Abolition du PEQ Des immigrants descendent dans la rue
Manifestation contre l’abolition du PEQ au centre-ville de Montréal,
À 25 ans, Musco coche presque toutes les cases que le Québec dit rechercher : francophone, formé ici, intégré et déjà actif dans le milieu culturel. Arrivé de France en 2022, il poursuit une maîtrise au Conservatoire de musique de Montréal. Dans l’ancien Programme de l’expérience québécoise (PEQ), son parcours l’aurait mené, une fois diplômé, automatiquement à la résidence permanente.
Publié hier à 16 h 34
Suzanne Colpron La Presse
Aujourd’hui, avec le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), ses 664 points pourraient ne jamais suffire.
C’est ce sentiment d’impasse qui a poussé près de 200 personnes à sortir dans la rue, vendredi matin, devant les bureaux du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, au centre-ville de Montréal.
La manifestation, organisée par le collectif Le Québec, c’est nous aussi, réunissait des étudiants étrangers et travailleurs temporaires venus réclamer une clause de droits acquis, estimant avoir joué selon les règles… avant que celles-ci changent.
Ils sont partis de la place de la Paix, boulevard Saint-Laurent, et ont traversé le Quartier des spectacles derrière un camion diffusant de la musique. Une dizaine de drapeaux du Québec flottaient au-dessus de la foule. « On fait partie de cette société, on est intégrés, on parle français », criaient-ils.
Une loterie
Le PEQ offrait un parcours clair. Pour les diplômés et les travailleurs temporaires, il suffisait de répondre à des critères précis et de déposer une demande.
Avec le PSTQ, les candidats doivent maintenant déposer une déclaration d’intérêt, accumuler des points et attendre d’être invités lors de rondes de sélection. Même avec un bon profil, rien ne garantit qu’une invitation viendra. Pour plusieurs, surtout à Montréal et Laval, l’attente ressemble à une loterie.
Aram Musco dit ne pas réclamer un passe-droit. Il lui reste encore du temps sur son permis d’études, puis il pourra demander un permis de travail post-diplôme. Mais il explique avoir planifié son parcours en fonction d’un programme qui existait au moment de son arrivée.
« On a beau avoir tous les critères, on ne sait pas si on sera sélectionné ou non, surtout quand on habite dans la région de Montréal », déplore l’étudiant, qui a été sectionné, en 2024, pour représenter le Québec au sein de l’Orchestre national des jeunes du Canada.
Ce sentiment de découragement est partagé par Florence Bollet-Michel, 46 ans. Travailleuse sociale auprès des aînés à la Ville de Montréal, elle a été recrutée en Europe par Santé Québec. On lui a présenté le permis de travail fermé comme une porte d’entrée, et le PEQ comme la suite logique.
« Ils m’ont expliqué que ce premier permis fermé, c’était la porte d’entrée, mais qu’il y avait le PEQ et qu’il ne fallait pas que je m’inquiète pour la résidence permanente », explique-t-elle.
Aujourd’hui, son âge ne lui rapporte aucun point dans le PSTQ, puisqu’elle a plus de 40 ans. Le fait de travailler à Montréal joue aussi contre elle. Pourtant, son employeur veut la garder. Elle a acheté une maison et ses enfants sont installés.
« Comme c’est le gouvernement qui m’a recrutée, je n’ai pas eu peur. En fait, je n’ai jamais pensé qu’on pouvait nous faire ça. C’est difficile parce qu’on a la boule au ventre. Qu’est-ce qu’on dit aux enfants ? »
La parole donnée
Oumaima Amri, 29 ans, est arrivée de Tunisie avec son mari et leur fils, aujourd’hui âgé de deux ans. Pour venir étudier au Québec, elle a investi 40 000 $ en frais de scolarité pour une maîtrise en génie logiciel à l’Université de Sherbrooke. Le couple a tout vendu, convaincu qu’un diplôme québécois mènerait à la résidence permanente.
Malgré son français, ses études et son inscription au PSTQ, elle n’a toujours pas été invitée. « On nous dit de déménager en région. Mais quelle garantie on a qu’ils ne vont pas encore changer les règles ? », demande-t-elle.
« J’ai respecté toutes les conditions. Pourquoi le gouvernement, lui, ne respecte pas ses promesses ? »
Pour Ahmed Belkadi et sa conjointe Fatima Dahmar, d’Algérie, l’inquiétude est familiale. Ahmed est cuisinier et travaille depuis près de trois ans à Montréal. Ensemble, ils ont quatre enfants, tous inscrits à l’école ici.
Leur âge, 47 et 41 ans, rend l’accès au PSTQ presque impossible, dit M. Belkadi. « La chose qui me fait le plus mal, c’est la promesse que j’ai faite à mes enfants de leur offrir un bel avenir au Québec. »
Présente à la manifestation, l’ancienne ministre péquiste Louise Harel est venue appuyer les manifestants. Elle a dénoncé un changement de règles en cours de route et insisté sur la notion de parole donnée.
« C’est le gouvernement qui les a accueillis en notre nom, et nous refusons en notre nom que maintenant, il change maintenant les règles du jeu qui les concernent », a-t-elle lancé.
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