Tout va trop vite et notre vulnérabilité ne fait qu’augmenter, rien de rassurant si une crise mondiale s’installe par une perte de contrôle de nos outils de communications et jusqu’à nos moyens de gestions personnels de nos vies.
« Hécatombe » sur l’internet
Un outil de détection des lacunes sur les sites web propulsé par l’IA vient de découvrir une importante faille de sécurité qui affecte jusqu’à 70 % des sites web actuellement en ligne. Les experts en cybersécurité parlent d’une « hécatombe », tandis que le créateur du logiciel ciblé met tout en place pour colmater la brèche.
« C’est l’hécatombe, tout le monde en cybersécurité est dans le gros rush en ce moment pour surveiller leurs sites web, au gouvernement ainsi qu’en entreprise », dit le chef de la sécurité chez Vortex Solution et président de Crypto Québec Luc Lefebvre. « Il y a des solutions de mitigation suggérées par la Fondation PHP, mais ça devient une course contre la montre : la vulnérabilité est exploitable et l’est déjà par des outils d’IA. »
Une brèche en partie colmatée
La Fondation PHP a publié un peu avant midi mercredi deux correctifs pour son logiciel qu’elle recommande d’installer le plus rapidement possible. S’il est impossible d’installer un correctif, l’organisme propose des mesures pour minimiser les risques, mais prévient qu’« elles ne rendent pas l’installation [de PHP] sécuritaire ».
La Fondation PHP est l’organisme derrière le protocole PHP, un composant essentiel de plusieurs gestionnaires de contenus web, dont Wordpress, qui est de loin le système le plus utilisé dans le monde pour créer des sites web. Mercredi matin, la fondation a publié de l’information à propos d’une faille dans son logiciel que des personnes mal intentionnées peuvent exploiter à distance pour s’attribuer un rôle d’administrateur du site web.
La faille, surnommée PHP2Shell, regroupe une série de problèmes dans la façon dont la mémoire informatique est gérée par le logiciel de gestion de contenu web.
Lancer une attaque et exploiter cette faille n’exige que quelques secondes de travail pour un cyberpirate suffisamment aguerri. Il s’agit, selon les experts, de la plus importante faille de sécurité trouvée dans le protocole PHP depuis au moins dix ans.
En tant qu’administrateur, il est possible de modifier le site, d’accéder à du contenu publié ou simplement stocké dans ses fichiers, et si le site est connecté à l’infrastructure internet d’une organisation, d’avoir possiblement accès à cette infrastructure.
D’où la réaction vive des experts en sécurité, explique Luc Lefebvre. « Tout est possible [pour le cyberpirate], comme faire modifier l’apparence du site ou voler des données sensibles. »
Cybersécurité : l’IA accélère les choses
La faille détectée ce matin est « très sérieuse », surenchérit la professeure titulaire et directrice du département de génie informatique et logiciel de Polytechnique, Gabriela Nicolescu. « Il y a un risque de fuite de données confidentielles que des services en ligne soient touchés et perturbés, ça pourrait avoir des conséquences graves. »
Par exemple, des centres de service scolaires de la province ont décidé mercredi midi d’interrompre certains services web, par mesure préventive. C’est le cas du centre de services scolaire Marie-Victorin, situé sur la rive sud de Montréal. Cette interruption est par mesure préventive. « Aucun incident n’a été constaté dans nos systèmes », a indiqué le centre.
De son côté, Gabriela Nicolescu rappelle qu’il ne faut pas céder à la panique, puisqu’il est possible de limiter les risques, notamment en appliquant les plus récents correctifs et en suivant les recommandations de la Fondation PHP.
Au-delà de la nouvelle du jour, l’omniprésence des outils d’IA en cybersécurité et dans les cybermenaces est elle aussi à prendre au sérieux, ajoute-t-elle. « Il faut s’attendre à d’autres attaques de ce type, à cause de l’IA. Ces agents sont capables d’évoluer eux-mêmes sans contraintes et sans limites, si on ne leur impose pas de limite. »
C’est un problème exacerbé par le fait que la réponse aux menaces prend toujours plus de temps que la découverte des failles et leur éventuelle exploitation par des cyberpirates.
Globalement, cet évènement rappelle l’importance d’accroître la littératie numérique du grand public, et de ne pas prendre à la légère la place de l’informatique dans notre quotidien, conclut Gabriela Nicolescu, qui demeure optimiste.
« Il y a encore beaucoup de risques, et on voit l’importance d’une bonne formation en cybersécurité, mais je suis d’avis qu’on est capable de réagir à tout ça positivement ».