C’est malheureusement loin d’être gagné car c’est d’abord l’entretien de la voie ferrée, qui est parfois endommagée qui pose problème. On a vu dans le passé des fermetures soudaines et imprévisibles pour des mois, à cause de bris causés par les grandes marées.
Les rails de Charlevoix terminent leur course dans le parc industriel de Clermont, mais ce tronçon est inactif depuis 2010. Les rails servent uniquement au Train de Charlevoix, et ses wagons s’arrêtent à La Malbaie. (Félix Lajoie/Le Soleil)
Le transbordement par voie ferroviaire dans Charlevoix est récemment redevenu «une question d’actualité», lance le préfet de Charlevoix-Est et maire de La Malbaie, Michel Couturier, en entrevue avec Le Soleil.
«Le maire de Clermont, et les industries du parc industriel à Clermont nous ont dit: “on a un chemin de fer, on pourrait être intéressés à relancer le transbordement”», explique M. Couturier.
Récemment, Réseau Charlevoix, soit l’entreprise propriétaire de l’infrastructure ferroviaire et du Train de Charlevoix, a également fait part de son intérêt pour évaluer la possibilité de relancer le transport de marchandises via les rails, indique le préfet.
Le maire de La Malbaie et préfet de la MRC de Charlevoix-Est, Michel Couturier. (Félix Lajoie/Archives Le Soleil)
Ainsi, la MRC a lancé il y a quelques semaines une étude à l’interne afin de mesurer l’intérêt des entreprises pour ce mode de transport, tout comme la faisabilité technique du projet.
Résumé
«Moi, ma préfecture, je la veux économique. On doit travailler pour l’attraction du parc industriel à Clermont», souligne le maire. Peu importe les résultats de l’étude, celle-ci «ne sera pas inutile», ajoute-t-il.
Le retour du train de marchandises pourrait aussi être profitable pour le quai de Pointe-au-Pic, à La Malbaie, qui est situé tout près du chemin de fer, mentionne M. Couturier.
«Ce qui peut être bon pour le train peut être bon pour le quai, et vice-versa. Notre région, notre MRC pourrait être très avantagée par l’intermodalité», signale-t-il.
Le quai de Pointe-au-Pic à La Malbaie est principalement utilisé par Domtar pour son usine de Clermont. (Félix Lajoie/Le Soleil)
Selon lui, le réseau routier de la région pourrait aussi en profiter, puisqu’il serait soulagé de plusieurs camions lourds.
Les résultats de l’étude devraient être connus d’ici septembre prochain, note l’élu.
Une question de «vision»
Sur la grande majorité de son parcours, le chemin de fer charlevoisien longe le fleuve. Cependant, à partir de Pointe-au-Pic, il entre dans les terres en passant par le parc industriel de Clermont pour finalement terminer sa course à l’usine de pâtes et papiers Domtar.
Le transport ferroviaire de marchandises s’est arrêté en 2010, à la suite de «conjonctures économiques», soutient la directrice générale du Train de Charlevoix, Nancy Belley.
À lire aussi
Un train plus «autonome» de retour sur les rails dans Charlevoix

Le Train de Charlevoix ne sera pas remis sur les rails

«Avec la crise économique de 2008, le marché pour le transbordement était en baisse, et l’usine transférait de plus en plus vers le transport maritime», affirme-t-elle.
Dans les dernières années, le Train de Charlevoix a vécu quelques difficultés économiques. Afin d’établir une «vision à long terme», Réseau Charlevoix s’implique «avec enthousiasme» dans cette étude sur un possible retour des marchandises.
«Il y a comme une incompréhension. En général, les Charlevoisiens semblent penser qu’on est contre le transport de marchandises, alors que c’est totalement le contraire», assure Mme Belley, qui soutient que le train touristique pourrait cohabiter avec le train de marchandises.
«On est très heureux de collaborer et de regarder ça, mais ça nous prend une vision régionale, pour déterminer comment la région se positionne là-dessus dans l’avenir», ajoute-t-elle.
«Trop peu trop tard»
Au début des années 2000, Solugaz, distributeur de propane dans la région, faisait partie des entreprises qui utilisaient la voie ferroviaire pour leur approvisionnement. Pour Solugaz, le retour de ce mode de transport est toutefois «trop peu trop tard».
«En 2006 j’avais construit mon terminal ferroviaire à Clermont, on avait investi 500 000 $ dans nos infrastructures», relate le propriétaire de Solugaz, Rock Boulianne.
L’entreprise de distribution de propane Solugaz était une utilisatrice du transport ferroviaire avant sa disparition en 2010. (Félix Lajoie/Le Soleil)
«Environ 16 mois» après la mise en service de son terminal, de grandes marées ayant endommagé des parties du chemin de fer ont mis abruptement fin au transport de marchandises, soutient-il.
Selon lui, ce n’est pas la crise économique qui a mis fin au transport ferroviaire, mais plutôt les bris sur la voie ferrée, suivi de la vente de l’infrastructure du CN à Réseau Charlevoix en 2008.
«Ç’a fait très mal à mon entreprise, Solugaz se serait développé plus rapidement et serait plus en santé si on n’avait pas eu cet échec-là. On s’est reviré de bord et on a passé 12 ans sans transport ferroviaire», affirme M. Boulianne.
À la suite de ce revers, l’entreprise a fait l’acquisition en 2019 d’un terrain à Saint-Augustin-de-Desmaures et a investi 15 millions dans un nouveau terminal ferroviaire.
«Dans le temps, on passait 50 wagons par année à Clermont, maintenant à Québec, on en pompe 800 par année. Ça aurait pu être 800 wagons qui auraient passé par Charlevoix», souligne M. Boulianne, qui n’a aucun intérêt dans le retour du transport ferroviaire à Clermont.
Solugaz est établie dans le parc industriel de Clermont. L’entreprise est également présente sur la Côte-Nord (Forestville), à Québec ainsi qu’à Rimouski. (Félix Lajoie/Le Soleil)
«Donc, moi, quand on me dit: “wow, le train va revenir”, je réponds: “je suis bien content pour vous autres!”», illustre-t-il.
«Soutenir les opérations»
L’histoire du chemin de fer dans Charlevoix-Est et celle de l’usine de pâtes et papiers de Clermont sont intimement liées.
Le député conservateur de l’époque, Sir Rodolphe Forget, est à l’origine des deux projets. Alors que le chemin de fer relie officiellement Québec et Charlevoix-Est depuis 1919, la production de pâtes à Clermont remonte à 1912.
Le directeur général de l’usine Domtar de Clermont «salue» l’initiative de la MRC et soutient que le retour de ce mode de transport offrirait aux industries de la région «une solution de transport à la fois plus compétitive et plus respectueuse de l’environnement».
L’usine de pâtes et papiers Domtar de Clermont est l’employeur le plus important de la municipalité. (Félix Lajoie/Le Soleil)
«Pour Domtar, cette démarche représente une occasion concrète de soutenir les opérations de notre usine de Clermont», mentionne le directeur général de l’usine de Clermont, Jean-Pierre Bouchard.
«Nous sommes également d’avis qu’une cohabitation harmonieuse entre le transport de marchandises et un train touristique est tout à fait envisageable, dans le respect des réalités et des besoins de chacun», ajoute M. Bouchard.
De son côté, la Chambre de commerce de Charlevoix n’est pas en mesure de se positionner sur l’étude en question.
«L’industriel, ce n’est pas le secteur le plus important de notre région […] on n’a pas eu d’échos de nos membres sur leur intérêt pour un retour du transport ferroviaire», indique le directeur général de la Chambre de commerce, Dave Fillion.
Une photo que j’ai prise à St-Irénée en octobre 2019, au moment où une grande marée avait endommagé la voie à plusieurs endroits sur son parcours.