
PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada
L’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui obligera plusieurs travailleurs étrangers à quitter la province, nuit à la « crédibilité du Québec et celle de Montréal », affirme la mairesse Soraya Martinez Ferrada. Son parti et l’opposition officielle demandent au gouvernement Legault de créer une « clause grand-père » pour que les personnes déjà établies ici puissent rester.
« Le message que nous lançons aujourd’hui, il est très clair : la crédibilité du Québec, et surtout celle de Montréal, est en jeu. Montréal ne peut pas perdre ses citoyens et ses citoyennes », a martelé lundi Mme Martinez Ferrada, en conseil municipal. Elle avait promis dès le mois de décembre de se battre aux côtés des immigrants dans ce dossier.
Dans une déclaration commune adoptée lundi, l’administration et l’opposition à l’hôtel de ville réclament à l’unanimité que le gouvernement mette « en place, sans délai, une clause de droits acquis pour les personnes établies au Québec et détentrices d’un permis d’immigration temporaire au moment de l’abolition du PEQ ».
Résumé
Ils disent craindre des conséquences sur « la rétention de talent » et le rayonnement international des universités et institutions d’enseignement supérieur.
« Depuis l’annonce [de l’abolition du PEQ], les conséquences se font déjà sentir dans notre métropole. Montréal est le cœur économique de la province. Je demande à Québec de reconsidérer l’abolition du PEQ, ou à tout le moins d’offrir une alternative juste aux personnes déjà établies », a illustré la mairesse, avant d’être chaudement applaudie par l’ensemble des élus.
À ses côtés, la cheffe de l’opposition officielle, Ericka Alneus, a plaidé pour que l’union du conseil municipal montréalais « démontre notre rôle d’élus au service des humanités qui constituent notre ville ». « Nous sommes privilégiés d’avoir des gens de qualité qui veulent demeurer ici. Il faut tisser serré ce bel édredon qui fait de Montréal ce qu’elle est », a-t-elle martelé.
Au Parti libéral du Québec, le député André A. Morin a parlé d’une « excellente initiative » des élus montréalais. « Je demande [au gouvernement] une clause de droit acquis pour le PEQ depuis des mois. L’abolition du PEQ est une injustice pour les personnes sur le territoire québécois. La CAQ doit cesser de nuire à notre économie », a-t-il lancé.
Du PEQ au PSTQ
Les personnes qui se sont établies au Québec grâce au PEQ « sont particulièrement scolarisées, formées localement, déjà logées et contribuent activement à la vie sociale et économique », a ajouté, dans un communiqué, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui représente 82 municipalités.
Régulièrement présenté comme une voie rapide, le PEQ permettait jusqu’ici aux travailleurs avec 12 mois d’expérience de travail au Québec dans les 24 derniers mois de faire une demande de résidence permanente.
C’est le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) qui remplace le PEQ, en imposant dorénavant un système de pointage pour la sélection des candidats en fonction de leur connaissance du français, leur localisation et leur domaine d’expertise, entre autres.
Les candidats doivent déposer une déclaration d’intérêt, puis attendre d’être invités lors de rondes de sélection. Mais rien ne garantit une invitation.
Jusqu’ici, le gouvernement n’a montré que peu d’ouverture à l’ajout d’une « clause grand-père ». Dans les dernières semaines, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, avait précisé qu’il comptait prioriser les candidats qui parlent français, ceux qui ont un diplôme du Québec, qui habitent en dehors de la région de Montréal et qui travaillent dans des secteurs prioritaires.
Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu dans les rues montréalaises contre l’abolition du PEQ. La semaine dernière, La Presse a rapporté le cas d’infirmières recrutées à l’étranger affirmant qu’elles ne seraient pas venues si elles avaient su ce qui se produirait aujourd’hui.