Nouvelles culturelles

Téléfilm Canada reçoit 100 millions du fédéral

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La comédienne Liliane Skelly et la réalisatrice Mariloup Wolfe pendant le tournage du film Cœur de slush, en 2022

La ministre du Patrimoine canadien Pascale St-Onge a annoncé mercredi un soutien de 100 millions sur deux ans au secteur audiovisuel. Une aide qui devrait permettre de financer de 40 à 60 productions additionnelles par année au pays.

Publié à 14h27 Mis à jour à 14h38

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Jean Siag
Jean Siag La Presse

La ministre St-Onge a annoncé ce soutien additionnel de 50 millions par année pendant deux ans à Téléfilm Canada lors d’un bref point de presse sur la colline Parlementaire, à Ottawa.

« Le cinéma et la télévision ont traversé ces dernières années une période de perturbation. On aide le secteur entre autres en revoyant la Loi sur la radiodiffusion, le CRTC se penche maintenant sur la question de la réglementation, mais une autre façon d’aider le secteur, c’est de remplir une des promesses qu’on a faites d’assurer le financement de 50 millions additionnels [par année] pour Téléfilm », a annoncé Pascale St-Onge.

Le milieu de l’audiovisuel attendait cette annonce avec fébrilité à mesure que la date d’échéance du 31 mars 2024 approchait. Sans le renouvellement de l’aide fédérale, la production de nombreux projets de films ou de séries était compromise.

La ministre du Patrimoine a souligné l’année « exceptionnelle » de 2023 au cinéma. « On a juste à penser au film Simple comme Sylvain [de Monia Chokri], qui est en route pour les Césars, ou encore à BlackBerry [de Matt Johnson] ou Bones of Crowes [de Marie Clements], une coproduction avec les communautés autochtones. Donc on est très fiers de pouvoir assurer ce financement-là, puis soutenir le secteur culturel et aussi la production francophone au Québec et hors Québec. »

Mme St-Onge a insisté sur le fait que l’industrie audiovisuelle emploie 180 000 travailleurs au pays. « C’est une façon de leur garantir un emploi pour les années à venir », a-t-elle dit.

La directrice générale et cheffe de la direction de Téléfilm Canada, Julie Roy, s’est réjouie de l’annonce dans un communiqué publié peu après. « Au cours des derniers mois, l’industrie a plaidé sans relâche en faveur du renouvellement des fonds additionnels alloués à Téléfilm, a-t-elle dit. L’effort collectif de notre secteur joue un rôle inestimable pour façonner l’avenir du cinéma canadien et autochtone. Nous remercions l’ensemble de nos partenaires pour ce soutien. »

Les associations syndicales, dont l’Union des artistes (UDA), l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) et la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), se sont également dites « soulagées » par l’annonce de la ministre St-Onge, même si le milieu de l’audiovisuel demandait un financement annuel de 50 millions sur une base permanente.

Pour le moment, ce financement additionnel est consenti pour les deux prochaines années seulement.

« C’est un soulagement, a indiqué par communiqué le président de l’ARRQ, Gabriel Pelletier. Notre industrie demeure fragile. Et, si le financement est essentiel, le cadre législatif et réglementaire l’est tout autant pour préserver une industrie aux prises avec des enjeux nouveaux. Nous poursuivrons nos échanges avec la ministre St-Onge qui s’est montrée sensible à nos réalités. »

Même accueil du côté de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui s’est dite rassurée à la suite de la décision de Patrimoine canadien.

« L’annonce d’aujourd’hui met enfin un terme à l’insécurité au moment même où Téléfilm Canada analyse les projets qui seront mis en œuvre dès le printemps prochain. Il était minuit moins une. […] L’ampleur du mouvement démontre l’attachement du Québec à son cinéma et la force du milieu lorsque tous se mobilisent pour une cause commune », a affirmé sa présidente et directrice générale, Hélène Messier.

Au cours de l’année 2022-2023, Téléfilm Canada a géré un budget total de près de 160 millions.

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Nouvelle exposition au MBAM

Géants de l’art moderne : Georgia O’Keefe et Henry Moore au Musée des Beaux-Arts de Montréal

Une nouvelle exposition au Musée des Beaux-Arts de Montréal est consacrée à Georgia O’Keeffe et Henry Moore, deux géants de l’art moderne dont le travail comporte beaucoup de similitudes.

Le reportage de Nabi-Alexandre Chartier

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Les archives d’André Gagnon acquises par BAnQ


PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE
André Gagnon, en 2010.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) annonce avoir acquis les archives du compositeur, pianiste et chef d’orchestre André Gagnon, qui s’est éteint en 2020.

Publié à 8h17
La Presse Canadienne

Les documents d’archives, s’étalant de 1940 à 2010, comprennent plusieurs partitions, dont celles de l’une de ses chansons les plus connues, Wow. On y retrouve également des carnets de notes et des lettres.

Les archives comprennent par ailleurs 1000 photos, ainsi que 200 cassettes vidéo.

BAnQ indique que la plupart des documents sont maintenant accessibles aux visiteurs de la bibliothèque.

La carrière d’André Gagnon s’est échelonnée sur sept décennies et l’a amené à porter plusieurs chapeaux, notamment orchestrateur, arrangeur, compositeur, interprète et réalisateur.

À travers le temps, il a composé pour le théâtre, l’opéra, le cinéma et la télévision.

Gagnon a connu un rayonnement international, s’illustrant notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Grèce et au Japon.

« Ses archives constituent un legs majeur pour la mémoire du Québec, un véritable trésor », a souligné dans un communiqué Marie Grégoire, présidente et directrice générale de BAnQ.

« Au cœur de la société apprenante, afin que son héritage se perpétue, BAnQ préserve désormais ce précieux patrimoine afin de le partager avec les générations présentes et futures. »

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C’est une belle acquisition. Il est important de mettre en valeur les musiciens d’ici et de perpétuer l’héritage qu’ils nous lèguent.

Est-ce qu’une partie de cette collection pourrait se retrouver dans la futur Maison de la chanson et de la musique, sur Saint-Denis ?

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Une offre plus abondante que jamais

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

L’industrie culturelle québécoise doit également composer avec la compétition internationale.

Les statistiques ne disent pas tout, mais peuvent indiquer des tendances. En matière de culture, au Québec, les indicateurs sont en hausse : il se publie plus de chansons et de livres, il se produit plus de films, d’émissions de télévision, de concerts et de spectacles qu’il y a 20 ans. L’offre est même plus abondante que jamais.

Publié à 5h00

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Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Le mouvement haussier est amorcé depuis plus d’une décennie dans la plupart des secteurs culturels – le théâtre, en légère baisse, constitue le contre-exemple. En musique, la baisse des coûts de production, combinée au basculement vers l’écoute en ligne, a provoqué un déferlement de nouveaux albums. L’avènement de nouvelles chaînes et plateformes a suscité un sursaut de demande de contenu audiovisuel. L’arrivée à maturité de plusieurs nouvelles maisons d’édition a bonifié l’offre en littérature.

La population québécoise a aussi augmenté, bien sûr. Or, « le nombre d’artistes augmente plus vite que la population », relève François Colbert, titulaire de la Chaire de gestion des arts à HEC Montréal.

L’offre culturelle québécoise serait-elle trop abondante ? Le malaise est palpable chez tous les professionnels et observateurs de la culture joints par La Presse. La question est jugée « délicate », presque « morale ».

La question n’est pas de savoir si on produit trop, mais de s’assurer que les entreprises culturelles trouvent les meilleurs moyens pour rejoindre le public.

La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) dans un courriel envoyé à La Presse

MusicAction, le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada ont décliné nos demandes d’entrevue.

« Il n’y aura jamais trop de bons projets, trop de bons artistes et de bonnes créations, jamais trop d’art dans nos vies », juge David Laferrière, président de RIDEAU, une association de diffuseurs qui tient son rendez-vous annuel à compter d’aujourd’hui à Québec. Or, cela posé, il ajoute : « Ça m’obsède, cette question du volume. On n’a pas les moyens financiers de diffuser adéquatement les spectacles. »

Le cas de la musique

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le nombre d’albums produits au Québec a triplé en une décennie.

Jacinthe Plamondon Émond, de l’étiquette InTempo Musique, est catégorique : « Ça fait longtemps qu’on produit trop [pour la capacité de notre marché] », dit-elle. Ce constat est partagé à des degrés divers par plusieurs dans l’industrie québécoise de la musique, où l’explosion de l’offre et l’augmentation de la compétition internationale ont été marquées ces dernières années.

120 000

Nombre de pièces chargées chaque jour sur les différentes plateformes de musique en ligne

Source : LuminateData

Avant, les disques se vendaient massivement et en peu de temps. L’économie des plateformes a chamboulé ce système. « Elles ont besoin d’une masse de contenu avec beaucoup de roulement », résume la présidente d’InTempo Musique, ce qui force les entreprises et les artistes « à faire du volume » pour espérer ramasser une foule de micropaiements suffisants pour les garder à flot.

« Ce système est nuisible du point de vue business, nuisible du point de vue culturel et nuisible du point de vue humain », insiste Jacinthe Plamondon Émond. Eve Paré, directrice générale de l’ADISQ, est moins alarmiste, mais admet être « préoccupée par la difficulté [pour l’industrie] de soutenir autant de projets » musicaux.

Quantité égale diversité

L’avènement de l’internet n’a pas seulement favorisé l’augmentation de l’offre culturelle, il a aussi contribué à sa diversification en permettant le développement de niches. « La littérature autochtone a explosé [au Québec], par exemple. Il y a plein d’offres comme ça, très nichées, qui trouvent leur public parce qu’il y a un appétit pour ça », expose Nellie Brière, stratège en communications numériques.

PHOTO FOURNIE PAR NELLIE BRIÈRE

Nellie Brière, stratège en communications numériques

C’est super intéressant et logique que cette diversité de contenu se développe, c’est fantastique de voir ce vent de créativité qui souffle. Sauf que ce n’est pas viable financièrement.

Nellie Brière, stratège en communications numériques

Ce genre de choses peut fonctionner dans un grand marché mondialisé ou pour une culture dominante, mais pas au Québec, où « on n’a pas la densité de population » nécessaire, selon elle.

« Il y a toujours eu beaucoup d’appelés et peu d’élus dans le monde de l’art, rappelle Dannick Trottier, directeur du département de musique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). À un moment donné, il y a une forme d’élimination naturelle qui se fait. » François Colbert est d’accord : tous les livres, tous les films, tous les albums ne trouveront pas leur public et tous les artistes formés par les différentes écoles professionnelles ou les conservatoires ne feront pas carrière non plus.

Le nombre de personnes en âge de consommer de la culture au Québec n’augmente que d’environ 1 % par année depuis les années 1990. « Maintenant, en 2023, ce 1 % est composé pour beaucoup de nouveaux arrivants qui ne sont peut-être pas encore [attachés] à la culture québécoise, ajoute-t-il. On est devant un marché qui ne bouge à peu près pas. »

L’une des clés serait-elle donc d’élargir davantage à la diversité ? Juste pour rire le croit. Après avoir constaté une baisse d’affluence à son festival vers 2018-2019, sa direction a constaté qu’il ne rejoignait pas les différentes communautés composant la société québécoise. L’organisation a donc amorcé une transformation, qui s’avère fructueuse, selon son directeur, Patrick Rozon (voir autre texte).

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Nombre de spectacles différents offerts à la tournée en février 2024 au Québec

Source : Scène Pro

En faire moins ?

Hélène Messier juge qu’en audiovisuel, le contexte exige qu’on investisse davantage pour produire plus de contenu de qualité et assurer une présence québécoise sur nos écrans. Dans le domaine du spectacle, David Laferrière penche pour la solution inverse. « Il faut réfléchir sérieusement à la question de la décroissance, pense-t-il. Faire un petit peu moins, mais mieux. » Eve Paré, de l’ADISQ, croit aussi qu’il faut « resserrer l’aide vers des projets qui sont porteurs et où il y a du développement de carrière à long terme ».

« Il y a quelque chose de très sensible dans cette question-là », précise-t-elle toutefois.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Eve Paré, directrice générale de l’ADISQ

À quel moment, comme gouvernement ou comme société, on a le pouvoir de dire : la diversité culturelle s’arrête ici ?

Eve Paré, directrice générale de l’ADISQ

Ni Mme Paré ni David Laferrière n’ont une idée claire des modalités du resserrement de l’offre auquel ils songent.

Le monde du livre a peut-être déjà une piste de solution. « Certaines maisons d’édition font le choix de publier un peu moins de titres », dit Karine Vachon, directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres, en utilisant le terme « décroissance ». Les coûts de production, dont l’augmentation du prix du papier, pèsent dans la balance, mais elle évoque aussi une « volonté d’accompagner davantage la vie de chaque livre et bien le promouvoir ».

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Augmentation du nombre d’ouvrages littéraires publiés au Québec entre 2004 et 2021

Source : Statistiques de l’édition au Québec

Ce meilleur « accompagnement » aussi évoqué par David Laferrière serait la possibilité d’affecter davantage de ressources humaines et financières à des projets moins nombreux. Réajustement qui demanderait un meilleur financement des opérations de mise en marché des diffuseurs et des producteurs de contenus. Chose certaine, précise le président de RIDEAU, cette décroissance « ne doit pas se faire aux dépens des artistes de la relève et des disciplines de niche ».

Faire moins, mais mieux peut sembler logique, mais Nellie Brière flaire un piège.

« Si tu réduis la quantité, tu réduis nécessairement la qualité. La quantité te permet de rayonner à l’international, avance-t-elle. C’est comme au hockey : plus tu as de joueurs sur le territoire, plus tu as de chances d’en voir se rendre à la Ligue nationale. En fait, il faut se demander ce qu’on veut servir : le rayonnement ou la rentabilité ? »

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La hausse des loyers force des artistes montréalais à délaisser leur atelier

La peintre Frances Foster.
La peintre Frances Foster dans son atelier-maison à Montréal le 9 février 2024.
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / CHRISTINNE MUSCHI

Associated Press
Publié à 17 h 01 HNE

Le paysage à l’extérieur de l’atelier de la peintre Frances Foster a bien changé en 32 ans : au fil du temps, les anciennes gares ferroviaires et les usines délabrées ont fait place aux entreprises branchées, aux nouveaux résidents et aux voitures de luxe.

L’intérieur, cependant, n’a jamais semblé aussi vide.

À une certaine époque, Mme Foster partageait cet atelier situé dans un ancien bâtiment industriel avec une dizaine d’autres artistes. Mais aujourd’hui, elles ne sont plus que deux après avoir survécu de justesse à une tentative d’expulsion qui a poussé tous les autres locataires à partir au cours des trois dernières années.

Les propriétaires ont abandonné leur procédure d’expulsion l’année dernière parce qu’ils avaient atteint leur objectif d’expulser la majorité des artistes, dont certains vivaient dans le bâtiment depuis plus de 20 ans, explique-t-elle.

Montréal, nommée ville UNESCO de design en 2006, est reconnue depuis longtemps comme un paradis pour les artistes grâce à sa scène culturelle dynamique et à ses loyers qui ont longtemps défié toute concurrence.

Cependant, à mesure que les loyers augmentent et que les anciens quartiers industriels sont réaménagés, certains artistes n’ont d’autre choix que de partir de leur lieu de création.

Lorsque Mme Foster a emménagé dans ce bâtiment, la zone aux alentours était à peu près abandonnée. C’était un quartier plutôt effrayant, reconnaît-elle.

Toutefois, vers 2021, le secteur s’est embourgeoisé, ce qui a conduit le propriétaire du bâtiment à décider de le réaménager et de pousser les artistes à partir. Mme Foster paie toujours un loyer mensuel de moins de 1000 $.

C’est un scénario trop courant, de l’avis de la directrice générale d’un groupe qui représente les artistes visuels de la province.

Ce qu’on sait déjà, c’est que la situation des artistes est de plus en plus précaire.

— Camille Cazin, directrice générale du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV)

Récemment, le RAAVa lancé un sondage pour déterminer l’étendue de l’impact de la hausse des loyers et du coût de la vie sur les artistes. Dès le premier jour, 450 personnes ont répondu.

Comme Mme Foster, de nombreux artistes s’établissent dans les zones urbaines où le prix du pied carré d’espace est le moins cher. Toutefois, au fil du temps, la présence d’artistes dans des quartiers autrefois économiquement défavorisés, comme Saint-Henri ou le Mile End, a rendu ces quartiers plus prisés, ce qui a entraîné une hausse des prix.

C’est malheureusement le problème des ateliers d’artistes : les artistes sont attirés par les prix bas, mais les investisseurs immobiliers sont attirés par les artistes.

— Camille Cazin, directrice générale du RAA

Problème répandu

Plusieurs artistes ont avoué à La Presse canadienne qu’ils ont dû changer de studio à plusieurs reprises ou qu’ils n’ont rien trouvé d’abordable.

Il y a quelques années, André Laplante, qui est peintre et graphiste, a été contraint de partir d’un atelier qu’il louait avec d’autres artistes puisque certains d’entre eux n’étaient plus en mesure de payer leur part du loyer. Selon lui, la précarité des artistes est amplifiée par ce qu’il appelle le phénomène du double loyer.

Il faut payer un loyer pour vivre quelque part mais aussi payer un autre loyer pour avoir une pratique artistique qui ne rapporte souvent rien financièrement, ou très peu.

— André Laplante, peintre et graphiste

Aïda Vosoughi, qui est peintre et artiste visuelle, a dû quitter son ancien atelier après le non-renouvellement d’une subvention qui lui était accordée.

Mme Vosoughi, qui travaille maintenant dans un espace plus petit lié à l’Université du Québec à Montréal, affirme que la plupart des mesures d’aide financière ne sont accordées que de façon annuelle, ce qui fait en sorte qu’il y a toujours une inquiétude pour l’année suivante.

Les élus au fait du problème

La Ville de Montréal reconnaît l’existence de ce problème et s’efforce de garantir des locaux abordables aux artistes visuels, notamment grâce à un programme qui sert à subventionner leur loyer.

L’an dernier, plus de 400 artistes ont utilisé ce programme, qui offre 13 $ par mètre carré pour les espaces créatifs et 3 $ par mètre carré pour l’entreposage, selon la responsable de la culture au comité exécutif, Ericka Alneus.

Le ministère de la Culture du Québec et la Ville de Montréal se sont également associés dans le cadre d’un programme de 30 millions de dollars destiné à rénover les bâtiments qui abritent des studios d’artistes, souvent détenus par des collectifs d’artistes ou par des organisations à but non lucratif qui se sont regroupés pour les acheter.

Un de ces projets est les Ateliers 3333, créés par le célèbre peintre et romancier Marc Séguin après que d’autres artistes et lui eurent été expulsés du bâtiment où se trouvaient leurs ateliers.

En réponse, M. Séguin s’est associé à une société immobilière et à une entreprise de développement social pour acheter un ancien bâtiment industriel dans le quartier Saint-Michel et pour le rénover grâce à une subvention de cinq millions de dollars issue de ce fonds.

Aujourd’hui, c’est un espace de travail pour des dizaines d’artistes qui paient des loyers raisonnables, selon Stéphane Ricci, vice-président au développement de la Société de développement Angus, un des partenaires du projet. Le bâtiment est géré comme un organisme à but non lucratif.

Je pense que c’est un modèle très intéressant parce qu’il permet aux artistes d’avoir une certaine stabilité.

— Stéphane Ricci, vice-président au développement de la Société de développement Angus

Or, il existe également des problèmes, notamment le besoin de capitaux, de même que la hausse des taux d’intérêt, des coûts de construction et des taxes.

Il considère néanmoins que ce projet est une réussite. Nous avons environ 130 ou 140 artistes qui sont installés là-bas et qui ne seront jamais expulsés par le propriétaire parce qu’il a trouvé quelqu’un de prêt à payer plus, se réjouit-il.

Même article en anglais

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Ces Croque-livres qui redeviennent sauvages (ou le délabrement des petites bibliothèques)


Photo: Valérian Mazataud, Le Devoir
Un Croque-livres en mauvais état dans le quartier Ahuntsic, a Montréal

Catherine Lalonde
13 février 2024
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Ils ont poussé au Québec il y a un peu plus de dix ans comme de jolies mauvaises herbes, pleines de couleurs et de feuilles à partager. Les Croque-livres, ou microbibliothèques, se sont propagés à tout vent, en talles, parfois trop près les uns des autres. Aujourd’hui, ces bibliothèques sauvages ont mauvaise mine. Vitres tombées, portes qui ne s’enclenchent plus, tablettes vides ou à peine garnies de magazines vieux de trois ans, de guides de l’Italie aux prix en lires, de bouquins de troisième ordre. Les microbibliothèques fanent. Pourquoi ?

Arrêtons-nous ruelle des Tournesols, virée verte en 2014, dans Villeray. « Notre Croque-livres tombe morceau par morceau, indique une résidente attrapée au vol. C’est un peu triste. »

« On est pas mal tous des intellectuels, ici. On a été bons pour comprendre les programmes municipaux et se mettre ensemble pour faire une ruelle verte. Mais pour entretenir le matériel de la ruelle ou le Croque-livres, c’est autre chose. Moi, je sais pas quoi faire avec un tournevis. Et la Ville ne propose pas de suivi ni de service d’entretien. » Même payant.

Nos microbibliothèques fanent-elles ? Oui, confirme Amélie Lemieux, professeure de didactique de la littérature à l’Université de Montréal. C’est elle qui a monté le réseau des bibliothèques de partage de l’Université McGill, en 2014-2015. Ces boîtes à bouquins étaient encore rares à Montréal ; on en entendait parler des États-Unis, où le mouvement Little Free Library s’est formé.

En 2014, tournant : la Fondation Lucie et André Chagnon lance ici son initiative des Croque-livres, qui vise à offrir « en priorité [aux] enfants âgés de 0 à 12 ans » un « accès libre aux livres et à la lecture ».

Pour un peu plus de 200 $ à l’époque, aujourd’hui pour 378 $ et 45 $ de livraison, il est possible d’acheter son Croque-livres prêt à assembler. Ou de télécharger les plans pour le faire soi-même de A à Z.

C’est la prolifération. De 2015 à 2018, la Fondation compte plus de 400 Croque-livres commandés par année. Sans compter les autres petites bibliothèques, construites à la mitaine. Côté Croque-livres, gros ralentissement en 2019, avec 287, suivi d’une chute pandémique en 2020, où 135 Croque-livres seulement ont trouvé terreau. L’élan, depuis, s’est perdu.

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La Fondation est fière d’affirmer qu’aujourd’hui, on trouve 2976 Croque-livres au Québec. Ce chiffre est approximatif, puisque les microbibliothèques sont de la seule responsabilité de l’organisation qui les commande.

« Il est possible que certains ne soient plus en service et figurent toujours sur la carte [du site des Croque-livres]. » D’autres, comme celui de l’école Hélène-Boullé, font beaucoup plus belle figure sur la photo du site que dans la vraie vie, où un clou qui dépasse attend les poignets des enfants trop pressés. « Certains Croque-livres actifs, poursuit la Fondation, peuvent ne pas apparaître sur la carte, car leurs propriétaires ne souhaitent pas les enregistrer. »

Cannibaliser les livres

La Fondation ne procure pas de conseils ni de service d’entretien ou de réparation. Pas plus que des suggestions sur les moyens de recycler ou de jeter un Croque-livres qui n’est plus en état. Elle se réjouit d’en voir apparaître de plus en plus, de leur croissance perpétuelle. Sans se soucier de leur état, sans chercher à savoir s’ils remplissent leurs fonctions.

« Il y a moins de commandes pour Montréal ces dernières années au profit des régions », précise Geneviève Doray, de la Fondation. Peut-il y avoir eu saturation à Montréal ? Dans certains secteurs, on trouve jusqu’à cinq microbibliothèques sur deux pâtés de maisons. Est-ce que les Croque-livres se cannibalisent les uns les autres quand ils sont trop proches ?

« Bien sûr, répond Amélie Lemieux. Comme pour tous les commerces ou services. Comme lorsque vous vous retrouvez avec trois pharmacies ou quatre cafés dans votre quartier », l’importance se dilue.


Photo: Adil Boukind, Le Devoir
Un Croque-livres du Plateau-Mont-Royal

D’autant qu’il y a des limites aux livres qui peuvent être donnés dans un quartier. Une fois l’effet de nouveauté passé, une fois les ménages des bibliothèques personnelles bien faits, les livres à donner déjà donnés, comment assurer un renouvellement des stocks ?

En outre, « les Croque-livres ont été pensés pour les enfants, les jeunes lecteurs », poursuit Mme Lemieux, qui lisent beaucoup et dont le niveau de lecture évolue vite. Ces enfants-là grandissent. « Et le contenu des petites bibliothèques ne s’adapte pas nécessairement. »

Les hivers sont durs pour les Croque-livres

« Pour qu’un projet communautaire de ce genre fonctionne, il faut une intention claire, et continue, qui va au-delà de l’intention philanthropique, du partage », ajoute Amélie Lemieux. « Si l’intention se dissipe avec le temps, si personne n’est responsable — et ça peut être un groupe qui l’est —, ça se dilue… »

À McGill, l’idée était claire. « Il y avait un besoin : pour les étudiants, les course packs et les textbooks coûtent extrêmement cher, et ils sont recyclés à la fin de chaque session. » Celle qui étudiait alors les sciences de l’éducation et qui s’intéresse à la justice sociale a vu là l’occasion d’allier théorie et pratique.

McGill a installé une bibliothèque dans chaque bâtiment. Dans un lieu passant — devant la cafétéria, par exemple —, pour stimuler la circulation des ouvrages. À l’intérieur, pour éviter les rudes hivers. « Il ne faut pas sous-estimer la météo dans ce genre de projet. Je crois que c’est un élément qui a été beaucoup oublié, ici. »

L’opposé du livre numérique

La magie des microbibliothèques, c’est leur matérialité, estime encore la professeure et chercheuse. Elles pourraient être l’exact opposé du livre numérique, dématérialisé, qu’on trouve par une recherche précise ou par les calculs d’algorithmes qui connaissent les habitudes du lecteur.

La petite bibliothèque attire les lecteurs par son contenant — quand elle est repeinte, colorée, fonctionnelle, séduisante. Et par son contenu. C’est un petit royaume de la trouvaille — si le contenu est assez riche… —, du livre inattendu qui semble apparaître presque par magie.

C’est ainsi qu’on sait, aussi, si une microbibliothèque est morte : quand son contenant et son contenu ne remplissent plus leurs fonctions, pense Mme Lemieux. Quand les portes restent ouvertes pendant les bordées de neige. Quand les tablettes sont vides pendant des semaines. Quand les livres empruntés ne reviennent jamais.

« C’est comme une plante », illustre la prof. Une plante qui pousse mieux, même si elle est sauvage, quand on l’arrose et qu’on désherbe sa terre. « C’est vraiment une question de responsabilité. » Une responsabilité à reprendre, peut-être à changer de mains, en s’aidant d’un pot de peinture, de livres à partager. Tout en acceptant, aussi, peut-être, d’élaguer les bibliothèques mortes dont personne, ni individu, ni groupe, ne veut plus s’occuper.

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Dans mon coin (Mile-End), le nombre a doublé en 10 ans. Cependant, ils sont bien utilisés. Les milieux denses et achalandés sont propices à leur utilisation et un gros roulement. Je regarde de temps en temps (et dépose mes livres lus) et je ne vois jamais deux fois les mêmes choses dedans.

Mais sans achalandage suffisant, je peux voir ce mobilier un peu tomber dans l’oubli.

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Je pense aussi que ça dépend d’une certaine culture du lieu. Celui de ma ville n’est pas délabré mais il est franchement ennuyant, alors je ne le visite jamais.

Celui du village de ma copine (3x moins populé, beaucoup moins dense aussi), par contre, fonctionne très bien et il y a toujours des choses intéressantes.

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Je trouve ces micro-bibliothèques très sympathiques à cause du partage d’ouvrages qu’elles permettent. Bien sûr comme dans tout le temps fait son oeuvre et sans entretien elles dépérissent avec leur contenu parfois exposé aux éléments. Dommage car c’est une excellente façon d’échanger librement des livres et ainsi encourager la pratique de la lecture pour tous, si bienfaisante à l’ouverture d’esprit.

Personnellement je suis un grand lecteur avec une soif insatiable de découvrir, notamment en histoire, mais aussi pour vivre de belles émotions, tout en favorisant des moments de réflexions sur la vie et le monde. Ainsi la lecture me procure bien-être et sérénité, elle est le complément parfait à mes activités de plein air, où le corps une fois son énergie sagement dépensée passe le relai à l’esprit, qui se gave à son tour de bien-être sous une autre forme.

Or une fois consommés, je passe mes livres au suivant, en espérant que mon expérience soit tout aussi satisfaisante à autrui. Ainsi va la vie dans un cercle vertueux qui se nourrit de lui-même dans ce que j’appellerais le partage durable.

L’horizon de Khéops Dans la pyramide de Khéops avec Mona

PHOTO ADIL BOUKIND, STUDIO PHI

La pyramide de Khéops, qui s’élève à près de 150 mètres de hauteur, nous offre un point de vue incroyable sur Le Caire.

Les studios Phi ont pris goût aux grands voyages immersifs ! Après le parcours en réalité virtuelle dans le ventre de la Station spatiale internationale, Phi fait équipe avec la société française Emissive pour nous faire voyager virtuellement en Égypte, dans la plus grande pyramide de Gizeh, Khéops. Une expérience fascinante.

Publié à 0h55 Mis à jour à 7h00

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Jean Siag
Jean Siag La Presse

Ceux qui n’ont jamais visité les pyramides d’Égypte seront ici gâtés. Espérons que cette expérience immersive ne les découragera pas de se rendre sur place. Surtout qu’il y a bien une centaine de pyramides le long du Nil que l’on peut voir, dont la plus vieille pyramide d’Égypte, qui se trouve à Saqqarah. Un must, diront les Français.

Il reste que les trois pyramides de Gizeh – celle de Khéops (Khoufou, en arabe), de son fils Khéfren et de son petit-fils Mykérinos, ainsi que les autres tombes royales et mastabas qui se trouvent autour, sur le plateau de Gizeh, à moins de 20 km du Caire, comptent parmi les plus accessibles et les mieux préservées d’Égypte.

Et comme on ne peut pas toujours les visiter – ça dépend des jours, le nombre de visiteurs y est souvent limité, et ce ne sont pas tous les recoins de la pyramide qui sont accessibles non plus –, l’occasion est infiniment belle d’y entrer virtuellement, en faisant un crochet… par le Vieux-Port de Montréal.

Une fois le casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, l’aventure commence. Premier constat : notre guide, Mona, ne parle pas arabe. L’égyptologue parle français, anglais, mandarin, mais pas arabe… Le fondateur d’Emissive, Fabien Barati – qui a créé en 2022 l’expérience Éternelle Notre-Dame, à Paris – nous assure que c’est dans ses plans.

« L’expérience immersive L’horizon de Khéops est actuellement présentée en Chine, en Angleterre et en France, mais on aimerait bien sûr pouvoir offrir un choix de langue en arabe pour le public arabophone, et même la présenter en Égypte, à Gizeh, dans le nouveau Musée du Caire [qui n’est toujours pas ouvert au public], donc ça viendra », s’est-il défendu.

PHOTO ADIL BOUKIND, STUDIO PHI

Les visiteurs déambulent dans un immense espace sans jamais entrer en collision.

Mais passons cette question langagière, l’accueil de Mona est des plus chaleureux, et notre charmante guide nous mène tout droit vers l’entrée de la pyramide de Khéops sur une plateforme que nous partageons avec d’autres visiteurs – dont on peut voir les avatars, ce qui permet de circuler librement sans se cogner les uns contre les autres, ni foncer contre les murs, représentés par un quadrillage rouge.

Une expérience réaliste

La visite peut enfin commencer, et on perçoit même la lumière poussiéreuse du Caire qui perce à travers les rayons de soleil.

En fait, le réalisme graphique de l’intérieur de la pyramide est tout simplement renversant. Et contrairement à la visite de la Station spatiale internationale, celle de Khéops regorge d’informations pertinentes, en plus d’être éminemment sensorielle. Le contenu a d’ailleurs été validé par Peter Der Manuelian, professeur égyptologue de l’Université Harvard.

Il sera bien sûr question de la construction du monument funéraire, édifié il y a 4500 ans sous la IVe dynastie de l’Égypte ancienne – un exploit en soi ! – mais ce sera surtout l’occasion de visiter l’intérieur de la pyramide et ses différentes pièces et chambres. On assistera même au processus d’embaumement du pharaon et à la cérémonie funèbre qui a suivi.

PHOTO ADIL BOUKIND, STUDIO PHI

Vers les deux tiers du parcours, les visiteurs embarquent dans une barque solaire pour une visite du plateau de Gizeh, complètement reconstitué.

Au cours de la visite, Mona s’éclipsera, et ce sera le chat Bastet, déesse des félins, qui nous guidera dans les méandres de la pyramide et même au sommet du monument – notamment sur un tapis de pierres volant – jusqu’à la barque solaire, découverte dans les années 1950, qui nous mènera aux abords du complexe funéraire du plateau de Gizeh totalement reconstitué. Une vraie prouesse.

Aujourd’hui, pour ceux qui ont eu la chance de visiter les pyramides de Gizeh, on sait bien que la ville encercle les monuments de très, très près, et personne n’a échappé à la présence du PFK juste en face de l’imposant monument du Sphinx (entre autres) ; mais justement, cette immersion dans un plateau désertique virtuel où la ville nous semble si lointaine, nous procure un immense plaisir.

Bref, c’est l’occasion de faire un grand voyage d’environ 45 minutes à un coût relativement faible, considérant le difficile accès du lieu et surtout la qualité de la balade.

L’horizon de Khéops est présenté jusqu’au 31 mai au 2, rue de la Commune Ouest, juste à côté du Centre des sciences.

Consultez la page de L’horizon de Khéops

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