Sainte-Catherine Ouest, entre Peel et Saint-Marc.
L’appel d’offres pour construction se termine ce jeudi 13 février. Maintenant que l’avenir de Sainte-Catherine est scellé, une analyse de la proposition permet de mieux comprendre ce qui nous attend.
Sainte-Catherine n’est pas n’importe quelle rue. C’est le coeur de notre ville, historiquement, économiquement, socialement.
Sainte-Catherine est une rue commerciale — l’une des typologies les plus complexes et les plus fragiles. Sur une rue commerciale, la qualité de l’aménagement et la santé des commerces sont interdépendantes. Cette relation entre l’espace public et le cadre bâti est toujours importante, mais sur une rue commerciale, l’équilibre est particulièrement délicat, et la moindre erreur peut impacter l’ensemble d’un quartier, l’ensemble d’une ville. Et plusieurs villes à travers le monde l’ont appris à leurs dépens au fil du temps.
Cet aménagement se doit d’être irréprochable.
Jusqu’à présent, les discussions ont surtout porté sur les aspects piétons de l’aménagement, menant à un débat plutôt binaire. Une rue commerciale est bien plus complexe que cet aspect.
Au cours des quinze dernières années, j’ai eu la chance de visiter et d’étudier plus d’une centaine de rues commerciales en Amérique du Nord et en Europe. Chaque ville est unique, chaque contexte est unique, mais certaines constantes semblent se dessiner lorsqu’on observe les rues commerciales les plus en santé:
La fluidité des mouvements
Il doit être possible de parcourir l’ensemble de l’espace librement, instinctivement, sans embuche ni obstacle. On doit pouvoir se rendre de n’importe quel point à un autre sans effort. Cet aspect assure également une meilleure accessibilité universelle. Les circulations doivent aussi être dimensionnées en fonction de l’achalandage, permettre les mouvements libres.
L’intelligibilité des circulations
Les circulations se doivent d’être claires, définies, facilement compréhensibles d’un seul coup d’oeil. Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté, de flou, de complexité.
La lisibilité de l’espace
Sur une rue commerciale, ce sont les bâtiments qui structurent l’espace. On doit pouvoir lire les façades, lire les alignements sans que la lisibilité ne soit brouillée, embourbée. Il doit être possible de reconnaître les commerces facilement. Les façades commerciales étant déjà chargées par nature, l’espace public doit s’effacer, se mettre au second plan, offrir un réceptacle modeste à l’animation.
La flexibilité des aménagements
La ville évolue, les besoins aussi. Surtout lorsqu’il est question d’artère commerciale. L’aménagement doit pouvoir s’adapter au fil des saisons, au fil des années. Impossible de savoir aujourd’hui ce que sera une rue commerciale dans dix ans. Il faut permettre cette évolution.
L’aménagement proposé pour Sainte-Catherine Ouest, entre Peel et Saint-Marc, respecte-t-il ces principes fondamentaux?
L’autre élément à analyser est cette proposition d’alternance rue/esplanade. Difficile de comparer cette proposition avec des précédents à l’étranger, puisque toutes les rues ayant cette typologie ont été démantelées au fil du temps.
Un élément essentiel en design urbain est le respect de la typologie.
Une rue est une rue (indépendamment des modes de transport), une place est une place, un parc est un parc. Dans l’histoire du design urbain, à chaque fois qu’on a essayé de mélanger, alterner ou brouiller les typologies, on a échoué.
Ce qui définit une rue, c’est la continuité de son aménagement, quel qu’il soit. On déroule un principe sur toute la longueur. Si on vient interrompre ponctuellement cette continuité, on génère une problématique. Rien n’empêche certaines variations de l’aménagement, mais toujours dans le respect du principe directeur.
L’alternance rue/esplanade respecte-t-elle ce principe de base du design urbain?