Résumé
Point de Vue
L’avenir de notre chemin de fer en Charlevoix
11 août 2025 à 04h04
«La question du transport de passagers passe par le service touristique, mais également par le service inter-urbain», écrit Bertrand Dion de St-Irénée. (Archives Le Soleil/Félix Lajoie)
POINT DE VUE / Le débat actuel qui entoure l’avenir de notre chemin de fer ici dans Charlevoix soulève non seulement bien des passions mais aussi beaucoup de commentaires qui méritent qu’on y mette plus de profondeur.
Toute cette conversation prend sa source dans le fait que Groupe Le Massif, Chemin de fer Charlevoix et le Train de Charlevoix font état de leur difficulté à rentabiliser l’opération du train touristique qui circule entre la Chute Montmorency et La Malbaie.
Une large part de cette difficulté est liée au coût d’entretien de la voie ferrée elle-même et de sa dépendance perpétuelle aux subventions provinciales, municipales et corporatives.
Parallèlement à ce qui se dit sur ce sujet, un groupe de promoteurs, appuyé par une certaine couche de la population locale fait des pressions pour que la voie ferrée soit arrachée et qu’elle cède son emprise à une piste cyclable.
Cependant, dans le même temps, certains acteurs régionaux questionnent le raisonnement de ces derniers et plaident plutôt pour une analyse qui favoriserait l’utilisation accrue de cette voie ferrée de 92 milles, ou 148 km. Ici, il sera question du milieu industriel et plus spécifiquement du parc industriel de Clermont, avec, bien évidemment l’usine à papier Domtar, en bout de ligne.
Puis, dernièrement, on y a ajouté une couche supplémentaire en suggérant que la portion de cette voie qui va de Ste-Anne-de-Beaupré à Limoilou, et in-extensis, jusqu’à la Gare du Palais, serve à l’opération d’un train de banlieue.
Donc, on pourrait dire qu’il y a comme une cacophonie d’idées et de propos autour de l’avenir de la voie ferrée de Charlevoix.
Pour amener cette profondeur souhaitable il faut prendre un certain recul et analyser à leur juste valeur chacune des options qui s’offrent à cette réflexion.
Mon premier point sera celui-ci: une voie ferrée doit être vue comme une opportunité et non comme une empêchement.
Mon deuxième point sera qu’il est évident que la seule façon d’avoir une rentabilité avec cette voie et de moins dépendre exclusivement de subventions c’est d’y inclure le transport de marchandises à celui de passagers.
La question du transport de passagers passe par le service touristique, mais également par le service inter-urbain.
On parle de permettre à des passagers de sa déplacer à l‘intérieur de Charlevoix, ce qui se fait déjà présentement, mais à un tarif qui rebute.
La suggestion d’un service banlieue sur la Côte-de-Beaupré mérite analyse tout en reconnaissant qu’il y aura des irritants à régler: vitesse de parcours, passages à niveau, résistance de certains Maires et accès à la gare du Palais. Ici, rien d’insurmontable.
Maintenant, la réflexion sur le transport de marchandises implique que tout le milieu socio-économique des deux régions, soit Québec et Charlevoix s’assoient ensemble et creuse la question. En bout de ligne il y a l’usine à papier qui souhaiterait le retour de ce service pour réduire ses coûts et assurer sa survie à plus long terme. Bien sûr, il en faudra d’autres. Pour les trouver, il faudra d’abord désirer réellement en chercher.
Dernièrement, deux entreprises manufacturières ont choisi de s’établir dans un parc industriel en développement à St-Urbain. Ce sera donc totalement dédié au camionnage. Pendant ce temps, il y a le parc industriel de Clermont, pourtant desservi par le rail mais qui peine à prospérer. On connait la différence d’efficacité du transport ferroviaire versus le routier. La logique devrait prévaloir, mais on s’entête à réfléchir en «camionnée» plutôt qu’en «wagonnée». Ici, c’est l’environnement et notre empreinte carbone qui en pâtit.
Véritable réflexion
Si on faisait un véritable exercice de réflexion sur tout ce qui pourrait transiter par le rail au lieu du routier entre Charlevoix et le reste de l’Amérique, on pourrait y accumuler suffisamment de «wagonnées» par mille de rail pour rentabiliser l’infrastructure.
Voilà pourquoi je réitère ma requête sur la nécessité d’embaucher un commissaire industriel qui ferait cet exercice. Quand on n’a pas toutes les réponses c’est qu’on n’a pas posé toutes les questions.
Imaginez si la même rigueur de réflexion était appliquée au potentiel du transport de passagers, au delà de la clientèle touristique, entre les trois régions que sont Québec, la Côte-de-Beaupré et Charlevoix. Pensez à ceux et celles qui souhaitent se rendre à Québec le matin depuis Clermont ou La Malbaie ou à toutes les personnes qui adopteraient un service banlieue entre Ste-Anne et le Centre-Ville. Imaginez accéder au Festif de Baie-St-Paul sans prendre son auto. Songez à un tournoi de Golf au Murray Bay où tous les participants débarquent sur le site. J’en ai plein d’autres!
C’est notre dépendance totale au transport routier qui nous empêche de voir le potentiel qui se cache derrière une infrastructure ferroviaire. C’est aussi notre propension à réfléchir en «pas dans ma cour» qui nous fait voir le passage d’un train de marchandises ou de passagers comme une nuisance au lieu d’une option bénéfique pour l’environnement.
Ce qui est clair pour l’instant, c’est que l’option d’arracher le rail pour faire place à une piste cyclable demeure à mon avis la pire des décisions. Elle sera irrémédiable, définitive et dommageable pour notre réputation en tant que Réserve de la Biosphère.
Actuellement, ce qu’il y a de positif, c’est que la discussion tends à se maintenir et ce qui lui manque à mon avis ça serait tout simplement la tenue d’États généraux sur l’avenir du chemin de fer dans Charlevoix. Qui embarque avec moi?
Bertrand Dion, St-Irénée