Résumé
Des cégeps pleins à craquer
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Le collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, a installé sur son terrain deux complexes modulaires abritant une vingtaine de salles de classe.
Des milliers d’élèves supplémentaires débarqueront cet automne sur les bancs des cégeps, lesquels sont forcés dans certains cas d’installer des classes modulaires et d’allonger les périodes de cours pour affronter la hausse de l’effectif scolaire. Au moins un établissement a dû refuser des élèves, faute d’espace. « C’est un signal d’alarme pour tout le réseau », dit la Fédération étudiante collégiale du Québec.
Publié à 2h45 Mis à jour à 5h00
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C’est le scénario que les cégeps voulaient éviter à tout prix. Fermer la porte à des élèves. Mais le collège Montmorency, à Laval, a dû s’y résoudre cet automne.
« Nous avons dû refuser plus de 1000 demandes, par manque d’espace », a indiqué son service des communications à La Presse. L’établissement, qui attend toujours le feu vert de Québec pour un projet d’agrandissement, a vu ses demandes d’admission bondir de 24 % au premier tour depuis trois ans.
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Le collège Montmorency, à Laval
La Fédération étudiante collégiale du Québec s’inquiète sérieusement de cette situation.
« Quand un cégep en arrive à refuser 1000 demandes par manque d’espace, ce n’est pas simplement un problème local, c’est un signal d’alarme pour tout le réseau », estime son président, Antoine Dervieux.
Ce genre de situation montre clairement que nos cégeps sont à bout de souffle et qu’ils ne peuvent plus répondre aux besoins croissants des étudiants.
Antoine Dervieux, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec
Des « roulottes » là pour rester
L’arrivée des petits-enfants des baby-boomers se fait sentir dans le réseau collégial, où les classes modulaires se multiplient depuis l’an dernier pour absorber la hausse de l’effectif.
Certains établissements l’annoncent déjà : les fameuses « roulottes » ne sont pas près de disparaître.
C’est notamment le cas du collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, qui a installé deux complexes modulaires abritant une vingtaine de salles de classe sur son terrain.
L’établissement prévoit y recourir jusqu’à la livraison de son projet d’agrandissement, qui inclut la construction d’un nouveau pavillon, en 2030.
« Nos installations permanentes sont insuffisantes », explique le directeur général du cégep, Philippe Nasr.
Cet automne, l’établissement compte 450 élèves de plus qu’à la dernière rentrée. Et 800 de plus qu’il y a deux ans. D’ici 2029, il s’attend à accueillir 7500 élèves, soit 1000 de plus qu’en ce moment.
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Couloir de l’un des complexes modulaires du collège Lionel-Groulx
« C’est une très grande progression », souligne M. Nasr.
Des cours du soir y seront donnés pour la première fois, cet automne. Le but : éponger la hausse du nombre d’élèves en prolongeant les périodes de cours.
La plage horaire traditionnelle dans un cégep, c’est de 8 h à 18 h. Là, les cours vont se finir à peu près vers 21 h.
Philippe Nasr, directeur général du collège Lionel-Groulx
L’an prochain, un plus petit projet d’agrandissement permettra l’ajout d’une trentaine de salles de classe.
En attendant, le cégep doit multiplier les solutions créatives pour compenser l’espace manquant, y compris la location de locaux à l’extérieur.
« On a pas mal exploré toutes les options possibles. On veut quand même offrir des installations adaptées », poursuit M. Nasr.
Le cégep Édouard-Montpetit mise aussi sur les classes modulaires pour combler le déficit d’espace au cours des prochaines années.
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Le cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil, mise aussi sur les classes modulaires.
L’effectif de l’établissement de Longueuil a bondi de près de 1000 élèves par rapport à l’an dernier, une hausse de 9 %.
Sur son site web, le cégep assure que ses classes modulaires sont « lumineuses, climatisées et technologiques » pour accueillir les étudiants.
Dans un mémoire déposé ce mercredi, la Fédération étudiante collégiale du Québec dit craindre que les fameuses « roulottes » ne deviennent une réponse permanente au problème.
« On pense que ça devrait rester temporaire », dit Antoine Dervieux.
Capacité atteinte
Avec 300 élèves supplémentaires attendus à l’automne, le cégep du Vieux Montréal a lui aussi atteint sa limite.
« On est à la limite de ce qu’on peut accueillir », indique sa directrice générale, Mylène Boisclair.
Voyant venir la vague, l’établissement avait déposé il y a plusieurs années une demande de projet d’agrandissement. À la place, Québec lui a accordé des fonds pour la location de locaux.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE
Le cégep du Vieux Montréal affirme lui aussi avoir atteint sa limite.
« On a beaucoup parlé de la vétusté des établissements d’enseignement primaire et secondaire, mais c’est aussi le cas pour beaucoup d’établissements collégiaux », souligne Mme Boisclair.
C’est inquiétant de voir qu’on ne va pas vers une augmentation, mais un resserrement du financement.
Mylène Boisclair, directrice générale du cégep du Vieux Montréal
Pendant ce temps, un récent rapport de la vérificatrice générale remettait en question une demande d’agrandissement autorisée par le gouvernement du cégep de Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui est pourtant en surplus d’espace.
« Est-ce que c’est vraiment la priorité ? Il y a des campus dans la région métropolitaine qui croulent sous la population », déplore Antoine Dervieux.
Manque de vision
Les établissements qui débordent n’ont pas vu le pire. D’ici 2032, plus de 24 000 élèves supplémentaires débarqueront sur les bancs des cégeps, une hausse de 14 %.
Selon les plus récentes prévisions du ministère de l’Enseignement supérieur, le sommet de la vague devrait être atteint en 2026 et se concentrer dans les cégeps du Grand Montréal, la croissance devant ensuite ralentir graduellement.
Le baby-boom a pris tout le monde par surprise au primaire. Ç’a été la même chose au secondaire. Là, [les mêmes élèves] arrivent au cégep. On aurait dû être préparés.
Antoine Dervieux, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec
Si rien n’est fait, la Fédération étudiante collégiale du Québec s’inquiète des conséquences du manque d’espace sur les élèves, par exemple avec l’augmentation du nombre de cours en ligne.
« Ça vient avec différentes conséquences. Parfois, les cours commencent plus tôt et finissent plus tard. Il y a des horaires plus irréguliers pour la population étudiante », constate M. Dervieux.
Selon lui, les solutions de secours mises en place pour éponger la hausse de l’effectif scolaire ne suffiront pas.
« Ce qui est indéniable, c’est qu’on a besoin de plus de fonds pour financer la réparation des infrastructures qui sont désuètes, mais aussi pour construire de nouveaux bâtiments », souligne-t-il.
Appelée à commenter la hausse importante de la population étudiante, la Fédération des cégeps n’a pas accordé d’entrevue à La Presse.
En savoir plus
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Nombre d’élèves supplémentaires prévus dans les cégeps à l’automne 2024 par rapport à 2022, soit une hausse de 3,7 %
Source : ministère de l’Enseignement supérieur
https://www.lapresse.ca/actualites/education/2024-08-21/des-cegeps-pleins-a-craquer.php





