Je peux confirmer avoir expérimenté certains de ces tronçons qui sont clairement dangereux et qui devront être réaménagés sécuritairement. À ce propos la région de Québec est véritablement en retard en comparaison de Montréal. Mais la volonté ne manque pas pour sérieusement améliorer le réseau.
Sans accotement et avec seulement une bande de gravier et de roches sur le côté, les cyclistes doivent prendre leur place dans la voie de circulation de la route de l’Aéroport. (Caroline Grégoire/Le Soleil)
«Sous l’autoroute Laurentienne, sur le boulevard Louis-XIV, c’est tellement dangereux qu’on a le “privilège” de rouler sur le trottoir», raconte un cycliste sous notre publication Facebook.
Ce boulevard ne fait pas partie du réseau cyclable de la Ville, mais plusieurs cyclistes l’empruntent pour rejoindre, entre autres, le Corridor des Cheminots, situé tout près. À cet endroit, sous Laurentienne, aucune voie cyclable n’est aménagée. Les cyclistes peuvent seulement profiter d’une permission de circuler sur le trottoir sur une courte distance. Une fois cette portion terminée, ils se retrouvent sans piste cyclable ni accotement.
Résumé
Les cyclistes peuvent seulement profiter d’une permission de circuler sur le trottoir sur une courte distance. Une fois cette portion terminée, ils se retrouvent sans piste cyclable ni accotement. (Philippe Chabot/Le Soleil)
Le conseil de quartier des Chutes-Montmorency a aussi attiré notre attention sur un «endroit très connu, dangereux et fréquenté par les cyclistes»: la portion du boulevard Louis-XIV, à partir de Courville, qui mène à la Base de plein air de Beauport.
«Il n’y a pas de piste cyclable et on voit tous les jours des cyclistes circuler sur le boulevard Louis-XIV au milieu des automobilistes et des camionneurs», souligne Audrey Croteau, secrétaire de l’organisation.
Les cyclistes n’ont d’autre choix que de s’engager sur la voie de circulation ou de rouler dans l’accotement sablonneux. (Philippe Chabot/Le Soleil)
Bien que la base soit située à quelques pas du quartier, aucune autre route ne permet de s’y rendre à vélo. Un chemin offrait une autre option, mais il n’est pas nécessairement adapté à tous les types de vélos et était cadenassé au moment de notre passage.
Un chemin vers la Base de plein air de Beauport était cadenassé au moment de notre passage. (Philippe Chabot/Le Soleil)
Les cyclistes n’avaient donc d’autre choix que de s’engager sur la voie de circulation ou de rouler dans l’accotement sablonneux.
«Un accident finira par survenir avec un vélo, c’est inévitable», laisse tomber Mme Croteau.
La route de l’Aéroport, étroite et fissurée
Une portion de la route de l’Aéroport, entre la route Sainte-Geneviève et l’avenue Notre-Dame, où se trouve le camping Québec en Ville, est bordée de bandes cyclables de part et d’autre.
Plusieurs cyclistes nous ont indiqué qu’il s’agit du passage le plus direct pour se rendre à Val-Bélair à vélo. Mais les voies cyclables bien aménagées, situées tout juste à côté, s’arrêtent brusquement avant ce tronçon.
Les voies cyclables bien aménagées s’arrêtent brusquement avant la portion de la route de l’Aéroport, entre la route Sainte-Geneviève et l’avenue Notre-Dame. (Philippe Chabot/Le Soleil)
Sans accotement et avec seulement une bande de gravier et de roches sur le côté, les cyclistes doivent prendre leur place dans la voie de circulation.
«La chaussée est fissurée et très inégale sur presque toute sa longueur», indique Manuel Gagnon. De fait, la voie en direction de Val-Bélair présente plusieurs fissures qui ne pardonnent pas aux pneus de vélo.
La voie en direction de Val-Bélair présente plusieurs fissures qui ne pardonnent pas aux pneus de vélo. (Philippe Chabot/Le Soleil)
«J’utilise quand même ce chemin, puisque je n’ai pas le choix pour me rendre dans des secteurs aménagés pour les cyclistes, mais disons que je ne me sens pas en sécurité, encore moins lorsque je me déplace avec le chariot ou le banc de bébé», affirme Emie Trottier.
Pour un autre cycliste, l’ajout d’une véritable voie cyclable contribuerait aussi à améliorer la circulation dans le secteur. «Ça désenclaverait», estime-t-il. Val-Bélair «étouffe», avait d’ailleurs déploré au Soleil le conseiller municipal et chef de l’opposition, Stéphane Lachance, qui réclamait plus d’options pour relier le quartier à la ville.
Chemin Saint-Louis, l’accotement Houdini
«Envoye, direct dans le trafic», lance un cycliste. Pendant près de 800 mètres, l’étroite bande cyclable du chemin Saint-Louis, après le pont de Québec en direction de la rue Maguire, disparaît complètement. Les cyclistes doivent alors s’insérer dans la circulation, au milieu des voitures et des autobus.
Pendant près de 800 mètres, l’étroite bande cyclable du chemin Saint-Louis, après le pont de Québec en direction de la rue Maguire, disparaît complètement. (Philippe Chabot/Le Soleil)
«J’y suis passé avec des enfants et j’ai cru les voir passer sous les camions. Plus jamais», raconte un autre utilisateur du réseau.
Si une bonne partie de la chaussée a été repavée récemment, la bande cyclable présentait encore, lors du passage du Soleil, plusieurs fissures sur les sections qui n’ont pas été refaites.
La bande cyclable présentait encore, lors du passage du Soleil, plusieurs fissures sur les sections qui n’ont pas été refaites. (Philippe Chabot/Le Soleil)
«Ça a enfin été repavé en partie. Ce n’était vraiment pas un luxe. Mais pour ce qui est de la sécurité, il y aurait place à l’amélioration», tranche une cycliste sur Facebook.
3e Avenue, une portière si vite arrivée
Sur la 3e Avenue, la bande cyclable est coincée entre les voitures stationnées et celles qui roulent sur la rue. Plusieurs cyclistes disent s’y sentir vulnérables, craignant qu’une portière s’ouvre devant eux.
Sur la 3e Avenue, plusieurs cyclistes se sentent vulnérables sur la bande cyclable, craignant qu’une portière s’ouvre devant eux. (Caroline Grégoire/Le Soleil)
«C’est une super belle piste cyclable, mais il y a énormément de gens qui ouvrent leur portière sans faire attention. Quand je suis avec ma fille de 8 ans, qui n’a pas conscience de tout son environnement, je trouve ça quand même stressant de faire du vélo avec elle», raconte au téléphone Anaïs Morel.
«Une porte qui s’ouvre devant un cycliste, un coup de guidon pour l’éviter, un camion qui arrive un peu vite… Je serai profondément triste, mais pas surprise quand il y aura un accident, ajoute une autre cycliste. Ce n’est qu’une question de temps. Je préfère rouler dans la voie.»
Entre Neilson et Hochelaga, le «trou béant»
Chaque jour, de nombreux cyclistes, parfois de jeunes étudiants, passent sous le viaduc de l’autoroute Duplessis, puis traversent au-dessus de l’autoroute Henri-IV pour se rendre notamment à l’école secondaire Rochebelle, qui accueille plus de 2200 élèves.
Sur ce trajet, aucun aménagement ne protège les cyclistes. Entre le corridor VivaCité du boulevard Neilson et celui du boulevard Hochelaga, aucune piste cyclable ne permet de relier les deux axes. Les usagers peuvent emprunter d’autres tracés, mais même Google Maps propose aux cyclistes de passer par ce secteur jugé dangereux par plusieurs.
Entre le corridor VivaCité du boulevard Neilson et celui du boulevard Hochelaga, aucune piste cyclable ne permet de relier les deux axes. (Philippe Chabot/Le Soleil)
«C’est un trou béant dans l’infrastructure cyclable de Sainte-Foy. Plusieurs cyclistes empruntent cette route de toute façon, souvent en roulant sur le trottoir. Mais c’est mieux de rouler dans l’illégalité que de mettre sa vie en danger», déplore Alexandre Olivier.
Sur place, Le Soleil a constaté que le secteur est peu adapté aux vélos, particulièrement sous le viaduc où la visibilité est réduite.
Le Soleil a constaté que le secteur est peu adapté aux vélos, particulièrement sous le viaduc. (Philippe Chabot/Le Soleil)
«C’est hyper dangereux, mais en même temps c’est un axe de déplacement central, et le seul possible en hiver, qui dessert une école secondaire entre autres. Ça fait longtemps que les citoyens réclament un prolongement de l’axe cyclable existant», mentionne une autre cycliste sur Facebook.
Attention! Obstacles
Une pancarte de signalisation temporaire, un bloc de béton, des barrières métalliques: plusieurs cyclistes ont indiqué au Soleil que certains obstacles sur les pistes cyclables peuvent parfois être plus dangereux que le tronçon lui-même.
Un bloc de béton au beau milieu de la piste cyclable, sous l’autoroute Dufferin-Montmorency. (Facebook)
L’un d’eux dénonce la présence d’un bloc de béton au beau milieu de la piste cyclable, sous l’autoroute Dufferin-Montmorency, en face de l’usine White Birch. Un autre estime que les barrières métalliques installées le long de la promenade Champlain peuvent poser problème, notamment dans certains virages très serrés où les cyclistes doivent souvent empiéter sur le gazon pour passer.
Une cycliste dénonce aussi la présence de pancartes de signalisation temporaires placées directement dans les voies cyclables, «comme si c’était un no man’s land». Lors de son passage, Le Soleil en a d’ailleurs aperçu une sur la bande cyclable de la route de l’Aéroport, tournée à 90 degrés.
Une pancarte de signalisation temporaire placée directement dans la voie cyclable de la route de l’Aéroport. (Philippe Chabot/Le Soleil)
«On ne voit plus que l’épaisseur de la pancarte en circulant dans la voie. Ces panneaux, réfléchissants sur leur face, deviennent invisibles le soir et la nuit. Voilà pourquoi j’appelle cette pratique hyper dangereuse les “tranche cyclistes”», lâche-t-elle.
D’autres tronçons en rafale
- Boulevard Laurier, à la hauteur de la rue Sauvé: aucun feu de circulation ne permet aux cyclistes se dirigeant vers l’ouest, en direction de Place Laurier à partir des bâtiments de Beneva, de traverser de façon sécuritaire la rue Sauvé. Un aménagement jugé mal adapté par plusieurs cyclistes.
- Rue de la Faune: l’accotement entre Saint-Émile et la prison de Québec est décrit par plusieurs cyclistes comme «l’un des pires» du réseau de la ville.
- Chemin des Quatre-Bourgeois: la piste cyclable aurait besoin d’un sérieux resurfaçage, selon plusieurs cyclistes qui la décrivent comme étant en «très mauvais état».
Enfin, il convient de souligner que plusieurs cyclistes et organismes ont salué les efforts de la Ville de Québec pour développer des aménagements cyclables plus sécuritaires au cours des dernières années.
Demain, les pires tronçons cyclables de Lévis.