Je crois que le bureau dans le pavillon de l’Esplanade Tranquille est plutôt un bureau de Bonjour Québec, et n’est pas nécessairement une information touristique pour Montréal.
Prenant acte de certaines lacunes dans la façon dont les guides touristiques racontent l’histoire de Montréal, un professeur et une communicatrice autochtone se sont réunis pour concevoir un tour guidé offrant une perspective historique radicalement différente. Une visite idéale à quelques jours de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
En ce jour de congé, une dizaine de personnes ont répondu à l’appel de Donovan King. Cet historien et comédien est aussi à l’origine du blogue Montréal hanté, qui se décline aussi en une série de balades à saveurs historique… et cadavérique.
On est dans le Vieux-Montréal, place Royale, dans ce qui fut jadis la place du marché. “Ce qu’on oublie aussi souvent d’évoquer à propos de ce lieu, c’est que c’est ici qu’avaient lieu les exécutions”, raconte M. King en sortant plusieurs esquisses montrant le genre de “réjouissances” qui étaient au menu. Mention spéciale pour le supplice de la roue où le bourreau vous broie les membres un à un… un aller simple (sans retour) pour une fin de vie dans d’atroces souffrances.
Le supplice de la roue a eu cours dans plusieurs pays jusqu’à la fin du 18e siècle. Le bourreau brisait les membres du condamné encore en vie avec une barre de fer.
Photo : Jacques Callot
Ce qui est encore moins souvent mentionné, c’est qu’ici ont été vendus une bonne partie des 1500 esclaves noirs et des 2700 esclaves autochtones de la Nouvelle-France, ajoute Sophie-Claude Miller, une communicatrice membre de la Nation Crie d’Eeyou Istchee.
Elle déplore qu’aucune plaque ne fasse mention de ce genre de choses et a donc décidé de s’impliquer dans ce projet de visites guidées afin de pallier en quelque sorte les manques dans les systèmes scolaires et touristiques.
Si avant l’arrivée des premiers colons plusieurs nations autochtones se faisaient la guerre et pratiquaient déjà une forme d’esclavage, en gardant leurs prisonniers captifs, l’aspect méconnu de l’esclavage des colons en Nouvelle-France tient au fait que près de la moitié des esclaves autochtones avaient entre 4 et 12 ans, révèlent les travaux (nouvelle fenêtre) de la chercheuse de l’Université de Montréal, Dominique Deslandres. Les esclaves étaient principalement employés comme domestiques ou comme travailleurs manuels.
En ce jour de visite, bonne nouvelle pour les nerfs de Donovan King, le Marché public du 18e siècle, organisé depuis 30 ans par le Musée Pointe-à-Callières, est terminé. Dans cette reconstitution, ils ont éliminé toutes les choses négatives, alors on se retrouve à célébrer une histoire inexacte, affirme le prof d’histoire qui qualifie l’évènement de cosplay colonialiste.
L’ancienne place du Marché a été en partie remplacée en 1836 par la première douane. L’édifice est aujourd’hui désaffecté et la place du Marché se nomme depuis 1892 la place Royale.
Photo : Radio-Canada / Mathias Marchal
Contre la “javellisation” de l’Histoire
De descendance irlandaise, Donovan King en a aussi contre la “javellisation de l’Histoire”. Il a brièvement été membre de la confrérie des guides officiels accrédités par la Ville de Montréal, l’APGT. Mais pendant à peine deux ans, de 2017 à 2019.
“L’ITHQ demande près de 3000 $ pour la formation de guide. Et pendant celle-ci, le contenu autochtone était très pauvre. J’ai donc interpellé l’APGT après avoir obtenu mon diplôme. J’ai aussi souligné que, pendant la formation, 98 % des enseignants et futurs guides étaient Blancs… et j’ai fini par me faire expulser”, raconte-t-il. “C’est là que j’ai décidé de monter mes propres tours guidés, en dehors du circuit officiel.”
Dans la visite que lui et Sophie-Claude Miller animent, l’histoire de la cité commence bien avant l’arrivée de Cartier et Champlain. À une époque où Montréal s’appelait plutôt Tiohtià:ke– (“là où le groupe se sépare” en langue iroquoise).
Tiohtià:ke était déjà un lieu de rencontre et de commerce très important où l’on pouvait trouver aussi bien des Inuit que des nations venues d’Amérique du Sud.
Une citation de Donovan King se basant sur les artéfacts découverts
S’il convient que les Kanien’kéha:ka (Mohawks) étaient absents de l’île lors de l’arrivée des premiers explorateurs, c’est surtout parce qu’en tant agriculteurs ils déménageaient régulièrement pour laisser reposer la terre. Il croit donc que l’installation des premiers colons en vertu de la doctrine de la découverte et de la Terra Nulius (Terre Nue) est historiquement inexacte.
On n’arrête pas le progrès, surtout quand il est mieux armé que soi. Alors la colonie de Nouvelle-France a rapidement pris de l’expansion sous l’impulsion du sieur de Maisonneuve et de Jeanne Mance. Assez rapidement, on construit le Séminaire de Saint-Sulpice qui vise notamment la conversion des sauvages. L’édifice existe encore, juste à côté de la basilique Notre-Dame.
Par contre, à la place du cimetière des Autochtones, on trouve désormais la partie sud du Palais des congrès. Les Autochtones étaient considérés comme n’ayant pas d’âme, alors à l’exception du premier cimetière qui était mixte, leur cimetière était en dehors des fortifications, explique Sophie-Claude Miller.
Carte des anciens cimetières du Vieux-Montréal.
Photo : Vanessa Telaro
Un monument glorifiant le génocide?
Les choses changent… lentement
Pas la première vidéo du genre que je vois passer, donc, un exemple parmi d’autres :
Il semblerait que Montréal devient touristiquement attractive et “trendy”, notamment c’est nos voisins du Sud, rien que pour sa culture du vélo et du cyclisme sportif.
Dans la Presse
Hôtellerie | Montréal affiche des résultats négatifs malgré un été record
Le Canada a connu un été record pour l’hôtellerie, mais Montréal aurait moins bien fait que les autres villes au pays, indique un rapport d’une entreprise américaine. Des données qui doivent être mise en contexte, assure le PDG de Tourisme Montréal.
Grâce à tous ces Canadiens qui ont décidé de visiter les autres provinces de leur pays, l’industrie touristique a généré des revenus records de 59 milliards de dollars entre mai et août 2025. Une hausse de 6 % par rapport à la même période l’an dernier, indique le rapport de l’entreprise américaine de services immobiliers Cushman & Wakefield.
Les voyageurs canadiens représentent 75 % des revenus totaux du secteur touristique canadien et les voyageurs internationaux, 25 %.
Au cours des trois premiers trimestres de l’année 2025, neuf des dix plus importantes villes touristiques du Canada ont affiché une croissance du taux d’occupation de leurs hôtels et de leur revenu par chambre disponible, à l’exception de Montréal. La ville voit le taux d’occupation baisser de 5,8 % et le revenu par chambre disponible, de 3,9 %.
Pourquoi dans le négatif ?
Pourquoi Montréal affiche-t-il des résultats négatifs ? D’abord, la ville a perdu des contrats gouvernementaux de location de chambres d’hôtel près de l’aéroport Montréal-Trudeau. Ensuite, il y a eu une baisse des touristes américains.
C’est surtout l’augmentation du nombre de chambres d’hôtel de 11,5 % depuis 2019 qui fausse le portrait, selon Tourisme Montréal et l’Association hôtelière du Grand Montréal.




