Résumé
Îlot Dorchester: séance «de défoulement» plus que d’information
Par Olivier Bossé, Le Soleil
10 avril 2025 à 22h36
La consultation publique sur l’îlot Dorchester a attiré beaucoup de citoyens, jeudi soir. (Olivier Bossé/Le Soleil)
La séance d’information sur l’îlot Dorchester a davantage servi de «défoulement» aux nombreux résidents présents, qui dénonçaient être mis devant le fait accompli qu’une tour de 17 étages poussera dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Qu’ils le veuillent ou non.
Ça va se construire au cours des prochaines années.
Les travaux de l’important projet immobilier évalué entre 200 et 300 millions de dollars par le promoteur Trudel doivent s’amorcer en septembre et s’achever à la fin de l’année 2028.
Représentants de la Ville et du promoteur ont dévoilé ce nouvel échéancier lors de la séance de consultation publique présentée jeudi soir dans l’amphithéâtre de 200 places rempli de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP). À deux coins de rue du site visé.
On parle du quadrilatère situé au sud du boulevard Charest entre les rues Sainte-Hélène, Caron, Saint-Vallier Est et Dorchester, derrière l’édifice de la Fabrique.
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Un «compromis» à 17 étages pour l’îlot Dorchester

En ce moment s’y étend un stationnement boueux de 350 cases.
L’exercice de consultation s’avère obligatoire pour que l’administration municipale puisse modifier les règlements municipaux contenus dans le plan particulier d’urbanisme (PPU) du secteur sud du quartier Saint-Roch, que la Ville a elle-même rédigé en 2017.
Quelque 200 personnes étaient présentes dans la salle, plus d’autres qui participaient en ligne. (Olivier B/Le Soleil)
La principale modification consiste à augmenter le maximum d’étages de 10 à 17. En d’autres mots de hausser le plafond du secteur de 33 à 58 mètres.
Le promoteur voulait d’abord 20 étages. Le 18 février, le maire Bruno Marchand a déclaré sur la place publique avoir donné le feu vert à la version finale de 17 étages, au coût de «compromis» des deux parties.
À titre indicatif, un autre gros projet des Trudel qui s’achève en ce moment à Fleur de Lys, dans Vanier un secteur bien moins dense, culmine à 20 étages.
«On est en séance d’information et un peu de défoulement», a commenté Pierre Maheux, résident du quartier depuis une trentaine d’années. Se disant contre l’immensité du projet, M. Maheux constatait du même souffle que «ça va se faire».
Avec la présence de deux policiers en uniformes postés à l’entrée, la soirée qui comportait une heure de présentation et plus de deux heures de questions et commentaires du public s’est déroulée dans le respect presque complet.
La maquette présentée à l’entrée de la rencontre montre les volumes projetés. (Olivier Bossé/Le Soleil)
Mécontentement, émotions et critiques? Plusieurs.
Des débordements? À peine un homme fâché qui a quitté la salle en affirmant haut et fort: «Ost?& de fu#*er!» à l’endroit du conseiller Pierre-Luc Lachance, qui venait de réaffirmer qu’il n’y aurait pas de référendum sur la question.
L’ensemble du complexe, où les immeubles grimperont de l’ouest à l’est à 7, 10 et finalement 17 étages, comptera 400 logements, 150 chambres d’hôtel, une grande épicerie à bannière, d’autres commerces, quelques espaces verts et une place publique.
Le représentant du promoteur, David Chabot, a répété que sous les 17 étages, c’est la rentabilité pour Trudel qui ne sera plus possible.
Les conseillers municipaux Marie-Pierre Boucher, élue responsable de l’aménagement du territoire, et Pierre-Luc Lachance, conseiller du quartier, étaient à l’avant pour défendre les positions de la Ville.
M. Lachance assure n’avoir jamais vu de données financières de Trudel concernant la rentabilité liée au projet selon les hauteurs. Ce qui a soulevé de sérieux doutes dans l’assistance.
Les élus municipaux Pierre-Luc Lachance, au centre, et Marie-Pierre Boucher ont défendu la position de l’administration Marchand. (Olivier Bossé/Le Soleil)
Une salle en grande majorité composée de gens qui semblaient considérer que les dés sont pipés d’avance.
«Un PPU, ce n’est pas une paire de bobette. Ça ne se change pas toutes les semaines», a imagé Michel Beaulieu, à propos de ce qu’il a qualifié du «joufflu projet de Trudel».
Un autre a parlé d’«une ombre effrayante qui plane au-dessus de la Basse-Ville et qui nous empêche de dormir le soir».
Mais il y avait aussi des gens pour. Comme Danny, qui habite la rue de la Randonnée, dans Saint-Roch.
«Vous représentez une partie de la population, mais pas toute la population, a dit Danny à ses voisins. Vous êtes organisé et motivé, c’est bien. Mais voulez-vous continuer d’attendre comme Saint-Vincent-de-Paul [en haut de la côte d’Abraham]? C’este temps qui se passe de quoi et qu’il y ait un développement intéressant.»
Deux banderoles avaient été installées sur le trottoir, près de l’entrée de l’ÉNAP. On y lisait entre autres «la tour passe pas» en lettres noires sur tissu rouge.
Une pétition de 1508 signatures contre le projet a été remise à l’administration municipale.
Le site de 9014 mètres carrés a été acquis par l’entreprise Trudel en 2022 et comporte 8074 mètres carrés après expropriation.
Le projet de l’îlot Dorchester est ici montré en modélisation de la rue Dorchester du côté nord du boulevard Charest. (Olivier Bossé/Le Soleil)
D’autres consultations publiques ont déjà été tenues, dont un atelier public en octobre 2024 qui avait réuni 250 personnes et une réunion spéciale du conseil de quartier en janvier.
«J’avais l’impression qu’on pouvait encore changer les choses», s’est pour sa part désolée Geneviève Baril qui, de sa résidence de la rue Lavigueur, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, aura vue sur les nouveaux immeubles.
«Mais on voit que c’est canné. De la façon dont vous nous présentez les choses, il n’y a plus rien à faire. Je me sens trahie, je suis en colère et je me sens impuissante», a dit Mme Baril.
Résidente de Saint-Roch depuis 10 ans, Vicky Plourde a pour sa part dénoncé qu’«on ne peut pas gouverner à coup de décrets, comme on sent que ça se fait en ce moment».
«C’est l’arbitraire et l’impression de dépossession de voir que des élus peuvent négocier derrière des portes closes avec le promoteur», a résumé Mme Plourde.
Le conseil de quartier tient une assemblée spéciale le 17 avril à ce sujet.