleuve, on devine le village de Charny. Sur la gauche, à l’embouchure de la rivière Chaudière, on aperçoit les piliers du pont Garneau, démantelé en février 1955.



Sur la Rive-Nord, à la sortie du pont, ne manquez pas le Centre biologique de Québec, l’ancêtre de l’Aquarium. Le lieu de recherche est installé là où se trouvait auparavant le service de péage du pont. Faut-il le rappeler? Jusqu’en 1942, la «traversée» coûtait 50 cents par véhicule!

À partir de 1952, les deux voies «carrossables» du pont de Québec sont élargies. Auparavant, les automobiles pouvaient se croiser… mais de justesse! Chaque fois qu’un autobus ou un camion s’engageait sur le pont, il fallait arrêter la circulation dans le sens contraire! L’élargissement des voies se révèlera vite insuffisant. La congestion routière augmente. Entre 1950 et 1960, le nombre de véhicules est multiplié par six sur les routes de la «Belle Province»! La région de Québec n’est pas épargnée. Durant les fins de semaine, la traversée du Pont prend parfois des heures.

En 1962, le gouvernement du Québec annonce la construction d’un deuxième pont. Au départ, il doit s’appeler «Frontenac». Le moment venu, il prend plutôt le nom de Pierre Laporte, le ministre du Travail assassiné par le Front de libération du Québec (FLQ) en octobre 1970.

L’arrivée du «deuxième lien» marque le début du développement fulgurant de la Rive-Sud. Mais ça, au risque de nous répéter, c’est une autre histoire.

Sources: Société historique de Québec et Le pont de Québec de Michel L’Hébreux

Maison Gomin (Le Refuge Notre-Dame-de-la-Merci) en 1936 Vs. 2024
Ville de Quebec (St-Foy)


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Merci de publier. Je ne connaissais pas ce magnifique édifice quasi surréel tellement il pourrait être confondu à un ancien château médiéval. J’ai trouvé plus de détails sur l’histoire de ce bâtiment devenu aujourd’hui un colombarium, disons que cette formule lui garantit dorénavant la pérennité.

Comme c’est à distance de marche de ma résidence dans Moncalm (38 min), j’irai certainement voir les lieux éventuellement.

https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=2026%2C+boulevard+René-Lévesque+Ouest

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Il y a 50 ans, les premières photos de Pierre Lahoud…

Par Francis Higgins, Le Soleil

7 janvier 2025 à 04h00|

Mis à jour le7 janvier 2025 à 11h39

Pierre Lahoud a commencé la photo aérienne en 1975, notamment avec ce paysage que certains lecteurs plus âgés et à l’œil aiguisé reconnaîtront peut-être… (Pierre Lahoud)

VU DE LÀ-HAUT / «L’historien volant» Pierre Lahoud célèbre cette année ses 50 ans de photographie aérienne. Il survole le Québec depuis un demi-siècle pour en immortaliser la beauté et l’histoire, partageant gracieusement ses clichés pris du haut des airs.


Pour la chronique-entrevue d’aujourd’hui, Pierre Lahoud a replongé dans ses archives pour en extirper certains de ses premiers clichés vieux de cinq décennies.

Dès 1975, l’historien émérite a eu recours à la photographie aérienne afin de participer à l’inventaire du patrimoine québécois pour le ministère des Affaires culturelles. Le projet a pris fin en 1982, mais Pierre Lahoud avait déjà la piqûre. Il a donc poursuivi sur sa lancée, prolongeant son devoir de mémoire jusqu’à prendre un million de photos du Québec à travers les époques.



L’île d’Orléans, en 1975 (Pierre Lahoud)

L’île d’Orléans, en 1975

«C’est la maison chez nous, ça, celle au bout complètement à gauche! lance l’auteur et photographe. Je passais en avion au-dessus de l’île d’Orléans lors d’un de mes premiers vols pour l’inventaire du patrimoine. La maison était abandonnée depuis 15 ans à l’époque. Je ne l’avais pas encore achetée au moment de la photo, mais j’avais déjà commencé à discuter avec son propriétaire.»

«Avec cette maison, j’achetais surtout un paysage, un environnement et un morceau du patrimoine. C’est un souvenir personnel, mais c’est aussi l’une de mes toutes premières photos!» indique-t-il.

La pêche à la fascine à l’île Verte, en 1976 (Pierre Lahoud)

La pêche à la fascine à l’île Verte, en 1976

«Un phénomène aujourd’hui presque disparu: la pêche à la fascine à l’île Verte! Quand je passais au-dessus de ce coin de pays dans les années 1970, c’était extraordinaire d’y voir sept ou huit installations de pêche à fascine», se rappelle-t-il.

«Or, il n’y en a plus aucune maintenant. C’est la photo d’un paysage disparu, mais qui montre une activité de pêche jadis importante, dit-il. Elle était liée à l’insularité des lieux, mais aussi aux activités traditionnelles de l’époque. C’est un héritage qu’on a reçu des Premières Nations.»

Un homme, un traîneau et un cheval dans la région de Bellechasse, en 1976 (Pierre Lahoud)

Dans la région de Bellechasse, en 1976

«Ce monsieur au milieu d’un champ, c’est aussi un paysage qu’on ne verra plus: celui d’un homme qui part probablement bûcher avec son cheval, son traîneau et son équipement», affirme celui qui a été sacré Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2022.

«En voyant cette image, quelqu’un m’a déjà dit, un jour: “elle est donc ben vieille cette photo”. J’ai répondu: “ben oui, c’est moi qui l’ai prise”. Là, j’avais pris un coup de vieux! [rires]»



Des pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine, en 1977 (Pierre Lahoud)

Des pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine, en 1977

«En survolant ce quai des Îles-de-la-Madeleine, j’avais aperçu ces marins et pêcheurs qui transportaient des morues, se souvient M. Lahoud. À l’époque, il y avait encore clairement une abondance de poissons dans nos eaux. Toutefois, d’aussi grosses morues, ça n’existe plus du tout de nos jours!»

«Cette photo est le témoignage d’une époque qui n’est peut-être pas révolue, parce qu’on peut espérer que de telles quantités de poissons reviendront peut-être un jour. Cela dit, on s’entend qu’il s’en trouve de moins en moins, malheureusement», déplore-t-il.

Survivre grâce au noir et blanc

La photographie couleur existait déjà en 1975. Malgré tout, Pierre Lahoud se réjouit d’avoir réalisé ses premiers clichés en noir et blanc. Pourquoi?


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Prendre un petit coup dans le pain de sucre

«Les photos couleur étaient déjà accessibles à l’époque, bien sûr. Cela dit, heureusement qu’on a pris ces images en noir et blanc, puisque les photos couleur ont vraiment mal vieilli depuis, explique-t-il. Peut-être à cause des techniques de conservation, je n’en sais trop rien. Seules les diapositives couleur ont conservé une certaine qualité. Pour les photos imprimées, le noir et blanc de l’époque est resté nettement supérieur!»



Propos recueillis par Francis Higgins

Info: pierrelahoud.co­m


Quelles régions du Québec photographiées par Pierre Lahoud aimeriez-vous voir? Pour le plaisir, partagez vos suggestions dans la section des commentaires au bas de cet article. Avec un peu de chance, vos vœux seront peut-être exaucés…

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QUÉBEC DISPARUE | Le dépotoir à neige sur la rue Arago en 1944

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

20 janvier 2025 à 04h00

Les escaliers et le dépotoir à neige sur la rue Arago en 1944. (Archives Ville de Québec, N021977)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Caroline Grégoire)

Sur la rue Arago, on trouve un dépotoir à neige avec un mur de soutènement en béton dès 1930. La neige provient du quartier Saint-Jean-Baptiste, juste en haut de la falaise. On la balance depuis la rue Racine, aujourd’hui la rue Philippe-Dorval.

Dans la Basse-Ville, la méthode pour se débarrasser de la neige est simple. En général, on la jette dans le fleuve! Mais dans la Haute-Ville, le déneigement se révèle plus compliqué, surtout à cause des côtes.



En 1944, la Ville de Québec utilise encore beaucoup de tombereaux tirés par des chevaux pour transporter la neige. Mais les côtes sont glissantes. Et puis le fleuve est loin.

Dans ces conditions, les tombereaux ne transportent pas la neige jusqu’au fleuve. Ils la poussent en bas de la falaise à différents endroits. Gare aux accidents. En février 1940, un cheval et son tombereau sont tombés du haut de la falaise dans le dépotoir Arago.

Le cheval et l’attelage ont dû rebondir sur la rue, tout près de l’épicerie Jean-Louis-Belleau. Sur la photo de 1944, on aperçoit de nombreuses annonces sur la façade du commerce, notamment celles du «Thé Salada» et du défunt «Kik Cola».

À partir du début des années 1940, des citoyens réclament la disparition des dépotoirs à neige situés en pleine ville. Ils leur reprochent de concentrer toutes les saletés qui jonchent des rues, incluant le crottin de cheval.

Au printemps, les dépotoirs à neige suintent une eau noirâtre et nauséabonde.

En plus, la neige y persiste longtemps. Près de la côte Saint-Sacrement, on aperçoit encore de la glace en juillet!

Le dépotoir à neige de la rue Arago disparaît durant les années 1960. Plus tard, ses murets de béton serviront de structure à un bâtiment. Par contre, la neige continuera à être balancée dans le fleuve jusqu’à la fin des années 1990.



Les bonnes vieilles habitudes, ce sont celles qui durent le plus longtemps…

Sources: Société historique de Québec et le Bourdon du Faubourg

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QUÉBEC DISPARUE | Le cap Diamant en 1908

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

3 février 2025 à 04h00

En 1908, les arbres sont rares sur le cap Diamant. (Archives Ville de Québec N023018)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Caroline Grégoire)

En 1908, les arbres sont rares sur le cap Diamant. Le promontoire de Québec ressemble au crâne d’un chauve. On ne laisse rien pousser sur les pentes pour éviter les éboulements.

Le pire éboulement est survenu le 19 septembre 1889, après plusieurs jours de pluies torrentielles. Tout un pan de la falaise s’est effondré sur la rue du Petit-Champlain. 45 personnes sont mortes. 75 ont été blessées.

À l’époque, le quartier du Cap-Blanc, le long du fleuve, abrite une importante population d’origine irlandaise ou écossaise. Un coup d’œil sur l’annuaire de Québec en 1908 suffit pour s’en convaincre. Ryan. Donnely. Donovan. O’Reilly. O’Connel. Mackay. Murphy. MacMahon. O’Toole. La liste pourrait s’étirer sur des pages.

À gauche, on aperçoit l’escalier du Cap-Blanc, construit en 1869. Un colosse de 398 marches! Durant les premières décennies, l’escalier est surtout utilisé par des ouvriers «d’en haut» de la falaise qui travaillent au port et dans la construction navale, sur le bord du fleuve.

«Ross Riffle Stairs»

Au début du 20e siècle, le déclin de l’activité portuaire change la «circulation» sur l’escalier. Ce dernier sert davantage à des ouvriers «d’en bas» qui travaillent à l’usine de fusil Ross, sur les Plaines. On le surnomme d’ailleurs le «Ross Riffle Stairs».

L’année 1908 marque le 300e anniversaire de la fondation de Québec. Dans un premier temps, on avait décidé que les festivités du 300e auraient lieu en 1909, pour coïncider avec l’inauguration du pont de Québec. Mais après l’effondrement de la structure, en août 1907, les festivités ont été ramenées en 1908.

En 1908, les battures du fleuve se trouvent encore dans la cour arrière des maisons de la rue Champlain. Pas pour longtemps. Deux ans plus tard, la construction d’une voie de chemin de fer entrainera le premier grand remblayage des berges. Ce n’est qu’un début. La construction du boulevard Champlain finira le travail…

Source: Société historique de Québec

La basilique et la rue Buade avant 1895 (Archives Ville de Québec N010228)

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QUÉBEC DISPARUE | La place devant la basilique avant 1895

Par Jean-Simon Gagné, Le Soleil

10 mars 2025 à 04h00

La basilique et la rue Buade avant 1895 (Archives Ville de Québec N010228)

À la demande générale, Le Soleil, en collaboration avec les Archives de la Ville de Québec, présente une nouvelle série consacrée à des facettes disparues de la ville de Québec. Chaque semaine, elle rappellera le souvenir d’un immeuble, d’un commerce, d’un secteur ou d’un boisé disparu. À partir d’une image ancienne, un montage vidéo vous amène jusqu’à notre époque.


(Le Soleil, Jocelyn Riendeau)

Pendant longtemps, le cœur de la haute-ville de Québec bat sur la place devant la basilique. On y trouve un vaste marché public. Mais en 1875, les étals de marchandises ont déménagé devant l’actuel Palais Montcalm. En hiver, l’endroit ressemble un peu à une steppe semi-désertique…

Pas pour longtemps. La ville caresse de grandes ambitions pour la place. En 1894, c’est là que se déroule le premier défilé du Carnaval. Et la construction de l’Hôtel de ville va débuter en 1895. En résumé, la Basilique et l’Hôtel de Ville vont bientôt se partager les lieux.

Au milieu des années 1890, plusieurs commerces de la côte de la Fabrique s’adressent déjà à une clientèle haut de gamme. Vendeurs de pianos. Chapeliers. Marchands de tissus et de fourrure. Le magasin Simons est déjà bien installé au numéro 20.

Le secteur attire aussi les étudiants et les poètes. Normal. L’Université Laval se trouve tout près de la Basilique. L’établissement accueille environ 250 étudiants. Un record! En plus, il a été raccordé au réseau électrique en 1891!

Est-ce un hasard? On trouve deux librairies sur la cote de la Fabrique. Et trois sur la rue De Buade, à droite de la Basilique.

Le soir venu, la bohème de Québec se donne rendez-vous au restaurant de Joseph Dubé, situé au 48, côte du Palais. Dans ses publicités, la «buvette» se vante de proposer une grande variété de «liqueurs». Elle sert aussi «des pâtés, des huîtres et des sandwiches». En «tout temps».

Au passage, on note que la buvette Dubé invite les «habitués» à utiliser une petite porte située à l’arrière, sur la rue Garneau. Discrétion assurée.

À l’époque, un vent d’optimisme souffle sur la ville et sur le monde. En 1890, Québec et Montréal ont été reliées par téléphone! Curieusement, le fil du téléphone met plus longtemps à traverser le fleuve. Le premier appel entre Québec et Lévis ne survient qu’en 1896!



En matière de transport en commun, on annonce aussi une petite révolution. Dès 1897, les rues de Québec seront sillonnées par des tramways électriques! Ils remplaceront les bons vieux wagons sur rails tirés par des chevaux.

Source: Société historique de Québec. Crédit: Archives Ville de Québec, N010228.